Elin

Elin la charmeuse de bêtes tome 1 : un récit larmoyant

Les nouveautés ont vraiment été légions ces dernières semaines. On a eu le droit à tous les genres pour notre plus grand bonheur. Dans cette multitude de licence à découvrir se trouve un titre qui nous a particulièrement marqué en le lisant. Il s’agit du premier tome d’Elin la charmeuse de bêtes qui a rejoint le catalogue de Pika. Si l’on pourrait croire qu’il s’agit d’un énième conte fantastique, ce manga va bien plus loin que cela. Il serait même assez réducteur de penser comme ça, car le récit qui nous est présenté est empreint à la fois d’une douceur incroyable et d’une terrible violence. Un voyage qui nous fait avoir une forte sympathie pour le personnage central et pour l’univers qui l’entoure. On est littéralement emporté au sein de ces contrées où l’homme doit réussir à domestiquer la bête afin de prouver sa force. Une fable qui affiche de multiples talents et dont il est grand temps de parler. On saute donc à pieds joint dans ce monde à la fois féerique et terrifiant.

Une tâche difficile

Elin-joie

Un sourire qui illumine notre lecture.

Elin la charmeuse de bêtes est une adaptation de l’œuvre de Nahoko Uehashi. Ce titre est dessiné par Itoe Takemoto et nous plonge au coeur d’un village en apparence paisible. C’est dans celui-ci que l’on va faire la connaissance d’Elin. Cette jeune fille profite d’une vie tranquille aux côtés de sa mère qui est en charge de prendre soin des Tôda. Ces créatures sont des dragons-serpents élevés dans le but de combattre pour préserver l’intégrité du royaume. Alors que son enfant admire et rêve d’approcher ses splendides bêtes, Soyon refuse catégoriquement qu’elle ait le moindre contact avec eux. Si cela attriste notre héroïne, ce n’est rien en comparaison des regards de mépris que peuvent avoir les autres habitants concernant sa famille. En réalité, si ça ne tenait qu’à eux, il y aurait longtemps qu’ils auraient chassé ce duo. Malgré tout, Elin ne perd nullement son sourire et continue de passer ses jours à contempler ces êtres majestueux et le travail de sa mère.

Malheureusement, un drame va venir frapper le village en s’attaquant directement à ces armes qui sont élevées en son sein. Ne comprenant pas les raisons d’une telle catastrophe, toute la population se tourne vers Soyon qui était chargé de cet élevage. Même si la protection de son défunt mari l’a toujours sauvé jusqu’à présent, la gravité de la situation va la forcer à subir le jugement du chef et des autres habitants. Cet évènement va être le déclencheur d’un énorme bouleversement dans la vie de cette femme et de sa fille. Le début d’une voie sinueuse et complexe pour cet enfant qui va tisser un lien inéluctable avec les bêtes sacrées. Son périple va la guider en plein coeur d’un conflit où elle risque de jouer un rôle déterminant. Le destin de tout un royaume pourrait bien reposer entre ces frêles mains, car elle possède un don qui pourrait renverser l’équilibre mis en place. Que fera-t-elle de la capacité qui sommeille en elle ?

La première chose qui nous frappe avant tout lorsque l’on lit Elin la charmeuse de bêtes est l’émotion que l’on ressent au contact de cette demoiselle. Une protagoniste qui n’a rien demandé et qui se retrouve à devoir survivre dans un milieu qui lui est hostile. On a alors une profonde envie de la soutenir et de voir jusqu’où elle est capable d’aller.

Le courage d’une petite fille

Elin a un pouvoir incroyable qu’elle utilise sur le lecteur dès le moment où on pose le regard sur elle. Il s’agit de sa capacité à attirer notre sympathie de par son sourire et la simple joie qui illumine son visage lorsqu’elle se trouve devant ces êtres surnaturels. Elle a beau être vue d’un mauvais oeil par les autres de par ses origines, elle continue de vivre dans la bonne humeur de par sa proximité avec sa mère. On a donc une première partie qui est là pour nous présenter ce personnage et que l’on soit ébloui par l’innocence qui la caractérise tout en éveillant peu à peu notre intérêt sur ce qu’elle arrive à sentir. En effet, cette demoiselle parvient à savoir des choses concernant les créatures qui l’entourent sans avoir besoin de faire un examen précis. Rien qu’à l’odeur, à la vue ou au toucher, elle parvient à comprendre ce que ressent la bête qui est en face d’elle. Ce premier contact permet donc d’égayer le début de notre parcours au contact de cette gamine. L’attachement que l’on commence à éprouver à son égard est parfaitement dosé pour que la suite du récit parvienne à nous déchirer le coeur.

Comme on l’a dit, tout ceci pourrait correspondre à un immense premier acte où tout semble aller pour le mieux. Cependant, au moment où se passe le fameux drame, quelque chose se brise alors en nous à l’instant même où l’on aperçoit le visage d’Elin qui n’affiche plus le moindre sourire. On éprouve alors une forte empathie à son égard et cela rend la situation encore plus dramatique et impactante à nos yeux. Une transition maîtrisée et qui joue avant tout sur une puissante charge émotionnelle qui vient nous mettre K.O. La voir être séparée de sa mère, son envie d’aller à son secours et ce qui en découle nous met presque la larme à l’œil. On se dit qu’elles n’ont rien fait pour mériter cela et on est donc encore plus impliqué dans cette histoire de par l’injustice qui s’empare de nous et le désir de la voir s’en sortir. Il n’y a pas besoin de passer par quatre chemins pour capter l’attention du lecteur, car ce manga parvient à nous plonger totalement dans ce qu’il raconte à travers toutes les émotions qui s’abattent sur nous. Une épopée qui débute sur un rayon de soleil avant que celui-ci ne soit balayé par une terrible tempête.

Si Elin est l’une des deux forces de cette oeuvre, l’autre vient des créatures qui jonchent son quotidien. On a beau n’en rencontrer que très peu dans ces chapitres, le charisme et l’aura qui se dégagent d’eux. On reste sans voix devant ces êtres fantastiques qui ont une réelle importance sur le scénario, l’univers et le développement de notre protagoniste.

Des bêtes fantastiques

Elin-Tôda

Une sublime mais dangereuse créature.

Que serait Elin la charmeuse de bêtes sans ces dernières ? Si les Tôda sont sur le devant de la scène, il faut reconnaître qu’ils en imposent. Tout cela vient, en grande partie, du dessin qui arrive à retranscrire avec soin toute la beauté, la violence et la majesté de ces animaux. Il n’y a qu’à voir les premières cases de cette introduction pour être ébahi devant la splendeur qui les englobe. On a beau les apercevoir comme étant des outils pour la guerre, on sent qu’ils sont bien plus que cela. Malgré le fait d’être emprisonné et éduquer pour défendre le pays, on arrive à percevoir dans leur regard qu’ils ont toujours un désir de liberté. Ils peuvent subir le pire traitement qui soit, rien n’arrive à affaiblir leur prestance. On contemple leur silhouette en se demandant comment cela serait de les voir s’évader pour vivre leur propre vie. Dans un sens, le lecteur parvient à s’identifier à la jeune fille qui admire et chérit ces êtres qui ne méritent pas un tel sort.

Malgré tout, l’auteur arrive à combiner notre intérêt pour eux avec une certaine peur. Outre l’aspect fantastique des moments que l’on passe à leurs côtés, il y a sans cesse ce rappel du danger qu’ils peuvent représenter. On peut le voir lorsqu’ils deviennent incontrôlables et cela saute encore plus aux yeux lors d’une scène dramatique. L’homme a beau réussir à contrôler, dans un certain sens, les Tôda, ils sont toujours le symbole d’une puissance qui ferait des ravages s’ils se libéraient de leurs geôliers. Une manière de montrer que la nature peut être dévastatrice et qu’il suffirait d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Cela nous rappelle à quel point on est que peu de chose face à cet environnement qui peut autant être source d’admiration que d’effroi. Le fait d’entrer en contact avec ces animaux permet aussi de s’imprégner de l’univers de l’œuvre et de susciter notre désir de voir quelles autres créatures peuvent peupler ces contrées. Notre envie de parcourir ces lacs, ces plaines et ces montagnes afin de noter et compléter ce bestiaire est absolument grisant.

Elin la charmeuse de bêtes peut devenir une licence marquante à travers le tableau qui nous est montré et l’émotion que l’on ressent en observant le parcours de cette petite héroïne qui voulait juste vivre une existence paisible. Une toile fabuleuse qui se saisit de nous à travers ses multiples nuances et les possibilités qui se profilent à l’horizon.

Elin commence à démontrer son talent

Elin fut donc une agréable surprise qui a autant réussi à nous faire rêver qu’à nous attrister à travers les épreuves que doivent endurer cette jeune fille. Elle qui n’a rien demandé à personne et qui voulait simplement vivre aux côtés de sa mère se voit confisquer tout cela par des gens qui la repoussent sans même essayer de la comprendre. D’ailleurs, si les deux tiers de cette lecture sont déjà excellents, le dernier acte est encore plus magique sur le plan humain et émotionnel. La relation qui est en train de se tisser dans les dernières pages nous laisse présager d’un vague espoir pour la suite. Malgré tout, la tragédie qui vient de se dérouler restera ancrée en cet enfant et aussi en nous. Une belle réussite de la part de la mangaka qui signe ici une introduction renversante. Le début d’une épopée qui laisse présager d’un bon potentiel pour la suite.

On est donc très content de cette aventure littéraire qui est empreint d’une touche de poésie et fait appel à tous nos sentiments. Si vous aimez les œuvres qui s’emparent de nous et vous font vivre un torrent d’émotions, alors Elin la charmeuse de bêtes devrait vous convenir. Jusqu’où peut aller le don de notre héroïne ? Quel rôle va-t-elle jouer dans le futur du royaume ? Quels êtres surnaturels allons-nous croiser ? Toutes ces questions prouvent que cette introduction réussit son but qui est d’attiser notre curiosité afin que l’on se penche sur les prochains volumes. Nous voilà maintenant devant une toile qui se dessine au fil des pages et dont on ne pourra admirer toute sa splendeur qu’une fois que l’on aura atteint la conclusion de ce récit.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre avis et votre opinion sur le premier tome d’Elin la charmeuse de bêtes. Que pensez-vous qu’il se passera à l’avenir ? Quel destin attend cette passionnée des créatures ? Quelles péripéties l’attendent à travers ce royaume qui lui a tout pris ? On est impatient de pouvoir en discuter avec vous ! 🙂

© Takemoto Itoe & Uehashi Nahoko / Kodansha

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *