Shibuya Hell-2

Shibuya Hell tome 1 et 2 : une menace surprenante

Lorsque l’on parle d’oeuvres horrifiques, il n’est pas rare de voir ce genre nous délivrer des histoires aussi angoissantes que délirantes. En effet, tout peut être matière à faire un récit cherchant à jouer sur l’effroi ou bien à aller jusqu’au gore. Cela touche autant l’univers cinématographique que les séries ou même la littérature. Le manga fait aussi partie du lot étant donné que l’on a déjà eu le droit à des menaces bien effrayantes et surprenantes de la part des auteurs. Ce qui fait que souvent, on assiste à l’annonce d’une de ces séries avec un certain sourire surtout en voyant le contexte de base. C’est l’état dans lequel on était lorsque l’on a vu que Shibuya Hell allait débarquer chez Pika. Une série réussissant à faire de nos chers poissons rouges des ennemis redoutables et mangeur de chair humaine. Un concept qui peut prêter à rire, mais qui va aussi proposer quelques belles surprises. On remercie d’ailleurs l’éditeur de nous avoir permis de découvrir ce titre en avant-première et il est donc temps de se rendre dans ce quartier légendaire qui ne sera plus jamais comme avant.

Un quartier bien animé

Shibuya Hell-poissons

Bubulle avait faim !

Shibuya Hell, imaginé par Hiroumi Aoi, nous plonge dans un Japon contemporain et plus précisément dans le quartier de Shibuya. Un lieu particulièrement animé et qui ne cesse de voir une foule d’âmes s’y engouffrer pour visiter, découvrir et explorer tout ce que peut proposer ce lieu. C’est ici que l’on fait la connaissance de Hajime Tsukiyoda, un lycéen particulièrement fan de cinéma et qui passe le plus clair de son temps à sortir avec son caméscope en rêvant de devenir un grand réalisateur. Alors qu’il parcourt cet endroit fréquenté à la recherche d’idées d’histoires à mettre en images, un événement terrible va avoir lieu. C’est alors qu’il retrouve une camarade de classe qu’il va être le témoin d’une scène qui le paralyse d’effroi. Un poisson géant apparaît et vient de dévorer une personne devant lui. Une chose impensable et qui semble surréaliste pour la plupart des passants qui imaginent que cela fait partie d’un tournage ou d’un quelconque spectacle.

Les choses vont rapidement changer lorsque ce n’est pas un ni deux poissons qui viennent s’ajouter au premier, mais bel et bien tout un banc de ces créatures monstrueuses. Des poissons rouges aux proportions gigantesques et qui flottent dans les airs viennent alors d’envahir Shibuya. Les victimes se multiplient à une vitesse vertigineuse et les cadavres ne cessent de pulluler dans ses rues autrefois pleines de vie. La question n’est plus de savoir ce qu’il se passe, mais bel et bien de trouver un moyen de survivre dans cet enfer aquatique. Hajime va alors se rendre compte que pour pouvoir s’en sortir, les gens sont prêts à tout. Que cela soit dans une optique d’entraide que de se défaire des boulets, tout n’est plus qu’une question de choix et d’adaptation. Ce garçon va l’apprendre à ses dépens tandis que d’autres acteurs se mettent en marche pour montrer leur propre façon de lutter face à cette menace semblant omniprésente.

Si l’on peut lever un sourcil d’étonnement en lisant ce synopsis, il serait dommage de s’attarder à cette première impression. Shibuya Hell s’avère être une oeuvre aux multiples ressources et qui s’emboîtent parfaitement les unes avec les autres. La première d’entre elle concerne cette sombre aura qui s’en dégage et de l’effroi que peut amener le danger représenté par ces êtres n’ayant rien de naturel. Une apparition qui va provoquer un chaos palpable et surtout poser les premières pierres d’un récit jouant sur plusieurs tableaux.

La surprise se combine à l’horreur

On l’a dit en introduction, le fait de voir ces animaux aquatiques se balader librement dans les airs de ce lieu et dévorer tous les passants a d’abord offert une surprise tendant à faire sourire. Pourtant, plus on avance dans le récit et plus on se rend compte qu’il y a beaucoup plus de choses à dire sur ce titre qui parvient à utiliser habilement cette menace étonnante pour installer un climat d’effroi. Tout d’abord, leur taille démesurée ne fait qu’accentuer ce sentiment d’être tout petit et ainsi de faire un échange entre la proie et le prédateur. En effet, ce sont ces créatures qui regardent les gens de haut alors que normalement, c’est à l’être humain de contempler ces petites bêtes. Un parallèle qui va donc renforcer ce sentiment d’insécurité. Bien sûr, on retrouve beaucoup de codes propre au genre du récit horrifique et gore. Pourtant, concernant ce dernier point, le sang a beau être très présent, il n’est pas au coeur de ce conte effroyable. Tout est fait pour que l’on ressente avant tout une certaine peur en voyant que peu importe l’endroit où les survivants tentent de fuir, ils se retrouvent nez à nez avec un banc de ces monstruosités. L’ambiance se fait alors plus pesante et va donc monter crescendo tout au long du premier volume afin de poser des bases solides.

Rien que le fait de contempler les yeux globuleux de ces amateurs de chairs instaure un climat de tension, et même de panique. On est donc bien loin de l’oeuvre cherchant juste à jouer sur cet aspect délirant qui est de voir des poissons rouges chasser les humains. Si ce côté WTF est toujours présent, il finit rapidement par s’estomper et à plonger le lecteur dans une véritable aventure où le moindre faux pas peut causer la mort. C’est donc un très bon point pour ce titre qui dépasse de loin nos attentes et va même jusqu’à amener de nombreuses questions autour de l’origine de ces monstres. En effet, si survivre est avant tout l’objectif principal des gens qui sont restés enfermés dans ce quartier, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui est à l’origine de cette catastrophe. De par une autre particularité de ces poissons, on est interloqué et notre esprit se met alors à imaginer tous les scénarios possibles. Une manière d’enrichir cette épopée et surtout d’attirer notre attention pour la suite. Un survival-horror qui ne fait pas dans la dentelle, mais qui parvient aussi à imposer un rythme plus que soutenu et qui nous tient en haleine.

Si l’atmosphère de Shibuya Hell est déjà très réussie, il y a un autre point où ce manga parvient à se démarquer. Il s’agit des survivants que l’on suit et surtout de leur manière d’agir dans cet enfer où chaque pas peut les conduire dans la gueule du loup. Là où l’on pourrait penser que l’entraide serait la clé, cette zone finit finalement par être régi par la loi du plus fort. Tout est à présent bon pour pouvoir se sauver ou se débarrasser de ces prédateurs qui font presque partie intégrante du nouveau quotidien de ces gens.

Une question de survie

Shibuya Hell - fuir

Le cauchemar débute.

Ce qu’il faut d’abord noter, c’est qu’on a beau suivre un personnage en particulier, cela n’est nullement le héros de cette histoire. Les véritables acteurs de cette pièce sont tous ceux qui ont réussi à échapper à l’assaut de ces poissons rouges et qui cherchent maintenant tant bien que mal à vivre sans se faire dévorer. De ce fait, on ne s’attache pas uniquement à un protagoniste, mais à plusieurs ayant tous une personnalité bien distincte. Si l’on a le droit à certains clichés dedans, cela n’empêche pas le lecteur d’avoir un intérêt pour eux concernant la manière dont ils vont pouvoir avancer. Cependant, c’est bel et bien dans le second tome que tout cela va prendre une tournure inattendue et qui va démontrer toute la puissance qui se cache derrière ces gens ayant fait de ce lieu leur nouveau terrain de jeu. Au même titre qu’un bon film ou série de zombies, les créatures pullulant dans ces rues sont une menace presque figée et font alors partie intégrante du décor dans lequel on évolue. Le réel danger vient alors de la nature de ceux qui ont réussi à se protéger et qui n’ont aucun scrupule à faire ce qu’il faut pour préserver leur existence.

On prend ainsi toute l’ampleur, mais aussi la richesse de cet univers qui mise avant tout sur ces individus que l’on rencontre au fil de notre visite de Shibuya. Si certains sont prêts à aider leurs prochains, on se rend très vite compte que ceux qui vivent le plus longtemps sont ceux qui arrivent à terrasser ces bêtes, mais qui profitent aussi de la faiblesse des autres pour s’accaparer quelques ressources. L’homme devient alors le prédateur naturel de l’homme qui doit autant se méfier de la menace qui plane sur lui que sur ses voisins. La panique, la peur, l’instinct de survie, mais aussi le profit sont autant d’éléments pouvant pousser quelqu’un à se défaire de ceux qu’il considère comme des boulets. Tout cela sublime ce récit qui nous prend constamment aux tripes. D’ailleurs, l’apparition d’un personnage en particulier va venir accentuer toute cette vague qui va emporter ce quartier et le plonger dans un enfer ayant plusieurs niveaux de tortures. Notre regard est alors constamment attiré par toutes ces tactiques pouvant être effroyables, mais qui sont aussi compréhensibles au vu du contexte actuel. Un environnement qui peut autant révéler le meilleur que le pire chez l’être humain.

Shibuya Hell est donc bien loin de se contenter de jouer sur l’aspect unique de son histoire. Tout se construit de manière à vraiment installer une tension qui va bien au-delà du fait que ce sont des poissons rouges qui se trouvent devant nous. Une catastrophe qui pousse tous ceux présents sur place à réveiller leur envie de vivre et de lutter pour ne pas servir de nourriture à ces monstres. Un manga ayant donc de nombreuses qualités offrant ainsi une surprise de taille.

Shibuya Hell est comme un poisson dans l’eau

Si l’on devait qualifier Shibuya Hell en un seul mot ce serait étonnant. En effet, comme beaucoup, on s’attendait à vraiment partir dans ce côté délirant qu’apportent ces poissons rouges géants volants et mangeurs de corps. Alors que notre curiosité à décidé que l’on allait tenter l’expérience, on remercie une fois de plus celle-ci étant donné le plaisir que l’on a eu à explorer cet univers. La surprise des premières minutes s’estompe rapidement pour laisser place à un véritable conte où la survie, les coups bas, mais aussi l’entraide sont au coeur de son histoire. On est avant tout là pour suivre ce quotidien inédit et cauchemardesque de ces gens qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Un survival gore qui va bien plus loin que de voir des tripes voler dans tous les coins et qui va surtout nous présenter des personnages prometteurs et ayant chacun leur propre charisme. On observe alors de loin cet endroit mythique en se demandant bien comment ceux-ci vont réussir à éviter les hordes de monstres qui semblent avoir constamment faim.

C’est donc avec un très grand plaisir que l’on vous recommande Shibuya Hell qui fera ses débuts dans le catalogue de Pika le 3 juin prochain. On a vraiment vécu ici un bon divertissement où il ne faut faire confiance à personne et où il est nécessaire d’apprendre rapidement pour pouvoir s’adapter aux attaques de ces créatures dont les yeux globuleux ne quittent jamais leur proie. Que cela soit par le dessin des monstres, l’atmosphère installée ou l’évolution du récit, il y a largement de quoi frissonner de plaisir et d’angoisse. Un titre parfait pour tous ceux qui aiment se lancer dans des aventures improbables et appréciant tout ce qui touche au survival gore. Bien évidemment, on termine la lecture de ces deux volumes avec un tas de questions en tête que nous garderons pour nous cette fois-ci. On vous laisse ainsi la joie de découvrir cette licence qui, on l’espère, continuera sur cette voie afin d’étoffer cet environnement dans lequel on progresse.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires ce que vous attendez de ce titre et à poser toutes les questions que vous souhaitez concernant Shibuya Hell. Allez-vous être tenté de vivre cette expérience littéraire ? Trouvez-vous que ce style de récit peut vous convenir ? Quelles sont les choses que vous espérez voir au sein de ces pages ? Quelle est votre première impression sur cette série ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet qui est bien loin de se reposer uniquement sur son idée de base. 🙂

© 2016 Hiromi Aoi, Square Enix

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