Breakdown

Breakdown T1 : le début de la fin

Il n’est pas rare dans le manga de trouver des œuvres traitant de sujets d’anticipation et notamment de la fin du monde. Celle-ci peut prendre bien des formes en fonction du titre en question. Apocalypse zombie, catastrophe naturelle ou bien bêtise humaine sont autant de possibilités permettant de traiter de la fin de la société et surtout de la nature humaine. Si je ne suis pas forcément le plus friand de ce thème d’un point de vue personnel, je trouve qu’il s’agit d’une remarquable voie pour parler de problèmes concrets et qui sont plus proches qu’il n’y paraît. C’est pourquoi j’étais curieux de voir ce que donnerait Breakdown, la dernière licence en date des éditions VEGA-Dupuis. Cette série sortie dans les années 90 au Japon est l’oeuvre de Takao Saitô, un auteur déjà connu chez l’éditeur étant donné que c’est à lui que l’on doit le manga “Survivant – L’histoire du jeune S” en tant que scénariste ou bien “Survivant” chez l’éditeur Milan dans le label Kanko mais qui n’est plus commercialisé. Au vu de son talent pour mettre en scène ce type d’histoires, je me demandais ce que pourrait donner ce nouveau récit. Et je dois dire que j’ai été pris de court par ce que j’ai pu découvrir. Préparez-vous à connaître une apocalypse qui vous fera vivre un véritable ascenseur émotionnel.

Une décision entraînant l’enfer

Il n’est pas rare d’avoir des œuvres qui traitent de la fin du monde dans le manga. Cependant, il m’était rarement arrivé d’être autant happé par une telle histoire. Breakdown frappe très fort d’entrée de jeu et va utiliser ce terrible contexte pour mettre en exergue de sombres parties de l’âme humaine. Une critique du monde, de l’être humain et de comment les gens pourraient se comporter quand la fin de toute chose frappe sans prévenir. Au travers des deux principaux protagonistes de ce premier volume, on va être amené à côtoyer autant le pire que le meilleur de l’homme.

Survivre à l’apocalypse

Il faut tout d’abord comprendre que Breakdown nous propose ici une introduction que l’on peut facilement découper en deux parties. La première nous sert avant tout à faire plus ample connaissance avec les protagonistes que l’on va suivre. Elle est aussi celle qui va nous préparer au choc qui s’apprête à frapper le monde. Celle-ci est donc très importante concernant tout ce qui touche à l’exposition et à ce niveau l’auteur fait un travail remarquable. On va autant être témoin de la violence du supérieur de de Misato que la personnalité si singulière de ce gaillard tout en nous dirigeant progressivement vers ce changement de ton. Dès l’instant où l’on prend conscience de la menace qui se dirige vers la Terre, le rythme s’accélère et l’on est pris à la gorge en se demandant si tout ça va réellement se produire. Une peur grandissante que l’on partage avec notre personnage principal et qui le ressent dans tous les bouleversements qui bousculent la nature. Tout est pensé pour faire monter la tension par le biais d’éléments qui vont servir de présage à la calamité qui va s’abattre sur cette planète. Et c’est quand on bascule dans cette autre grosse partie du manga que l’on va réellement ouvrir les yeux sur le talent de cet auteur. En tant que lecteur, on est témoin de la violence du choc alors que nos deux survivants n’en sont pas pleinement conscients. Misato a beau se douter qu’ils ne retrouveront pas le monde d’antan, son “compagnon de route” le pousse à se concentrer avant tout sur l’instant présent.

Ainsi, une grande partie de ce premier acte va se passer dans cette nature ravagée qui est un terrain de jeu propice pour proposer une quête de survie qui va nous prendre aux tripes. On a beau être profondément agacé par le supérieur de notre héros, cela ne va faire que rendre son objectif de les maintenir tous les deux en vie encore plus saisissante. Mais cela me permet d’aborder la plus grande force de ce tome qui n’est autre que sa réflexion sur la nature humaine. Si le titre peut se présenter comme une mise en garde d’une catastrophe à venir, on veut surtout nous mettre face aux plus sombres côtés de l’homme. Il suffit de voir notre tandem pour découvrir les deux faces d’une même pièce. D’un côté, on a Misato qui est un peu source d’espoir, d’entraide et de bienveillance au sein de ce monde en ruine. De l’autre, on a son supérieur qui ne pense qu’à sa petite personne, ne croit pas du tout en une possible fin du monde et qui n’hésite jamais à rabaisser celui qui le maintient pourtant en vie. Et quand on prend du recul, on se rend compte que cet ouvrage entier regorge de détails venant pointer du doigt l’être humain. L’auteur ne veut pas dépeindre une apocalypse où la camaraderie pourrait sauver des vies. Au contraire, il veut nous montrer la brutale réalité qui pourrait frapper en voyant des gens abandonner d’autres personnes, des vies perdues alors qu’elles avaient encore tant de choses à vivre ou tout bonnement le sentiment d’impuissance face à des événements qui nous dépassent. C’est encore plus frappant dans la dernière section de ce tome qui va nous déchirer le coeur et être le parfait reflet de tout ce que le mangaka souhaite nous raconter. Il nous fait réfléchir sur la fébrilité de la société ainsi que sur nos propres failles qui peuvent être exposées en grand jour quand la panique et le chaos se répandent.

J’ai sincèrement été bouleversé par cette lecture du premier tome de Breakdown. Si une bonne partie de celui-ci se focalise sur la catastrophe et la survie de ce binôme, la dernière partie est tellement déchirante. On passe de la colère à la rage en finissant par être détruit par le triste spectacle que l’on nous délivre. Une œuvre qui ne prend pas de pincettes et veut nous montrer l’enfer que serait un tel événement et comment chacun réagirait alors que le monde s’écroule. Une vision plus que réaliste et dramatique de cette société qui pourrait voler en éclats en un claquement de doigts.

Breakdown nous déchire le coeur

Comme j’ai pu l’évoquer en introduction, le genre du récit catastrophe n’est clairement pas un style vers lequel je vais aller naturellement. Mais je suis vraiment content d’avoir tenté le coup pour ce premier volume de Breakdown. J’ai pu mettre les mains sur un ouvrage si pertinent dans ce qu’il raconte et surtout le reflet qu’il offre de l’être humain. On ne va quasiment passer notre temps de lecture qu’en compagnie d’un protagoniste qui cherche une lueur d’espoir et un homme qui semble concentrer tous les maux de l’homme. Une opposition très forte et qui ne va pas forcément mettre à l’honneur la figure vertueuse et bienveillante pour apporter un peu de joie dans cet enfer. Au contraire, malgré toutes ses bonnes intentions, le personnage de Misato va se confronter à ses propres faiblesses ainsi qu’au côté éphémère de la vie qui peut s’envoler d’un claquement de doigts. D’ailleurs, l’auteur sait très bien représenter tout ça notamment à travers une scène qui m’a fait verser une larme tant elle nous déchire le cœur. Et c’est justement le fait que le titre ne prenne pas de pincettes qui rend ce récit aussi impactant et puissant dans tout ce qu’il transmet. Un voyage qui n’a rien d’une balade de santé et qui montre la chute de la société où seulement quelques personnes cherchent à prolonger au maximum leur chance de survie. Voilà un manga coup de poing qui sait frapper là où ça fait mal et qui brille justement par son sérieux et son utilisation de l’apocalypse pour souligner toutes les nuances de l’âme humaine.

A la lecture des premières pages, je me demandais où allait m’emmener ce scénario qui, dans le fond, est assez classique. Mais plus je progressais dans l’histoire en étant témoin de l’horreur qui venait de s’abattre et plus j’étais pris dans la tourmente de nos protagonistes. Breakdown est le genre de série qui va trouver tout son intérêt dans cette mise en place du décor et des épreuves qui vont révéler la véritable personnalité des gens. Je suis passé de l’incompréhension à la colère pour finir par avoir le cœur en miettes au même titre que Misato. Et je trouve que le trait du mangaka appuie brillamment l’aspect dramatique de son œuvre. Un style qui s’inscrit dans une époque, mais qui n’a absolument rien perdu de son impact visuel notamment quand on fait face à ce que l’on redoutait depuis le début. Une découverte qui se joue du maigre espoir que l’on peut avoir pour nous plonger un peu plus profondément dans l’abîme du désespoir. Si vous cherchez une expérience littéraire marquante et traitant avec brio de l’homme par le biais de la fin du monde alors vous serez sûrement conquis par cette lecture. Bien sûr, le titre s’adresse avant tout à un public assez mature au vu de certains passages qui, même s’ils ne sont pas aussi sanglants que d’autres mangas actuels, peuvent être éprouvants. Comme souvent, j’ai des questions qui me trottent dans la tête, mais cette fois je suis surtout profondément bouleversé par ce que j’ai lu et qui me fait tant réfléchir sur ce monde qui nous entoure.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Breakdown. Trouvez-vous que le titre réussit à raconter avec réalisme ce qu’il pourrait se passer suite à une telle catastrophe ? Est-ce que, selon vous, ce premier volume réussit à mettre le doigt sur des facettes sinistres de l’être humain ? Avez-vous été bouleversé par tout ce que nous raconte ce premier acte ? Avez-vous été happé par la quête de survie de ces deux hommes cherchant à retrouver un morceau de civilisation ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

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