Subaru T1 : danser avec la mort
Il ne faut pas croire, mais le monde de la danse et du ballet a déjà donné bon nombre de mangas captivants. Un sujet qui peut sembler assez de niche pour les lecteurs, mais qui offre un terreau fertile pour les auteurs afin d’exprimer toute leur créativité. Et si l’on pourrait croire que cela tournerait autour des mêmes thèmes, cette toile de fond peut donner lieu à des histoires totalement différentes. On peut autant en prendre plein les yeux à travers de sublimes chorégraphies qu’être touché en plein cœur par tout ce que l’on va observer. C’est exactement ce que j’ai pu vivre récemment en découvrant le premier volume de Subaru qui sort justement demain chez naBan. Je n’avais pas eu l’occasion de me pencher sur la première édition de cette série et son retour était une chance de pouvoir enfin découvrir cette histoire. Je n’ai pas mis longtemps à me pencher sur cette introduction particulièrement imposante et qui est pourtant passée à une vitesse folle. Car oui, j’ai été frappé en plein cœur tout au long de cette lecture qui m’a fait verser bien des larmes. Je vous invite donc à assister à la naissance d’une nouvelle étoile du ballet qui s’élève dans l’adversité et la souffrance.
Une dernière valse

Synopsis
Subaru et Kazuma sont des jumeaux en troisième année d’école primaire. Kazuma est depuis un moment maintenant à l’hôpital et n’est pas en bonne condition : il souffre d’une perte de mémoire due à une tumeur au cerveau et peine à comprendre ce qu’on peut lui dire. Chaque jour, Subaru danse dans la chambre d’hôpital de son frère, essayant de transmettre par la danse les événements de la journée.
Du haut de son jeune âge, il est difficile de vivre pour deux et une maladresse va rapidement lui apporter une souffrance et une culpabilité qui accompagneront son enfance…
Cependant, c’est dans la danse, rythmée d’obstacles, d’échecs et de réussites que Subaru trouvera un véritable moyen d’expression, un exutoire et un nouveau souffle de vie !
Mangaka : Masahito Soda
Rien qu’avec son synopsis, Subaru nous fait comprendre qu’il faut avoir le cœur bien accroché. Car oui, si le thème qui revient souvent est la danse, on est avant tout dans un manga dramatique où une jeune fille fait face à la maladie de son frère. Et c’est dans ce début des plus éprouvants que va découler, de façon brillante, tout ce rapport à la danse et ce qui va conduire notre héroïne à prendre ce chemin. On va alors vivre un véritable ascenseur émotionnel tandis que notre protagoniste va progressivement prendre conscience de ce qu’elle peut exprimer à travers ces pas de danse.
Une chorégraphie envoûtante
Comme je l’ai dit en introduction, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec Subaru. J’y suis allé avant tout par curiosité et parce que je voyais d’excellentes réactions à ce retour. Et il n’aura fallu que quelques pages pour que cette lecture soit une véritable claque. D’entrée de jeu, ce qui frappe est le trait de l’auteur qui est absolument prodigieux autant visuellement que pour retranscrire les émotions des personnages. Sans même avoir besoin de s’étaler en paroles, on comprend totalement le drame que vit cette famille avant même que l’on pose les yeux sur l’état de ce garçon. Le travail d’écriture autour de Subaru est incroyable dans cette première partie, car on voit une gamine isolée et peu bavarde dont l’esprit est avant tout concentré sur son frère et qui ne pense à rien d’autre. Mais ce qui est remarquable, c’est que l’on va voir une palette de visages à son égard durant ce premier acte tellement riche. De la tristesse à la joie de danser en passant par une colère qui nous déchire le cœur, rien ne nous est épargné et c’est prodigieux de réussir à proposer ça en aussi peu de pages. D’ailleurs, il est intéressant de noter que si la danse va avoir un rôle important dans le récit, ce n’est clairement pas le premier sujet qui nous vient à la lecture. En effet, il est avant tout question de comment réagir face à la maladie d’un membre de sa famille surtout quand on est un enfant et que les mots peuvent dépasser notre pensée. Cela donne des scènes qui s’inscrivent à jamais dans notre esprit et font de ce début une tragédie dont on ne peut rester impassible.
Voilà pourquoi je considère, en premier lieu, que ce manga est avant tout une tranche de vie et un drame humain qui va conduire Subaru vers le monde du ballet. Et là encore, l’auteur nous délivre un travail brillant pour que cela ne soit jamais séparé de ce que l’on a pu vivre initialement. Bien au contraire, il nous montre ici que cet art est un formidable moyen d’exprimer ce que l’on ressent et va même transformer cette jeune fille en une demoiselle qui va réussir à dire en dansant ce qu’elle a du mal à évoquer à l’oral. Mais il y a aussi un aspect compétitif en nous montrant que ce milieu est loin d’être facile d’accès et que ce n’est pas quelque chose qui se joue uniquement en solo. Mais même là, le mangaka arrive à transformer son héroïne pour que les lumières se braquent sur elle même au milieu de toutes les autres. Elle offre un certain renouveau dans un style qui reste cloîtré dans ce qu’il est habitué et c’est très bien représenté dans la dernière partie de ce tome. On ne peut alors détacher les yeux de cette demoiselle qui a envie de danser, mais qui veut aussi montrer que cette discipline est bien plus qu’un simple désir de monter sur les planches pour elle. C’est avant tout un moyen de dire ce qu’elle a sur le cœur et d’amener une nouvelle perception, beaucoup plus sinistre, de ces chorégraphies. Un personnage qui partage sa peine tout en réussissant à nous envoûter dès l’instant que la musique commence. Et il y a un excellent équilibre qui est trouvé entre ce talent qui est le sien et le fait qu’elle a encore un long chemin à parcourir pour réussir à le faire briller sur scène.
J’ai été tellement touché en plein cœur en lisant ce premier volume de Subaru. Un titre qui utilise avec brio cette forme d’art pour exprimer tout ce que peut vivre notre protagoniste au cours de cette introduction tragique. On va vraiment être plongé dans un récit des plus sombres et finalement très sincère dans ce qu’il raconte où l’on ne peut rester de marbre devant tout ce qui se passe. Une œuvre qui, au-delà du dessin ou des thèmes abordés, arrive à offrir quelque chose de très fort à savoir un réalisme dans cette fresque dramatique. Des personnages tellement humains que l’on se sent proches d’eux et de leur tristesse.
Subaru nous donne les larmes
Comme je l’ai évoqué, cette lecture de Subaru fut une première pour moi n’ayant pas eu connaissance de la précédente version. Cependant, je connaissais déjà le talent du mangaka, notamment pour des œuvres comme Capeta. Et je suis heureux de voir qu’il arrive toujours à conserver cette maîtrise et surtout à utiliser avec brio le sport ou l’art pour mettre en avant l’humain. Car c’est exactement ce que nous montre ce premier ouvrage qui ne cherche pas tant à ce que l’on se focalise sur la danse en elle-même, mais sur la manière dont cette demoiselle va se l’approprier pour y insuffler sa propre expérience. Le ballet devient un outil à ses yeux pour enfin laisser éclater ce qu’elle a tant voulu dire par le passé et se libérer de celui-ci. C’est autant un combat pour tourner la page que pour que cette demoiselle puisse s’épanouir. Mais en même temps, le titre joue aussi avec brio sur tous ces défis de la vie et ces drames qui peuvent frapper n’importe qui. On se dit alors que derrière ce personnage pourrait se trouver n’importe qui cherchant à faire son deuil à sa manière. Oui, on est clairement dans un manga qui frappe fort et ne cherche pas à atténuer la douleur ressentie par les protagonistes et le lecteur. Mais c’est justement ça qui rend cette lecture aussi sincère et déchirante. On se transpose à la place de Subaru en se demandant comment on aurait réagi et surtout à quel point une telle épreuve peut transformer quelqu’un. Une série dont j’ai hâte de voir les prochaines chorégraphies, mais surtout le développement de notre héroïne.
C’est donc, vous l’aurez compris, un très gros coup de cœur que j’ai eu pour ce premier volume de Subaru. Une œuvre qui m’aura fait vivre un véritable ascenseur émotionnel et qui peut se montrer éprouvant tant on y représente avec justesse toute la souffrance découlant de la maladie autant chez le patient que ses proches. Et j’aime aussi le fait que l’on utilise ici la danse comme exutoire et moyen de communication. Cela permet d’aborder d’autres sujets autour de ce que peut symboliser cet art sans pour autant laisser de côté l’aspect purement spectacle ainsi que la compétition entre les ballerines. Tout ça donne une fresque aussi envoûtante que triste où l’on tourne les pages dans l’espoir de voir un peu de lumière apparaître dans la vie de cette jeune fille qui n’a jamais vraiment fait table rase du passé. Si vous aimez les histoires qui visent juste et parlent avec beaucoup de sincérité de drames pouvant tous nous frapper alors vous serez sûrement convaincu par cette lecture. J’ai maintenant plusieurs questions qui me viennent à l’esprit pour les prochains chapitres. Est-ce que Subaru va réussir à insuffler sa propre âme à ces ballets pourtant ancrés depuis fort longtemps ? Va-t-elle réussir à faire la paix avec son passé ? Le souvenir de son frère va-t-il continuer de la hanter ? Va-t-elle devenir la nouvelle star de cette scène où tant de ballerines s’affrontent ? Je suis si impatient de voir à quel point ce récit va évoluer et s’il va conserver toute la force de ces émotions ressenties ici.
N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Subaru. Trouvez-vous que le récit arrive à nous partager toute la détresse de cette famille et surtout de cette petite fille ? Appréciez-vous la manière dont la danse est ici utilisée pour exprimer tout ce qu’elle peut avoir sur le cœur ? Etes-vous curieux de voir jusqu’où elle est capable d’aller dans ce milieu ? Pensez-vous que l’on gardera le ton dramatique de ce récit tout au long des tomes ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.
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