Gekikô Kamen-T1-2

Gekikô Kamen T1

Je ne le dirais jamais assez, mais le manga est un univers tellement fabuleux, car il permet aux auteurs de laisser libre cours à leur imagination. On peut ainsi se retrouver avec toutes sortes de récits abordant des thèmes variés pouvant aller du plus connu aux sujets de niche. Et l’un comme l’autre sont intéressants étant donné que ça peut autant servir de fondations à un divertissement réussi que nous ouvrir les yeux sur des thématiques que l’on a rarement l’occasion de voir. Ce second cas va nous intéresser aujourd’hui étant donné que je vais vous parler d’une nouveauté Meian qui en est un parfait exemple. Je parle de Gekikô Kamen de Takayuki Yamaguchi, dessinateur de Shigurui et auteur des 5 Ninjas d’Efu, qui revient avec une série pour le moins atypique. Si cet artiste s’est fait connaître pour son trait absolument somptueux et pourtant si viscéral, il est aussi connu comme un passionné de Tokusatsu. Un art qu’il a déjà pu intégrer de plusieurs façons dans des précédentes œuvres. Mais cette fois, il dédie cette série entièrement à celui-ci et si ça peut interroger pour nous qui ne sommes pas familiers à ça, il faut comprendre qu’il y a de belles choses à analyser dans cette introduction. Je vous invite donc à découvrir avec moi ce genre qui a tant marqué les esprits au Japon et qui a influencé énormément de personnes et de styles différents.

Une dernière volonté

Il est vrai que quand on parle de Tokusatsu, cela peut être nébuleux pour certains même si l’on a pu, par le passé, en voir par chez nous. Mais là où Gekikô Kamen va justement réussir à séduire consiste dans cette manière de nous présenter ce style artistique et de le mettre sur le devant de la scène. En fait, ce premier volume va se présenter comme une sorte d’introspection pour nos personnages qui vont nous parler de leur rapport avec cet art, leur jeunesse, mais aussi à quel point cette société a pu influencer et être influencée par ces figures fictives qui ont tant marqué les esprits.

Vive le Tokusatsu

Autant le dire tout de suite, je ne m’attendais pas du tout à ce que Gekikô Kamen puisse prendre une tournure aussi “réaliste”. Je m’explique, car connaissant le travail de l’auteur, celui-ci aime souvent traiter du tokusatsu à travers des fictions où l’action et l’épique se rencontrent. Cependant, ici c’est une toute autre histoire. Et c’est d’autant plus captivant, car on se retrouve plongé dans un contexte réaliste auprès de ces amis qui se réunissent suite au décès d’un des leurs et qui vont honorer sa dernière volonté. On découvre ainsi ce qui les a unis par le passé à travers cet intérêt pour cet art faisant partie intégrante de la culture japonaise. C’est déjà un excellent point étant donné que le mangaka prend le temps de nous parler de ce sujet sans partir dans de l’action ou de l’imaginaire. En réalité, il nous présente l’essence de ce style et comment celui-ci a pu ou peut réunir les gens même encore aujourd’hui alors que pour beaucoup, ces productions peuvent paraître “kitsch”. Si le début de cette tranche de vie peut dérouter, j’ai finalement trouvé ce premier volume saisissant tant l’angle proposé est réussi. On ressent tout l’attrait de l’auteur pour le tokusatsu à travers ses personnages qui ont grandi, mais garde quand même une certaine attache pour ce passé et ce domaine. Justement, le manga va aussi aborder, à travers ces quelques pages, à quel point grandir peut faire disparaître notre attrait pour l’imaginaire alors qu’au contraire, il faut chérir encore plus celle-ci.

On peut totalement observer ça au sein de ces cases où, le temps d’une réunion, ils vont redevenir ces étudiants fan de costumes, de séries et de leur symbolique. Surtout que l’artiste se veut assez technique sur bien des points et va multiplier les références sans jamais évoquer directement de véritables éléments liés aux productions ayant vu le jour. Au fil des chapitres, j’ai été profondément touché par les messages véhiculés par le manga qui montre à quel point la fiction peut-être essentielle pour chacun d’entre nous. C’est encore plus vrai quand on se penche sur le protagoniste de cette histoire qui nous est présenté comme une coquille vide n’ayant pas réellement d’attache et enchaînant les petits boulots à son âge. La seule chose qui fait briller ses yeux est de parler de ces œuvres et figures imaginaires qui sont, à ses yeux, le reflet de sujets bien réels ayant frappé le monde ou la société japonaise. Et c’est ça qui est génial étant donné que plus on progresse dans le récit et plus on nous montre la réalité derrière cette industrie. Il ne s’agit pas uniquement de Kaijus ou de super-héros venant sauver les innocents dans des costumes colorés. Il peut y avoir des messages bien plus profonds et tragiques derrière la création de ces monstres et héros. Crise environnementale, la guerre, le sacrifice ou des blessures plus personnelles peuvent être à l’origine de ces figures cultes qui sont là pour divertir. Il est question ici de ce que l’imaginaire peut créer et transmettre à travers des expériences personnelles, des contextes historiques et des angoisses bien réelles. Un remarquable travail qui pousse à la réflexion au fur et à mesure qu’on en apprend plus sur le tokusatsu tout en donnant une profondeur remarquable à cette aventure.

S’attaquer au Tokusatsu peut être quelque chose de compliqué en dehors du Japon étant donné que c’est quelque chose qui nous paraît assez loin, même si cela fait partie intégrante de la culture pop japonaise. Mais là où je trouve que Gekikô Kamen s’en sort très bien dans ce premier volume, c’est de montrer la passion de l’auteur pour ce genre. Il n’est pas question, en tout cas pas tout de suite, de nous proposer un récit où vont débarquer de vrais super-héros. On parle surtout ici de personnages humains et parfois accablés par la réalité terne du monde qui se souviennent avec nostalgie de cette époque où ces œuvres parvenaient à les faire rêver.

Gekikô Kamen enfile son armure

Oui, Gekikô Kamen est une lecture qui peut paraître spéciale de prime abord et qui pourra en rebuter certains du fait du thème loin d’être le plus connu chez nous. Pourtant, il serait dommage de ne pas laisser sa chance à cette tranche de vie qui a un message qui peut résonner en beaucoup d’entre nous. Si l’on prend ici le point de vue du Tokusatsu, on peut finalement l’appliquer à toute forme d’art et c’est remarquable d’avoir su mettre en scène une telle ode à la créativité et l’imaginaire. La fiction est présentée comme essentielle dans le développement de chacun. Ceux qui la façonnent peuvent ainsi extérioriser ce qu’ils ont vécu, leurs angoisses, inspirations et rêves pour le futur. Tandis que ceux qui suivent ces divertissements avec des yeux innocents peuvent façonner leur propre créativité au contact de tout ça tout en prenant conscience de la symbolique des histoires qu’ils observent. Mais en plus de ça, le titre arrive aussi à conserver une part de mystère et des zones d’ombre pouvant faire basculer ce récit dans un tout autre genre. C’est notamment le cas autour de notre protagoniste, de son attitude et de son regard sur le monde. La porte reste ouverte pour que l’auteur puisse ensuite s’éclater, mais en l’état, cette introduction est, à mes yeux, une formidable lettre d’amour à cet art. On sent que ça lui tient à cœur et qu’il est possible de se projeter aisément en ces personnages qui ont grandi et perdu ce lien avec la fiction pour finalement la retrouver le temps d’une soirée.

Je me suis étonné à adorer cette histoire qui a su me convaincre et surtout parler de thèmes qui résonnent fortement en moi au-delà du Tokusatsu. D’ailleurs, il y aurait énormément à traiter dès ce premier volume assez dense, car on évoque aussi le passage à l’âge adulte, notre rapport à l’imaginaire, la complexité de jongler entre un monde souvent terne et un imaginaire riche, mais irréaliste. Un manga qui sert à partager la passion d’un homme et qui va réussir, le temps de quelques minutes, à nous plonger dans cet univers qui a pu le façonner depuis son plus jeune âge. C’est pour ça que même si on est pas familier avec ce sujet et qu’on peut être un peu déboussolé au début, le titre a cette faculté à nous faire continuer pour que finalement on puisse entrevoir le puissant message derrière tout ça. C’est pour ça que je recommande cette découverte qui, à mes yeux, a été une agréable surprise et peut parler à beaucoup même si le Tokusatsu nous semble très loin. N’hésitez pas à lui donner sa chance. Evidemment, j’ai quelques questions en tête qui me viennent suite à cette lecture. Est-ce que l’on va rester dans cette approche slice of life ou bien partir sur quelque chose de plus surnaturel par la suite ? Va-t-on développer chaque personnage de ce groupe d’amis et voir leur rapport avec cet art ? Vont-ils renouer avec celui-ci ou bien se détourner complètement pour mener leur vie d’adulte ? Qu’est-ce que peut bien cacher Jissôji par rapport à sa nature si particulière ? Je serais au rendez-vous pour la suite !

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Gekikô Kamen. Trouvez-vous que le thème abordé est bien amené et permet de mieux se familiariser avec le tokusatsu ? Est-ce que cela vous a permis de découvrir de nouvelles choses autour de ce domaine et de tout ce qui en découle ? Le manga est-il parvenu, à travers ce premier volume, à vous raconter l’importance que peut revêtir ces figures de fiction dans l’imaginaire ? Cette introduction est-elle, à vos yeux, une ode à la créativité ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.




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