Pourquoi j’aime #53 : En selle Sakamichi
Il est déjà temps de vous proposer un nouveau numéro de “Pourquoi j’aime”. Pour cette fois, je me suis dit que j’allais me tourner vers le genre du manga de sport. Il faut dire que dans ce domaine, on a le droit à de sacrées pépites. Et s’il me reste encore pas mal de grands classiques à vous parler, j’avais envie d’aborder aujourd’hui un titre qui est excellent, mais qui, en même temps, n’est pas forcément celui qui est le plus cité. Je veux bien sûr parler de “En selle Sakamichi” aux éditions Kurokawa. Si ce nom résonne quand même fortement, c’est surtout grâce à son adaptation anime qui regroupe déjà pas mal de saisons. Mais le matériau de base a énormément à nous offrir que ce soit au niveau du traitement du cyclisme que de ses personnages incroyables. Nous voilà face à un très bon exemple de série qui a le don de nous faire adhérer à la discipline traitée même quand on n’a pas forcément d’intérêt pour celle-ci. Parmi la longue liste d’œuvres sportives, celle-ci est clairement dans le haut du panier et il est grand temps que je vous dise pourquoi. Préparez-vous à faire la connaissance d’un jeune homme qui n’aurait jamais pensé prendre cette voie.
Un protagoniste auquel on peut s’identifier
Ce qui fait, en premier lieu, l’attrait pour En selle Sakamichi réside, à mon sens, dans son protagoniste. Le personnage central qui nous est présenté n’est en rien quelqu’un d’extraordinaire. Au contraire, il est l’archétype de l’otaku qui veut surtout rester dans son coin et ne cherche pas forcément à briller aux yeux des autres. Sa seule particularité est son incroyable talent sur un vélo du fait du chemin qu’il parcourt constamment pour rejoindre Akihabara dans le seul but de trouver de nouveaux objets à ajouter à ses collections. On voit donc ici un protagoniste passionné et pourtant loin de l’image du sportif que l’on pourrait s’attendre au départ. Il n’est pas rare dans les mangas de sport d’avoir un héros qui semble en totale opposition avec l’image que l’on se fait d’un athlète. Mais là où cette série arrive à apporter un petit plus, c’est justement dans le fait que ce lycéen pourrait littéralement être n’importe qui. Un être auquel on peut s’identifier qui a simplement su avoir une prédisposition pour ce sport malgré lui en vivant sa passion. Oui, il est présenté comme quelqu’un de réservé, timide et ayant du mal à s’ouvrir aux autres. Mais c’est finalement quelque chose que l’on peut tous connaître et c’est plaisant de voir que derrière les tropes de son personnage se cache une écriture bien plus profonde qu’il n’y paraît. A aucun moment il n’y a de jugement autour de sa personnalité ou bien de ses hobbies. Au contraire même, ces derniers vont même amener une certaine originalité à son personnage autant dans la vie de tous les jours que sur un vélo. Et finalement, on va assister à la naissance non pas d’un cycliste remarquable d’entrée de jeu, mais d’un coéquipier sur lequel ses nouveaux amis peuvent compter tout en l’acceptant comme il est.
Des courses haletantes
Un autre point essentiel à traiter quand on parle de En selle Sakamichi concerne évidemment le cyclisme en lui-même. Et c’est notamment par rapport aux compétitions proposées que le titre va grandement se démarquer. Les courses sont le cœur battant du manga, avec des montées légendaires dessinées comme de véritables batailles entre les différentes équipes. Watanabe excelle dans la visualisation du mouvement : transfert de poids, cadence folle, sueur qui vole, muscles qui tremblent, stratégies tactiques (économie d’énergie, drafting, attaques en danseuse). On voit à quel point il y a un travail de recherche qui a été fait pour coller au mieux à cette discipline tout en ressentant la passion du mangaka pour celle-ci. Les doubles pages explosent de dynamisme – vue depuis le guidon, plans subjectifs, ralentis sur les pédales – rendant chaque sprint et chaque ascension viscérale. Le style de l’auteur amplifie aussi les émotions des coureurs : visages déformés par l’effort, regards déterminés, larmes de rage ou de joie. Même en tant que néophyte dans le domaine, on ne peut s’empêcher d’être pris dans l’effervescence de ces événements. On retrouve dans ce manga ce qui fait toute la force de ce genre et surtout la qualité des grandes œuvres de ce style. Nous ne sommes pas juste spectateurs de ces moments sportifs de haute volée. On est tellement pris par ce qui se passe que l’on a l’impression d’observer chaque scène comme si on était aux abords de la route. Le lecteur n’a alors qu’une envie qui est d’encourager ces étudiants à se surpasser pour décrocher la victoire. Une discipline magnifiquement représentée et qui ne peut nous laisser de marbre tant on est derrière cette team que l’on va accompagner tout au long de leur parcours au sein de ces circuits souvent éreintants.
Une équipe que l’on veut soutenir
Le club dont on va suivre les aventures tout au long du manga fait clairement partie des points forts du manga. En très peu de temps, ce rassemblement devient une vraie bande d’amis où chacun va trouver sa place au sein de cette équipe. En fait, ce qui est génial c’est que chaque membre arrive à se distinguer tout en étant complémentaire par rapport aux autres. C’est là que l’on voit à quel point l’auteur a non seulement voulu créer un groupe où chacun peut apporter ses aptitudes sur le terrain que donner vie à des personnages pour lesquels on va avoir de la sympathie. Et même si Onoda va avoir du mal à se faire à son nouvel environnement, on se rend compte que derrière les entraînements et les échanges avec ses aînés se cache en réalité une volonté de l’intégrer à cette ambiance qui règne au sein du club. Car oui, au-delà d’être simplement un groupe qui va se réunir pour avancer dans le domaine du cyclisme lycéen, on va avoir le sentiment de faire face à une bande d’amis où chacun va s’épanouir au contact des autres. C’est le cas pour notre protagoniste, mais sa venue va aussi permettre à certaines personnes de grandir, de s’améliorer et de rire de nouveau. On est autant heureux de les voir filer à toute allure sur leur vélo que de suivre leur quotidien en dehors des circuits. Un lien presque fraternel se tisse entre eux et cela réchauffe le cœur de voir un tel endroit devenir un cocon pour ces individus hauts en couleur et si humains dans leurs interactions. Sans oublier aussi la relation mentor – élève qui va se construire entre les aînés du club et les nouveaux venus. On voit la volonté non seulement d’enseigner le cyclisme à ces jeunes arrivants que de transmettre leur passion à ceux qui découvrent ce sport.
La folle progression de Sakamichi
Impossible de parler de En selle Sakamichi sans évoquer ce point qui est une des pierres angulaires du manga. Onoda n’est pas un génie inné : il est avant tout un otaku qui ne connaît rien à cette discipline et n’a même aucune capacité inhérente si ce n’est son endurance après ses nombreux trajets. Son ascension est graduelle et crédible – découverte du club, premier vrai vélo, entraînements infernaux, premières victoires douloureuses. Il apprend à gérer la fatigue, à assimiler les nombreuses stratégies, à se confronter à ses peurs, tout en restant fidèle à sa personnalité douce et enthousiaste. Au sein de ces pages, c’est l’effort, la persévérance et l’amitié qui le font progresser. Il est un véritable modèle montrant que n’importe qui peut réussir de grandes choses s’il persévère et est déterminé à progresser. Oui, il y a des moments où la défaite est là et la douleur de l’échec aussi. Il y a des moments de doute et des instants où il se demande s’il a vraiment choisi la bonne voie. Mais malgré ça, il continue d’avancer pas à pas, que ce soit de sa volonté propre ou grâce au soutien de ses camarades. On le voit prendre son envol d’une façon tellement brillante que l’on savoure chacune de ces étapes qui vont faire de lui un cycliste accompli. Et surtout, on sent son amour du vélo. Il ne s’agit pas ici de courir pour décrocher un prix, mais de simplement pédaler vers des sentiers qu’il ne connaît pas forcément. Onoda est mémorable, car il est sincère dans ce qu’il nous raconte. Un adolescent qui se retrouve embarqué dans cette folle aventure sportive, mais qui finalement va surtout vivre une épopée humaine incroyable. Un développement qui est pensé sur le long terme et qui rend l’écriture de ce personnage absolument fabuleuse.
Hommage remarquable pour cette discipline
Il est déjà l’heure de clore cette chronique et j’avais envie de parler de ce qui est aussi au centre de cette saga : le cyclisme. Si j’ai évoqué un peu plus haut le travail remarquable qui a été fait au niveau des courses, ce n’est pas l’unique point où ce sport est mis en avant. En Selle, Sakamichi ! est une véritable lettre d’amour au cyclisme : respect des règles, références à des courses réelles, une physique durant les échappées réaliste et surtout un hommage à l’effort propre à cette discipline. Mais au-delà, c’est un message puissant sur la persévérance, l’acceptation de soi et la joie de se dépasser qui nous est offert. Notre héros, installé initialement comme un adolescent banal, va construire progressivement sa légende dans le milieu. De par sa détermination il prouve que tout le monde peut briller avec passion et travail. Le manga va ainsi se concentrer énormément autour de valeurs positives telles que l’amitié, le respect des rivaux et le plaisir du sport. Et c’est là que l’on se rend compte à quel point une passion peut être contagieuse. On ressort de chaque tome avec l’envie d’en voir plus tout en ayant appris énormément sur le cyclisme. Sans jamais tomber dans une narration alourdie par énormément d’éléments techniques, l’ensemble se veut fluide et agréable à suivre. Chaque volume nous permet d’assimiler cet univers qui peut nous sembler lointain et ainsi apprendre, progressivement, ce qui fait toute la puissance de ce sport. Et même au-delà de ça, l’auteur montre aussi la beauté qu’il peut y avoir à simplement se laisser porter par le vent sur son vélo et d’observer ce qui nous entoure. Une ode à ce transport qui nous offre un sentiment de liberté. Une série que je recommande chaudement même si vous n’êtes pas un adepte de ce sport.

