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Itsuya la souffleuse de miracles

Dans le monde du manga, il y a des artistes dont on reconnaît immédiatement la patte graphique, mais aussi leur manière d’écrire leur histoire. Cela peut s’exprimer à travers des éléments qui se répètent d’une œuvre à l’autre ou même d’une atmosphère assez similaire. Une sorte de signature qui fait que l’on va avoir le sentiment de retrouver une ambiance qui nous plaît et nous a marqués par le passé. Si j’évoque ça, c’est parce qu’aujourd’hui je vais vous parler d’un très bon exemple de cette sensation. Il s’agit de “Itsuya la souffleuse de miracles” qui a fait son apparition au catalogue Noeve Grafx à travers les deux tomes composant l’ensemble de son récit. Rien qu’en posant les yeux sur les covers, on peut tout de suite reconnaître le style si spécifique de Mizu Sahara. Une artiste remarquable dont bon nombre de ses séries sont arrivées en France comme A Tail’s Tale chez le même éditeur. Ce qui m’a donné envie de découvrir cette histoire, outre son synopsis, est justement parce que j’aime la manière dont la mangaka raconte ses récits et la poésie qui en découle. Et je dois dire que cette nouvelle aventure ne déroge pas à la règle, car même en aussi peu de temps, elle arrive à nous offrir une émouvante épopée.

Une nouvelle enseignante surprenante

En s’attardant sur son synopsis, on se rend rapidement compte que “Itsuya la souffleuse de miracles” va amener une dose de fantastique dans un quotidien bien réel. Et c’est là que l’autrice brille grandement, car elle ne fait jamais en sorte que ces éléments surnaturels empiètent sur la réalité. Au contraire, ils vont servir à mettre en avant des problématiques bien concrètes tout en y amenant une douceur dont elle a le secret. C’est exactement ce que l’on va retrouver au sein de ces pages avec une histoire qui va nous faire vibrer, nous émouvoir et aussi nous faire réfléchir sur nous et nos proches.

Un simple dessin peut représenter un espoir

Je peux le dire tout de suite, Itsuya la souffleuse de miracles représente tellement le style si unique de Mizu Sahara. Dès les premières pages, le trait de l’autrice s’exprime à merveille pour nous dépeindre une tranche de vie loin d’être réjouissante. On nous montre un jeune homme tourmenté par l’état de santé de sa grand-mère qui est, à ses yeux, la seule famille qui lui reste. On va alors rapidement se prendre de sympathie pour ce personnage qui, même s’il peut avoir un comportement brusque, n’est en réalité qu’un étudiant perdu se rattachant à la seule personne qui lui reste en sachant pertinemment que l’état de santé de cette dernière se dégrade. C’est là qu’arrive Itsuya, cette enseignante remplaçante, qui va tout de suite retenir notre attention. Après tout, elle est présentée comme prof d’arts plastiques, mais elle ne semble avoir aucun talent en la matière. Mais cette rencontre va permettre d’en apprendre plus sur les trois protagonistes qui vont être au centre de cette histoire. Et en réalité, chaque nouveau chapitre est l’occasion de mieux les cerner et surtout de comprendre que derrière leur attitude de tous les jours se cache en réalité une profonde détresse. Là encore, on ressent tout le talent de la mangaka dans cette écriture qui mêle une certaine mélancolie, des traumas bien ancrés dans ses personnages et surtout le combat que c’est que d’aller de l’avant. C’est exactement ce que nous raconte ce manga qui dégage une poésie remarquable et surtout une détresse à laquelle on ne peut rester insensible.

Une œuvre qui prend le temps de nous exposer les failles du trio que l’on va suivre et surtout prendre conscience de ce qu’il y a réellement en jeu. Oui, on va souvent voir notre protagoniste s’énerver ou exprimer sa frustration, mais c’est parce qu’il a toujours eu le sentiment de devoir se débrouiller seul. Il est question ici de pouvoir faire confiance aux autres et surtout de ne pas être retenu par le passé. Je trouve que l’autrice réussit à traiter de ce sujet souvent compliquée ou difficile avec cette douceur qui caractérise tant son style. On va les voir se reconstruire progressivement non pas seul, mais ensemble. Et d’ailleurs, le principal rebondissement qu’il va y avoir autour de cette histoire est surprenant et en même temps si symbolique de ce désespoir que l’on peut ressentir quand on se sent isolé, perdu et sans personne pour nous entourer. Voilà une tranche de vie où le fantastique vient sublimer justement ces instants précieux que l’on peut partager avec ceux qui nous sont proches, mais aussi chérir le souvenir de ceux qui ne sont plus là. Oui, il faut préserver leur mémoire, mais sans être bloqué ou hanté par ceux qui ne sont plus là. D’ailleurs, sa conclusion montre très bien ça en parvenant à nous créer un final poignant, simple et pourtant si précieux. Car on nous montre ici une épreuve de la vie qui peut être terrible pour n’importe qui et où c’est finalement grâce à une main tendue que l’on peut aller de l’avant. Une très belle fable qui peut résonner chez n’importe quel lecteur.

Il y a des œuvres qui n’ont pas besoin de beaucoup de pages pour nous émouvoir. C’est exactement le cas ici avec Itsuya la souffleuse de miracles. On a le droit à une histoire solide en seulement deux tomes qui parvient à nous délivrer des messages importants et forts autour de la famille et de la complexité de tourner la page. Un manga qui sait comment toucher la corde sensible tout en proposant des personnages profondément humains. Le genre d’expérience littéraire où il est très difficile de rester insensible tant on peut se transposer à la place de ces individus qui forment le cœur du récit.

Itsuya la souffleuse de miracles nous laisse un souvenir indélébile

Voilà typiquement le genre de récit qui me touche personnellement. Mizu Sahara a une vraie capacité à exprimer les émotions humaines tout en y apportant cette douceur qui caractérise l’ensemble de ses œuvres. Itsuya la souffleuse de miracles peut nous interpeller au départ, car on n’a pas vraiment de fil rouge à proprement parler. Mais c’est aussi ce qui fait que l’on va autant être attiré par tout ce qui tourne autour de ce garçon et de ses proches. Avec une précision chirurgicale, la mangaka va mettre à nu tout ce qu’il peut ressentir et nous faire ouvrir les yeux sur ce qui se cache derrière cette persuasion de pouvoir s’en sortir seul. On le voit refuser bon nombre de mains tendues non pas par fierté, mais tout simplement parce qu’il ne veut pas faire endurer des souffrances aux autres qu’il a lui-même pu connaître. En cela, sa relation avec sa grand-mère est une excellente représentation de tout ça. A la fois touchante et déchirante, on nous rappelle l’importance de chérir ces moments passés avec ceux que l’on aime et d’aider ceux qui se sentent isolés dans un monde qui peut se montrer implacable envers ceux qui ont un moment de faiblesse. Pour moi, ce manga aura été une toile où, en l’observant, je suis passé par tout un tas d’émotions. J’ai été ému aux larmes par moment, j’ai partagé la souffrance de ces gens et j’ai aussi été heureux de les voir se relever pour retrouver goût à la vie. Car c’est avant tout une lettre d’espoir que nous délivre cette faiseuse de miracles qui a beau ne pas savoir dessiner parvient pourtant toujours à nous mettre des étoiles dans les yeux.

C’est donc encore un très beau succès du côté de Mizu Sahara pour ma part. Un très beau coup de cœur qui parvient facilement à traiter de tout ce qu’il souhaite au cours de ces deux volumes. Une œuvre dont j’ai apprécié la manière qu’elle avait d’utiliser ces “miracles” pour finalement mettre à l’honneur l’humain avant tout. On parle ici avec brio de la famille, des liens qu’on tisse, de la solitude, de la mort et de l’angoisse qui en découle. Malgré toute la difficulté à traiter de sujets aussi graves, la mangaka parvient toujours à créer un récit qui ne tombe jamais dans le drame pur et simple. Au contraire, il va être question d’espoir et de renaissance pour ces personnages qui n’avaient pas vraiment d’attentes ou de grands rêves pour leur avenir. C’est finalement à travers cette enseignante et quelques dessins de sa part qu’ils vont entamer leur importante introspection. Si vous avez aimé les autres séries de l’autrice et que vous voulez une histoire courte et touchante alors n’hésitez pas. Évidemment, aucune question étant donné que tout se termine déjà pour nos protagonistes. Et finalement, tout est si bien amené que l’on ne peut avoir d’interrogations sur le futur de ces derniers. On referme l’ouvrage en étant tout simplement heureux pour eux tout en faisant aussi notre propre bilan sur notre vie. Une remarquable épopée humaine où j’ai vibré au contact de ces étudiants qui sont bloqués entre passé et avenir.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant Itsuya la souffleuse de miracles. Trouvez-vous que la mangaka arrive encore à parler avec brio de sujets touchants ? Appréciez-vous tout ce qu’elle arrive à transmettre à travers ce “don” par le dessin ? Avez-vous ressenti de la sympathie pour les personnages rencontrés durant ces deux volumes ? Pensez-vous que le titre aurait pu aller plus loin ou bien que tout a pu être raconté au sein de ces chapitres ? Avez-vous été touché par les thématiques abordées ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

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