Pourquoi j’aime #58 : Beelzebub
C’est devenu un rendez-vous immanquable sur le site et j’avais envie de vous parler aujourd’hui d’une série qui me tient particulièrement à cœur. Voilà aussi une des raisons qui m’ont poussé à faire “Pourquoi j’aime”. C’est l’occasion pour moi de me poser quelques instants afin de vous parler de ces mangas qui m’ont profondément marqué au fil des années. Et comme l’auteur en question va bientôt être à nouveau sur le devant de la scène chez Ki-oon je me suis dit que c’était le moment propice pour parler de sa série emblématique. Il s’agit bien sûr de Beelzebub, édité à l’époque chez Kazé, de Ryuhei Tamura. Si de nos jours, le titre a malencontreusement disparu des discussions, à sa sortie ce fut un sacré phénomène. Mais pour moi, cela a surtout été une rencontre remarquable avec la créativité délirante de cet auteur qui a toujours à coeur de proposer des histoires aussi loufoques que divertissantes. Il faut dire aussi que cette aventure a énormément de qualités dont je me devais de parler d’une façon ou d’une autre. Je vous invite donc, le temps de quelques minutes, à retrouver ce duo improbable et tellement balèze.
Un humour inoubliable

Pour bien commencer, il est impensable de parler de notre sujet du jour sans évoquer l’aspect comique de l’œuvre. Beelzebub excelle par son humour complètement barré et imprévisible, mélangeant comédie de situation, gags visuels et comique de répétition qui deviennent cultes. Tatsumi Oga, le délinquant le plus fort et le plus cool du bahut, se retrouve à élever Beel, l’héritier du roi des démons : un bébé nu qui bave du poison, adore les explosions et pleure quand Oga s’éloigne. Les situations absurdes s’enchaînent à travers des personnages tous plus barrés les uns que les autres. Oga qui ne cesse de se bastonner pour n’importe quelle raison, Hilda la maid démoniaque ultra-sérieuse face au chaos, Furuichi le lâche qui va enchaîner les running gags. Tant de persos qui vont contribuer à l’ambiance légère et loufoque du manga. Le ton est léger, auto-dérisoire et souvent hilarant, avec des chapitres entiers dédiés à du comique. Et ce n’est pas pour rien, car l’humour est l’un des piliers de l’imaginaire du mangaka. On le voit très bien à travers cette série où il ne cherche pas seulement à nous offrir un bon divertissement. Il est avant tout question de proposer une histoire où chaque chapitre est capable de nous faire décrocher un sourire. Et c’est un pari plus que réussi qui montre surtout l’ingéniosité du mangaka pour se renouveler sans cesse dans les gags proposés. Il arrive, tout au long des tomes, à maintenir cet amusement qui lui est si précieux. Oui il y a de l’action, des moments pouvant être plus touchants et des arcs plus sérieux, mais avant tout nous voilà face à un manga qui joue à fond la carte du grand délire. Et ça fait du bien de plonger dans une histoire où l’on ne sait jamais quelles idioties vont surgir pour rythmer le quotidien de ces personnages.
Un tandem électrique

Un autre point qui est obligatoire d’évoquer quand on parle de Beelzebub est son tandem principal. Tatsumi Oga est l’un des protagonistes les plus improbables que l’on puisse voir dans ce type de récit : violent, arrogant, respecté par tous les délinquants, mais forcé de s’occuper d’un bébé démoniaque qui le suit partout. Son contraste est génial : il est le « plus fort et le plus cool » mais panique quand Baby Beel pleure ou quand Hilda le sermonne. Son évolution est d’ailleurs très subtile et loin de le cantonner à cette image que l’on a de lui au départ. De voyou solitaire il passe à protecteur malgré lui, apprenant ce que c’est que d’être responsable via ce « fils adoptif » dont il a la charge. Baby Beel lui-même est un personnage clé de cette aventure et non uniquement un bambin démoniaque. A la fois adorable et terrifiant, ce bébé nu ne peut communiquer qu’à travers des gazouillis et explosions. Et malgré le fait de se retrouver dans un monde qui n’est pas le sien, il va réussir à s’accrocher en prenant Oga comme la figure paternelle qui va veiller sur lui. Un duo père-fils improbable, qui apporte tendresse et chaos dans cette œuvre si colorée. Oga reste fidèle à son caractère : il ne change pas pour devenir « gentil », mais grandit par les circonstances. C’est un anti-héros charismatique et hilarant qui vient justement apporter quelque chose d’assez inédit au milieu de tous les autres titres du même genre. Ce qui fait que même s’il est celui qui va le plus souvent être dans le feu de l’action, cette histoire est avant tout celle de ce binôme qui fut créé par la force des choses pour finalement se transformer en une véritable famille. Un lien qui dépasse celui du sang et qui va autant nous faire mourir de rire que nous offrir un duo qui va rester en mémoire un très long moment. Nous ne sommes pas juste face à deux êtres totalement barrés. Chacun va réussir à apporter quelque chose à l’autre.
Des affrontements aussi drôles qu’épiques

Evidemment, Beelzebub ne se limite pas uniquement à l’humour ou bien son tandem principal. Le titre a bon nombre d’autres qualités dont notamment son action. Après tout, on suit tout de même Oga, le lycéen que tout le monde considère comme un vrai démon et qui prend un malin plaisir à se battre. On nous donne clairement le ton dès le début du manga et c’est déjà grisant d’avoir un personnage principal qui veut absolument tout régler par la force de ses poings. Au vu du nom qu’il s’est fait, on a cette envie de voir s’il est à la hauteur de sa réputation surtout au vu de l’environnement dans lequel il évolue. Et on peut dire que l’on est clairement servi à ce niveau. Ce qui est bien, c’est que, dans un premier temps, l’aspect fantastique va surtout se limiter, dans les combats, aux facultés de Beel qui va, par moment, intervenir. Cela vient encore plus appuyer le côté monstrueux de notre protagoniste auprès de ses camarades. Ce qui fait que l’on a ce “démon” d’Oga qui va se frotter aux plus puissants voyous du bahut. On retrouve un aspect furyô plus que réussi dans toute cette approche et qui va donner lieu à des affrontements endiablés pour savoir qui règne sur l’école. Les combats en eux-même sont captivants, car on n’est pas juste dans ce stéréotype du protagoniste qui va mettre une seconde pour vaincre tout le monde. Au contraire, il y a tout de même des défis de taille qui vont se dresser sur sa route. Et plus on progresse dans le récit et plus la partie démoniaque va envahir ces confrontations pour donner lieu à des affiches spectaculaires où les attaques surnaturelles et exagérées vont pleuvoir. Le manga embrasse cette surenchère et il le fait très bien, car c’est juste un bonheur que d’enchaîner les pages et d’en prendre plein les yeux à chaque mêlée qui se dessine devant nous. Surtout qu’il n’y a pas qu’Oga qui est mis à l’honneur dans le feu de l’action. Les nombreux compagnons qui vont le rejoindre vont aussi avoir leur moment de gloire et cela donne toute une bande aussi givrée que charismatique qui va nous offrir des chocs inoubliables.
Un casting tout aussi loufoque

Si j’ai pu évoquer un peu plus haut à quel point Oga et Beel étaient fantastiques tout au long de Beelzebub, il ne faut pas mettre de côté les autres acteurs du récit. La galerie de personnages est à la fois riche et hilarante. Je pourrais évidemment citer Hilda, la maid démoniaque ultra-compétente qui est entièrement dévouée à son maître et qui va causer bien des tracas à Oga. Impossible aussi de ne pas parler de Furuichi, le meilleur ami de notre cher Oga qui est loin d’être similaire à ce dernier. Lâche et préférant éviter toute source de stress, il va être l’instigateur de nombreux gags le plus souvent à ses dépens. Il y en a tellement d’autres qui vont venir graviter autour de nos protagonistes. Et surtout ils s’inscrivent dans une évolution réussie de l’univers de ce manga. On commence simplement avec des étudiants qui vont surtout, pour la plupart, être des voyous cherchant à abattre Oga. Mais plus on progresse dans les tomes et plus on va faire la connaissance d’autres entités démoniaques qui vont mettre leur grain de sel dans le quotidien de notre tandem. Chaque personnage a sa personnalité propre et contribue à ce chaos si savoureux. Entre les bastons de groupe, les alliances improbables, les rivalités comiques, il y a constamment quelque chose qui va naître de l’apparition d’une nouvelle figure au sein de cette lecture. Le manga finit même par élargir cette “famille” composée d’Oga et Baby Beel pour accepter tous ceux qui vont sympathiser avec eux. En outre, on a aussi le droit à des moments très forts soulignant l’amitié grandissante entre notre anti-héros et ses comparses qui renforce l’appréciation générale pour l’ensemble du casting. On débute Beelzebub pour l’humour autour de ce tandem pour finalement apprécier cette bande qui se forme et qui fait face à tous les dangers.
Un cocktail maîtrisé

Pour bien conclure ce “Pourquoi j’aime” dédié à ce titre, je me dois de faire un point global sur l’ensemble de l’œuvre. Beelzebub équilibre idéalement comédie absurde, bastons intenses et moments émouvants. En fait, tout s’emboîte parfaitement pour créer un divertissement à la hauteur de nos attentes. Car oui, l’auteur sait parfaitement où il va et parvient surtout à créer une épopée qui est juste savoureuse à suivre. Si l’on commence cette lecture en rigolant de bon cœur, on revient à chaque tome comme si on avait le sentiment de retrouver de vieux amis avec qui on s’éclate. Le fantastique autour des démons est travaillé avec un lore intéressant, mais tout ça est au service d’un aspect ludique rapide. Et l’artiste parvient à distiller, au milieu de tous ces gags et affrontements, des instants beaucoup plus touchants où l’on voit les liens qui se sont tissés depuis le début de cette épopée. Ce qui commence comme une adorable farce finit par devenir une histoire où l’on s’attache profondément aux personnages. Ils sont loin d’être des modèles de vertus ou même des figures héroïques, mais ce sont des individus qui savent comment nous faire passer un bon moment. Leurs idioties font quasiment toujours mouche et on prend juste du plaisir à suivre leurs péripéties. C’est justement, pour moi, la plus belle qualité de cette série que de réussir à combiner toutes ces facettes pour donner vie à un manga sans prise de tête et pourtant loin d’être idiot. Nous sommes ici face à l’essence même de ce que le manga est : un divertissement qui nous permet de nous évader le temps de quelques minutes. Et cela passe dans Beelzebub par l’humour, la comédie, l’action, l’amitié et ce lien presque familial entre nos deux protagonistes. Un dosage plus que réussi qui fait que même aujourd’hui, c’est toujours un petit bonheur que d’en faire une relecture.

