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Pourquoi j’aime – PJ #24 : The Blue Flowers and the Ceramic Forest

Et voilà une nouvelle journée qui débute et pour bien commencer celle-ci, je vous propose de nous retrouver pour un numéro de “Pourquoi j’aime”. Cette fois, j’avais envie de partir vers d’autres horizons au niveau du manga en parlant d’un titre aussi touchant que reposant. Il nous provient de chez Mangetsu et il s’agit de “The Blue Flowers and the Ceramic Forest”. Derrière ce titre on retrouve la talentueuse Yuki Kodama et il fallait que j’en parle à un moment ou à un autre tant cette œuvre a su m’enchanter dès ses débuts. Il faut dire que la mangaka a un talent fou pour écrire des relations aussi belles que difficiles et dans des contextes particulièrement rares sur le marché. Car oui, comme le dit si bien le titre de cette série, on plonge dans le monde de la céramique pour une tranche de vie qui a ce don de nous toucher par la sincérité qui se dégage de ces pages. Après avoir adoré sa précédente œuvre, cette remarquable artiste a encore fait mouche et il est grand temps que je vous dise les cinq raisons qui me font aimer cette histoire.

A la découverte du monde de la céramique japonaise

The Blue Flowers and The Ceramic Forest

Le premier point qu’il me faut aborder concerne avant tout ce qui fait l’une des originalités de la série. « The Blue Flowers and the Ceramic Forest » se distingue par son cadre unique et détaillé autour de l’art de la céramique à Hasami, une petite ville japonaise réputée pour sa production de porcelaines. Il est vrai que pour certains, cela peut sembler peu attrayant ou être un sujet qui n’évoque que peu de choses pour les lecteurs. Et pourtant, la mangaka, Yuki Kodama, réussit à nous intéresser au quotidien de cet atelier où chaque étape de la création de ces objets est abordée. Rien n’est mis à l’écart et on ressent le désir de cette autrice de nous plonger complètement dans cet art qui est trop peu mis en avant. Ainsi, on va observer tout ce qui forme le travail de ces artisans, depuis la préparation de l’argile jusqu’à la peinture des motifs sur les pièces finies et qui se doit d’être d’une précision chirurgicale. Et quand on se penche sur la série, on se surprend à être envoûté par tous ces efforts du quotidien pour créer de magnifiques pièces. C’est là que réside pour moi la première grande qualité du manga. Nous ne sommes pas uniquement dans une histoire qui va se concentrer sur la relation naissante entre nos deux protagonistes. Il y a une volonté de mettre sous le feu des projecteurs tout ce savoir-faire et d’intéresser les lecteurs. Le pari est totalement réussi tant la mangaka se donne cœur et âme pour retranscrire toute la beauté de ce métier, mais aussi du travail d’équipe de ces gens qui nous témoignent de leur art. On ne peut qu’être admiratif de cette force qui se dégage d’eux dans cette volonté de créer ainsi que de la beauté qui se dégage du résultat final quand on voit un objet prendre forme. Et finalement, on est comme un gosse à contempler tout ce processus pour voir ce que le rendu final donnera.


Deux êtres brillant par leur alchimie

The Blue Flowers and the Ceramic Forest Vol.2

Evidemment, je ne peux pas parler de “The Blue Flowers and the Ceramic Forest” sans évoquer le binôme qui va être au centre de l’histoire. Ce qui est intéressant à noter est que l’autrice va admirablement bien jouer sur le contraste au sein de ce tandem. D’un côté, on a Aoko, peintre sur porcelaine passionnée, qui se montre assez pétillante et pleine de vie. De l’autre, Tatsuki, nouveau venu qui a déjà fait ses armes en Europe, est tout son contraire. Taciturne et particulièrement distant, il est totalement focalisé sur son travail et ne semble pas chercher plus que ça le contact humain. Pourtant, les événements vont faire que les deux vont se rapprocher. Nos protagonistes présentent alors une dynamique complexe et mature qui évolue au fil des volumes pour donner lieu à une romance à la fois sincère et difficile. Initialement, on les dépeint comme des opposés ayant chacun leur vision du travail de la céramique. Mais au fil du temps, chacun apprend à connaître l’autre et les barrières entre eux volent progressivement en éclats. On nous montre ainsi la complexité des rapports humains, l’importance d’apprendre à connaître l’autre, mais aussi à quel point un amour naissant peut se montrer difficile à faire fleurir surtout à l’âge adulte.  On nous montre tout au long du manga une vision sincère et réaliste de cette vie d’adulte qui est jonchée d’épreuves en tout genre et à quel point le passé peut jouer sur le futur. Là où dans les romances scolaires, on nous raconte les premiers cris du cœur, ici c’est l’expérience qui va parler. La passion laisse place surtout à une volonté de profiter de l’instant présent tout en se confrontant aux fantômes du passé. Et Kodama joue admirablement bien sur tous ses tableaux pour écrire deux personnages qui, malgré ce quotidien paisible et heureux, doivent aussi faire face à leurs propres cicatrices.


Un régal pour les yeux

The Blue Flowers and the Ceramic Forest Vol.3

Autre point qu’il faut que j’aborde et qui est important à mon sens dans l’attrait que l’on peut avoir pour cette série. Il s’agit du trait de Yuki Kodama qui lui est si propre et joue un immense rôle dans le plaisir de lecture. En effet, si j’ai pu traiter précédemment de deux éléments liés à son talent dans l’écriture, il ne faut pas oublier que c’est aussi une remarquable dessinatrice. Cela se ressent autant dans ses autres œuvres que dans notre sujet du jour. Car oui, “The Blue Flowers and the Ceramic Forest” est aussi un régal pour les yeux. Je ne parle pas ici uniquement de la beauté qui se dégage de chaque case. En fait, la mangaka a cette faculté à insuffler quelque chose d’unique dans ses dessins. On a presque l’impression que la frontière entre réalité et fiction s’efface tandis que l’on observe ces personnages d’un réalisme fou prendre vie devant nous. En plus de ça, il y a une volonté de proposer un récit au lecteur qui le pousse à se poser quelques minutes au même titre que ses protagonistes. Il y a des moments plus intenses ou même dramatiques dans cette histoire, mais les scènes qui me marquent le plus sont celles où on a le sentiment que le temps s’arrête. Cela procure l’impression de faire partie de ce cadre et de contempler aussi ces sublimes paysages qui se tiennent face à nous. La mangaka réussit à retranscrire cette beauté environnante que l’on a tendance à oublier et à nous montrer, sans le moindre mot, l’importance d’apprécier l’instant présent. Des passages qui vont autant être vecteur de messages importants que symbole d’un répit pour les personnages qui peuvent oublier, pendant quelques minutes, la complexité de la vie. Cela donne une poésie à cette série qui illumine notre quotidien à chaque nouveau tome découvert.


Des thèmes matures et profonds

Après avoir traité des personnages et de l’atmosphère globale du manga, il faut maintenant que je vous parle des thèmes propres à ce récit. J’ai déjà pu l’évoquer rapidement, mais “The Blue Flowers and the Ceramic Forest” est une œuvre qui cherche à mettre à nu toute la complexité de la vie d’adulte. On voit ici des personnages qui sont dans leur petite routine quotidienne, mais qui doivent aussi faire face aux défis que leur existence a pu mettre sur leur route. En fait, avant d’avancer dans le récit, on peut avoir l’impression que tout semble aller pour le mieux au sein de cet atelier. Pourtant, plus on avance et plus on apprend à connaître toute cette galerie de personnages. On va alors lever le voile sur ce qu’ils ont pu vivre, les blessures du cœur et les incertitudes liées à l’avenir. Et cette approche est brillante, car cela permet d’aborder des sujets que l’on peut connaître quand on entre dans l’âge adulte. Les responsabilités, les échecs et les défis sont bien différents et peuvent autant être en lien avec notre métier qu’en dehors. Le meilleur exemple pour représenter ça est notre duo. On constate à chaque tome à quel point il leur est difficile de faire un trait sur le passé alors que pourtant ils ont envie d’aller de l’avant. Cela amène aussi une autre problématique que je trouve magnifiquement mise en scène ici qui est la peur du bonheur. En effet, on a l’impression que l’on pourrait assister à la naissance d’un couple adorable. Mais pourtant, les traumas d’antan peuvent conduire certaines personnes à craindre d’être heureuses de peur que tout finisse à nouveau par disparaître. C’est bien pour ça que le personnage de Aoko est aussi captivant, car elle fait de son mieux pour ne pas exposer ses fêlures en se focalisant sur son travail. De son côté, Tatsuki est aussi un bourreau de travail, mais sa blessure personnelle est, pour sa part, en lien avec celui-ci. On aborde ainsi deux existences différentes et qui vont essayer de se rejoindre en y allant pas à pas tout en se confrontant à ces doutes et peurs que la vie peut nous amener.


Une facette du Japon

The Blue Flowers and the Ceramic Forest Vol.7

Il est déjà l’heure de conclure cette chronique avec le dernier point que je souhaitais traiter. Et je pourrais parler très longuement de ce manga tant il y a de choses à dire dessus. Mais ce que je tiens aussi à souligner avec cette série, c’est qu’elle met en lumière tout un art traditionnel japonais. J’ai déjà pu parler de ça dans le premier point, mais je tiens à développer ça, car la céramique ne sert pas uniquement de cadre à l’histoire entre nos deux personnages. Il y a un désir profond d’interpeller les lecteurs sur ce milieu qui n’est pas le plus connu. Et on se rend compte du travail fourni et des informations recueillies tout au long de notre périple. On va assister aux différentes étapes de la création d’une pièce, mais pas uniquement. Il est aussi question de concours, des autres acteurs qui ont un impact au-delà de l’atelier. On va par exemple s’attarder sur tout ce qui touche aux moules de fabrication afin de faire une œuvre en série. Cela amène ainsi d’autres sujets, dilemmes et questionnements concernant ce métier par le prisme de nos protagonistes. Ce n’est donc pas uniquement un regard porté sur la création de ces œuvres que nous propose ce récit. On nous amène à côtoyer toute une partie de cette industrie artisanale japonais. On a presque un aspect patrimoine qui se dégage de cette lecture tant on rend hommage à ces hommes et femmes qui donnent tout ce qu’ils ont pour créer des objets magnifiques et que chaque client prend plaisir à afficher chez lui. Ainsi, “The Blue Flowers and the Ceramic Forest” n’est pas uniquement une fresque humaine touchante. Il s’agit aussi d’une ode à tout un pan de l’art japonais et où Yuki Kodama nous invite dans l’intimité de ces artistes qui se donnent corps et âme dans chaque œuvre créée.

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