Pourquoi j’aime #51 : Wistoria
Parmi les nombreux rendez-vous que j’avais hâte de reprendre, il y a évidemment celui qui a rythmé une bonne partie de 2025. Je parle bien sûr de “Pourquoi j’aime” qui, cette fois, va se tourner du côté de chez Pika. En effet, il y a un titre assez récent au sein de leur catalogue qui a su me surprendre tout au long des huit tomes déjà sortis. Je parle ici de Wistoria qui a aussi eu le droit à une adaptation anime. Si j’étais curieux au départ, c’est surtout parce que le scénariste, Fujino Omori, est celui qui a imaginé l’excellent DanMachi. Si j’évoque ce dernier point, ce n’est pas pour rien, car on retrouve énormément des qualités de sa précédente licence dans la série qui nous intéresse aujourd’hui. Derrière son idée de départ qui peut sembler assez classique, ce manga montre qu’un univers maîtrisé peut tout aussi être captivant qu’une œuvre cherchant l’originalité. On voit l’expertise de l’auteur dans la manière de construire un univers et on sent qu’il s’amuse tout au long des chapitres à développer celui-ci brique par brique. L’heure est donc venue de partir au royaume des magiciens pour faire la connaissance d’un jeune homme qui va devoir se forger sa propre place.
Une inversion des rôles

Si c’est un élément qui est maintenant assez répandu, je trouve que le point que je vais aborder est très important par rapport aux qualités de Wistoria. En effet, l’une des principales particularités du manga est que Will, notre protagoniste, ne possède aucun don en magie et cherche malgré tout à retrouver son amie d’enfance au sein de la tour qui n’accepte que les élèves les plus prometteurs. On le voit alors lutter chaque jour pour engranger le maximum de points sur la théorie pour compenser la pratique. Et là où très souvent on constate que le protagoniste en question a un autre don lui permettant de compenser ça, ici ce n’est pas le cas dès le départ. La seule chose qui le différencie est sa capacité de combat à l’épée. Mais même ça est dénaturé du fait que dans ce monde, une telle voie est considérée comme honteuse et inutile face à la puissance d’un magicien. Ainsi, on est dans un contexte où notre héros est harcelé, dénigré et mis au ban de la société de par cette différence. Une situation qui résonne fortement chez le lecteur tant on va ressentir de l’empathie pour ce jeune homme débordant de bonnes intentions et voulant juste tenir une promesse, mais qui ne peut compter quasiment sur personne. Le manga joue à merveille sur ce dégoût que l’on va ressentir à l’égard de cette société et de ces gens qui méprisent Will pour renforcer notre envie de le voir s’élever au-dessus des autres. Une histoire qui se construit dans l’adversité et fait de chaque petite victoire un véritable triomphe à nos yeux. On veut le soutenir et plus on progresse dans le scénario et plus on est happé par sa propre légende qui s’écrit. Un étudiant qui s’en prend plein la tronche et qui va pourtant continuer d’avancer malgré tout ça. Une véritable leçon de courage, de détermination et de volonté qui ne fait que renforcer le respect que l’on a pour cet adolescent qui est seul face au monde entier.
Des combats endiablés et explosifs

Les scènes d’action sont l’un des piliers incontestables de Wistoria, avec des combats fluides, lisibles et viscéraux qui vont totalement assurer le show tout au long des tomes. Toshi Aoi excelle dans les doubles pages spectaculaires : trajectoires d’épée précises, impacts physiques brutaux, acrobaties et compétences de Will qui nous en met plein la vue alors qu’il est dénigré par les autres pour ses prouesses à l’épée. De même, les monstres du donjon forment un bestiaire à la fois varié et impressionnant. Ils nous sont présentés avec un soin monstrueux qui accentue la tension de chaque rencontre et surtout le danger qu’ils représentent. Car oui, le titre peut aussi se montrer particulièrement sanglant lors des affrontements et nous montrer que ce monde est très loin d’être féérique. Le sang coule, la mort peut frapper à tout instant et l’on est totalement surpris par cette brutalité qui vient frapper le quotidien de ces magiciens. Le rythme alterne efficacement entre les diverses facettes de chaque combat. Il n’est pas uniquement question de puissance pure, mais d’adaptation et de stratégie face à des monstres ou des ennemis qui peuvent se montrer retors. Cela permet de briser une éventuelle monotonie et de créer une attente irrépressible pour le prochain duel tant on a envie d’en voir plus. Et le fait de justement mettre en contraste des sorts dantesques à l’art du combat au corps-à-corps de Will permet de créer du renouveau constant dans ce qui se passe. On va autant être témoin de la puissance hors du commun lié à la magie et le fait que même elle ne peut pas tout accomplir là où l’épée de notre protagoniste peut se frayer un chemin jusqu’au coeur de l’adversaire. Une maîtrise remarquable de la mise en scène qui permet de donner vie à des combats mythiques qui savent parfaitement comment nous scotcher à notre siège.
Un héros en constante évolution

Voilà sûrement une qualité que je trouve remarquable tant elle est constante tout au long de chaque tome. Je parle ici du développement de Will et de sa progression au fur et à mesure des défis qu’il va relever. Le manga nous propose un arc de croissance tellement satisfaisant : d’un élève ostracisé et harcelé pour son absence de magie, il devient un guerrier impassible face aux injustices, sans jamais sombrer dans l’arrogance. Sa détermination inébranlable, motivée par une promesse d’enfance faite à celle qu’il a juré de retrouver, le pousse à exceller malgré un système biaisé. Contrairement aux outsiders qui explosent soudainement, Will progresse par l’effort pur : entraînement physique acharné, analyse tactique, et alliances forgées dans l’adversité. Et malgré tout ce dont il est victime, il va réussir, à force d’efforts et de dépassement de soi, à monter une à une les strates de cette société. Ce qui est encore plus satisfaisant est de voir le regard de ceux qui pouvaient le détester se transformer au fil de ses exploits. On voit à quel point certains vont prendre conscience des horreurs qu’ils lui ont fait subir et ne plus savoir comment se faire pardonner. Même s’il est loin de réussir à changer cette société basée sur le potentiel magique, Will est un personnage qui montre qu’il existe d’autres voies possibles pour forger sa place. Cette maturité psychologique dans l’écriture de notre héros est remarquable parce qu’elle est inspirante, évitant certains clichés pouvant tomber dans la facilité. Au contraire, on sent que le mangaka a voulu, à l’image de son autre héros bien connu, faire de Will un être finalement lambda dans son traitement par rapport aux autres, mais qui justement, au milieu de tous ces sorciers, va briller par tous ses progrès..
Un impact sur son propre monde

Comme je l’ai évoqué un peu plus haut, Wistoria joue beaucoup sur le personnage de Will pour se construire. C’est justement parce qu’il est à part des règles de cette société magique que celle-ci nous paraît injuste et même effroyable pour ceux qui sont différents. Et on se rend compte, au fil des chapitres, que le combat de notre protagoniste ne se limite pas uniquement à sa propre personne. En réussissant à avancer malgré le fait que tout le monde dise qu’il va échouer, il prouve à l’ensemble de ces individus qu’il est possible de bousculer les codes. Que même un “raté” comme lui peut finalement se hisser parmi les meilleurs par son acharnement et son entraînement. Il vient aussi amener un autre regard sur toutes les autres races qui ne possèdent pas de don pour la magie et qui, de ce fait, sont aussi humiliées et rabaissées. De par leur complaisance et leur ego surdimensionné, les mages ont l’impression d’être les rois de cet univers. Mais il suffit d’un moment pour que cette confiance vole en éclats et que le salut de tous se trouve entre les mains de ceux qui luttent par l’épée. Les actes de Will permettent de planter dans l’esprit des gens la graine du changement et c’est juste un bonheur que de voir ça se produire. Oui, cela met du temps et c’est normal. On nous fait comprendre que l’on ne change pas de telles mentalités du jour au lendemain. C’est en luttant chaque jour malgré les moqueries et humiliations que certains vont ouvrir les yeux sur les efforts fournis et se ranger du côté de notre héros. Un espoir de cohabitation qui se diffuse un peu plus à chaque nouveau chapitre et redonne un peu de tolérance dans une société qui en est bien trop privée. Et je trouve que Wistoria arrive parfaitement à retranscrire ça tout au long de la série sans jamais en faire des caisses. Tout est d’une grande justesse.
Repousser constamment les frontières de l’imaginaire

Pour conclure cette chronique dédiée à Wistoria, je souhaite parler d’un élément que je trouve particulièrement réussie et qui montre le savoir-faire du scénariste en matière d’écriture. Il s’agit de la manière dont il réussit à proposer un monde qui peut sembler assez limité au départ, mais fait exprès pour mieux contrôler l’action. Et par la suite, on va constamment être témoin de l’imagination débordante de l’auteur qui va sans cesse repousser les frontières de son propre univers. C’est quelque chose que l’on pouvait déjà voir dans DanMachi et qu’il parvient à réitérer ici avec une maestria remarquable. En fait, toute l’histoire autour de Will est aussi ingénieuse en matière de narration, car ça focalise notre attention sur ce dernier sans pour autant faire totalement attention à ce qui se passe en arrière-plan. Cela laisse le champ libre aux deux artistes pour installer tout ce qui est nécessaire pour amener d’autres sections à cette base représentée par cette académie. C’est tout bonnement grisant de voir, au beau milieu d’un tome, des informations qui vont venir totalement bousculer notre vision de ce monde et de ce qu’il peut offrir. On ne cherche pas à étendre de façon massive le lore, mais de le faire pas à pas pour que l’on puisse apprécier chaque découverte et nouvelle révélation. Une écriture soignée qui donne une saveur toute particulière à ce récit. On pourrait croire initialement que l’on est sur une histoire classique, mais l’ingéniosité et la précision avec lesquelles l’auteur réussit à façonner cet environnement et ses mythes est bluffante. Cela montre aussi à quel point un worldbuilding peut jouer sur notre appréciation générale d’une œuvre. Et on peut dire que Fujino Omori est passé maître en la matière.

