Ma collection RPG #37 : Vagrant Story
Il y a des jeux que l’on lance presque par réflexe, parce qu’on sait exactement à quoi s’attendre, et puis il y a ceux que l’on aborde avec une certaine appréhension. Et c’est justement dans cette seconde catégorie que l’on va partir aujourd’hui avec ce nouveau numéro de “Ma collection RPG”. On reste du côté du Japon et l’on va remonter dans le temps à l’époque où Squaresoft n’avait pas encore fusionné avec Enix. Vous l’aurez compris, on va parler de Vagrant Story. Ce jeu fait clairement partie de cette seconde catégorie que j’évoquais un peu plus tôt. Sorti en 2000 sur PlayStation, à une période où Square dominait littéralement le RPG japonais, ce titre a toujours eu quelque chose de différent, presque hypnotisant. Un jeu qui a eu une saveur particulière pour moi avant même d’y jouer. Il faut dire que j’avais été, à l’époque, totalement subjugué par la jaquette et surtout la promesse que laissait entrevoir le nom du studio. Il faut dire qu’à cette période, les productions de Squaresoft étaient arrivées comme une tornade dans ma vie. Chaque aventure était un enchantement et une manière pour moi de plonger un peu plus dans le monde du jeu vidéo et le JRPG. Mais avec notre sujet du jour, j’ai découvert un jeu aussi envoûtant sur le long terme que déroutant dans ses premières heures. Trêve de bavardages, il est temps de replonger dans quelques vieux souvenirs.
Séjour à LeaMundis
Pour bien commencer, il est important de remettre un peu de contexte concernant l’histoire. Il faut dire que ce titre date et que certains ne connaissent pas forcément ce jeu et tout ce qui l’entoure. On incarne Ashley Riot, un Riskbreaker d’élite accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Envoyé enquêter dans la cité de LeáMundis, il se retrouve rapidement entraîné dans une affaire bien plus vaste qu’un simple meurtre. Et c’est justement dans sa narration que le titre va déjà frapper fort étant donné que l’on va vivre les événements qui se sont déroulés une semaine avant ce crime. Et très vite, le jeu laisse comprendre qu’il ne racontera pas son histoire de manière classique. Ici, tout est suggéré, fragmenté, parfois volontairement obscur. Les dialogues sont denses, la narration exigeante, et le joueur doit accepter de reconstituer lui-même les pièces du puzzle. Un point que j’adorais, car cela me poussait à me triturer la tête pour bien cerner tous les enjeux de ce scénario. De plus, impossible d’évoquer le jeu sans s’attarder un peu sur LeaMundis. Ce lieu est sans doute l’un des environnements les plus marquants de son époque et du genre. Ce n’est pas un simple décor, c’est une présence constante. Les ruines, les cathédrales effondrées, les souterrains humides et les couloirs interminables donnent l’impression d’explorer un monde figé dans une ambiance oppressante et sinistre.
Il n’y a presque personne, jamais de répit, jamais de véritable sentiment de sécurité. On avance seul, toujours sur ses gardes. La direction artistique renforce énormément cette sensation. Malgré les limites techniques de la PlayStation, Vagrant Story parvient à proposer une identité visuelle très forte et qui va permettre à cette aventure de laisser son empreinte chez le joueur. Les jeux d’ombres, les cadrages très cinématographiques et les animations donnent un côté théâtral sans oublier ce style gothique qui va façonner l’environnement dans lequel on évolue. Tout est fait pour installer une tension permanente et cela a parfaitement fonctionné sur moi. On peut même dire que cette épopée joue avec des éléments horrifiques pour que notre séjour dans cette cité ne sorte jamais de notre esprit. Et c’est ça avant tout que je tiens à souligner concernant Vagrant Story. Avant même de parler de gameplay ou bien d’éléments propres au jeu en lui-même, ce titre sait comment retenir notre attention. La forme est parfaitement au service du fond pour que l’on soit autant happé par ce que l’on voit que pris dans l’exploration de ce monde. Cela fonctionne à merveille et c’est aussi pourquoi, je pense, le jeu a su traverser les âges. Car même aujourd’hui et les standards actuels de l’industrie, cette épopée a quelque chose d’unique qui se dégage dès les premières minutes de jeu.

Vagrant Story ne fait aucun cadeau
Si je dois aussi vous parler de Vagrant Story, c’est pour son gameplay si particulier qui en a décontenancé plus d’un à sa sortie. Dès les premiers combats, on comprend que l’on n’est pas face à un RPG classique. Le système mêle action en temps réel et pauses tactiques, avec la possibilité de cibler précisément les différentes parties du corps des ennemis. Chaque affrontement devient alors un exercice de réflexion plus qu’un simple échange de coups. Le jeu ne cherche jamais à simplifier ses mécaniques. Il demande de l’attention, de la patience et un vrai investissement. Les premières heures peuvent être rudes, parfois même frustrantes, surtout si l’on aborde le jeu avec des automatismes hérités d’autres RPG. Pour vous dire, ce fut exactement mon cas. Mon premier essai sur le jeu n’a pas été brillant et je l’avais même mis de côté après plusieurs heures de jeu. C’est finalement en voulant insister un peu plus que j’ai vraiment pris conscience de ce qui fait la force de ce gameplay. Ici, il faut apprendre à observer, à analyser les faiblesses des ennemis et à adapter constamment son équipement. Vagrant Story encourage à maîtriser et perfectionner tout son arsenal sur le long terme. Chaque choix compte, chaque amélioration a un impact réel, et l’on va se surprendre à prendre beaucoup de plaisir à choisir le meilleur moyen pour vaincre l’ennemi devant nous.
Mais il est aussi important que j’évoque avec vous tout ce qui nous est raconté au travers de l’histoire. Le jeu aborde des thèmes rarement traités avec autant de sérieux dans le RPG japonais : la corruption, le fanatisme religieux, la manipulation politique, mais aussi la culpabilité et le poids du passé. Les personnages secondaires sont peu nombreux, mais tous marquants, et aucun n’est totalement manichéen. On s’intéresse quasiment à chacun et on a envie d’en savoir plus, de comprendre leurs objectifs et leurs idéaux. Impossible enfin de ne pas évoquer la bande-son de Hitoshi Sakimoto. Discrète mais omniprésente, elle accompagne parfaitement l’exploration de LeaMundis, renforçant ce sentiment de solitude et de tragédie. Elle ne cherche jamais à en faire trop, mais laisse une empreinte durable. En écrivant cet article et en ressassant mes souvenirs, je me rends compte que Vagrant Story apparaît comme une œuvre en avance sur son temps. Une expérience sortant de l’ordinaire par rapport aux productions de l’époque. Un vent du changement qui n’a pas forcément pris d’entrée de jeu pour beaucoup, mais qui a construit sa légende sur la durée. Et ceux qui se sont perdus au sein de cette cité vous le diront : ce jeu reste une expérience unique, marquante, presque obsessionnelle. Vagrant Story n’est pas un RPG facile, ni même forcément accueillant. Mais il fait partie de ces jeux qui laissent une trace durable, longtemps après avoir posé la manette. Un titre à part, exigeant, imparfait, mais profondément mémorable et qui mérite amplement sa place dans ma collection RPG.
Il fallait bien un jour que je m’attaque à ce classique et j’espère avoir su retranscrire tout ce qui a fait, à mes yeux, le charme de cette aventure. Un titre qui, même bien des années après, conserve cette place importante dans mon cœur. Le genre de jeu qui montre à quel point cette industrie peut se montrer créative, artistique et magique tout en continuant, à travers ceux qui la façonnent, à repousser les limites de l’imaginaire. N’hésitez pas à me dire dans les commentaires votre propre expérience sur Vagrant Story. On se retrouve très vite pour encore plus de récits et d’épopées à vivre.


