Derrière les codes #08 : les contes
Comme j’ai pu l’évoquer depuis plusieurs semaines, j’ai vraiment envie de vous proposer en 2026 la reprise de plusieurs rendez-vous. Et s’il y a une chronique que j’aime bien, c’est “Derrière les codes”, car cela permet d’aborder la diversité autour d’un genre ou thème particulier. Il est vrai que l’on a souvent tendance à se dire qu’il n’y a parfois que très peu de différences entre des mangas du même style. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que chaque œuvre peut réussir à nous faire vivre une expérience unique à travers ses particularités. Et comme j’avais envie de faire perdurer un peu de magie, je me suis dit que j’allais me pencher sur une thématique assez féérique. Je parle ici des contes qui peuvent prendre bien des formes entre les mains des artistes japonais. Voilà pourquoi je vais m’attarder cette fois sur trois séries qui ont su s’approprier ce type de récit, qu’il s’agisse de fables connues ou bien d’amener une vision propre aux auteurs de la notion de “contes”. Préparez-vous à découvrir une sélection qui va vous faire passer de l’émerveillement au mystère pour se tourner ensuite vers de l’effroi.
Once Upon a Crime

On débute cette sélection du côté de chez Panini Manga avec une des très bonnes surprises de l’année dernière. Je parle bien sûr de Once Upon a Crime dont j’ai déjà eu l’occasion de parler à plusieurs reprises sur le site. Pour ceux qui ne savent pas, on va suivre les aventures du Petit Chaperon Rouge qui, sur le chemin pour rendre visite à sa grand-mère, va aller de conte en conte et se retrouver mêlé à plusieurs affaires criminelles impliquant les figures connues de ces histoires. Vous l’aurez compris, on est sur une réinterprétation de celles-ci sous la forme d’enquêtes policières où notre protagoniste va tout faire pour découvrir qui est le coupable. Déjà, j’adore cette idée qui fonctionne à merveille tant on va avoir un autre regard sur ces récits qui ont pu nous bercer quand on était enfants. Mais surtout, on va se retrouver face à des investigations réussies qui vont nous impliquer dans la recherche d’indices. On se triture le cerveau afin de savoir qui est réellement derrière telle crime et c’est une très bonne chose pour impliquer le lecteur dans l’intrigue. Surtout que le manga ne s’arrête pas juste à nous offrir ces contes comme toile de fond. Les spécificités propres à chacune de ces fables sont utilisées de façon intelligente afin d’apporter du fantastique à ces affaires. Ainsi, on va non seulement chercher à comprendre ce qu’il s’est passé, mais aussi accepter le fait qu’il puisse y avoir du surnaturel impliqué dans ces chapitres. On avance alors à la fois curieux d’en apprendre plus sur cette petite fille que l’on accompagne qu’impatient de connaître la prochaine escale afin de se projeter sur ce qui nous attend. Une grande réussite pour ma part qui montre que l’on peut totalement modeler un autre visage à ces récits pourtant si connus.
Mes cent contes mortels

Si on a abordé juste avant une interprétation des contes tournée vers le polar, on peut aussi partir sur quelque chose de beaucoup moins féérique. C’est exactement ce que nous propose “Mes cent contes mortels” qui est aussi l’un de mes coups de cœur depuis son premier volume. Ici, on oublie le côté fantastique de ces histoires pour nous montrer que ces récits peuvent aussi s’axer sur des récits terrifiants. A travers ce jeune narrateur qui prend le temps, à chaque chapitre, de nous raconter une de ses fables horrifiques, on plonge dans un imaginaire à la fois captivant et angoissant. Ici, on oublie tout ce que l’on peut connaître de ces fictions qui nous font rêver afin de nous attarder sur des légendes, urbaines ou non, dont le but est de nous faire frissonner. Si j’évoque ce titre, c’est parce qu’il représente parfaitement l’autre facette de ces histoires. A la base, un conte n’est pas forcément quelque chose de joyeux et peut même être dramatique si cela permet d’apporter une morale à ceux qui vont la découvrir. Si l’on est dans cette série sur des récits très ancrés dans une société japonaise avec sa propre culture et ses angoisses, l’artiste maîtrise si bien l’écriture de chacune que l’on ne peut qu’être pris à la gorge en écoutant cet enfant. Et en même temps, ce manga nous rappelle que tous les contes imaginés, aussi terrifiants soient-ils, sont parfois très loin d’être aussi sinistres que ce qui se passe dans notre réalité. Un contraste remarquablement mis en scène entre les moments où l’on plonge dans ces fables et l’instant où l’on retrouve notre narrateur face à son quotidien loin d’être joyeux. Oui, les contes peuvent donner des sueurs froides et servir d’avertissements face aux véritables horreurs qui existent tout autour de nous.
Magica

Il est déjà temps de conclure cette chronique et j’ai sans nul doute garder l’une des plus belles claques portant sur le thème des contes. Je veux bien sûr parler de Magica qui a été, pour moi, une magnifique surprise chez Meian. Si j’ai déjà pu citer ses nombreuses qualités par le passé, je ne vais pas m’attarder ici sur l’objet en lui-même qui est déjà exceptionnel en termes de fabrication et entièrement en couleurs. Je dirais juste sur celui-ci qu’il n’est pas juste beau, mais que son design vient renforcer l’immersion du lecteur dans cette ambiance conte de fées. Dans les deux ouvrages disponibles, on va suivre un jeune homme et un narrateur qui va lui raconter les pérégrinations d’un petit magicien allant de région en région et raconter ce dont il a été témoin. Nous voilà face à une magnifique représentation de tout ce que symbolise un conte. En plus de nous plonger dans son imaginaire, la mangaka a su faire preuve d’une créativité remarquable pour donner vie à des fables de son cru qui vont tous parfaitement s’ancrer dans cette ambiance si singulière. Et si, en ouvrant le tome, on en prend plein les yeux avec cette explosion de couleurs, les récits, eux, vont être beaucoup plus nuancés. En effet, on va enchaîner des contes qui vont à la fois nous émerveiller, mais aussi dépeindre un tableau souvent bien sinistre de l’être humain. Et c’est une bonne chose, car à côté de certains chapitres qui sont juste un bonheur à suivre, d’autres sont là pour nous pousser à la réflexion et nous faire comprendre certaines problématiques bien réelles. On renoue avec l’origine de ce qu’est un conte où le fantastique vient servir un message sincère et porteur d’une morale sur laquelle on finit par méditer. Magica est une anthologie magnifique et qui nous replonge à une époque où l’on pouvait se perdre des heures dans notre imagination tout en prenant conscience du monde qui nous entoure.

