Pourquoi-j’aime-#54---Fullmetal Alchemist-2

Pourquoi j’aime #54 : Fullmetal Alchemist

En ce début d’année, je continue de vous proposer ce rendez-vous qui est devenu le moment culte sur le blog. Et pour ce nouveau numéro de “Pourquoi j’aime”, j’avais envie de m’attarder sur une ancienne série qui, pour moi, est culte et que j’avais envie d’évoquer. Je parle bien sûr de Fullmetal Alchemist chez Kurokawa, une licence de cœur pour moi et qui, surtout, est à mes yeux l’un des rares mangas où j’ai vraiment beaucoup de mal à trouver des défauts. Un ressenti très personnel pour une histoire qui m’a bluffé de bout en bout et qui a totalement façonné ma passion pour ce médium. Alors que l’on a dépassé les 50 numéros de ce billet récurrent, je n’avais pas encore eu l’occasion d’en parler et il est grand temps de corriger ça. Surtout qu’il y a beaucoup à dire et que condenser ça en seulement cinq points va être un sacré challenge. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a beaucoup d’éloges à avoir sur le titre d’Hiromu Arakawa. Soyez donc prêts à retrouver les frères Elric pour une épopée absolument mythique. Une oeuvre qui a tout pour séduire et dont les qualités sont multiples !

Un scénario maîtrisé à la perfection

Fullmetal Alchemist Vol. 1 - Perfect Edition

Pour bien commencer, il est impensable de ne pas évoquer le scénario de Fullmetal Alchemist. L’intrigue du manga est un modèle de narration longue parfaitement structurée sur l’ensemble des volumes. Partant d’une quête personnelle simple (les frères Elric cherchant la Pierre Philosophale pour restaurer leurs corps), elle s’élargit progressivement en une conspiration nationale et philosophique sans jamais perdre le lecteur. Arakawa plante des indices dès les premiers chapitres qui explosent des centaines de pages plus tard, avec une cohérence impressionnante. Chaque événement, chaque personnage secondaire sert l’ensemble du récit et va finalement apporter quelque chose à un univers qui ne cesse de s’étendre. Les twists (identités cachées, origines des homonculus, rôle de l’État) sont logiques et préparés et on peut même prendre un malin plaisir à relire le manga pour entrevoir tout ce que la mangaka avait installé depuis le départ. Le rythme alterne action, drame, humour et introspection sans temps mort. Et surtout, c’est une histoire qui ne va jamais commettre de fausse note. On enchaîne les chapitres en étant happé par ce qui se passe, le récit des figures que l’on va rencontrer, le destin souvent tragique de certains personnages et surtout un fil rouge maîtrisé de bout en bout. Même quand on a l’impression de s’éloigner de ce qui servait de base au récit, tout va prendre sens bien plus loin et nous faire comprendre toute l’intelligence derrière l’écriture de ce scénario. Un magnifique exemple de storytelling où chaque pièce est à l’endroit qu’elle doit être sans jamais révéler tout de suite le dessin final que l’artiste a imaginé. Ce qui fait que l’on va autant être happé par l’instant présent et les arcs narratifs proposés que stupéfait à quel point tout ça va se rejoindre en une conclusion absolument brillante.


Une œuvre philosophique et profonde

Fullmetal Alchemist Vol. 2 - Perfect Edition-mars 2020

Au-delà de l’aventure que l’on va vivre, Fullmetal Alchemist explore des questions existentielles avec une maturité exceptionnelle dans l’univers manga : le prix de l’ambition, l’équivalence en alchimie comme métaphore de la vie (« pour obtenir, il faut donner »), la valeur de l’humanité, le cycle de la haine, le militarisme, le racisme (génocide des Ishvaliens), la religion, la science, et même une critique à l’égard de cet Etat armé où le pouvoir repose entre les mains des militaires. Arakawa ne moralise jamais : les thèmes émergent naturellement des actions des personnages. Les homonculus incarnent les vices humains, tandis que les protagonistes questionnent le sacrifice et la rédemption. Ce mélange de philosophie, d’éthique et de critique sociale élève le manga au rang d’œuvre intemporelle qui aujourd’hui encore résonne fortement. Et c’est quelque chose que je trouve vraiment important dans l’appréciation de la série. Il va y avoir des moments forts, poignants et déchirants, mais chaque scène est pensée pour nous amener aussi à la réflexion. On a le droit à des scènes choquantes qui vont nous montrer la noirceur humaine et plus loin avoir des instants où, à l’inverse, l’être humain va aussi montrer la bonté dont il peut faire preuve. C’est justement en amenant toutes ces nuances que la mangaka réussit à exprimer toute sa créativité. Nous ne sommes pas juste devant un manga qui va nous divertir et nous faire vivre une aventure incroyable. Il s’agit ici d’une œuvre qui dépasse le cadre de la fiction et qui va nous questionner sur tellement de sujets différents et de problématiques bien réelles. On parle ici de drames humains, de la perte d’un être cher, du poids des erreurs, de la famille et de tant d’autres sujets qui peuvent parler à tout le monde. Un récit qui se présente comme une quête prometteuse au départ et qui va finalement se transformer en une fresque philosophique d’une rare intensité.


Des personnages inoubliables

Fullmetal Alchemist Vol. 5 - Perfect Edition

Si l’on évoque Fullmetal Alchemist, il est impensable de ne pas traiter de ceux que l’on va suivre tout au long du manga. La galerie de personnages est l’un des plus grands atouts de la série : Edward l’impulsif et talentueux alchimiste, son frère Alphonse bien plus sage et compatissant, Mustang l’ambitieux officier et je pourrais continuer cette liste pendant un très long moment. Il faut dire qu’à l’image des autres points que j’ai évoqué, quasiment l’ensemble des individus que l’on va rencontrer sont travaillés. Qu’ils s’agissent des protagonistes ou antagonistes, aucun n’est mis de côté. Même les figures secondaires ont des arcs complets permettant de développer leur histoire. Ainsi, on ne va pas uniquement s’attacher à quelques personnages, mais bel et bien à l’ensemble des gens formant ce casting. La raison à ça est qu’Arakawa excelle à rendre chacun humain. Même les adversaires que vont rencontrer les frères Elric vont réussir à susciter une certaine compassion de la part du lecteur. Nous ne sommes pas uniquement dans une histoire où il faut terrasser l’ennemi pour empêcher une catastrophe. Ici, les homonculus sont présentés comme des êtres incomplets et cherchant surtout à se rattacher à l’émotion exacerbée que chacun représente. On finit même par avoir de la pitié pour pas mal d’entre eux, car on se rend compte qu’ils ne sont que des outils entre les mains d’un être bien plus terrifiant. L’œuvre déborde d’humanité et c’est ce qui la rend aussi fantastique. On va être profondément touché par l’histoire de cette fratrie, ému par le lien existant avec Winry, pleurer face au destin de Hughes et comprendre la haine qui ronge le cœur de Scar. Mais surtout, Fullmetal Alchemist réussit le pari de toujours faire évoluer notre point de vue sur chaque personnage que ce soit à court, moyen ou long terme tant il y a un travail d’écriture pour ne pas les rendre statiques.


L’alchimie comme remarquable fondement d’un récit

Fullmetal Alchemist T12 - Perfect Edition

Le principe même de l’alchimie est une excellente idée en soi et sert grandement le propos tenu par Fullmetal Alchemist. D’ailleurs, c’est un thème assez rare finalement dans le monde du manga alors qu’il donne énormément de possibilités. Mais ce que j’aime et que je trouve remarquable dans l’utilisation de cette “science”, c’est à quel point elle va autant servir pour le fond que pour la forme. Après tout, l’histoire tourne autour d’une société où les alchimistes sont très présents et gravissent le plus souvent les hautes marches de l’Etat. On n’en voit à de nombreuses reprises et ils vont autant nous paraître remarquables, talentueux que dangereux. Car oui, Hiromu Arakawa va montrer à de nombreuses reprises à quel point un tel “pouvoir” peut être destructeur. On le voit très bien face au conflit contre Ishbal et l’enfer qui a suivi. Mais même dans des contextes bien sanglants, on nous rappelle cet avertissement. Les frères Elric en sont un très bon exemple. Ils sont la preuve qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités et qu’il est impossible de vouloir jouer les dieux sans en payer le prix fort derrière. Ainsi, le manga nous dépeint une capacité qui peut faire rêver, mais qui n’est en rien toute-puissante. Au contraire, elle implique souvent des conséquences graves et un échange équivalent qui peut être très lourd à accepter. Cela donne une dimension encore plus profonde au récit qui va constamment nous rappeler ce fameux principe qui va régir quasiment l’ensemble de l’intrigue. Et si cela s’inscrit dans une note fantastique propre à l’histoire imaginée par la mangaka, cela a aussi une résonance avec des choses bien concrètes qui peuvent nous entourer. Un rappel que le pouvoir, entre de mauvaises mains, peut causer des ravages terribles tout en nous rappelant que l’on ne peut demander sans jamais donner quelque chose en retour.


Une série qui traverse les âges

FullMetal Alchemist - Edition Perfect Vol.18

Il est déjà l’heure de refermer cette chronique avec le dernier point de cette liste. Pour celui-ci, je tenais à évoquer quelque chose entourant Fullmetal Alchemist que je trouve très rare et qui est la preuve de toutes les qualités entourant le titre. Il s’agit du fait que l’on est face à une licence qui se veut intemporelle. Il y a des grands classiques qui existent et qui perdurent avec le temps là où d’autres très bonnes séries peuvent s’inscrire dans une période donnée ou bien briller durant quelques instants. Le manga d’Hiromu Arakawa est une étoile qui continue de resplendir dans le ciel même après toutes ces années et la raison à ça est simple. On est face à un scénario qui peut totalement s’ancrer dans des problèmes actuels. En fait, cette œuvre dépasse le cadre de la fiction pour nous rappeler des choses essentielles à ne pas oublier tout en s’axant autour d’une épopée qui va nous marquer profondément. Surtout qu’au-delà de la réflexion que va nous apporter cette histoire, tout l’aspect divertissement est aussi réussi. Un équilibre quasi-parfait où l’on va autant pleurer, rire, s’extasier et partager toutes les émotions des personnages. Une saga où l’on ne peut rester de marbre et qui va nous faire vibrer à chaque instant que l’on passe en compagnie d’Edward et Alphonse. Et surtout, le rythme est impeccable avec aucun temps mort. Chaque arc permet de s’imprégner un peu plus de cet univers où tout a une signification et surtout sa place. Le genre d’aventure qui nous happe dès le départ pour ne plus jamais nous lâcher jusqu’à la dernière page. Un monument du manga que je ne peux que vous recommander si jamais vous n’avez jamais eu l’occasion de le découvrir et qui vous offrira une expérience inoubliable qui n’a pas vieilli d’un cheveu.

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