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Pourquoi j’aime #54 : D.Gray-Man

Après vous avoir parlé de Fullmetal Alchemist, j’avais envie de dédier un autre numéro de “Pourquoi j’aime” à une autre série de cœur. Un manga qui m’accompagne depuis très longtemps et qui m’a tant apporté. Je parle bien sûr de D.Gray-Man, édité chez Glénat, qui a été, pour moi, une véritable claque dès l’instant où j’ai posé les yeux dessus. Malheureusement, on le sait, la parution a été grandement ralentie avec les problèmes de santé de la mangaka. On lui souhaite avant tout de prendre soin d’elle et quoi qu’il arrive, cela ne change en rien le fait que la série est et reste à mes yeux une de mes séries chouchous. Il faut dire qu’avec son univers à la fois glauque et envoûtant, ses personnages charismatiques et son intrigue assez folle, il y a largement de quoi faire. Cet article sera donc l’occasion de mettre en lumière cette histoire qui a trop souvent tendance à être oubliée aujourd’hui. Mais surtout à dire un grand merci à cette autrice qui m’a tant fait rêver depuis que je suis adolescent. On est parti pour traquer les akumas en compagnie de nos chers exorcistes.

Une ambiance unique en son genre

D Gray Man-Halloween

Pour bien commencer, il est important pour moi de se concentrer d’abord sur la forme. Il faut dire que ce titre a de quoi attirer le regard dès que l’on pose le regard sur les premières pages. D.Gray-man se distingue, en premier lieu, par son esthétique gothique particulièrement bien représentée. En fait, tout respire cette ambiance qui se veut à la fois sombre et pourtant si envoûtante. Cela n’est pas uniquement par rapport aux décors ou bien aux chara-design, mais aussi dans l’atmosphère horrifique qui va découler de cet univers. Il y a un côté presque Halloween constant qui se ressent à chaque chapitre. Ce qui fait que l’on a beau savoir les dangers qui résident sur ces terres, ça n’enlève en rien l’angoisse que l’on va ressentir. Autre exemple de l’esthétique réussi du manga concerne tout bonnement les akumas. Les principaux adversaires de nos exorcistes représentent parfaitement cette envie de la mangaka de créer une ambiance oppressante où même avec les “innocences”, se frotter à ces adversaires est synonyme de frayeur. Katsura Hoshino excelle à créer un sentiment constant de malaise et de beauté tragique, où la mort et le deuil imprègnent chaque page. Les akumas, nés du chagrin humain manipulé par le Comte Millénaire, incarnent une horreur viscérale : âmes piégées dans des machines grotesques, forcées de tuer pour évoluer. Cette approche graphique rend le manga immédiatement reconnaissable et immersif, loin de ce que l’on a l’habitude de voir. D’ailleurs, même encore aujourd’hui, D.Gray-Man fait partie de ces titres qui se démarquent par ce choix original dans le design de son univers. Cela ne fait que rendre l’aventure encore plus unique et saisissante, et même en connaissant déjà bien le manga, on replonge avec délice dans ce monde qui nous donne des sueurs froides, mais aussi fait battre frénétiquement notre cœur.


Les akumas et leur représentation du deuil

Le cœur tragique de D.Gray-man réside grandement dans les akumas qui font partie intégrante des qualités du manga, à mon sens. Ces âmes de défunts ressuscitées par le Comte Millénaire via un pacte diabolique, piégées dans des machines évolutives qui tuent pour grandir vont être source de bien des émotions. Chaque créature est une victime autant qu’un monstre, forçant les exorcistes à détruire des êtres qui hurlent leur souffrance et au lecteur d’observer cette lutte avec des yeux emplis de tristesse et d’effroi. Cette proposition sur la résurrection pervertie donne un poids émotionnel rare aux combats : Allen libère les âmes plutôt que de simplement vaincre des monstres. Le thème du deuil, de la perte et du regret est omniprésent, explorant comment le chagrin peut détruire l’humanité. Et c’est ça qui rend l’idée des akumas aussi brillante. Nous ne sommes pas juste face à des ennemis à abattre. Chaque confrontation est l’occasion de ressentir toute la peine derrière la création de ces entités qui ne sont finalement que des victimes devenues cauchemars ambulants. Mais en plus de ça, le principe aussi de les faire évoluer au fil de leurs victimes ajoute encore plus de poids quand on tombe face à des niveaux 2, 3 et même 4. Voir une nouvelle forme d’akuma symbolise autant une montée en puissance de cet ennemi qu’un nombre terrifiant de morts dans son sillage. Et c’est remarquable de réussir à jongler aussi bien entre toutes les facettes de ces créations qui vont progressivement prendre encore plus de place sur le devant de la scène, donnant vie à certaines scènes devenues iconiques. Et même dans les divers stades de leur évolution, les akumas vont passer d’un design assez grotesque à une apparence plus unique à chacun pour ensuite repartir sur un style commun remarquable pour encore progresser. Un changement constant qui ne s’arrête pas uniquement à une montée en puissance.


Des personnages nuancés et attachants

D.Gray-Man Vol. 26-attentes octobre 2019

Un autre élément que je dois absolument évoquer quand je parle de D.Gray-Man concerne son casting. La galerie de personnages est exceptionnelle : Allen Walker, orphelin marqué par son passé et sa main maudite, incarne l’optimisme brisé mais inaltérable ; Lenalee et son innocence symbolise le sacrifice ; Kanda, guerrier taciturne torturé par son histoire ; Lavi, le Bookman farceur et pourtant tourmenté. Autant de protagonistes charismatiques que l’on va suivre et qui vont rapidement devenir iconiques aux yeux du lecteur. Ce qui est génial, c’est que l’on n’est pas uniquement sur le stéréotype habituel de l’exorciste. Ici, chacun a son histoire à raconter, mais surtout des raisons personnelles de se lancer dans cette guerre de l’ombre. Et plus on progresse dans les chapitres et plus on se rend compte qu’ils ne sont pas uniquement des héros luttant contre cette menace qui progresse. Ils sont eux aussi des âmes brisées, torturées et blessées cherchant une sorte de rédemption dans cette voie. Mais nos protagonistes ne sont pas les seuls à retenir notre attention. Les Noah, principaux antagonistes du manga, sont aimés autant que haïs. Hoshino excelle à humaniser tout le monde : même ces opposants ont des histoires poignantes, des regrets et même une forme d’humanité subsistante. C’est aussi pour ça qu’ils retiennent l’attention au-delà de leur charisme. Ce sont des adversaires qui nous trompent habilement par leur position entre humains et entités surpuissantes. De même, les relations (amitiés, rivalités, loyautés) évoluent avec profondeur, créant une “famille” improvisée au sein de la Confrérie. Les personnages de D.Gray-Man ne sont pas attachants parce qu’ils sont impressionnants, mais parce qu’ils sont justement pleins de nuances. On partage leurs souffrances, peines, angoisses, faiblesses et failles qui sont des éléments qu’ils vont tenter de surpasser pour amener un peu de lumière dans cette obscurité.


Des affrontements inoubliables

Voilà un point que je trouve aussi essentiel à expliquer, car c’est l’une des cartes maîtresses de la mangaka dans D. Gray-Man. Il faut d’abord comprendre que le principe de l’Innocence comme arme « vivante » est excellent. On est face à un système qui évolue constamment avec l’exorciste. Cela permet au récit d’offrir un système de pouvoir créatif et stratégique. Il n’est pas uniquement question ici de force, mais aussi de stratégie et de celui qui saura le mieux utiliser ses capacités. Chaque exorciste a un style unique : Allen et sa main maudite, Lenalee et ses bottes destructrices, Kanda et son katana. Bien sûr, le show offert lors des affrontements est spectaculaire et nous en met plein les yeux. Mais c’est l’aspect tactique qui va faire tout le sel de ces affrontements. Hoshino rend les batailles lisibles et impactantes, avec des doubles pages spectaculaires et une progression des pouvoirs qui va se faire dans l’adversité, les blessures et les confrontations face au passé de chacun. Un très bon exemple de ça concerne l’arc de l’arche perdu au Japon. Là, on va être dans le schéma où chaque personnage va se confronter à un adversaire qui lui est propre. Durant cet enchaînement, on va être témoin à quel point la victoire ne s’obtient pas uniquement à coup de détermination ou de puissance, mais aussi de technique et d’adaptation. Surtout qu’il n’y a pas que des pouvoirs offensifs dans le lot, mais des capacités dépassant le cadre du combat. Il y a tout un tas d’usages pour les innocences. Cela offre une diversité bienvenue au récit qui ne va jamais proposer un combat similaire à un autre. Au contraire, la mangaka nous fait clairement comprendre qu’elle souhaite que ces “affrontements” ne soient pas uniquement là pour le spectacle. Il s’agit avant tout d’une guerre opposant ces deux camps et où, des deux côtés, les acteurs de cette histoire vont progresser et changer sur le champ de bataille.


Une oeuvre qui n’a eu de cesse de progresser

D.Gray-man Vol.28

On attaque le dernier point et c’est quelque chose dont j’ai toujours été bluffé en lisant D.Gray-Man. Le manga ne se contente pas de suivre des codes déjà vus. On l’a évoqué plus haut, mais l’artiste a voulu dès le départ instauré une atmosphère singulière. Mais ce ne fut pas suffisant étant donné que le titre va constamment évoluer au même titre que chacun de ses éléments. Au départ, on suit l’histoire d’Allen et son recrutement au sein de la Congrégation des ombres pour faire face au Comte Millénaire et son armée d’akumas. Plus on progresse dans le récit et plus cet univers va s’étoffer à travers les récits de chacun, l’introduction des Noah et les nombreux mystères qui vont planer autour de cet ennemi remarquable. Et c’est ça que j’admire dans ce manga. Il est constamment question de repousser les limites de ce monde imaginé par la mangaka. Ce conflit, déjà prenant, va prendre une toute autre dimension dès lors que l’on découvre certains secrets sur notre héros. Pareil pour les autres protagonistes dont l’écriture va constamment s’enrichir au fil des épreuves surmontées et des flashbacks vécus. On est sur un manga qui ne reste pas linéaire, qui tente beaucoup de choses et qui veut que l’on soit surpris fréquemment en lisant un nouveau tome sans pour autant dénaturer l’histoire de base. Ce qui fait que l’attrait que l’on pouvait avoir au départ ne faiblit jamais et va même se métamorphoser au même titre que la trame de cette histoire. Nos attentes changent et l’on n’est plus seulement curieux de savoir qui l’emportera, mais de comprendre tout ce qui gravite autour de cette opposition. Le genre de manga où l’on a constamment envie de faire une relecture pour prendre conscience du chemin parcouru et de tout ce qui était déjà préparé en amont à notre insu.

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