Basara T1
Il y a des titres dont la simple évocation suffit à montrer toute l’aura qu’il peut y avoir autour. Des séries que l’on peut facilement qualifier de cultes, mais qui peuvent aussi ne plus forcément être facile d’accès. On attend alors patiemment de voir le retour de ces monuments sur le marché ce qui peut aussi leur permettre de connaître un tout nouveau souffle. Et si l’on parle d’œuvre de ce genre, il y a un nom qui revient forcément. Il s’agit de Basara chez Kana. Un manga dont le nom résonne chez énormément de fans et qui a eu le droit, après pas mal d’années d’absence, à une nouvelle édition chez la maison d’édition. Si je sais à quel point ce titre est culte et les raisons qui en font un indispensable, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour dédier une chronique complète. Pour ça, on va s’attarder sur ce premier volume qui se montre déjà très conséquent. Un sacré pavé qui fut parfait pour me replonger dans cet univers absolument grandiose. Et je peux vous dire qu’il y a de quoi dire autour de cette histoire qui n’a rien perdu de sa superbe. Préparez-vous à assister à la naissance d’une héroïne portant le destin d’innombrables vies sur ses épaules.
Un destin écrit dans le sang

Synopsis
Dans un Japon ravagé dirigé par un roi tyrannique, une prophétie annonce la naissance d’un « enfant élu » capable de changer le destin du pays. Au village de Byakko naissent des jumeaux, Tatara et Sarasa. Lorsque Tatara, désigné comme l’élu, est tué par le redouté Roi Rouge, Sarasa décide de reprendre son identité et de devenir le symbole de la rébellion.
En chemin, elle rencontre Shuri, sans savoir qu’il est le Roi Rouge : un amour puissant naît entre eux. Ils ignorent qu’ils sont ennemis jurés et qu’ils vont devoir s’affronter.
Mangaka : Yumi Tamura
Avec ce synopsis, on peut facilement se projeter sur ce qui nous attend dans Basara. On voit qu’il est question d’une sorte de réalité alternative où vont se mêler fresque militaire, conflit politique, mais aussi un amour qui va apporter son lot de drames. Mais ce qui va être justement fascinant tout au long de cette histoire est de voir l’évolution de Sarasa dans le rôle qu’elle décide d’endosser ainsi que ce qu’elle va apporter à ce monde chaotique. Une œuvre dont la mangaka va développer chaque aspect afin de créer une épopée grandiose n’ayant rien à envier aux classiques du genre.
Une jeune fille devenue héros du peuple
Yumi Tamura nous plonge directement dans un récit où l’on sent toute la difficulté des habitants de vivre dans un tel environnement. Ce qui marque au premier coup d’œil, c’est ce Japon désertique que l’on nous présente. En seulement quelques pages, on nous montre que la vie est dure pour ces habitants qui souhaitent juste vivre en paix. Et ce qui est remarquable, c’est que tout ce qui va constituer le lore de cet univers va se faire de façon progressive. On va nous parler d’élu par rapport aux légendes de ce village, nous concentrer sur Sarasa et cette détresse qu’elle ressent de ne pas être considéré comme son frère juste parce qu’elle est une fille, mais aussi nous présenter ce fameux Roi Rouge qui va servir de cible à abattre dans la première partie. Cette mise en place de tous ces éléments va avoir un effet important à souligner chez le lecteur. Nous allons ressentir l’ambition derrière ce titre de construire une épopée spectaculaire qui va autant aborder des mythes, de la géopolitique, parler de révolution, mais aussi du combat de cette jeune femme pour ne pas être jugé sur son sexe. La mangaka montre tout son talent d’écriture en réussissant à mettre en place des fondations solides ans que l’on soit noyé sous une tonne d’informations ou que l’on soit devant un rythme chaotique. Au contraire, tout s’enchaîne parfaitement et l’on prend plaisir à suivre l’évolution du récit. Mais ce qui m’a le plus frappé dès ce premier acte, c’est le traitement de notre protagoniste.
Si l’on est dans un contexte éprouvant où son village va être attaqué et son frère tué, c’est bien elle qui va concentrer toute notre attention. On voit ici une jeune fille qui a constamment été stigmatisé du fait d’être une femme et qui va finalement représenter le dernier espoir de ses pairs pour obtenir cette révolution qu’ils désirent tant. Cela montre une certaine forme d’hypocrisie de leur part, mais aussi nous montre que tout ça n’est nullement une question de destin ou de prophétie. C’est Sasara qui décide de prendre les choses en main et qui va nous éblouir de par son courage et sa détermination. Elle n’est pas une héroïne sans peur et sans reproches, bien au contraire. On va la voir douter et même échouer, mais c’est justement pour souligner son humanité. Elle a ses forces et ses faiblesses, mais surtout elle est en constante évolution pour porter ce fardeau qui va lui peser énormément. On ne peut qu’avoir de la sympathie pour un tel personnage qui est conscient de cette voie qu’elle a prise, qui fait des erreurs, qui se remet en question, mais cherche toujours à faire de son mieux. Oui, Basara est une fresque spectaculaire qui va nous parler d’énormément de thèmes différents, mais c’est aussi et surtout l’histoire d’une demoiselle qui va montrer que peu importe que l’on soit né homme ou femme, ce sont nos actes qui nous définissent. Et suivre son parcours pour changer ce monde devient une leçon de vie où l’on va s’inquiéter pour elle et croire en cette force qui lui est propre.
Basara est toujours aussi magique et ce premier volume nous montre clairement pourquoi. On a énormément d’éléments qui fonctionnent à merveille et surtout une écriture magistrale des divers personnages rencontrés. On accompagne notre protagoniste dans ce périple où elle a déjà tant perdu. Les doutes, failles, faiblesses sont bien présents, mais on voit aussi naître en elle une force impressionnante et une volonté inspirante de se surpasser pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. La naissance d’une héroïne qui brille justement par son humanité et son envie de changer les choses.
Basara est un monument
Avec ce premier volume de Basara, on comprend totalement pourquoi le titre est autant devenu un classique. Le potentiel est grand, mais surtout on entrevoit déjà facilement tout ce qui fera la force de cette série. Rien que dans ses personnages, on ressent tout le travail fourni de la mangaka pour créer un casting loin d’être stéréotypé. Un très bon exemple est ce fameux Roi Rouge qui est présenté comme le méchant à abattre, mais qui va progressivement montrer un visage plus complexe dans sa lutte interne face à sa famille. Cela n’enlève rien aux émotions que l’on ressent, mais on doit aussi se rendre compte qu’il y a bien plus de choses à découvrir que ce que l’on pense initialement. C’est justement tout le propos du titre qui se veut à la fois dramatique, mais aussi là pour nous amener à réfléchir sur notre rapport aux autres. Dans ce monde où l’on se fie au destin et que l’on confie tous ses espoirs à une personne, il ne faut pas oublier l’humain. Et impossible de ne pas soutenir Sasara dans ce combat qu’elle décide de mener et qui montre que peu importe qu’elle soit une femme, elle est avant tout une personne guidée par ses convictions et qui fait face à toutes les épreuves se dressant devant elle même si ça implique de se mettre en danger. De plus, on sent très bien que tout ça n’est que le début d’une plus longue et grandiose fresque où cette “élue” va lutter pour changer l’avenir de chacun. Le retour d’un classique qui vaut clairement le détour !
Comme quand je l’ai découvert à l’époque, Basara est toujours autant un coup de cœur. Je dois dire aussi que l’édition proposée par Kana permet d’apprécier pleinement le talent de la mangaka. Je suis vraiment heureux d’assister à un tel retour pour cette série qui est, à mes yeux, un indispensable du genre. Nous sommes face à une magnifique leçon d’écriture et de world-building de la part de cette autrice au talent indiscutable. Je tiens surtout à souligner à quel point ce titre nous montre toute la richesse d’une classification qui est bien trop souvent stigmatisée ou entourée d’aprioris qui n’ont pas lieu d’être. Et j’espère de tout cœur que le retour de Basara permettra à de nouveaux lecteurs et lectrices de découvrir cette pépite qui mérite amplement que l’on s’attarde dessus tant elle a apporté à ce médium. Si vous cherchez un manga qui vous tiendra en haleine et qui a énormément à offrir sur tous les points tout en étant porteur d’un patrimoine important du média alors n’hésitez pas une seconde. Même en connaissant la suite de l’histoire, j’apprécie toujours autant d’imaginer ce qui peut m’attendre comme si je découvrais le titre pour la première fois. Est-ce que Sarasa va réussir à faire face aux nombreux défis se dressant devant elle ? Que va-t-il advenir de la relation qui semble se tisser entre elle et son ennemi de toujours ? Quel avenir attend ce pays et ses divers royaumes au vu du vent d’insurrection qui souffle dans l’air ? Je serais de la partie pour ce qui est de la suite.
N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Basara. Etes-vous heureux du retour de la série en France et dans cette nouvelle édition ? Est-ce que c’est la première fois que vous découvrez le titre ? Si oui, trouvez-vous que le manga regorge de qualités et d’un potentiel pour créer une histoire palpitante sur le long terme ? Trouvez-vous l’écriture du personnage de Sarasa brillante ? Etes-vous curieux de voir l’évolution de celle-ci au fil de son périple dans cet univers déchiré ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

