Issak

Issak tome 1 : une traque historique

L’Histoire a toujours été source d’inspiration pour beaucoup d’œuvres et d’auteurs. Cela a souvent donné lieu à des récits captivants et réaliste. Même s’il y a toujours un aspect romancé, ces titres permettent d’en apprendre plus sur le passé de l’Humanité. Le dernier manga de ce genre est arrivé récemment et risque bien de frapper un grand coup. Il s’agit de Issak, édité chez Ki-oon, qui prend comme contexte une période charnière de notre continent. En plus de traiter de certains faits historiques, cette série se différencie de par le héros qu’elle met en scène. Est-ce que ce seinen historique parvient-il à se faire une place dans un milieu où la concurrence est rude ? Il faudra attendre un peu pour répondre à cela mais en tout cas, on a le droit à un début très prometteur. L’heure est donc venue, une fois de plus, d’entrer dans la machine temporelle direction l’Europe du XVIIème siècle.

Un samouraï chamboulant l’Europe

Issak-objectif

Rien ne pourra détourner Issak de son but

Issak, scénarisé par Shinji Makari et dessiné par DOUBLE-S, nous plonge en pleine Guerre de Trente Ans. En 1620, l’Europe est le champ de bataille d’un effroyable conflit entre protestants et catholiques. L’action se concentre dans la forteresse de Fuchsburg, en Allemagne, où des centaines de réfugiés viennent trouver asile. Cet endroit risque pourtant de céder à tout moment face à l’immense armée espagnole qui se dirige sur ces terres. Face au danger qui les menace, les défenseurs décident de faire appel à des mercenaires pour combler les rangs de leur armée. C’est à cet instant qu’un homme seul débarque dans l’enceinte de la forteresse. Son physique ainsi que ses armes attisent la curiosité des soldats et des habitants à l’égard de cet étranger. Ce guerrier se présente alors comme Issak, un japonais ayant quitté sa patrie pour voyager d’un champ de bataille à l’autre.

De son unité, il est le seul à ne pas avoir déserté face au danger que représente l’armée adverse. Il faut dire qu’il a une raison très personnelle de vouloir se confronter aux troupes espagnoles. En effet, le véritable motif de son engagement en tant que mercenaire est de pouvoir retrouver le meurtrier de son maître. Celui-ci aurait été vu au service des catholiques et Issak espère bien le croiser durant cette guerre. De par cette vengeance, notre samouraï espère pouvoir laver l’honneur de son mentor. De plus, il souhaite payer sa dette envers la Hollande qui a bien voulu accepter de l’embaucher. Cependant, sa présence sera-t-elle suffisante pour venir à bout de l’ennemi qui se dresse devant eux ? Son katana en main et accompagné de son précieux mousquet, ce guerrier risque fort de chambouler le cours de l’histoire. Peu importe les assauts adverses, Issak ne compte pas baisser les bras avant d’avoir accompli son objectif !

Comme vous pouvez le constater, on est face à une œuvre prenant place dans une période historique bien réelle. On ressent, dès les premières pages, tout le travail qui a été fait pour être le plus fidèle possible à l’époque traitée.

Une fidèle description d’une période sombre

Réalisé un manga historique nécessite de nombreuses recherches en amont concernant la période ciblée. Il ne faut pas longtemps au lecteur pour comprendre que l’auteur a fait preuve d’un vrai travail d’enquête afin de coller le plus possible à l’ambiance de l’époque. Cela se sent autant dans les dialogues et la mise en scène que les dessins en eux-mêmes. Ces derniers sont d’ailleurs magnifiques et reflètent avec précision l’image que l’on peut se faire des gens et des lieux qui ont vécus cette terrible guerre. Le fait de suivre un japonais ayant connu ce conflit n’a rien de surprenant comme l’explique Shinji Makari dans la postface. Même si cela peut paraître étrange, de nombreux samouraïs ont quitté l’archipel nippon pour rejoindre l’Europe. Il est donc tout à fait plausible que certains de ces guerriers talentueux aient pu participer à la Guerre de Trente Ans. Bien sûr, le récit est romancé mais cela n’entache nullement notre immersion dans cet univers si réaliste.

On constate aussi le soin apporté à la manière de combattre des forces présentes dans ce premier tome. Si les combats à l’arme blanche sont toujours bien ancrés, la poudre joue un rôle important dans chaque bataille. Une ère en pleine évolution où les châteaux font pâle figures face aux coups de canon qui retentissent. Les armes à feu deviennent les outils indispensables pour espérer l’emporter. Qui dit conflit de grande envergure dit aussi répercussion sur le niveau de vie. Là encore, Issak marque le coup en nous décrivant la dure réalité que peuvent vivre le peuple. Entre pillages, tentatives de viols, esclavages et meurtres, le monde qui nous est dépeint n’a rien d’un paradis. On ressent vraiment la détresse de ces gens qui sont victimes des ambitions des plus grands. Un récit sombre et difficile où les morts sont légions. La seule petite lumière qui se dégage de cette histoire est l’arrivée de ce samouraï talentueux.

L’autre gros point qui marque le lecteur est le côté très stratégique de l’œuvre. Les plans et la ruse d’Issak permettent d’ébranler la force ennemie avec une efficacité déroutante. Une guerre qui ne se gagnera pas forcément par le camp le plus nombreux.

Une guerre dictée par la stratégie

Issak-armée

Comment vaincre une armée aussi imposante ?

On le dit souvent, pour régler un conflit la force brute n’est pas forcément la meilleure solution. Issak nous démontre cela une fois de plus à travers son héros. En effet, ce premier tome est l’occasion d’assister à une première bataille majeure pour la survie de la forteresse. Alors que le rapport de force n’est pas du tout équitable, notre guerrier japonais fait fi des pronostics. Il sait qu’il existe toujours un moyen de l’emporter face à un adversaire plus grand et plus puissant. Cela passe tout d’abord par un affrontement psychologique avec l’adversaire. Savoir comment va réagir l’ennemi face à telle situation est une arme redoutable. Issak le démontre à plusieurs reprises au cours de son périple. Il sait que pour gagner, il faut réussir à insuffler la peur et l’effroi dans l’esprit de l’adversaire. C’est par ces stratégies, mais aussi par son talent que ce personnage compte renverser le cours de la bataille.

D’ailleurs, l’un des passages de ce volume le démontre avec brio. On voit, dans cette scène, un messager se dirigeant vers Fuchsburg. Cet homme est poursuivi par une troupe de soldats voulant l’empêcher de transmettre sa missive. Notre mercenaire décide de le protéger du haut des murailles grâce à son habileté au fusil. Alors qu’il abat un homme puis un second, la petite escouade décide de sonner la retraite. Malgré leur repli, Issak décide de tirer une dernière fois pour abattre l’homme le plus éloigné. Cet agissement provoque l’étonnement de ses alliés qui se demande pour quelle raison il a fait cela. C’est alors que le guerrier étranger lance une phrase symbolisant toute l’importance d’avoir l’ascendant psychologique sur son adversaire. En effet, voir un homme se faire abattre devant ses yeux instille la crainte dans le cœur des autres soldats. C’est à travers toutes ces petites subtilités qu’on se rend compte de l’efficacité de ce récit à nous conter un conflit captivant qui se veut réaliste.

Alors que les dernières pages se terminent, on se rend compte de l’effet qu’a eu ce manga sur nous. L’aura qui se dégage de cette série provoque une immersion sans précédent tandis que l’on attend fébrilement la suite.

Issak tire dans le mille

Issak fait partie de ces titres qui nous mettent une claque dès les premières secondes de la lecture. Porté par un style visuel bluffant et collant parfaitement à l’ambiance de l’histoire, ce récit nous captive autant visuellement que scénaristiquement. De plus, l’ensemble de ce premier tome se lit à une vitesse folle tant le rythme et la narration sont maîtrisé. Le plaisir que l’on ressent au début de l’histoire ne fait que grandir au fur et à mesure que l’on parcourt ces pages. Il ne faut pas longtemps pour que l’on s’attache à notre héros mercenaire et à sa quête de vengeance. Pour finir, on s’immerge aisément dans cette fresque historique où la guerre fait rage. Une œuvre qui captive et fascine son lectorat avec une aisance déconcertante. Ce premier tome prouve une fois de plus que l’Histoire peut être un magnifique tremplin pour des épopées mémorables et fortes.

Nous vous recommandons donc chaudement cette série qui est d’une efficacité renversante. Elle plaira tout d’abord aux férus de fresques historiques, mais aussi à tous ceux cherchant un récit prenant doté d’un héros charismatique. Une fois de plus, la magie opère et c’est avec joie que l’on s’aventure au côté d’Issak dans cette vendetta pour rétablir l’honneur de son maître. Au vu de la force colossale qui se dresse sur le chemin de notre samouraï, on est curieux de voir comment celui-ci compte l’emporter. Un travail remarquable pour donner vie à un futur chef-d’œuvre. Notre guerrier finira-t-il par trouver l’homme responsable de son voyage ? Ses tactiques et ses talents de combattant arriveront-ils à combler l’écart de puissance entre les protestants et les catholiques ? Il faudra attendre le prochain coup de mousquet pour que le prochain acte de cette guerre se dévoile. En attendant, vous pouvez vous lancer dans ce premier tome sans la moindre crainte.

Et vous, avez-vous été conquis par l’épopée de ce cher Issak ? Selon vous, arrivera-t-il à accomplir sa vengeance ? 🙂

© Makari Shinji & DOUBLE-S / Kodansha

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