Jormungand-Vol.-1-2

Jormungand tome 1 & 2 : le pouvoir des armes

Lors de notre séjour à Japan Expo, on a eu l’occasion de découvrir plusieurs séries en avant-première. C’est toujours le parfait moment pour mettre en avant certains tomes qui devraient arriver dans les prochaines semaines. Notre curiosité fut donc constamment piquée au vif en voyant toutes ces nouvelles escapades qui nous attendaient. Parmi cette pléthore de lectures à découvrir, il y a un manga qui a particulièrement retenu notre attention. Venant tout droit du catalogue de Meian, il s’agit de Jormungand dont les deux premiers volumes sortiront à la fin du mois. Ce nom n’est pas inconnu au bataillon étant donné qu’un anime a aussi vu le jour. Ce fut donc avec une certaine excitation que l’on attendait impatiemment de pouvoir mettre les mains sur cette saga depuis son annonce. A présent que notre lecture est terminée, l’heure est donc venue de vous partager notre ressenti dessus. Prenant place dans un contexte très particulier, l’histoire de ce titre parvient à nous faire vivre une expérience unique en son genre. Traitant de thématiques souvent difficiles tout en misant aussi sur une action frénétique, ce seinen a tout ce qu’il faut pour proposer une aventure hors du commun au contact de cette bande de malfrats. On espère donc que vous êtes prêts pour une immersion dans un milieu où la pitié n’existe pas.

La quête d’un enfant-soldat

Jormungand-Jonah

Un tueur est né.

Jormungand, imaginé par Takahashi Keitaro, nous plonge dans un monde très proche du nôtre. On y fait la connaissance de Jonah, un enfant-soldat, qui a toujours voué une haine considérable à tout ce qui touche aux armes. Cela est dû au traumatisme qu’il a subi suite à la disparition de ses parents, victimes d’un bombardement. Il décide donc de s’en prendre à ceux qui osent vendre ses instruments de mort et les diffuser un peu partout sur le globe. Sa cible actuelle n’est autre que Koko Hekmatyar, une jeune vendeuse d’armes connue pour son caractère explosif et ses méthodes peu orthodoxes. La rencontre qui va avoir lieu entre ces deux êtres va allumer la mèche d’une relation pour le moins singulière. Alors qu’il déteste du plus profond de son être tout ce que représente cette femme, il ne peut s’empêcher de la suivre dans ses péripéties. Ainsi, il rejoint son groupe et lui sert autant de garde du corps que d’homme à tout faire. Intitulé Jormungand, cette équipe réunit un sacré mélange de personnalités fortes et inoubliables. Entre ceux que la guerre passionne, une tueuse d’élite qui est amoureuse de sa patronne ou ce gamin inexpressif qui n’hésite pas à tuer de sang-froid, les ennemis de cette team vont avoir fort à faire.

C’est donc ainsi que va débuter la nouvelle existence de Jonah au sein de cette troupe qui va lui ouvrir les yeux sur bon nombre de points. Dans leurs différentes affaires qui les conduiront aux quatre coins du monde, notre anti-héros va alors comprendre les origines du mal qui corrompt cette planète. Entre l’exploration de zones de guérillas, les complots de certains militaires ou politiciens et les affrontements contre des chasseurs de primes, le quotidien de nos criminels sera loin d’être de tout repos. Cependant, il faut bien passer par là pour que Koko puisse réaliser son souhait le plus cher. Un rêve qui pourrait bien mettre un terme à sa carrière et avoir une très grande influence sur la scène mondiale. Parmi cette déferlante de violence et la possibilité que la faucheuse puisse venir à tout moment réclamer son dû, notre enfant-soldat pourrait bien trouver ce qu’il a cherché depuis tout ce temps. Lui qui n’avait aucun avenir a peut-être enfin trouvé un foyer digne de ce nom. Sa haine sera-t-elle plus forte que le lien qui pourrait l’unir à ses nouveaux camarades ? Partagera-t-il le désir de sa patronne ? C’est à lui de trouver les réponses à ses questions. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’hésitera pas à laisser une montagne de cadavres

Ce qui nous marque lorsque l’on débute notre aventure au sein de Jormungand, c’est la description très détaillée et soignée de cet environnement à risque. On a vraiment cette sensation de découvrir une toute nouvelle facette de la société où l’argent, le pouvoir et les armes règnent en maître. L’auteur réussit donc à mettre en place cette part d’ombre du monde de manière cohérente et teinté d’un certain réalisme sans pour autant en oublier ce côté décalé propre à ce groupe que l’on accompagne.

Un milieu sans foi ni loi

Bien sûr, qui dit marchand d’armes dit forcément un environnement où la mort est le gagne-pain des gens. C’est en tout cas ce que l’on peut parfaitement ressentir en parcourant ces pages. En proposant comme thématique centrale ces outils mortels et les échanges pouvant graviter autour, l’auteur est parvenu à mettre en place un univers d’un réalisme saisissant. On est complètement plongé dans le quotidien de notre groupe qui va de pays en pays pour pouvoir refourguer tout son matériel. Le lecteur se rend alors compte de tout ce que cela implique et des dangers propres à ce choix de carrière. Les menaces sont omniprésentes et seul ceux pouvant avoir une escorte digne de ce nom peuvent espérer dormir paisiblement. Malgré tout, la sécurité ne passe pas ici tant dans le recrutement de garde du corps, mais bel et bien dans l’élimination de ses concurrents. Manipulations, complots et meurtres sont donc le programme d’une journée basique pour Jormungand qui s’est totalement acclimaté à ce style de vie. Ainsi, on peut aussi observer que les clients d’hier peuvent facilement devenir les cibles du jour.

La confiance est donc une chose bien trop précieuse ici pour être confié à n’importe qui. C’est l’ensemble de ces éléments qui rendent ce périple aussi prenant et savoureux à vivre. On est littéralement plongé au coeur de ce milieu et l’on se demande sans cesse quel va être le prochain obstacle sur la route de Koko et de sa troupe. De plus, il serait dommage de penser que cela ne concerne que des criminels. En traitant de ce sujet, le mangaka souhaitait aussi nous faire réfléchir et nous montrer que la vente d’armes est un commerce qui touche quasiment toutes les sphères. Il y a bien sûr le monde criminel, mais aussi la politique, l’armée, et même pour des acquisitions plus personnelles. Cette pensée ne cesse de planer dans notre esprit alors que l’on prend conscience de l’ampleur d’un tel marché. Le lecteur se met alors peu à peu à partager la même vision que Jonah qui représente habilement toute la quintessence de ce commerce. Sa haine des armes a beau le guider, il est obligé de s’en servir pour espérer réaliser son souhait. Un environnement qui propose un cycle sans fin de violence où les armes à feu ne font que passer d’une main à l’autre.

L’autre point qui a réussi à retenir notre attention et à jouer énormément sur notre appréciation de Jormungand n’est autre que le lien qui existe entre les divers personnages. On a beau progresser dans un milieu où seul l’argent et les armes comptent, cela n’empêche pas certains de faire preuve d’une sympathie et d’un humanisme bien singulier. Jonah pourrait bien avoir trouvé quelque chose de plus précieux à travers sa quête de vengeance. Un groupe qui parvient à donner une toute autre image de ce que l’on pourrait croire à la base.

Une relation presque familiale

Jormungand-fusillade

Un quotidien mouvementé.

On peut clairement le dire, Jonah joue un rôle central dans toute cette histoire. On ne parle pas forcément ici d’intrigue étant donné que l’on suit avant tout l’organisation dans laquelle il est. Pourtant, il est crucial de par cette vision qu’il nous donne de son nouveau foyer. Lui qui n’était qu’un enfant-soldat sans le moindre avenir s’est lancé dans une quête folle. Une mission qu’il sait quasiment impossible à accomplir. C’est en intégrant les rangs de Jormungand qu’il va alors ouvrir peu à peu les yeux sur ce que peut être aussi un tel groupe pour lui. Alors qu’il pourrait juste tirer dans le tas et espérer en emporter un maximum, il finit par les rejoindre. Même si cela peut être, à la base, dans l’optique de les détruire de l’intérieur, il va trouver quelque chose d’encore plus grand. Lui qui n’avait rien va obtenir une chose que jamais il ne pensait avoir de nouveau. Il s’agit d’une famille et d’un lieu où rentrer. A travers les interactions qu’il a avec sa patronne et les autres membres, il va légèrement s’ouvrir à eux. C’est grâce à l’attention qu’il lui porte qu’il va apprendre les maths, l’Histoire, l’anglais, mais aussi à lire et à écrire.

Cette marque d’affection peut autant être considérée comme un moyen de le renforcer qu’une véritable envie de l’accepter parmi eux. Ils sont déjà tous des parias de la société qui n’ont aucun autre talent que d’éradiquer leur cible. Auprès de Koko, ils ont tous réussi à trouver une place et surtout des gens qui voulaient bien d’eux. C’est pour cela qu’il est facile de comparer cette troupe d’hommes et de femmes comme une famille. Le commun des mortels a beau voir en eux des fous, des monstres ou des tueurs, il n’empêche qu’à force de les observer, on ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie et de l’attirance pour chacun. Cet aspect a beau dénoter totalement avec l’ambiance du récit, cela est en réalité un élément capital de notre appréciation de l’œuvre. Le lecteur peut ainsi éprouver une certaine compassion pour ces individus et trouver une bonne dose d’humain derrière toutes leurs machines de mort. Un clan que l’on prend plaisir à suivre et dont le lien unissant ces soldats finit par nous convaincre de la petite parcelle de bonté qui peut se dissimuler en eux. Même dans cet univers froid et sanglant, il est possible de trouver un peu de réconfort.

En conclusion, cette lecture fut à la fois divertissante et touchante sur de nombreux aspects. On a beau partir à la reconnaissance d’un monde violent et où les accords sont souvent suivis d’un ballet de balles, il y a toujours quelque chose d’attirant. Cela vient autant de notre troupe de mercenaires que de l’action trépidante et on peut aussi souligner l’excellent travail de l’auteur pour nous décrire tout l’effroi qu’abrite cet environnement. Une oeuvre abordant un sujet rare et qui n’en est que plus intense.

Jormungand débute son étreinte

On peut le clamer haut et fort, ces deux premiers volumes de Jormungand ont parfaitement rempli leur objectif qui était de nous divertir tout en captant notre attention. De par son contexte particulier, ses thématiques abordées et l’attachement que l’on peut avoir pour les divers protagonistes, ce manga accomplit un excellent premier contact. On est à la fois excité de voir les incroyables fusillades qu’il peut y avoir entre deux équipes rivales qu’effrayer devant l’horreur que peut engendrer la vente de telles armes. Un récit qui offre à la fois des confrontations dantesques qu’une profonde réflexion sur ce marché noir qu’il est impossible de réguler. L’écriture est maîtrisée et retranscrit avec un très grand réalisme l’étendue de ce milieu qui englobe l’ensemble des continents. Ainsi, le mangaka parvient à créer une scission dans notre esprit entre le plaisir que l’on éprouve à suivre notre groupe dans leurs aventures que rebuté par les conséquences de leurs actes. Un conte rythmé par le sifflement des balles qui ne s’arrête jamais dans ce monde où les armes décident de tout.

A travers ces deux lectures, la série nous a réconforté dans notre première impression et a même dépassé nos attentes de par son intensité. On est clairement devant une oeuvre atypique de par le sujet traité et qui mérite amplement le coup d’œil de par son côté fun, mais aussi sa façon de nous ouvrir les yeux sur l’une des facettes de la société. De la sincérité se dégage de ces pages où se mêle réalité et fiction afin de donner un cocktail délicieux. Même si beaucoup de questions peuvent trouver leur réponse au bout d’un canon, il y en a quand même certaines qui subsistent. Quel est le véritable objectif de Koko ? Jonah compte-il abandonner sa mission ? Quel est son passif avec le frère de sa patronne ? Parviendront-ils à se tenir au-dessus du lot ou finiront-ils dévorer par les ténèbres qui règnent autour d’eux ? Le parcours de ces brutes et tireurs d’élite a beau être parsemé d’embûches, on sait pertinemment qu’ils lutteront jusqu’à leur dernier souffle pour leur groupe. Quoi qu’il en soit, on sera là pour assister à leurs prochaines prouesses !

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis, vos impressions et aussi vos attentes pour ces deux premiers volumes de Jormungand. Pensez-vous que Jonah trouvera une autre raison de vivre que la destruction d’armes ? Croyez-vous qu’il soit possible que ce groupe puisse constituer un vrai foyer pour lui ? Qu’espérez-vous pour la suite du manga ? Quel est, selon vous, le plan qui se dissimule derrière l’esprit tordu de Koko ? Comme à chaque fois, on est là pour échanger avec vous et discuter de ces œuvres fantastiques. 🙂

© Takahashi Keitaro / Shogakukan

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