enfant-FMA

Un profond trauma : la désillusion d’un l’enfant

Pour bien finir cette semaine thématique autour de ces scènes qui nous marquent à jamais, on ne pouvait pas échapper à l’une d’entre elles. Lorsque l’on évoque ces moments inoubliables, on pense tout de suite à cette chère Nina. Cette jeune fille dont on fait la connaissance dans Full Metal Alchemist en même temps que Edward et Alphonse nous séduit rapidement de par son innocence et sa joie de vivre. Cependant, tous ceux qui ont suivi cette série savent déjà où cela va nous mener et l’on est alors obligé de ressentir une profonde tristesse qui ne nous quitte jamais même après des années. Ce qui lui arrive va être l’élément déclencheur de tout un tas de changements chez nos héros et surtout être révélateur de cette réalité qu’ils ne pensaient jamais rencontrer. On peut clairement dire que l’oeuvre éditée chez Kurokawa va nous avoir délivré l’un des moments les plus emblématiques et les plus difficiles du monde otaku. Des retrouvailles qui vont nous déchirer le coeur et nous montrer le pire visage de l’Humanité. Le temps est donc venu de préparer une bonne dose de mouchoirs et de revenir sur la perte d’un enfant.

L’innocence des frères Elric

Enfant-perte

Deux ambiances différentes.

Lorsque l’on parle d’innocence, on ne veut pas dire que nos deux amis ignorent totalement les abominations qui peuvent naître dans ce monde. Après tout, ils ont été les acteurs et les témoins de leur propre destruction alors qu’ils étaient encore des enfants. Malgré cela, ils restent des adolescents qui ne connaissent pas grand chose du monde qui les entoure et qui ont passé une partie de leur jeunesse à la campagne. Même l’entraînement avec leur maître ne les a jamais préparés à ce qu’il va suivre. Alors qu’ils font une halte à la capitale, les frères Elric vont être hébergés chez un alchimiste d’état répondant au nom de Shô Tucker. Vivant en compagnie de sa fille Nina et de leur chien, tout semble aller pour le mieux chez eux. Une famille qui se serre les coudes et dont le sourire de cette jeune fille suffit à illuminer les journées les plus difficiles. Malheureusement, le chef de cette demeure est en mauvaise posture concernant son examen pour renouveler son droit de travailler en tant qu’alchimiste d’état. Il passe des heures et des heures dans son bureau à réfléchir à ce qu’il pourrait bien présenter pour surprendre le jury et conserver ses privilèges et son argent. Un constat qui va peu à peu le conduire dos au mur et lui faire commettre l’irréparable.

Cependant, on ne sait absolument pas pendant toute cette période ce qu’il compte faire. On sait juste que son talent et ses recherches portent sur les chimères. Des informations qui semblent très futiles alors que l’on se concentre sur nos deux héros qui profitent paisiblement de la compagnie de Nina et de son ami à fourrure. Une quiétude qui nous réchauffe le coeur et permet de renforcer rapidement le lien unissant cette jeune fille à ces deux nouveaux amis. C’est aussi le cas pour le lecteur ou spectateur que l’on est qui voit en elle une figure de pureté et de joie qui semble si rare dans cet univers. En effet, toutes les épreuves que l’on a traversées auparavant en compagnie de notre duo nous ont montré une partie de la corruption, du danger et des mensonges pouvant rythmer la vie sur ces terres. De plus, cette cohabitation provisoire permet aussi d’apporter un peu de repos à notre tandem qui retrouve leur esprit d’enfant et pense juste à s’amuser avec elle. C’est alors qu’arrive le moment d’une courte séparation entre eux et leur jeune amie. Ils ne savent pas encore que ce simple au revoir va se transformer en une sorte d’adieu. Un éloignement de quelques instants, mais qui va suffire pour détruire le peu de lumière qui irradiait de Nina.

Alors que ce petit bout de chou s’inquiète pour son père qui s’enfonce toujours plus dans ses recherches, celui-ci va trouver un peu de réconfort auprès d’elle. C’est alors que son regard va totalement changer comme si un éclair de génie venait d’apparaître dans cet esprit brisé par la peur de tout perdre. C’est en regardant la chair de sa chair qu’il va enfin trouver la réponse, mais en même temps perdre tout ce qui faisait de lui un père, et même, un être humain. Le devoir et la recherche prend alors la place de la paternité pour mettre au point une expérience qui aujourd’hui encore ne peut qu’être qualifié d’ignoble.

La douceur face à la folie

Ce qui est remarquable et bien pensé dans cet enchaînement de scènes, c’est que l’on ne sait absolument pas ce qu’il se passe. En réalité, on a beau voir dans le regard de Tucker qu’il a une idée derrière la tête, on ne sait vraiment pas la catastrophe qui s’annonce. Ce n’est qu’une fois que Edward et Alphonse reviennent que l’on va commencer à avoir un mauvais pressentiment. Alors que l’alchimiste tisseur de vie nous présente sa chimère qui parle, on se dit qu’il est remarquable de voir le travail qu’il a réussi à accomplir jusqu’au moment où celle-ci va adresser ses premiers mots. “Ed, tu viens jouer avec nous ?”. Cette phrase retentit dans notre tête et celle de ce jeune blondinet comme un violent coup de massue. Au même titre que notre protagoniste, notre regard surpris va se transformer pour souligner l’incompréhension et surtout le refus d’admettre cela. Cette phrase n’était autre que celle de Nina qui souhaitait que l’on s’amuse avec elle. Rien qu’en entendant ces quelques mots, la silhouette de cet enfant se dessine devant nous et l’on a alors conscience de la triste réalité qui se dresse devant nous. Cette créature hybride est en réalité la combinaison de la propre fille de Shô et de son chien.

Cet homme a osé utiliser sa propre progéniture pour mettre en place son expérience qui devrait lui permettre de garder son statut. Il n’a pas eu le moindre scrupule à détruire cette petite vie qui était aussi sa seule famille. De plus, l’horreur de ce moment est encore plus accentuée lorsque l’on voit que cet individu ne semble ressentir aucun regret ni tristesse suite à l’acte qu’il vient de commettre. L’effroi va même aller bien plus étant donné qu’au moment où Edward va comprendre ce qu’il est arrivé de Nina et qu’il va s’en prendre à son collègue, celui-ci ne va pas démentir. Bien au contraire, il va même appuyer son acte en évoquant ce que les deux frères ont fait pour se retrouver avec leurs corps actuels en disant qu’ils font tous partie du même groupe. Il ne s’agit nul autre que de celui des scientifiques cherchant à repousser les frontières de la connaissance même si cela implique quelques sacrifices. Rien que par cette confrontation, Edward et Alphonse vont se retrouver troublé et ne peuvent accepter le fait qu’ils ont joué au même jeu que Tucker alors qu’ils ont aussi transgressé un tabou malgré le fait que l’on puisse comprendre leur acte. En une fraction de seconde, on comprend alors que le monde des alchimistes ne s’encombre pas de notion telle que la famille pour la plupart et que rien ne compte plus que les résultats. Un contexte qui aura détruit depuis longtemps ce père de famille qui n’en est nullement à son premier coup d’essai.

Il y a donc une confrontation qui se joue non pas uniquement entre Ed et Shô, mais aussi entre l’enfant qu’est ce premier et la vérité se cachant derrière son métier. Une réalité qui va le blesser profondément et le faire douter quant à tout ce qui l’entoure. Cependant, cette épreuve va aussi être l’occasion pour lui d’avancer, de grandir et surtout de confirmer sa détermination pour suivre sa propre voie. Peu importe qu’il soit le toutou de l’armée, il est alors prêt à endosser cela et à faire en sorte que ce genre de crimes ne se reproduisent plus.

Un enfant découvrant la réalité

Alors que l’alchimiste tisseur de vie finit par être arrêté pour ce qu’il vient de commettre sans pour autant se séparer de sa créature, un événement surprenant va arriver. Il s’agit de l’intervention de Scar qui va éliminer Tucker ainsi que sa fille transformée. Si l’on peut comprendre son premier geste, car il s’inscrit dans sa quête de vengeance, le fait qu’il s’en prenne à Nina a une connotation bien particulière. L’Ishbal meurtrier va voir pitié de cette jeune fille qui a subi la folie de ces hommes dotés d’un pouvoir trop grand. Au même titre qu’il fut témoin de l’anéantissement de son peuple de leur part, il partage une partie de la souffrance de cette pauvre petite. Son acte a beau alors mettre un terme à sa vie, il s’agit avant tout d’une libération. Un acte tragique, mais nécessaire afin qu’elle puisse profiter du repos éternel et retrouver les siens. Cette disparition va aussi grandement affecter Edward et Alphonse qui vont apprendre que plus tard le massacre perpétré par ce tueur en série. Même là, la réaction de notre blondinet va accentuer cette innocence qui lui est propre et le mettre devant la triste nature qui anime ce monde. Ce qui fait que tout cela nous choque, en plus de l’acte effroyable que commet Shô Tucker, vient en partie du fait que cela vise un enfant.

Cette catégorie de personnes, peu importe le style d’oeuvre que l’on puisse analyser, est souvent protégé étant donné qu’ils représentent la limite à ne pas franchir. Pourtant, dans Full Metal Alchemist, ces bambins sont souvent propulsés au premier plan. On peut citer la jeunesse de nos deux frères, le cas de Nina, mais aussi la fille de Hugues. Ces symboles d’innocences sont rapidement confrontés à la noirceur et à la tristesse qui peuvent habiter ces terres ainsi que le coeur des gens. Ainsi, les quelques moments de joie qu’ils peuvent avoir sont brisés et c’est en cela que l’oeuvre parvient à marquer les esprits. En plus de toute sa richesse, cette saga n’a pas peur de donner un rôle dramatique à ces personnages qui devraient avoir une vie normale à s’amuser plutôt que de se frotter à la mort elle-même. Des images qui choquent et parviennent aisément à nous arracher une larme tant elles sont amenées avec une sincérité et un certain réalisme terrible. Personne n’est à l’abri et il est nécessaire pour nos héros de grandir afin de se protéger, mais aussi de sauvegarder toutes ces vies qui les entourent. Une épreuve déchirante qui fait la jonction entre l’ignorance et l’insouciance des enfants et les ténèbres qui peuvent se cacher n’importe où.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant cette scène mythique et tragique. Pensez-vous que la perte de Nina a grandement influencé le parcours de ces deux enfants ? Avons-nous ici, selon vous, l’un des plus mémorables passages de la culture otaku ? Croyez-vous qu’il fallait passer par cela pour que notre duo puisse se rendre compte de l’horreur de ce monde ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger et discuter autour de cette thématique. Cette semaine se termine et on espère que celle-ci vous aura plus. 🙂

nina-enfant

Une scène qui nous hante encore.

© 2002 Arakawa Hiromu, Square Enix

One Comment

  • Encore une fois, je suis parfaitement en accord avec ton analyse, en particulier en ce qui concerne le fait de briser le tabou sur les enfants, qu’on a tendance à épargner dans la fiction.
    Et réussir à faire ça et en plus s’en prendre à un chien qui n’a rien demandé non plus, ça rend le tout encore plus hard.

    Je partage également ton analyse sur le douloureux retour à la réalité pour Ed qui voit vraiment le caractère horrible de ce que l’alchimie peut produire.

    D’ailleurs je pense que ce n’est pas anodin si ça arrive si tôt dans le récit, ça fait rapidement un électrochoc au héros, et ça permet dans le même temps aux lecteurs de comprendre que les choses les plus hards peuvent se produire. Elle est forte cette Arakawa !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *