Abura T1 : un baroud d’honneur
S’il y a bien une organisation qui a inspiré bon nombre de récits aux mangakas c’est le Shinsengumi. Il faut dire qu’il y a de quoi faire autour de ce groupe qui a marqué à jamais l’histoire du Japon. On a eu le droit à énormément de propositions autour de ces célèbres guerriers et sous des angles bien différents. Mais alors comment est-il possible de réussir à proposer un récit original autour d’eux surtout quand on veut s’inscrire dans une réalité historique ? Le titre dont je vais vous parler aujourd’hui y est parvenu avec brio et il s’agit de Abura chez Panini. Une courte série étant donné qu’elle ne fera que trois volumes et dont le premier tome est sorti il y a peu. En tant que grand amateur de mangas historiques, je ne pouvais pas passer à côté de celui-ci. Et j’ai été agréablement surpris, car le Shinsengumi n’est pas tant l’élément central de cette œuvre. On va surtout se concentrer sur un événement en particulier qui va mettre en scène des opposants à ce groupe. Des combattants ayant fait partie du Shinsengumi et qui ont fini par faire scission pour se retrouver face à eux. Une idée fascinante tant elle permet de voir les événements d’un autre œil. Soyez donc prêts pour accompagner ces hommes dans ce qui s’annonce être possiblement leur dernier soir.
Une nuit sanglante

Synopsis
L’incident d’Aburanokoji. Ce fut la dernière lutte interne au sein du Shinsengumi et l’une de ses plus sanglantes. Dans les derniers jours mouvementés du shogunat Tokugawa, sept combattants durent affronter le Shinsengumi à Kyoto afin de récupérer les corps de leurs hommes assassinés, et c’est là, lors de cette nuit horrible et sanglante, que le fer des épéistes se croisent…
Scénario : Number 8
Dessin : Sakuzo Baku
Avec le résumé de Abura, on se rend rapidement compte de la direction que souhaite prendre le manga. Juste avec ces quelques lignes, on ressent à quel point cette lecture s’annonce aussi tragique que brutale au vu du postulat de base. Mais c’est justement dans cette situation désespérée que la série va réussir à mettre en avant tout ce qu’elle souhaite. une petite épopée d’une nuit qui va pourtant marquer les esprits et graver profondément le nom de ces guerriers dans le cœur des lecteurs. Ici, il est question de se jeter dans la gueule du loup pour l’honneur, mais où le plus important reste de survivre.
Mourir ou survivre
En fait, concernant Abura, il y a deux points que je tiens avant tout à mettre à l’honneur concernant ce premier volume. Pour commencer, je me devais de souligner l’efficacité avec laquelle le titre réussit à nous plonger dans cette époque. Le Bakumatsu est une période particulièrement riche et il est très difficile d’aborder tout ce qui s’est passé. Voilà pourquoi je trouve que le fait de se concentrer sur un seul événement est une bonne idée. Cela permet de se sentir rapidement impliqué dans ce qui se passe et de se focaliser sur ce qui est essentiel à la bonne compréhension de ce qui a mené à ce moment. En faisant ça, l’auteur réussit ainsi à placer de manière rapide et pertinente tous les éléments nécessaires pour ensuite nous amener à cette fameuse nuit infernale. Et d’ailleurs, ce qui est bien c’est que l’on montre ici une autre facette du Shinsengumi. On a très souvent le droit à des oeuvres qui mettent en avant ce groupe du fait des incroyables combattants qui sont à son origine. Mais là, on nous montre, sans le moindre artifice, qu’il s’agit avant tout d’un groupe aux ordres du shogunat et qui est prêt à tout pour stopper ceux qui peuvent devenir des obstacles au pouvoir en place. Une manière de montrer qu’ils sont avant tout les chiens de garde de cette autorité qui vit une fin de règne particulièrement tumultueuse. Ils ont beau être de grands samouraïs, ils sont aussi capables de mettre en place un plan particulièrement vicieux dans le but de piéger ceux qui furent autrefois leurs frères d’armes.
On peut nous montrer une certaine fraternité, même à l’égard de certains ennemis, la réalité est aussi là pour les rattraper. Ces nuances sont importantes, car cela souligne la complexité de cette époque où chacun suit ses convictions sans réelle notion de bien ou de mal, mais juste des actes pouvant se montrer éprouvants. Pour ce qui est du deuxième point que je souhaite aborder, il s’agit justement de nos sept protagonistes et de ce fameux moment qui va être une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. On nous les présente comme d’anciens membres du Shinsengumi qui ont fini par s’en détacher pour suivre leurs propres convictions. Cela n’est pas anodin, car il est avant tout question ici de mettre en avant le fait qu’il ne s’agit pas ici d’une lutte pour le bien ou le mal, mais juste d’individus qui ont décidé de suivre ce que leur dicte leur cœur et devoir. De ce fait, on va rapidement avoir une certaine empathie pour ces quelques guerriers qui se retrouvent en infériorité numérique face à un adversaire tenace. Cela donne à ce moment une dimension encore plus dramatique, mais apporte aussi encore plus d’impact à cette volonté de faire front commun pour leur camarade tombé au combat. Et c’est sûrement ce qui qualifie le mieux cette lecture, car on a beau savoir que la mort se rapproche inexorablement d’eux, on ne peut détourner le regard de ce petit groupe qui va faire face à la faucheuse sans détourner le regard.
Avec seulement ce premier volume, Abura réussit le pari de poser efficacement son décor et ses personnages pour ensuite nous plonger dans le chaos de cette nuit sanglante. En seulement quelques pages, on ressent la partie sombre du Shinsengumi et on a même beaucoup d’empathie pour ces sept guerriers qui décident de se confronter à ce groupe en supériorité numérique. Et même face à un destin qui s’annonce funeste, on ne peut s’empêcher d’être admiratif de ces hommes qui se dévouent à leur camarade même quand la mort a fait son office.
Abura sort le grand jeu
On peut souvent se demander si une série en seulement trois volumes peut réussir à aller au bout de ce qu’elle veut raconter. C’est un sujet compliqué, car il peut y avoir tout un tas de facteurs différents poussant un auteur à un tel choix. Pour ce qui est de Abura, ce premier volume montre, à mes yeux, que l’auteur sait où il va. Et surtout, il montre qu’il ne désire pas forcément partir sur quelque chose de long, mais simplement s’attarder sur ce moment précis qui a marqué cette période de l’histoire du pays. On peut se dire que c’est simplement un règlement de compte qui va permettre au Shinsengumi de mettre un terme aux luttes internes au sein de son organisation, mais c’est loin d’être seulement ça. On nous conte ici le combat de quelques hommes pour des convictions qui sont les leurs et qui les poussent à faire face à leurs anciens camarades. Peu importe qui gagne ou qui perd ici, car à la fin il ne peut y avoir que de la souffrance et des larmes quand le sang finit par être versé. C’est finalement, à travers cet événement, une représentation plutôt efficace de cette époque où les liens ne faisaient pas le poids face au devoir de ces guerriers. Tout ça couplé à un dynamisme réussi dans les scènes d’action permettant d’assurer le spectacle lorsque l’on plonge dans la mêlée. En plus de ça, la tension se ressent totalement au vu de l’étau qui se resserre et cela donne juste envie de voir qui finira non pas par gagner cette confrontation, mais simplement survivre à cet enfer.
Vous l’avez donc compris, j’ai trouvé ce premier volume de Abura plus que réussi. Avec une première partie qui installe bien le contexte et une seconde moitié qui nous plonge totalement dans l’action, on a tous les ingrédients pour être happé par l’histoire. Surtout que l’on a déjà le droit à un moment particulièrement fort dans les dernières pages du tome. Cela nous montre à quel point personne n’est à l’abri durant cette nuit où les lames s’entrechoquent. Une œuvre qui se distingue donc autant par rapport au rythme frénétique qui va découler de cette situation que par le point de vue proposé qui nous permet de voir tous ces acteurs historiques sous un autre angle. Si vous appréciez les fresques guerrières et que vous souhaitez découvrir une facette rarement traitée de cette organisation alors vous devriez être convaincu par cette nouvelle série. Pour ma part, j’ai maintenant plusieurs questions en tête qui me donnent envie de voir ce que nous réservent les deux prochains tomes. Est-ce que l’on va assister à un vrai massacre durant cette nuit ? Qui parviendra à s’échapper de ce piège infernal ? Que donneront les prochaines confrontations entre les deux camps ? Va-t-on assister à des affrontements mythiques ? Quelles traces vont laisser ces hommes chez leurs adversaires ? Ce qui est sûr, c’est que la suite s’annonce particulièrement épique et tragique. Je suis très curieux de voir ce que ça donnera.
N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Abura. Avez-vous trouvé que le titre réussit à nous plonger efficacement dans cette période mouvementée ? Trouvez-vous que le pari de se concentrer sur un seul événement est pertinent et permet de rentrer rapidement dans le feu de l’action ? Est-ce que vous appréciez l’angle proposé pour parler de cette époque, du Shinsengumi et de tout ce qui tourne autour de ces combattants ? Avez-vous apprécié le style graphique ? Qu’attendez-vous pour les deux prochains tomes ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.