Beast King T1 : vivre en harmonie avec la faune
Cela fait maintenant quelques années que la fantasy revient sur le devant de la scène pour mon plus grand plaisir. Et si l’on retrouve souvent des histoires assez classiques en la matière, on a aussi le droit à des titres qui cherchent à amener une toute autre atmosphère à ce genre. Ainsi, on peut assister à la naissance de mangas qui vont prôner une expérience diamétralement différente de ce à quoi on est habitué. On peut même se retrouver devant des titres qui prennent à contrepied certains codes bien connus de la fantasy pour changer diamétralement notre regard dessus. C’est exactement le cas pour la série dont je vais vous parler aujourd’hui et qui a fait ses débuts chez Doki-Doki. Il s’agit de Beast King and Medicinal Herb, une nouveauté que j’attendais avec beaucoup d’impatience tant la couverture et le synopsis avaient su me séduire. Et, comme je pouvais l’espérer, cette lecture fut l’occasion de vivre une aventure assez unique en son genre, pertinente dans ses propos et prometteuse pour la suite. Préparez-vous à signer un contrat avec le roi des bêtes afin de secourir les monstres en tout genre.
Vivre par le pacte

Synopsis
Tous les aventuriers rêvent d’explorer des donjons, de vaincre des monstres, de s’emparer de leur butin. Tina, une jeune aventurière, aspire aussi à partir en territoire inconnu pour découvrir des richesses cachées. Malheureusement, elle est grièvement blessée lors de l’une de ses explorations. Soudain, le grand démon connu sous le nom de Galon, le Roi des Bêtes, apparaît devant elle. Ce dernier, qui était censé avoir été tué par un héros dans un passé lointain, a bien changé. Il accepte de la sauver à condition qu’elle l’aide à soigner les monstres qui peuplent les donjons… Entre aventuriers et « rois démons », le mal n’est pas toujours là où on croit.
Scénario : Tatsukazu Konda
Dessin : Asahi Sakano
Ce qui éveille tout de suite la curiosité du lecteur en lisant ces quelques lignes de Beast King concerne l’approche désirée par ce titre. Ici, l’objectif n’est pas d’exterminer les monstres, mais d’apprendre à les connaître pour mieux cerner leur existence et le fait qu’ils ne sont pas uniquement des ennemis à abattre. En parcourant ces terres en compagnie de ce roi des bêtes et de sa nouvelle partenaire, c’est tout un bestiaire qui se dessine où l’épée laisse place à l’observation et à la compréhension de ces animaux imaginaires. Un voyage qui nous marque d’une toute autre manière.
Des animaux et non des monstres
La principale force de Beast King et qui va amener toute la profondeur de ce récit vient du traitement apporté aux monstres. D’habitude, ces derniers sont présentés comme des obstacles à abattre et c’est devenu commun dans l’imaginaire collectif que les aventuriers doivent s’en débarrasser pour s’améliorer, remplir leurs contrats ou bien accumuler des objets et autres équipements. Mais avec cette série, on inverse tout en nous posant cette unique question : “Et si ces créatures avaient aussi leur propre mode de vie ?”. Une interrogation tout à fait logique, mais qui est facilement oubliée par beaucoup tant on est conditionné, par la littérature, le jeu vidéo et autres médiums, à en faire des adversaires. Avec ce manga, on nous montre à quel point le comportement des aventuriers peut être destructeur pour l’écosystème si ceux-ci ne pensent qu’à engranger de nouveaux profits. Avec cette demoiselle devant obéir au roi des bêtes pour échapper à la mort, on va découvrir un tout nouveau monde qui est pourtant juste sous notre nez. Et c’est tout bonnement captivant d’avoir pris cette direction, car cela amène tout naturellement des situations uniques et des réflexions importantes. Ainsi, on peut voir que derrière la fureur d’un dragon se cache en réalité une souffrance inimaginable après avoir vu son enfant périr de la main d’aventuriers de passage. Pareil pour une autre bête qui est traquée pour ses ressources naturelles et qui est finalement presque en voie d’extinction.
Au fur et à mesure de notre lecture, cet ouvrage fait tomber la barrière du monstre pour nous montrer des animaux craintifs et qui cherchent juste à vivre en harmonie avec le monde qui les entoure. En plus de prendre le temps de nous décrire chaque spécificité des bêtes que l’on va rencontrer, le mangaka va réellement créer un attachement pour cette faune qu’il nous dépeint. On prend conscience à quel point ce rapport entre humains et monstres peut être destructeur et surtout que cela détruit des vies innocentes. Le titre ne cherche pas à jouer uniquement sur ça et cherche à nous faire réfléchir sur le juste équilibre à trouver afin que cela forme un cycle où chacun peut s’épanouir. En dehors de ça, le manga réussit aussi à nous offrir une expérience de fantasy loin d’être axée sur une action frénétique. Au contraire, on prend le temps ici d’admirer chaque paysage proposé et de vivre ce voyage qui a pour but premier de venir en aide aux créatures en détresse. Toute la réflexion sur l’humanité qui détruit inconsciemment la nature environnante et l’importance de veiller à la protection de ces êtres surnaturels est fascinante, car elle dépasse le cadre de la fiction. Cela peut aussi résonner en nous dans notre réalité et nous faire voir d’un autre oeil notre environnement. Et au-delà de ça, le titre réussit aussi à proposer quelques intrigues prometteuses en lien avec ce roi des bêtes qui a survécu à l’enfer et cherche maintenant à sauver plutôt que de tuer.
Je trouve que Beast King offre une approche très intéressante de la fantasy de façon globale. Alors que l’on ne cesse, dans quasiment toutes les œuvres de ce style, de nous pousser à vaincre les créatures devant nous, ce manga prend le chemin inverse. Il nous amène à réfléchir réellement sur la vie de ces êtres qui sont loin d’être juste une menace à abattre. Ils ont aussi leur mode de vie, leurs instincts parentaux, mais aussi une envie de cohabiter avec les autres espèces. Une série qui joue brillamment sur ce changement de point de vue.
Beast King sort un rugissement bestial
Comme je l’ai évoqué en introduction, j’attendais énormément cette nouveauté de chez Doki-Doki et je ne suis clairement pas déçu. J’adore le fait que l’on soit sur de la fantasy différente de d’habitude et qui montre que l’on peut traiter de nombreux sujets uniques à travers ce style. Et cela fonctionne très bien ici, car cela brise nos habitudes créées au fil des œuvres en tout genre pour nous ouvrir les yeux sur une facette insoupçonnée de ces univers imaginaires. Et en plus de ça, il y a quelque chose de grisant à en apprendre sur ces créatures singulières et parfois majestueuses. On laisse tomber les armes pour simplement observer et aider au mieux ces animaux qui sont, pour beaucoup, des victimes de cette humanité écrasante qui ne réfléchit pas forcément aux conséquences de ses actes. Et même s’il n’est pas question de changer à jamais la face du monde, cette épopée est surtout là pour s’adresser aux lecteurs qui vont se prendre au jeu de découvrir le mode de vie et l’habitat de ces monstres. Cela peut donner des situations souvent très touchantes où l’on est témoin de la détresse et de la crainte de ces êtres fantastiques. On comprend alors à quel point leur quotidien peut être un calvaire et surtout une lutte constante pour ne pas être chassé par ces hommes et femmes en quête de richesses. Franchement, un premier volume ingénieux, émouvant et fascinant qui nous invite à la découverte d’un bestiaire qui s’annonce particulièrement conséquent.
C’est donc avec beaucoup de joie que je recommande chaudement Beast King and the Medicinal Herb. Un véritable coup de cœur qui montre la grande richesse que peut offrir la fantasy en manga. S’inscrivant dans la lignée de cette nouvelle vague de titres du genre, je suis heureux de voir l’imaginaire de ces artistes explorer d’autres facettes de ce style que j’apprécie tant. En plus de ça, le trait de l’artiste est majestueux et colle tellement bien à l’ambiance globale de cette histoire. Une belle fable onirique qui ne cherche pas uniquement à nous envoûter, mais à ouvrir les consciences. Un choix qui, ici, fonctionne à merveille et donne envie de prolonger l’aventure pour aller à la rencontre d’autres êtres fantastiques pour les aider. Et d’ailleurs, notre jeune protagoniste est le parfait reflet de ce que l’on peut être ou de l’être humain de façon globale. Une demoiselle désirant se faire un nom et qui va finalement prendre un autre chemin. Si vous appréciez la fantasy et que vous voulez une expérience unique focalisant l’attention sur les créatures, alors vous pouvez foncer. Et évidemment, j’ai plusieurs questions qui me viennent à l’esprit maintenant que j’ai terminé ce premier volume. Quelles seront les prochaines bêtes que l’on va rencontrer ? Notre tandem va-t-il faire face à des situations qu’il ne pourra pas surmonter ? Va-t-on en apprendre plus sur le passé de ce souverain bestial qui s’est reconverti en vétérinaire pour créatures magiques ? Je serai en tout cas du voyage pour la suite de leur périple.
N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Beast King. Trouvez-vous que le titre arrive à proposer une expérience originale et palpitante autour de ces créatures ? Est-ce que le message transmis tout au long de cette lecture a su vous toucher ? Avez-vous apprécié le fait de voir l’envers du décor de ces monstres qui ne sont pas juste une source d’expérience et de ressources pour les aventuriers ? Etes-vous curieux de voir les autres animaux fantastiques que nos protagonistes vont rencontrer ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.