Kotodama : 2 ouvrages à découvrir
J’ai reçu récemment une belle petite surprise de la part des éditions Kotodama. Deux ouvrages de leur catalogue que je me suis empressé de lire tant il y avait du potentiel derrière ces histoires. Et en découvrant ces récits, je me suis dit que ce serait bien de faire un article regroupant les deux. En plus de ça, cette maison d’édition est loin d’être la plus connue alors qu’il y a un excellent travail qui est fait derrière pour proposer une ligne éditoriale assez rare. Il est avant tout question ici de proposer des mangas permettant une meilleure compréhension du Japon, de son histoire, mais aussi de sa culture au sens large. Des lectures qui sont autant là pour nous divertir qu’enrichir notre esprit et où l’on ressent tout le travail de documentation qui a pu être fait. Je l’ai très bien ressenti avec les titres que je vais aborder aujourd’hui et qui, à mon sens, valent clairement le coup d’œil. Entre le rôle de la littérature étrangère au Japon et une date particulièrement importante pour le pays, il y a clairement de quoi faire. On est donc parti pour s’instruire tout en passant un excellent moment !
La librairie des jours heureux
Pour bien commencer cette liste, je vais vous parler d’un titre qui est sorti en début d’année et que j’ai pu découvrir que maintenant. Il s’agit de La librairie des jours heureux de Naka Nakaoka. Cette histoire nous fait suivre Tatsuru, un adolescent qui vient de perdre son père avec qui il était en froid depuis un moment. Ce dernier est mort d’une maladie et passait le plus clair de son temps dans sa librairie en compagnie de ses livres qu’auprès de son fils. En colère et ravagé intérieurement de n’avoir jamais pu le comprendre, notre protagoniste se retrouve obligé de ranger les ouvrages du défunt. Un travail de longue haleine qui épuise déjà le collégien qui n’a jamais été intéressé plus que ça par la lecture et ne sait absolument pas comment s’occuper de tout ça. Mais l’apparition d’un autre adolescent du nom de Tsuchiya va bousculer autant cette tâche que son regard sur tous ces livres ainsi que ce que pouvait ressentir Shûhei, son père, à son égard. Vous l’aurez compris, on est sur un drame familial se concentrant sur ce jeune garçon et tout ce qu’il peut avoir sur le coeur. S’il est avant tout présenté comme un personnage particulièrement en colère contre tout le monde et pouvant même être agaçant de par son comportement, on comprend au fil des pages qu’il a surtout du mal à mettre des mots sur ses sentiments. Ce n’est qu’après la disparition de son père et la rencontre de son nouvel ami qu’il semble enfin comprendre ce qu’il pouvait autant apprécier dans le fait de lire. Mais surtout, je trouve que le manga réussit à retranscrire avec brio la complexité des relations familiales où communiquer est déjà un défi en soi. On se loupe, on échoue et ça finit inexorablement par des conflits qui peuvent ébrécher le cocon familial.
Mais cette série est là aussi pour nous montrer le pouvoir que peut avoir un livre sur une personne. Car c’est finalement autour de cette passion qu’avait son père que Tatsuyu ouvrit les yeux sur qui il était réellement et à quel point il connaissait son fils tout en croyant en lui à sa manière. J’ai beaucoup apprécié justement cette utilisation de la littérature pour traiter de tout ça, mais aussi de cette amitié naissante entre les deux garçons qui ne se sera pas forgée sans remous. De même, il est aussi question de suivre ses rêves et surtout de profiter de chaque instant. Une lecture qui m’aura fait passer par bien des émotions tout du long et dont les thèmes sont, je trouve, vraiment pertinents. On peut facilement être touché par ce qui nous est raconté au sein de ces pages, car ce qui arrive à Tatsuru pourrait finalement arriver à n’importe qui. On peut tous avoir des rapports difficiles avec certains de nos proches et leur disparition peut alors engendrer bien des tourments et des questionnements au plus profond de nous. C’est exactement ce que nous montre cette série en plus d’utiliser avec brio le milieu de la littérature. D’ailleurs, celui-ci n’est pas juste une toile de fond. On nous parle ici de la place qu’ont les livres dans la culture japonaise et au-delà, mais aussi à quel point ils peuvent réunir les gens. Un simple ouvrage peut alors changer une vie ou nous permettre, le temps d’une lecture, de nous évader en nous faisant vivre des histoires extraordinaires. Je suis heureux de voir justement des œuvres comme celle-ci mettre à l’honneur les bienfaits de la lecture non seulement pour nous enrichir personnellement que pour l’impact psychologique que ça peut avoir. En plus de ça, il y a un excellent dossier qui nous est proposé en fin de tome pour nous montrer à quel point, au Japon, la littérature étrangère est très prisée par de nombreux collectionneurs ou lecteurs depuis des années.
14 août 1945
Le deuxième titre que je vais aborder est diamétralement différent du premier étant donné que l’on est sur un récit historique. Il s’agit de 14 août 1945 – Le jour le plus long du Japon de Kazutoshi Hando au scénario et Yukinobu Hoshino au dessin. Comme vous pouvez vous en douter par rapport à son titre, on nous plonge ici à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mais pas à n’importe quel moment. En effet, on va suivre tous les événements qui vont amener à la reddition du pays et à quel point cette décision aura eu énormément d’impact pour l’ensemble des habitants, du gouvernement et de l’ordre établi depuis des années. Pour ma part, je connaissais évidemment cette date et surtout certaines informations par rapport à ce qui englobait cette déclaration de l’Empereur Hirohito, j’étais loin de tout connaître sur cette page importante de l’histoire du Japon. C’est ce qui est justement génial avec cet ouvrage, car on est clairement sur une lecture qui souhaite nous plonger pleinement dans ce qu’il s’est passé et surtout le chaos qui a précédé cette fameuse prise de parole. On nous montre ici avec beaucoup de justesse et de réalisme le conflit interne qui s’est joué entre le gouvernement et les forces armées. On nous dépeint une volonté d’un côté de stopper cet enfer pour protéger la population et de l’autre on a le droit à un patriotisme exacerbée à l’extrême qui pousse ces soldats à vouloir se battre coûte que coûte même si c’est peine perdue. Ce qui est encore plus terrible, c’est que l’on va être témoin des atrocités subies par tous ces innocents par rapport à cette guerre en cours et le nombre de vies qui auraient pu être sauvés s’il n’y avait pas eu toutes ces querelles internes.
Mais en même temps, c’est un ouvrage remarquable pour justement comprendre la pensée qui s’imposait dans la société japonaise de l’époque où l’Empereur était au-dessus de tout et que chacun était prêt à donner sa vie pour protéger ce en quoi il croyait. Je trouve justement que le travail de recherche qui a été effectué, mais aussi la manière de représenter les événements et personnages historiques sont de véritables leçons. D’ailleurs, l’auteur sépare très bien tout ce qui découle directement de ce que l’on sait et les quelques éléments qu’il a pu imaginer ou romancer tant ils restent obscurs encore aujourd’hui. J’ai été captivé par cette lecture pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a évidemment tout l’aspect historique qui m’a grandement plu étant donné que j’apprécie beaucoup ce type de récit. Mais en plus de ça, le manga arrive à nous tenir en haleine de par cette course contre la montre qui se joue devant nos yeux. On a beau savoir ce qu’il s’est passé, on a le sentiment d’être projeté à l’époque où tout semblait incertain. Chaque camp fait de son mieux pour atteindre son objectif et cela passe par tous les moyens possibles. Des trahisons d’un côté tandis que de l’autre on cherche à se cacher suffisamment pour que le temps soit écoulé pour les opposants. Franchement, cette lecture a été une mine d’informations surtout que l’on a aussi le droit à tout un dossier sur le sujet en fin de tome pour appuyer encore plus l’aspect instructif de ce titre. Une fenêtre sur toute une époque sombre du monde et un Japon qui doit faire face à un important changement dans toute sa structure et son militarisme. Une lecture enrichissante et qui permet de mieux cerner ce qui a bien pu se passer autour de cette décision importante qui a changé l’avenir de tout un pays.

