Pourquoi-j’aime-#59---The Bugle Call-2

Pourquoi j’aime #59 : The Bugle Call

En cette nouvelle semaine d’avril, je vous propose un tout nouveau numéro de “Pourquoi j’aime”. Très souvent, je me penche sur ce qui sort dans les prochains jours pour voir s’il y a des sujets qui peuvent être intéressants et surtout autour de séries que j’affectionne tout particulièrement. Il faut dire que le choix est particulièrement vaste au vu de la richesse du marché et de toutes les belles licences que j’ai pu découvrir depuis toutes ces années. Cette fois, je vais vous parler d’un manga de chez Ki-oon qui fait partie de ces petites pépites où j’attends chaque nouveau tome avec attention. Je parle bien sûr de The Bugle Call qui n’a absolument rien à envier aux plus grandes séries tant on est face à une épopée qui a tout pour elle. Une œuvre dont le premier volume avait été une claque pour qu’ensuite l’ensemble de la série réussisse à maintenir cette qualité à chaque tome. Le genre de récit qui a énormément de facettes à nous proposer rendant l’analyse d’autant plus grisante à faire. Je vous invite donc dans un monde en proie à des conflits incessants en compagnie d’un jeune homme rêvant d’être musicien.

Un univers foisonnant de bonnes idées

The Bugle Call Vol.1

Pour bien commencer, The Bugle Call se distingue par l’ingéniosité de son univers. En effet, Mozuku Sora, le scénariste de l’œuvre, a su concevoir un monde captivant et pourtant ô combien tragique. On nous dépeint ce dernier comme étant constamment en proie au chaos à travers les nombreux conflits entre les différents royaumes. On se dit alors que l’on est face à un récit se focalisant surtout sur un aspect militaire et misant sur des combats à grande échelle. Si cela est le cas, l’intérêt du manga ne s’arrête pas là. On va rapidement se rendre compte qu’il y a énormément de choses à découvrir autour du lore instauré par la série notamment autour des fameux branchus. Avec eux, on insuffle une part de fantastique qui change totalement notre vision de l’histoire et surtout de tout ce dont on va être témoin. A chaque nouveau tome, je me suis totalement surpris à être emporté par ce qui se passe et surtout à vouloir en apprendre plus. Chaque nouvel élément introduit n’est pas juste là pour faire joli. Il vient enrichir une toile déjà riche en détails et où tout est pensé pour amener quelque chose à l’ensemble de l’œuvre. Que ce soit au niveau du récit des personnages, des mystères entourant ces êtres si spéciaux, des manigances politiques ou même de tout ce qui peut toucher aux croyances, il y a énormément à dire sur toutes ces facettes. C’est ce qui est génial avec cette lecture, car on n’a jamais l’impression que l’une de ces parties prend le pas sur les autres. Tout s’emboîte parfaitement pour donner un ensemble cohérent et d’autant plus riche. Et comme si ça ne suffisait pas, on voit aussi qu’il ne s’agit pas uniquement de construire un univers accrocheur, mais de laisser de la place à un développement toujours plus grand. Ce qui nous paraissait déjà impressionnant au début de cette aventure n’est finalement qu’une toute petite partie d’une épopée bien plus grandiose.


Un récit jouant avec notre espoir

The Bugle Call Vol.2

Quand je parle de jouer avec notre espoir, c’est pour une raison bien précise. The Bugle Call est un titre qui n’a rien de réjouissant. Après tout, on se retrouve propulsé dans ce monde où la guerre fait constamment rage et où de nombreuses vies sont fauchées comme de simples épis de blé. C’est dans un tel contexte que l’on nous parle du rêve de notre protagoniste. Un souhait qui peut sembler futile en de tels temps, mais qui est finalement notre seule petite lumière dans ce chaos grandissant. On va avancer dans le récit en étant toujours plus témoin des horreurs de la guerre, mais aussi à quel point cet univers est sans pitié à l’égard de ses personnages. Souffrances, drames, cicatrices et morts sont les maîtres-mots de cette épopée. On avance autant parce que l’on est pris dans cette quête pour la suprématie de ces terres que pour l’envie de croire qu’il puisse y avoir un peu de répit même au milieu de ces champs de bataille. C’est pour ça que le titre s’amuse brillamment avec notre envie de croire en des lendemains radieux en nous mettant face à la cruauté de cette réalité. On veut que cela soit possible, mais en même temps on se rend compte que cela n’arrivera sans doute pas ou bien pas avant de trop nombreux sacrifices. C’est pour ça que ce manga est vraiment très pertinent dans ce qu’il nous raconte. Il nous dépeint toute la peine qui découle de ces luttes de pouvoir qui, finalement, ne font que détruire plus de vies innocentes. Tout ça fait que même si on est pris dans le feu de l’action et que l’on en prend plein les yeux au cours des affrontements entre branchus, on ne peut se défaire de ce malaise naturel de ce triste spectacle. C’est parfaitement représenté dans l’écriture, mais aussi dans le dessin qui fait ressortir toute la détresse des personnages, leur envie de survivre, mais aussi ce qui doit être fait pour qu’ils puissent y parvenir.


Un protagoniste déchiré

The Bugle Call Vol.3

Luca est un protagoniste captivant de par toutes ses nuances : il hait la guerre, rêve de paix personnelle et de musique pure, mais son pouvoir le force à devenir un atout militaire décisif. Son don pour guider les troupes à travers sa musique le rend indispensable, mais va en même temps donner une dimension encore plus tragique à son histoire. Son côté sensible et artistique contraste avec la brutalité du champ de bataille et tout ce qu’il doit commettre dans l’espoir d’obtenir ce qu’il désire réellement. De même, son évolution est aussi touchante que fascinante : de simple mercenaire il devient une figure clé pour un royaume religieux qui désire plus que tout asseoir son hégémonie sur les autres nations. Et c’est justement ce revirement dans sa carrière militaire qui va amener encore plus de profondeur à son personnage. Il lutte constamment entre son idéal pacifiste et la réalité de la guerre. On voit en lui un garçon fragile ne voulant que la quiétude pour exprimer son art sans que celui-ci ne soit perverti par la guerre. Les rares moments où il peut s’adonner à sa passion sont d’autant plus précieux, car l’on sait pertinemment que c’est peut-être la dernière fois qu’il pourra jouer ainsi. Luca n’est pas un héros assoiffé de pouvoir, mais un jeune homme forcé de grandir et d’accepter un rôle qu’il ne désire pas. Son charisme et sa gentillesse contrastent avec l’univers sombre, rendant son parcours d’autant plus marquant aux yeux des lecteurs. C’est finalement ce qui est remarquable dans l’écriture de ce personnage, car il n’est pas seulement un protagoniste qui va mener tous ces hommes au combat. Il est avant tout un jeune homme coincé dans cette spirale de haine et de guerre alors que son désir le plus profond est de s’en extraire. Un rêve de paix, mais qui semble s’éloigner un peu plus à chaque nouvelle bataille qui devrait pourtant l’en rapprocher.


Une leçon d’art militaire

The Bugle Call Vol.4

Une autre qualité remarquable de The Bugle Call réside dans son traitement de l’action et notamment dans les affrontements entre armées. Si l’on a le droit à des confrontations épiques entre les branchus, le manga ne cherche pas forcément à proposer seulement des duels. Ces êtres extraordinaires vont autant être là pour endiguer les forces de leurs congénères en face que d’être une arme inarrêtable contre les troupes adverses. Par exemple, si l’on prend Luca, il n’a aucune capacité martiale à proprement parler. Au contraire, il ne ferait clairement pas le poids face à un autre branchu dans un combat solo. Sa véritable force réside dans sa faculté à diriger les troupes et à les enhardir pour qu’ils puissent faire des ravages en face. On est autant impressionné par leurs compétences surnaturelles que la manière dont notre duo d’artistes va les mettre en scène par le prisme de la guerre. C’est pour ça que nous allons avoir le droit à pas mal de batailles à grande échelle qui vont nous tenir en haleine et où l’intervention d’un de ces individus n’est pas uniquement la promesse d’un combat de longue haleine. Il s’agit surtout de savoir réagir au mieux face à tous ces facteurs pouvant bouleverser la victoire. Nos protagonistes ne sont finalement que des “outils” plus puissants, mais qui restent au même titre que les soldats lambdas du fait qu’ils sont là pour se battre et mourir. Voilà aussi pourquoi le manga a aussi une dimension stratégique poussée permettant d’être pleinement immergé dans l’enfer de ce monde où il faut savoir surtout s’adapter pour s’en sortir. Les duels spectaculaires se mélangent à des tactiques implacables permettant même à la plus faible des armées de l’emporter si leur meneur sait lire le cours du combat.


Une fresque mêlant émerveillement et effroi

The Bugle Call Vol.5

On attaque déjà le dernier point de cette chronique dédiée à The Bugle Call et j’avais envie, pour celui-ci, d’aborder le titre par le prisme de son dessin. Higoro Toumori ne se contente pas juste de donner vie à l’histoire de ces personnages et de ce monde meurtri. A travers ses planches, il nous offre un voyage mêlant un côté enchanteur au milieu de ce chaos. C’est finalement à l’image de tout ce que nous raconte la série. On nous montre, que ce soit par le dessin ou le scénario, que cet univers peut offrir des moments de douceur et des paysages fabuleux. Mais aussi que tout ce bonheur possible est impossible de par la cupidité humaine et le besoin de pouvoir de certains. Le dessinateur confronte, par son trait, ces deux facettes. Cela représente à merveille le fait que l’être humain est souvent le principal acteur de sa propre destruction. Pareil pour les scènes de bataille où l’on voit toute l’intensité du conflit qui s’annonce simplement en posant les yeux sur ces cases. Si l’écriture est déjà maîtrisée, le dessin, quant à lui, apporte énormément à ce que l’on va ressentir. Sans dire le moindre mot, on comprend les enjeux derrière chaque affrontement, mais aussi toutes les émotions qui se bousculent pour ces êtres qui ne sont que des armes entre les mains des puissants. Une mélancolie qui s’exprime à travers chaque dessin et qui apporte énormément à l’immersion du lecteur. Une épopée qui nous en met plein la vue, mais où chaque scène proposée va être vecteur de sentiments forts à l’égard de ce qui se passe. Un récit qui a parfaitement su concilier toutes ses facettes, autant sur le plan graphique que dans son histoire, pour que l’on soit happé par le destin tragique de ces individus à qui l’on a retiré toute chance d’avenir.

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