Pourquoi-j’aime-#63---Kindergarten Wars-2

Pourquoi j’aime #63 : Kindergarten Wars

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas proposé un “Pourquoi j’aime”. Je tenais donc à remédier à ça et je me suis dit que j’allais vous parler d’un titre assez récent, mais qui a déjà pas mal de tomes au compteur. Et pour ça, je me suis tourné vers le catalogue de Ki-oon qui regorge de belles petites pépites. Les possibilités étaient nombreuses et mon choix s’est finalement porté sur un titre qui a su me surprendre pour plein de raisons différentes. Il s’agit de Kindergarten Wars, un manga qui a su faire forte impression depuis son arrivée et qui compte déjà pas moins de 14 tomes en France. Il y a donc largement eu de quoi s’imprégner de cet univers assez loufoque et pourtant bien plus que ça. En effet, on est ici face un cas bien particulier où l’autrice va admirablement bien jouer sur la première impression qu’elle veut donner à son récit pour ensuite construire quelque chose de bien différent. Une œuvre pour la moins singulière qui peut donner l’impression d’être “classique” dans sa forme, mais qui apporte énormément dans son fond. Je vous invite donc à découvrir un job pour le moins dangereux.

Une idée de base originale et fun

Kindergarten Wars

Kindergarten Wars repose sur un pitch à la fois inattendu et immédiatement accrocheur : le jardin d’enfants le plus sûr du monde, fréquenté par les enfants de chefs d’État, milliardaires et VIP, est protégé par d’anciens criminels et assassins condamnés qui y travaillent comme enseignants pour réduire leur peine. Rita, ancienne tueuse légendaire accepte, en échange d’une remise de peine, de travailler dans cet environnement tout en protégeant ces enfants face aux nombreuses tentatives d’assassinat permanentes. Le contraste entre l’innocence des tout-petits et la violence extrême des adultes crée un humour noir et absurde permanent. Le manga joue à fond sur ce décalage : batailles épiques contre des assassins pendant la sieste, déguisements ridicules, et règles scolaires qui s’appliquent même aux tueurs professionnels. Ce qui est bien, c’est que l’artiste sait comment jouer sur diverses formes d’humour pour nous accrocher face à ce pitch qui ne semble pas du tout se prendre au sérieux. Et c’est d’ailleurs une excellente manière pour la mangaka que de nous faire baisser notre garde pour ce qui va suivre ensuite. Car oui, ce manga a plusieurs facettes qui vont découler de ce postulat de départ qui semble juste un très bon prétexte pour nous offrir de l’action à foison. Mais c’est justement ça qui fait aussi toute la force de cette série. Elle nous appâte avec cette promesse d’une histoire sans prise de tête où l’on suit des personnages totalement à part de la société et qui n’hésitent pas à tuer comme si c’était quelque chose de naturel. D’ailleurs, on va rapidement avoir le droit à plusieurs running gags autour de nos protagonistes qui vont justement servir à dédramatiser ces attaques incessantes pour créer une sorte de quotidien explosif où la récré est souvent synonyme de combats endiablés qui se jouent à l’abri du regard de ces enfants innocents.


Un casting complètement fou

Kindergarten Wars Vol.3

Si on a pu rapidement parler de Rita, l’ensemble des personnages de cette œuvre est incroyable. Encore une fois, il y a un double niveau de lecture qui se fait tout au long de la lecture des différents tomes. On a beau nous présenter ces employés du jardin d’enfant comme d’anciens criminels, leur écriture est faite de manière à les transformer en des être assez loufoques et malgré tout charismatiques dont les talents vont nous en mettre plein les yeux. Chacun va réussir à se démarquer à sa manière par ses compétences propres, mais aussi leur personnalité distincte. Ce qui fait que ça donne constamment des situations désopilantes et des échanges surprenants entre nos divers protagonistes. Ceci a pour but de créer une sympathie pour ces gens qui sont pourtant des criminels, mais qui font de leur mieux pour accomplir leur travail. Ils ont beau être coincés dans cet environnement où tout semble hostile, ils ne baissent jamais les bras et vont devenir les protecteurs que l’on adore accompagner. En faisant ça, la mangaka s’assure que l’on va s’attacher à eux et avoir envie d’apprendre à mieux les connaître. Chaque révélation sur leur passé ou événement pouvant mettre à mal leur travail va alors nous donner encore plus d’empathie à leur égard. D’ailleurs, l’image comique qui leur est donnée initialement s’efface peu à peu au fil des tomes pour laisser place à une profondeur d’écriture remarquable. On se surprend à passer des rires aux larmes en seulement quelques pages tant tout est si bien maîtrisé et surtout joue à merveille sur le contraste entre ces diverses facettes. Si ce dernier est aussi un atout que j’évoque un peu plus bas, il était important pour moi de montrer que chaque acteur de cette pièce arrive à trouver grâce à nos yeux. Des personnages qui ne restent pas figés dans leur moule de départ et qui vont faire preuve d’une humanité désarmante et ô combien bouleversante.


Des combats spectaculaires

Kindergarten Wars Vol.6

Si j’ai évoqué dans un premier temps le décalage et l’humour propres à l’idée de base de Kindergarten Wars, il est important aussi de se focaliser sur ce que le titre offre en matière d’action. Si initialement, les phases d’affrontement sont avant tout là pour souligner la puissance exagérée des employés de ce jardin d’enfant, le récit va grandement évoluer dans ce domaine. On passe d’un rapport de force totalement déséquilibré à des adversaires pouvant mettre à mal la sécurité des lieux. Et là encore, la mangaka fait étalage de son talent pour nous délivrer des combats à la fois bien rythmés, originaux et d’une grande intensité. On en prend plein les yeux et surtout, on va être scotché à notre siège en observant tout ça. Chacun fait étalage de ses atouts pour survivre et ça donne lieu à des rencontres musclées où l’on s’inquiète sincèrement pour l’avenir de nos nouveaux amis. De plus, le manga fait partie de cette catégorie de titres où l’on ressent la maîtrise de l’artiste pour rendre l’action la plus fluide possible. On ne loupe absolument rien de ce qui se passe et ça renforce d’autant plus l’aspect spectaculaire de ces chocs. A cela vient aussi s’ajouter une bonne dose d’originalité dans ces confrontations. Nous ne sommes pas ici dans des affiches classiques. Il y a une vraie recherche pour créer une identité unique à ces moments à travers les spécificités des personnages qui se font face. C’est ce qui donne aussi pas mal de surprises dans le déroulé des combats. Nos protagonistes font de leur mieux pour s’adapter face à des adversaires qui n’ont absolument aucune pitié. D’ailleurs, cet élément apporte aussi une tension supplémentaire durant notre lecture. A aucun moment on a l’impression d’être face à des ennemis qui peuvent hésiter. Ils sont là pour tuer et pareil pour notre groupe afin d’assurer la protection de ces enfants. Un lieu imaginé pour l’épanouissement de ces enfants et qui, finalement, va être imbibé du sang de ces assaillants.


Une évolution surprenante

Kindergarten Wars Vol.9

Comme je l’ai évoqué dans les trois précédents points, Kindergarten Wars, au-delà de son idée initiale qui est surprenante, a une trame narrative assez connue dans le domaine. Pourtant, plus on avance dans les tomes et plus on se rend compte que tout ça cache une complexité bien plus impressionnante. J’adore la manière dont la mangaka endort notre vigilance tout au long des premiers chapitres pour nous donner l’impression que l’on va être dans un récit totalement décomplexé. Tout y est pour nous le faire penser entre son humour noir, ses running gags, l’exagération de puissance de certains personnages et l’action en elle-même. On nous offre un divertissement qui nous donne souvent le sourire et où l’on rit devant la surenchère qu’il peut y avoir dans certains affrontements et gags. Mais tout ça, c’est pour mieux nous surprendre à un moment précis du manga. En fait, celui-ci va nous rappeler d’une façon à la fois brillante et terrible que nous sommes dans un contexte où la mort peut frapper à tout moment. Devant nous se tiennent non pas des héros, mais des criminels qui sont considérés comme de la chair à canon. Ils sont remplaçables si certains échouent et quand on prend conscience de ça, on voit l’ensemble de cette œuvre d’un autre œil. Pareil pour les différents flashbacks qui vont totalement coupés par rapport au ton assez léger que l’on avait jusque-là. Ce qui fait que la bande de joyeux lurons reprend sa forme d’origine en nous rappelant que nous avons devant nous des criminels en sursis cherchant à réduire leur peine. Le risque est bien réel et va faire l’effet d’un électrochoc tant on met de côté celui-ci de par la construction du titre. Un incroyable revirement qui est amené avec maestria pour un résultat qui ne peut laisser de marbre.


Innocence et rédemption

Kindergarten Wars Vol.14

Il est grand temps d’attaquer la dernière partie de ce “Pourquoi j’aime” et là je vais parler de quelque chose que je trouve très intéressant dans l’écriture de Kindergarten Wars. La mangaka n’a pas proposé l’idée d’un jardin d’enfant à protéger pour rien. Après tout, il s’agit ici pour ces personnages de défendre des gamins face à des assaillants sans scrupules. Mais si cela permet d’avoir un objectif de base bien implanté, ça va aussi créer une opposition réussie. Le fait est que même si ces enfants ne servent que de cible à priori, ils ont aussi un autre rôle à jouer. Ils représentent l’espoir d’une nouvelle vie et surtout une pureté qui a depuis longtemps disparu du cœur de nos employés. Pour rappel, quasiment l’ensemble du personnel sont des criminels ayant commis des atrocités. C’est à eux que l’on confie la descendance de “l’élite” du pays. Ainsi, le conflit ne se joue pas uniquement face aux adversaires qui tentent de pénétrer cette enceinte. Il s’agit aussi d’une quête de rédemption pour ces individus qui découvrent un quotidien qu’ils n’ont soit jamais connu ou bien oublié depuis longtemps. Face à ces gamins qui ont l’impression que chaque jour est un jeu et que même la menace n’est qu’un “spectacle” organisé par leurs gardiens, nos protagonistes eux sont conscients du danger. Et ce qui est intéressant, c’est de voir l’évolution de ces criminels dans la perception qu’ils ont de ces cibles à protéger. Au départ, ce sont surtout des poids avec lesquels ils doivent s’entendre pour garder l’espoir d’une remise de peine. Mais plus ils vivent à leur côté et plus ce moteur change. Ils savent que les chances de survivre jusqu’au bout sont maigres et finalement ils se disent que le mieux à faire est de tout donner pour préserver la paix et l’innocence de ces enfants. L’artiste met magnifiquement ce bouleversement en scène afin de montrer ce qui est le plus important même pour ces criminels redoutés. Pour protéger l’espoir que représentent ces petits pensionnaires et éviter qu’ils ne souffrent, ces adultes sont prêts à faire verser le sang. Ils ne pourront jamais corriger ce qu’ils ont fait, mais ils se lancent à corps perdu dans ce job afin de trouver, auprès de ces enfants, une rédemption où le bonheur est possible aussi fugace soit-il.

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