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Les histoires courtes de Kazuhiro Fujita

Comme vous le savez sûrement, il y a des mangakas dont j’adore suivre l’ensemble des travaux. Et si on les connaît souvent pour les séries qui les ont fait connaître, il est tout aussi important de prendre le temps d’explorer leurs œuvres les moins connues. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit de petits one-shot qui ont vu le jour tout au long de leur parcours. En effet, c’est souvent à travers ces récits que l’on peut découvrir certains processus de création des titres mythiques qui sont arrivés ensuite. Vous comprendrez donc aujourd’hui que je ne pouvais pas passer à côté des deux ouvrages proposés par Meian autour des histoires courtes de Kazuhiro Fujita. Le mangaka à qui l’on doit l’excellent Karakuri Circus a été pour moi une révélation tant son imaginaire est à part dans le paysage manga. A chaque fois, je suis ébahi par la créativité dont il fait preuve et donc je me devais de voir ce qu’il avait pu créer à travers ces anthologies. Surtout que l’on peut déceler dans ces deux tomes énormément de choses autour de son style, mais aussi des inspirations futures. Je vous invite ainsi à me suivre de nouveau dans l’esprit en constante ébullition de cet artiste.

Yoru no Uta

Yoru no Uta - Kazuhiro Fujita's Short Stories - Tome 01

Pour bien débuter, ce premier volume intitulé “Yoru no Uta” va s’axer autour de six récits. Un sacré recueil qui va permettre d’observer une petite partie de l’imaginaire de Kazuhiro Fujita. Ce qui est génial, pour commencer, concerne la première de ces histoires. Baptisé “Le Seigneur des Marionnettes”, cette histoire fait tout de suite écho avec ce que l’on peut voir dans Karakuri Circus. Même si nous sommes dans un cadre plus Japon féodal, on retrouve tout ce qui a trait à ces pantins géants servant d’armes à ses personnages. On comprend alors que cette histoire a pu servir de première ébauche à ce qui deviendra l’une de ses séries phares. De même, on peut aussi découvrir dans cet ouvrage la toute première œuvre de l’auteur avec “Récit d’un ferry au clair de lune”. Et ce que je trouve déjà intéressant, c’est que l’on remarque à quel point le mangaka a toujours voulu concilier univers contemporain à des éléments surnaturels sans pour autant que cela prenne une forme classique. Ici, on va être face à des monstres s’inspirant parfois du folklore japonais ou sortant tout droit de l’esprit de Fujita. Mais il a aussi cette volonté de nous confronter autant à ce qu’il peut y avoir de pire et de meilleur chez l’homme. Tout au long de ces nouvelles, on va découvrir le récit de personnages désireux de se venger, de protéger ce qui leur est cher, de réaliser leurs ambitions ou bien de trouver un sens à leur vie. Ce qui fait que même si ce n’est que pendant quelques pages, on s’attache à ces protagonistes que l’on rencontre et on déteste ceux qui leur font obstacle. Le fait d’y parvenir avec autant d’aisance montre à quel point cet auteur a su capter ce qui peut faire la nature humaine pour la retranscrire à travers son propre prisme.

Mais ce premier volume ne va pas s’arrêter uniquement à ça. On découvre aussi une facette beaucoup plus touchante de son style. C’est notamment le cas pour “En route pour le carrousel !” que j’ai trouvé tellement poignante. Ici, pas de fantastique, mais juste un rêve à réaliser pour une jeune fille ayant peur de ne pas avoir le temps nécessaire. On est pris à la gorge tant ce récit se veut à la fois beau et tragique dans ce qu’il raconte. C’est dans ces moments-là que l’on ressent toute la sensibilité du mangaka afin de nous partager toutes les émotions que peuvent ressentir ses personnages. Mais un autre de ces six récits que j’ai adoré n’est autre que le dernier : Une promenade dans la nuit… Car à travers celui-ci, on voit aussi à quel point le mangaka apprécie jouer avec les codes de l’horreur. On retrouve une ambiance assez similaire à ce que l’on peut découvrir dans Sou Bou Tei sans qu’il n’y ait le côté surnaturel. C’est d’autant plus terrifiant que l’on voit la folie humaine et les mœurs sinistres de certains individus. Et là encore, on a le droit à un protagoniste loin d’être manichéen. Au contraire, on va apprendre à découvrir autant sa part d’ombre que ce qu’il cherche à accomplir maintenant. C’est dans toutes ces nuances que Kazuhiro Fujita parvient à saisir notre attention et rendre chaque nouvelle captivante. Et finalement, je trouve que ce premier volume, qui est sans doute celui que j’ai préféré des deux, est aussi celui qui est le plus représentatif de ce que l’on verra par la suite dans ses autres grandes séries. Là où le second tome va être bien plus centré sur des essais de sa part pour tester plein de genres différents. Là où Yoru no Uta représente ce qu’il va le construire tout au long de sa carrière, Akatsuki no Uta symbolise surtout son désir de ne se mettre aucune barrière en matière d’imagination.


Akatsuki no Uta

Akatsuki no Uta - Kazuhiro Fujita's Short Stories - Tome 02

Pour ce second recueil intitulé “Akatsuki no Uta”, on se focalise ici sur cinq nouvelles. Il s’agit sûrement, sur les deux ouvrages, de celui qui montre le plus de diversité dans les genres proposés. On peut partir initialement sur un récit d’action et militaire pour ensuite partir sur quelque chose de plus surnaturel pour finalement arriver à une forme de parodie de conte. Si, dans le premier, j’ai pu évoquer les nombreux thèmes assez récurrents de l’auteur qui font écho à certaines de ses grosses œuvres, ici on est plus sur un terrain de jeu de sa part. On le voit se lancer dans plein de styles différents et c’est captivant de voir qu’il ne se donne finalement aucune limite en matière d’imaginaire. Comme évoqué un peu plus haut, on commence avec “L’assaut fulgurant” qui nous emmène dans une confrontation spectaculaire où la notion de famille va être magnifiquement mise en scène. C’est surtout cette dernière qui rend cette lecture aussi passionnante tant on voit qu’il y a une forme d’apprentissage, de leçon et de respect des autres. De même, quand on bascule sur “Des plumes dans le ciel”, on part ici sur quelque chose de bien plus fantastique où il est question de se racheter, mais aussi d’apprendre à connaître les autres plutôt que de les ostraciser. Avec toujours cette petite teneur dramatique tout en maintenant l’espoir, le mangaka réussit à créer un attachement pour ses personnages tout en éveillant les consciences sur des sujets bien réels. Mais on peut aussi découvrir, au sein de cet ouvrage, des récits beaucoup plus loufoques comme c’est le cas pour “Gemel. Armurerie Intergalactique” où l’on part dans quelque chose de bien plus science-fiction mêlant action et humour.

Et même si cette histoire peut paraître être la moins profonde de toutes, on peut tout de même souligner des éléments importants qui montrent que Fujita tient toujours à nous faire réfléchir sur ce que l’on est capable de faire. C’est exactement le cas ici avec cet adolescent peureux qui ne cesse de se trouver des excuses alors qu’il lui faut juste le courage de sauter le pas. Cela vaut autant pour sauver son monde que pour toutes les décisions qu’il peut prendre au quotidien. C’est pour ça que j’apprécie le travail de cet auteur qui arrive à voguer d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante et en parvenant à allier parfaitement divertissement et réflexion. Un autre bon exemple de ça est la nouvelle “L’arrivée du roi des gourmets” qui est totalement surréaliste et s’inspire des contes des mille et une nuits, mais à la sauce de l’artiste. Ainsi, on nous montre un rapport à la nourriture à la fois déroutant et pourtant intéressant tout en créant une histoire qui va réussir à nous captiver de par son originalité et ce dont elle traite. Kazuhiro Fujita parvient toujours à aborder des sujets qui lui tiennent à cœur peu importe le cadre qu’il va proposer. C’est exactement le cas ici aussi où l’on aborde la famille, mais aussi l’oppression des puissants et ce qui importe vraiment à savoir les gens. D’ailleurs, j’ai été aussi bluffé de la manière dont il parvient à utiliser le thème de la gastronomie pour montrer l’importance de la nourriture autant d’un point de vue survie que sociale. Surtout que peu importe le récit que l’on prend dans ce second volume, on se rend compte que chaque protagoniste arrive à nous toucher d’une façon ou d’une autre. Ils ont leurs failles, leurs forces ou bien leurs stigmates qui façonnent ce qu’ils sont. Nous ne sommes pas dans des archétypes qui vont rester ancrés sur leurs codes. Au contraire, même si cela ne dure que quelques pages, on ressent tout ce qu’ils ont pu vivre au-delà de ces chapitres et ainsi construire de courtes épopées débordant d’humanité.

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