Smother Me T1 & 2
J’ai déjà pu évoquer à plusieurs reprises des séries courtes, car c’est toujours quelque chose que je trouve important d’analyser. On peut voir comment un artiste parvient à condenser son histoire sur très peu de chapitres et surtout si cela suffit pour nous plonger dans cette écriture. Et récemment, j’ai pu voir un très bon exemple d’une réussite à ce niveau avec la nouveauté des éditions Glénat : Smother Me. Composé de deux tomes, ce manga nous arrive donc dans son intégralité. Intrigué par le synopsis, j’étais curieux de voir ce qu’allait donner ce récit qui nous met face à une part bien sombre de l’humanité. Si le premier contact fut avant tout captivant d’un point de vue visuel, j’ai ensuite totalement été absorbé par la quête de ce garçon cherchant à s’extraire, même si ce n’est qu’un peu, de ce monde où aucune lumière ne perce. Une œuvre qui va dépeindre un portrait bien sombre des adultes et de la manière dont ils peuvent corrompre tout ce qui les entoure. Je vous embarque avec moi pour suivre un serpent cherchant à redevenir humain.
Fini le temps de l’innocence

Synopsis
Le jour où Akio a été vendu par sa mère, il a dû abandonner son nom. Aujourd’hui, il s’appelle Serpent, il a treize ans, et il est tueur à gages. Alors que le souvenir de ses victimes hante régulièrement ses rêves, il fait la rencontre de Lynne, une jeune aveugle. Désireux de gagner l’argent nécessaire à l’opération des yeux de celle-ci, il accepte une mission particulièrement dangereuse…
Mangaka : Hiroshi Shimomoto
En lisant ces quelques lignes de Smother Me, on comprend tout de suite que l’on est face à un manga loin d’être réjouissant. S’il est question d’un petit espoir pour Akio en la personne de Lynne, cette histoire est surtout celle d’un garçon emporté par les abîmes de cette ville et cherchant à tout faire pour survivre. Un récit qui va aussi aborder le rapport enfant – adulte d’une façon à la fois ingénieuse et malheureusement réaliste sur bien des points. Ce jeune tueur à gages qui n’a eu de cesse de lutter pour survivre cherche maintenant à combattre pour vivre pleinement.
Tuer ou être tué
Ce qui saute rapidement aux yeux quand on se penche sur Smother Me, c’est le trait de l’artiste. Hiroshi Shimimoto possède un style graphique que j’apprécie beaucoup notamment pour tout ce qui transparaît à travers celui-ci. En plus d’être qualitatifs, les dessins vont magnifiquement nous représenter l’obscurité dans laquelle se trouve notre protagoniste. Dès le départ, on nous présente Akio comme un gamin qui a été trompé par son seul parent et doit maintenant tuer pour survivre. On nous dépeint alors le manga comme une sorte de confrontation entre l’enfant qu’il est et les adultes pernicieux. C’est un choix que je trouve vraiment intelligent, car ça met en parallèle la figure de l’enfance symbolisant normalement l’innocence à celle de l’adulte qui a perdu ça et n’hésite pas à tromper, manipuler et faire souffrir. En fait, c’est à cause de ces derniers que le “Serpent’ voit le jour et doit abandonner toute possibilité d’une vie heureuse pour ramper dans les ombres. C’est remarquablement bien mis en scène et provoque forcément de l’empathie pour notre protagoniste qui a été poussé à de telles atrocités dans le but d’exister. Sa rencontre avec Lynne va en être d’autant plus importante, car elle représente une porte de sortie à ce quotidien brutal. Le mangaka réussit à enchaîner tout ça de façon fluide sans que l’on ait l’impression qu’on saute une étape ou qu’il manque quelque chose. On s’attache tellement à ce gamin que l’on a envie de croire en cet espoir qu’il a retrouvé.
Et justement, là où l’on oppose sans cesse enfants et adultes, le lien qui se tisse entre les deux parvient à faire oublier cet état de fait que l’on nous installe au début. Si l’action va alors être très présente, on se rend compte, en avançant dans l’intrigue, que le problème est avant tout cette société où l’on encourage chacun à asseoir leur pouvoir sur les plus faibles. C’est pour ça que les gamins sont présentés comme étant en bas de l’échelle alors que l’on devrait au contraire se battre pour les protéger. En deux volumes, on est happé par la quête de ce garçon qui a abandonné toute forme d’innocence et qui a finalement trouvé une personne qui peut l’accepter tel qu’il est. D’ailleurs, j’apprécie aussi beaucoup l’écriture des deux personnages qui vont servir un peu de chef de faction aux deux organisations qui vont s’affronter. Ils sont le reflet de cette vie qui transforme des gamins cherchant juste la paix en machine à tuer. C’est aussi pour ça que je trouve la fin bien amenée, car elle est à la fois déchirante et en même temps un message d’espoir. D’ailleurs, la manière dont est utilisée le nom du manga est géniale, car cela montre que tout est une question de perspective. Oui, il y a des personnes néfastes qui peuvent faire d’énormes dégâts, mais il y a aussi des gens qui peuvent nous aider à avancer et cicatriser. Une courte série qui parvient à apporter tellement de messages forts par le biais de ces quelques personnages pour lesquels on va avoir une profonde empathie.
En seulement deux tomes, Smother Me parvient à proposer une histoire à la fois solide, dramatique et bouleversante. Je trouve qu’en plus d’avoir un rythme effréné, le manga sait parfaitement mettre en scène tout ce qu’il veut nous raconter. C’est bien pour ça que l’on va ressentir autant d’empathie pour ces personnages qui sont finalement pris dans le cycle de la haine et de la violence. Une aventure qui nous montre avec brio à quel point la société peut faire des ravages quand elle ne parvient pas, ou ne cherche pas, à protéger les innocents. Une belle petite réussite qui a su toucher en plein cœur.
Smother Me ouvre les yeux
Même si j’étais intrigué par Smother Me, je ne m’attendais pas du tout à ce que je sois autant emporté par cette histoire. Surtout que le format du manga plus grand que la normale permet d’apprécier bien mieux le style graphique de l’auteur. Un titre qui a été pour moi plus qu’une lecture agréable. J’ai été profondément touché par le récit d’Akio et de son envie de s’extraire de ce milieu si sanglant. On nous construit ici la descente aux enfers d’un gamin devenu une arme pour les objectifs des plus grands pour apporter plus d’impact encore à cette volonté naissante de changer les choses. S’il y a, effectivement, des moments qui sont accélérés de par cette contrainte de chapitres, l’ensemble fonctionne très bien. Je me suis surpris à enchaîner les pages à une vitesse folle tant j’avais envie de connaître la finalité de ce combat. En plus de ça, je trouve que les interactions qu’il y a entre les divers personnages de l’œuvre sont marquantes. Tandis que certains cherchent à se servir des autres, d’autres veulent justement enseigner des leçons importantes pour changer la donne. Une belle réussite sur le plan de l’écriture qui fait que chaque figure de l’œuvre a quelque chose à nous raconter. Et finalement, quand on arrive dans la dernière partie du manga, on se rend compte à quel point chacun à souffert et que tous ont dû faire des sacrifices dans l’espoir de survivre à cette ville. Des âmes détruites et au milieu de tout ça ce gamin qui a su, grâce à une simple rencontre, bousculer la vie de tous ces gens.
Vous l’aurez donc compris, Smother Me fut une très belle découverte et a fini par devenir un petit coup de cœur. J’ai été touché par les thèmes abordés et surtout la lutte de ce protagoniste. On passe par bon nombre d’émotions au contact de “Serpent” et son envie de retrouver un semblant d’humanité. Avec des passages souvent difficiles, l’artiste nous montre avec brio à quel point il peut être difficile de se reconstruire, mais qu’il suffit parfois d’un simple geste de bienveillance pour sauver quelqu’un. C’est ce que représente Lynne dont le handicap fait qu’elle ne juge pas sur un apriori. Il est avant tout question de s’ouvrir aux autres, de les comprendre et ainsi potentiellement changer les choses. Un récit qui montre un jeune homme qui combattait pour autrui et qui, maintenant, a choisi de se battre pour ce qu’il croit juste. Réussir à proposer tout ça en deux volumes et remarquable et en tournant la dernière page, je n’ai pas du tout eu le sentiment qu’il manquait quelque chose. L’auteur le dit très bien, il a su raconter tout ce qu’il avait à dire et je ressors pleinement satisfait de l’aventure qu’il a imaginée. Je recommande donc cette nouveauté qui vous plaira surtout si vous appréciez les séries courtes, intenses et fortes sur le plan émotionnel. Personnellement, je n’ai même pas de questions qui restent en suspens. J’ai juste une envie de croire en ce message que nous transmet cette œuvre qu’il est possible de changer les choses et de sauver une vie en se montrant avenant et bienveillant.
N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant Smother Me. Trouvez-vous que le titre réussit à raconter tout ce qu’il avait à dire à travers ces deux volumes ? Avez-vous été affecté par le récit d’Akio et de Lynne ? Est-ce que leur histoire a su vous toucher en plein cœur ? Les thèmes abordés ont-ils su vous émouvoir ? Est-ce que le style graphique de l’artiste arrive, selon vous, à sublimer toutes les émotions vécues durant cette lecture ? Avez-vous trouvé que le récit d’Akio est le reflet de ce qu’il peut y avoir de plus terrible dans la société ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

