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Manga Horror Show : l’horreur liée à la dark-fantasy

Cela faisait un petit moment que je réfléchissais à ce sujet. Plus précisément, cela fera un an que j’ai cette idée en tête et qui, à mon sens, conviendrait très bien à un “Manga Horror Show”. Vous le savez, cela fait maintenant plusieurs années que j’ai lancé ce rendez-vous. Depuis ses débuts, j’ai eu l’occasion de parler d’énormément de choses autour de l’horreur. Mais il y a encore des zones inexplorées et c’est vers l’une d’entre elles que l’on va se tourner aujourd’hui. Je vous parle aujourd’hui de comment la dark-fantasy a su s’imposer comme un genre jouant admirablement bien avec les codes de l’effroi, mais dans un cadre bien spécifique. Il y a énormément à dire sur le sujet et il va s’agir ici surtout de mon regard sur le sujet et de comment, à mon sens, ce type de manga arrive à susciter l’angoisse en chacun de nous. Surtout qu’il y a un parallèle qui va être intéressant à faire et montrer aussi à quel point la fantasy, de manière générale, s’est incrustée dans la vie de nombreux lecteurs. Préparez-vous à une plongée dans un cauchemar où la magie laisse place à l’enfer.

La symbolique de la fantasy

Berserk Prestige - Tome 06

Avant même d’attaquer notre sujet du jour, je trouve essentiel de parler de la fantasy en elle-même. Cela permettra de mieux cerner en quoi la dark-fantasy appuie sur l’horreur et prend un chemin à la fois similaire et différent. Quand on évoque le premier genre littéraire que j’évoque, on pense tout de suite à certains grands classiques qui ont façonné sa portée. La fantasy résonne souvent, aux oreilles des lecteurs, comme une invitation au voyage, à l’évasion et à des épopées spectaculaires. Si aujourd’hui, elle se décline en de très nombreux sous-genres, elle reste toujours avec cette aura si spécifique. Dès que l’on voyait une œuvre de ce genre, on savait que l’on allait partir pour un périple extraordinaire où l’on mettait la réalité de côté pour explorer des terres où la magie existait et les créatures fantastiques aussi. C’est un pan très important de la culture pop, mais aussi de l’imaginaire collectif. On ne compte plus le nombre de monstres, personnages ou univers qui ont été popularisés à travers ces écrits, films ou jeux vidéo. Et quand on prend du recul, il est vrai que l’on pouvait avoir des moments forts, poignants et même tragiques au cours de ces fresques, mais l’ensemble de l’œuvre se voulait porteuse d’espoir. La souffrance vécue semblait presque une étape nécessaire pour atteindre le bout du voyage et changer la donne.

Cela ne veut pas dire que certaines histoires ne jouaient pas sur la peur pour nous tenir aux tripes. On pouvait très bien tomber sur un passage qui nous angoisse ou même qui nous glace le sang. Mais très souvent, cela restait minoritaire et on restait le plus régulièrement sur des valeurs fortes où le courage, la détermination, l’amitié et l’héroïsme primaient. Et plus les années ont passé et plus des codes se sont établis autour de la fantasy. On retrouvait avec joie toutes ces mécaniques que l’on avait l’habitude de retrouver à tel point que c’est devenu un style se présentant presque comme un petit cocon pour nombre de lecteurs. On savait souvent dans quoi on embarquait et c’était la promesse de quelque chose de grandiose nous permettant, le temps de quelques minutes, de nous échapper vers des contrées improbables et de vivre des péripéties que l’on aurait jamais pensé connaître. Mais évidemment, quand un tel genre s’installe depuis si longtemps, il finit par prendre de l’ampleur et surtout proposer progressivement des expériences inédites. Des artistes se mettent à imaginer cette fantasy sous d’autres angles afin de tordre les tropes que l’on peut connaître et ainsi créer une originalité surprenante tout en amenant de nouveaux sujets sur la table. C’est justement là que d’autres styles de fantasy se sont imposés et dont notamment notre sujet du jour : la dark-fantasy. Une approche bien plus sombre de tout ce qui pouvait nous faire rêver et où chaque jour est une question de survie.

La facette sombre du rêve

Comme je l’ai évoqué précédemment, il est vrai que l’image que l’on a de la fantasy est assez enjôleur. On pense à des êtres féériques, des récits héroïques et des lieux enchanteurs. Mais quand on se plonge dans une œuvre de dark-fantasy comme c’est le cas pour Berserk, Goblin Slayer ou bien Claymore, tout ce que l’on connaissait vole en éclats. Et je pense que n’importe qui se lançant pour la première fois dans une telle œuvre va avoir un sacré choc surtout quand on est habitué à des œuvres plus classiques de la fantasy. On nous dépeint souvent un monde où l’humanité est loin d’être souveraine. Au contraire, on va souvent assister à une tentative de survie de la part de bon nombre de personnages face à un environnement particulièrement hostile et surtout sans le moindre égard pour la vie. Ici, toutes les barrières sont brisées et l’on peut facilement être témoin des pires atrocités commises. Le rêve se brise alors pour nous plonger directement en enfer. Un cauchemar qui est pourtant bien réel et où l’on sent que la mort, voire pire, peut frapper à tout instant. Je repenserais toujours aux frissons d’effroi que j’ai eu en lisant le premier tome de Goblin Slayer par exemple. Pareil pour Berserk qui nous montre un univers où le pire fait partie intégrante du quotidien de chacun et où les puissants règnent sans partage sur les plus démunis.

En fait, ces œuvres déroutent autant qu’elles nous terrifient pour plusieurs raisons. La première est tout bonnement que lorsque l’on est habitué à voir le bien triompher, c’est encore plus choquant de lire une histoire où c’est l’inverse qui se passe. Le désespoir est roi et l’on ne se demande plus comment sauver le monde, mais juste comment y survivre. Les traumas, la souffrance, la mort et les sévices font partie intégrante de l’identité de ces séries qui veulent briser l’image féérique que l’on a habituellement quand on entend le mot fantasy. Une volonté, comme je l’ai évoqué plus tôt, de montrer une facette plus obscure de ce genre et qu’il est possible de tordre tous ces codes pour créer un récit où le sentiment de danger est omniprésent. C’est déjà ça qui est remarquable dans la manière de construire cette peur propre à la dark-fantasy. Nous perdons tous nos repères et l’effroi vient alors dès le premier événement qui va démontrer toute la brutalité de ce récit. Une phase choc qui peut nous terrifier, nous écoeurer ou nous mettre dans une position délicate dans le but que l’on soit conscient de ce qui nous attend tout du long. L’horreur vient donc autant de ce qui va nous être montré que de ce sentiment d’être en terrain inconnu. Tout ce que l’on a appris pendant des années disparaît pour laisser place à une épopée où survivre est déjà un exploit en soi. Les créatures fantastiques disparaissent au profit de bêtes immondes et tout ce que l’on trouvait magnifique se corrompt pour que l’on ait le sentiment de ne plus avoir la moindre lumière autour de nous. Et ça ne s’arrête pas là, loin de là.

La dark-fantasy dicte ses règles

Claymore

Si j’ai pu traiter un peu plus haut à quel point ce bouleversement de nos habitudes dans la fantasy peut créer de la peur, ce n’est pas l’unique chose qui va être source d’angoisse. La dark-fantasy, comme je l’ai évoqué, veut, dès le départ, briser toute forme d’espoir. On doit comprendre en seulement quelques pages qu’il n’y a rien de “magique” dans l’univers que l’on est en train de découvrir. Et c’est bien pour ça que l’on va souvent enchaîner les passages chocs avec des monstres hideux, des scènes terribles et souvent même un choc dès le départ pour nos protagonistes. Mais ce qui est tout aussi intéressant est l’image que l’on nous propose de ceux que l’on va suivre. Ici, la majorité des personnages centraux sont loin d’être portés par des idéaux grandioses pour changer le monde. Ils sont souvent conscients de ce qu’est réellement leur réalité et l’impossibilité de bouleverser ça. On fait alors souvent face à des vétérans ou bien des combattants aguerris, voire même de vrais armes de guerre qui ont perdu toute forme d’espoir pour leur quotidien. Leur objectif est avant tout de survivre, de protéger ce qu’ils peuvent encore autour d’eux ou bien de simplement détruire avant d’être détruit. C’est ce que je trouve aussi fascinant dans la dark-fantasy. On cherche à nous confronter à des éléments qui peuvent faire écho avec ce qu’il y a de pire dans le monde et chez l’être humain. 

Des récits où la confiance n’a quasiment pas sa place et où la moindre inattention peut être fatale. C’est justement terrifiant d’être face à toute la noirceur possible qui va bien plus loin que le simple cadre de la fiction. Trahison, mensonges, meurtre et autres horreurs qui peuvent nous rappeler toute la noirceur qui peut exister dans notre monde même quand on est dans un univers imaginaire. C’est justement cette capacité à détruire et à briser des vies que la dark-fantasy nous conte aussi et qui donne autant de frissons. Nous sommes les témoins impuissants de l’enfer dont l’être humain peut souvent être la cause principale et où, pour survivre, il est nécessaire de se salir les mains. On le voit parfaitement dans les séries que j’ai pu citer et bien d’autres œuvres plus obscures, mais qui ont aussi cette envie de montrer la fantasy sous un autre jour. Mais en plus de ça, je trouve que ce genre a aussi une faculté remarquable. Celle de nous rendre de nouveau impuissante face à l’extraordinaire. Après tout, ces aventures nous confrontent à des créatures terrifiantes où même toute la volonté du monde et parfois même la puissance ne suffisent pas à les terrasser. Nous ne devenons qu’une proie parmi tant d’autres. Un rappel que même si on a tendance à s’émerveiller de tout ce fantastique que l’on voit depuis tout ce temps, il existe aussi la possibilité que ce rêve se transforme en cauchemar. Que peut bien faire un homme ordinaire face à des entités extraordinaires ? Un autre regard sur un style qui nous a tant émerveillé et qui, maintenant, peut aussi nous terroriser.

J’espère que cette petite chronique autour de la dark-fantasy vous plaira ! N’hésitez pas à me faire vos suggestions de sujets que vous aimeriez que j’aborde. Je vous dis à très vite.

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