Inoue

Le Inoue Universe

C’est devenu un rendez-vous assez régulier sur le site, il est donc grand temps de vous proposer une nouvelle chronique autour d’un mangaka et de son univers. Cependant, on va s’attaquer à un grand nom aujourd’hui en la personne de Takehiko Inoue. Bien connu depuis de nombreuses années à travers ces trois principaux grands titres, cet artiste a su éblouir le regard de nombreux lecteurs. Pourtant, il ne faut pas voir en cet homme un dessinateur de talent ainsi qu’un brillant auteur. En effet, chacune de ses œuvres parvient à résonner chez nous par rapport à ce qu’elles expriment, mais aussi ce qu’elles parviennent à créer comme émotions. Un mangaka qui a une relation toute particulière avec chacun de ses ouvrages et dont le lien transpire dans la majorité des pages. Il était donc évident qu’il allait être notre sujet un jour et celui-ci est arrivé. Bien sûr, on s’attarde ici sur notre propre ressenti à la lecture de ces licences et ce que l’on peut en déduire à travers le style qui se dessine devant nous. On serait d’ailleurs très intéressé de connaître votre vision de son travail. L’heure est donc venue de faire une petite rétrospective de trois séries majeures qui ont façonné la plume de cet auteur.

Slam Dunk – le basket a sa légende

Slam Dunk - InouePour bien débuter cette analyse du style de Inoue, il est important de s’attarder sur la première œuvre majeure de ce dernier. On ne la présente plus tant elle est devenue un incontournable du manga sportif. Il s’agit évidemment de Slam Dunk. Quand on s’est plongé la première fois dans ce titre, on a surtout été bluffé par les dessins qui vont devenir l’un des symboles de ce mangaka qui brille tout d’abord par la qualité de ses planches. Tout est dynamique, efficace et puissant dans ce coup de crayon qui va justement permettre à chaque rencontre que l’on suit d’atteindre un sommet que peu de séries du genre de l’époque avaient pu atteindre. Même si on a le droit à une partie très tournée vers la comédie dans les premiers chapitres, Inoue va rapidement laisser exprimer son talent en matière de dessin, mais aussi d’écriture. Il suffit de voir tout au long de la série pour constater qu’il met un point d’honneur à ce que chacun de ses personnages puisse ressortir plus grand à travers chaque épreuve. Sakuragi en est le parfait exemple et qui va ensuite servir en quelque sorte de schéma par la suite en matière de dépassement de soi. S’il est évident qu’à travers Slam Dunk, Takehiko Inoue souhaite exprimer sa passion et son amour du basket, il va aussi montrer un attrait tout particulier pour la création de certains individus spécifiques. Il s’agit tout simplement de ceux qui ne sont pas forcément propices à une voie de base, mais qui parviennent tout de même à se hisser au top à force d’efforts, d’entraînements et de courage. Ce manga sportif est autant un spectacle inoubliable au vu des matchs endiablés que l’on peut observer qu’un récit nous narrant la quête personnelle de ces adolescents pour concrétiser leur rêve.

Si cela peut faire sourire certains étant donné que c’est un sujet fréquemment traité dans de nombreuses œuvres, Inoue est sûrement celui qui arrive le mieux à retranscrire ça sur le papier avec une profonde sincérité. En regardant Slam Dunk, on n’est pas uniquement ébahi par les actions de ces joueurs sur le terrain. On est avant tout hypnotisé par leur désir de ne rien lâcher. C’est justement ce qui fait tout le sel des diverses rencontres que l’on suit et qui nous tient en haleine. Il y a bien sûr des prouesses remarquables de la part de certains sportifs, mais on souhaite surtout rester jusqu’au bout, car on sait que tout peut encore arriver. Cela ne se limite pas d’ailleurs à notre équipe, mais aussi aux adversaires qui vont justement se rendre compte que s’ils ne prennent pas les choses au sérieux, ils risquent de s’en mordre les doigts. Tout est magnifiquement orchestré de la part de l’artiste pour que Slam Dunk soit autant un divertissement exceptionnel qu’une fresque humaine sur l’envie d’avancer, de progresser et de s’améliorer peu importe le domaine dans lequel on évolue. Un concept qui va être récurrent tout au long de la carrière du mangaka. A nos yeux, ce n’est pas pour rien que Slam Dunk est la plus grosse réussite à ce jour d’Inoue. Il s’agit sûrement de sa saga la plus équilibrée où il a autant pu donner du grand divertissement que démontrer son talent en matière d’écriture. Cette saga va alors devenir la pierre angulaire de son style si particulier qui va grandement se développer par la suite à travers les deux œuvres qui continuent encore d’occuper son esprit. Slam Dunk n’a rien perdu de sa superbe au fil des années et reste une ode au basket, mais aussi à cette volonté qui peut animer chacun d’entre nous et nous permettre de surpasser bien des épreuves.


Vagabond – entre émerveillement et douleur

Vagabond - InoueDans toute la carrière de Takehiko Inoue, Vagabond tient une place toute particulière. Tout d’abord, on s’éloigne de ce que l’on avait pu voir dans sa précédente grosse série en abandonnant totalement le sport pour se concentrer sur un récit historique. Un tout nouveau terrain de jeu pour ce mangaka qui va se lancer dans sa retranscription du mythe de Musashi Miyamoto. Il est tout d’abord important de souligner que la licence est toujours en cours et va connaître de nombreuses années d’attente entre certains tomes. En fait, on ressent rapidement que Vagabond est un manga dont Inoue ne peut se détacher. Un récit qui semble presque sans fin et où créer la suite demande beaucoup de travail, mais aussi un état d’esprit bien particulier. Cependant, on va revenir au sujet principal de cette chronique concernant le style du mangaka. Avec cette saga, on va découvrir une nouvelle facette de son univers qui va bien plus miser sur l’aspect visuel que sur le reste. On avait déjà pu entrevoir ça dans Slam Dunk avec des pans entiers de l’histoire qui étaient simplement rythmés par l’effervescence d’un match et les cris des joueurs. Ici, tout est beaucoup plus contemplatif au fur et à mesure que l’on progresse en compagnie de ce jeune garçon qui va façonner sa légende dans le sang et la douleur. On a le droit à certaines phases où le dialogue prend le pas sur tout le reste. Cependant, c’est vraiment dans les moments d’accalmie ou de silence complet que l’on est totalement subjugué par la portée de ce récit. Il va montrer sa volonté d’offrir des plans qui soient minimalistes en termes de paroles, mais qui fourmillent de détails qui nous sautent aux yeux. A ses yeux, un visuel peut évoquer bien plus de choses qu’une tirade et nous faire ressentir des émotions inattendues.

C’est en tout cas ce que l’on peut ressentir à travers ce périple d’une grande beauté, mais aussi d’une certaine brutalité dans l’époque qui nous est décrite. On voit le calvaire de ce garçon qui va faire de son mieux pour survivre et laisser son nom dans l’Histoire. Encore une fois, on a le droit ici à un protagoniste qui va entrer en parfaite adéquation avec ce que Inoue aime traiter à savoir des individus qui continuent d’avancer malgré l’adversité, les doutes et les angoisses. On voit ainsi chaque étape de cet escrimeur de renom qui le conduira à atteindre la quintessence de son art. Une évolution progressive et qui prend le temps nécessaire pour que l’on soit happé par ce qu’il nous montre. Chaque défi relevé devient un triomphe à nos yeux et surtout une envie de voir quelle sera la prochaine étape de son ascension personnelle. On a beau connaître ou trouver facilement la finalité du récit de Musashi, ce qui est important ici c’est le trajet qui conduit à cette conclusion. Takehiko Inoue travaille à merveille cet aspect en mettant en scène une épopée qui est encore une fois très humaine et particulièrement âpre. Une fresque historique dont on a même la sensation qu’elle sera sans fin au vu de tout ce que nous raconte l’auteur au sein de ces pages et surtout cette volonté de suivre simplement les pérégrinations de cet homme qui va façonner son propre destin. Vagabond est une étape essentielle dans la construction du style de Inoue en ce qui concerne son souhait de mettre l’accent sur le langage corporel et le décor pour exprimer ce qu’il désire. Il faut qu’en un minimum de mots, on soit profondément marqué par ce qui se passe. Des plans lourds de sens sublimés par de simples phrases dont l’impact va être considérable chez le lecteur que l’on est.


REAL – une oeuvre symbolique

REAL - InoueOn attaque déjà la dernière grande œuvre de cet auteur et qui est elle aussi toujours en cours. Il s’agit de REAL, un manga que l’on considère comme la série la plus aboutie, mais aussi la plus personnelle de Inoue. Dans celle-ci, il renoue avec son amour du basket, mais en nous mettant en contact cette fois-ci avec des joueurs en fauteuil roulant. Ainsi, on va être constamment au contact de leur quotidien qui est autant éprouvant que compliqué par le regard que peuvent poser les autres sur eux. Si l’on dit que ce titre est beaucoup plus marqué par son mangaka, c’est parce qu’il suffit de lire quelques lignes pour avoir l’impression que c’est lui qui nous parle directement. Il parvient à utiliser habilement ses personnages pour servir de porte-voix au message qu’il désire transmettre. Une fois de plus, celui-ci va se concentrer sur ce désir de ne rien lâcher peu importe les défis qu’il faut relever. Cette aventure le montre avec brio à travers ses protagonistes qui débordent d’une humanité touchante et aussi profondément émouvante. En posant notre regard sur ces pages, on ressent toute la sincérité derrière ces individus qui doivent autant accepter et surpasser leur handicap tout en luttant contre le monde qui les entoure. Le trait de Takehiko Inoue n’a jamais été aussi poignant que dans cette série qui dépasse de loin le cadre du simple manga de sport. REAL est avant tout une aventure humaine où il prend son temps pour que chaque nouveau volume puisse garder cette âme qui fait que l’on adhère autant à cette histoire. Véritable ode à l’acceptation, au dépassement de soi, à l’amitié, au travail d’équipe et au développement personnel, cet ouvrage a toujours quelque chose à nous raconter.

De plus, il parvient à ce fabuleux résultat en offrant encore une fois un récit minimaliste dans la longueur des discours tenus. Tout passe par des regards, des petits gestes ou simplement une phrase qui va tout faire basculer. Il se débarrasse du superflu pour se concentrer sur l’essentiel et en exprimer toute la grandeur. Inoue est autant un maître en matière d’écriture et de mise en scène qu’il parvient à transformer des dessins somptueux en un prolongement capital de son scénario. C’est ce qui fait que chaque sortie d’un nouveau tome est accueillie avec une joie incommensurable par les lecteurs qui souhaitent assister à un autre tableau de l’auteur aux multiples nuances. Takehiko Inoue a su, au fil des années, se créer un style qui lui est propre et l’aiguisé à chaque nouvelle série. Il est vrai qu’il faut souvent attendre longtemps avant de voir l’un de ses nouveaux travaux. Cependant, il arrive à conserver cette aura qui l’entoure qui fait que l’impatience ne forge pas une frustration, mais une excitation grandissante. A la fois très axé sur le contemplatif et l’expression des émotions par le dessin, ce mangaka a su aussi transformer sa passion pour le basket en une base extrêmement solide pour ensuite étendre son univers. Profondément humain dans la conception de ses divers personnages, il y a toujours ce petit truc en plus qui fait que l’on a autant l’impression d’avoir des êtres imposants devant nous, mais aussi d’une fragilité qui les ramène à notre propre statut. Un auteur qui a su nous parler à de nombreuses reprises et dont l’image de Sakuragi, Musashi ou Togawa restent ancrée dans notre esprit. Des expériences inoubliables et où l’on attendra patiemment de voir ce que nous réserve ce maestro du crayon où le spectaculaire s’unit à une bouleversante sincérité.

N’hésitez pas à nous dire dans les commentaires ce que vous avez pensé de cette chronique, mais aussi votre propre ressenti sur les œuvres de Takehiko Inoue. On attend aussi vos suggestions si vous souhaitez que l’on aborde un mangaka précis dans un prochain article. Voilà en tout cas un auteur qui nous aura accompagnés depuis longtemps et qui n’a pas fini de nous émerveiller au cours de ses prochains écrits. Un style à la fois très expressif et personnel qui résonne facilement en ceux qui décident de tenter l’expérience de ces mangas hors du commun.

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