Goodnight World-Vol.-1-2

Goodnight World tome 1 : s’enfuir du monde réel

Il y a des œuvres qui nous marquent profondément par rapport à ce qu’elles traitent. On est alors captivé par ce qui se dessine devant nous et cela permet d’avoir une impatience concernant les futurs travaux de l’artiste derrière ce récit. On a ressenti ça tout récemment du côté de chez Akata qui a vu l’un de ses précédents auteurs revenir à travers une nouvelle série. Il s’agit de Goodnight World, de Uru Okabe, qui nous avait justement déjà charmés précédemment avec World War Demons. Réussissant toujours à amener des sujets sensibles sur la table à travers une écriture travaillée et originale. On était donc curieux de voir ce qu’allait donner cette licence inédite qui partait sur un tout autre terrain que son projet précédent. Cependant, cela n’a rien changé à la force de ce titre qui nous a captivés en quelques minutes. On y retrouve le style de l’auteur si spécifique, mais aussi son envie de montrer la détresse qui peut exister chez certains. Mélangeant réalité et univers virtuel, on se lance dans une épopée déjà intense. L’heure est donc venue de se brancher à un MMO servant de défouloir à bien des joueurs.

Une famille brisée

Goodnight World - TaichirôGoodnight World, imaginé par Uru Okabe, nous plonge dans le quotidien de Taichirô. Ce jeune homme est en rupture sociale complète. Refusant la majorité du temps de quitter sa chambre, il n’en sort que pour se nourrir avant de retourner dans son antre. Détestant sa famille, il ne peut s’empêcher d’entrer en conflit avec eux dès que l’occasion se présente. Même quand on essaye de lui tendre la main, il ne peut que la rejeter tant sa haine semble exacerbée. Le seul refuge qu’il a trouvé pour oublier cette triste réalité est le jeu vidéo Planet. Ce MMO en réalité virtuelle est le dernier hit en date et regroupe un nombre incalculable de joueurs en ligne. C’est sur ces terres fictives que Taichirô parvient enfin à trouver une certaine paix et surtout un bonheur qu’il ne peut trouver au sein de son foyer. Répondant au pseudonyme d’Ichi, il est un membre du célèbre clan Akabane. Un regroupement des quatre meilleurs joueurs de cet univers en ligne. Tout le monde les craint et refuse de se frotter à eux sachant pertinemment que le combat serait perdu d’avance. Même les guildes les plus imposantes réfléchissent à deux fois avant de marcher sur leurs plates-bandes. C’est ici que le jeune homme a su se trouver un semblant de famille comme il aurait tant aimé en avoir une. Avec ses acolytes, il est enfin en paix et profite pleinement de ces instants de joie en leur compagnie. Une existence imaginaire qui lui semble bien plus préférable que de retourner à sa vie morne et triste.

Aux côtés de Shiro, May et AAAAA, il se lance dans une quête quasiment impossible et qui attire les convoitises de l’ensemble des joueurs de haut niveau. Il s’agit ni plus ni moins que d’éliminer le légendaire rapace noir. Cette créature est apparue un beau jour et fut au centre de nombreuses rumeurs avant de devenir un événement officiel du jeu. Tout le monde a maintenant les yeux rivés sur cette proie de choix qui pourrait bien changer radicalement la vie de celui qui réussira à l’éliminer. Cependant, il semblerait bien que la réalité finit toujours par rattraper Ichi. Son père se retrouve hospitalisé et il doit maintenant faire face aux sentiments qui le rongent face à cette situation. Tiraillé par des émotions contradictoires, il ne sait que faire face à ce géniteur dont la simple vision suffit à le mettre en rogne. Cependant, il est loin de se douter que le monde réel est bien plus présent dans son existence qu’il ne peut l’imaginer. Lui qui s’est caché sur Planet pour fuir cette société et cette famille pourrait bien chuter brutalement de son nuage en apprenant la vérité sur l’identité de ses camarades. Il n’est pas le seul à avoir trouvé un peu de réconfort dans ce monde où tout semble possible. Taichirô va maintenant devoir mener un combat sur deux fronts qui décidera autant de sa réussite dans le jeu que de son avenir au sein de ce foyer qui est depuis trop longtemps brisé.

En prenant toujours pour base des problèmes sociaux graves, le mangaka va faire de Goodnight World une œuvre qui se veut autant un divertissement par rapport à l’action proposée qu’une série portée par les messages véhiculés. Utilisant à merveille les deux cadres dont il se sert, l’auteur va ainsi pouvoir exprimer deux facettes de l’être humain qui cherche tout simplement du réconfort là où il peut en trouver. Nous plongeant dans un profond désespoir, ce premier tome met en scène un drame familial qui se dissimule derrière le bonheur ressenti dans ce jeu en ligne.

Des propos intelligents et durs

Comme dans son précédent titre, le mangaka souhaite utiliser sa nouvelle série afin de mettre en avant un drame social qui va surtout prendre tout son sens au niveau des rapports humains. Très vite, le ton est donné et l’on comprend toute la haine qui semble liée notre jeune protagoniste à l’égard des autres membres de sa famille. Cependant, le récit ne se contente pas de mettre en avant cette impasse dans laquelle se retrouve ces individus. Il va aussi utiliser de manière brillante le monde du jeu vidéo, et plus particulièrement celui des MMO, pour exacerber le message souhaité. Ainsi, on assiste tout au long de ce premier volume de Goodnight World à deux points de vue bien distincts. Le premier est celui du monde réel où Taichirô souffre de ce conflit interne où sa colère se mêle à une profonde tristesse de ne pouvoir avancer et parler avec son père et son frère. Ces retours dans cette maison montrent avec violence et sincérité le déclin qu’il prend en se renfermant sur lui-même et dans son jeu vidéo. Affamé, affaibli et ne prenant que très peu soin de lui, on a ce sentiment qu’il pourrait s’écrouler à tout instant. L’autre grand morceau du récit nous provient de l’intérieur de Planet et c’est un tout autre décor qui nous est offert. Ici, on est devant un joueur de talent qui ne fait qu’une bouchée de ses adversaires et exprime tout son bonheur de faire partie de son clan. Une réalité sinistre et un bonheur bienvenu, mais pourtant cantonné à ce monde virtuel.

Un sujet très connu dans la société actuelle, mais qui est amené d’une manière bien particulière ici. En effet, le mangaka ne veut pas se contenter de simplement montrer le jeu vidéo comme un danger quand celui-ci prend le pas sur la vie elle-même. Après tout, il retranscrit très bien les moments de joie sincères que l’on peut vivre en compagnie de ces autres joueurs nous permettant de nous évader un tant soit peu des problèmes que l’on a. Ce qu’il souhaite avant tout exprimer dans ce premier volume est le fait de devoir faire face à ces soucis qui peuvent ronger n’importe qui. D’ailleurs, on ignore absolument quelle est l’origine de cette scission au sein de cette famille. Une interrogation qui va nourrir notre intérêt pour la suite, mais aussi penser pour pouvoir parler au plus grand nombre de lecteurs. Chacun s’imagine ce qui a bien pu se passer et cela retranscrit ainsi notre propre vision de ce qui peut détruire une famille. De même, ces premiers pas sont écrits avec maestria, car l’auteur ne s’arrête pas là. Il utilise Planet pour montrer le changement chez Taichirô, mais aussi à l’égard de nombreux autres participants. On ne se contente pas de suivre un individu perdu, mais bel et bien une multitude de gens qui se servent de ce jeu en ligne comme d’une catharsis afin de relâcher la pression ou simplement fuir ce cauchemar que peut être l’existence. Un travail d’écriture et de mise en scène bluffant qui nous fait directement adhérer à la teneur du manga qui n’en est encore qu’à ses débuts. Une entrée en matière tout bonnement remarquable.

Conservant ce qui fait toute la force de son style si spécifique, le mangaka parvient à utiliser Goodnight World comme une scène parfaite pour traiter de ce qu’il souhaite. Nous emmenant sur un tout autre problème que dans sa précédente œuvre, ce manga montre déjà d’incroyables qualités dans cette introduction. Des premiers pas qui nous touchent profondément par rapport à ce que l’on peut ressentir au travers de ces avatars et des gens qui les contrôlent. Le virtuel et le réel sont parfaitement utilisés ici pour nous montrer autant les soucis du premier que l’aspect tragique du second.

Goodnight World lance la partie

Goodnight World - IchiA travers Goodnight World, on retrouve tout ce qui a fait l’attrait de l’auteur dans sa précédente œuvre tout en apportant de nouvelles qualités indéniables à cette série inédite. Avec ce premier volume, le lecteur est déjà totalement impliqué dans ce qui se passe tant le travail fait sur les deux tableaux est remarquable. Il y a un effet très spécifique que l’on ressent tout au long de cette introduction. En fait, les virées dans ce MMO parviennent presque à nous faire oublier la tristesse de cette réalité que fuit notre protagoniste. On arrive à ressentir ce sentiment d’évasion que lui apporte ce jeu, mais qui devient aussi une forme de prison l’empêchant d’aller de l’avant. Le contraste entre ces deux visions est impressionnant tant il est représentatif de ce qui peut vraiment exister. La fiction se mêle à la réalité pour nous affecter un peu plus et cela fonctionne à merveille. On a envie d’en savoir plus sur le passif qui existe entre les membres de cette famille au même titre que notre désir de voir ce clan accomplir l’exploit de vaincre leur proie. Un conflit intérieur qui n’est pas sans rappeler celui de Taichirô qui doit prendre sa décision entre se confronter à sa famille ou bien profiter de ce bonheur éphémère qu’il ressent au contact de ces compagnons d’armes. Un questionnement qui va aussi prendre une dimension bien plus grande au fur et à mesure de notre lecture. C’est donc une entrée fracassante que fait cette série en nous immergeant dans ce besoin d’échapper parfois à cette vie pesante pour juste retrouver le sourire.

Ce premier aperçu de cette nouvelle aventure est largement suffisant pour nous donner envie de lire la suite. Avec ses personnages débordant de sincérité et surtout de faiblesses, le mangaka nous confronte à des gens ordinaires cherchant à amener dans leur vie un peu d’extraordinaire. Que ce soit la famille, les mondes virtuels ou les relations humaines, aucun sujet n’est laissé de côté. C’est même le contraire qui se passe dans Goodnight World. Chaque thématique va parvenir à hisser les autres encore plus haut pour que l’on soit totalement happé par ce qui se passe. Si vous désirez un manga traitant avec réalisme un drame social que l’on peut tous connaître ou un périple impressionnant par sa construction narrative, alors cette licence devrait vous convenir. Une série qui risque bien de nous remuer par rapport à ce qu’il reste à raconter concernant ce clan. Bien évidemment, on ne peut évoquer un titre sans parler des nombreuses questions qui nous trottent dans la tête une fois que l’on referme le tome. Est-ce que ce jeune garçon va finalement réussir à faire la paix avec les siens ? Que se passera-t-il quand il découvrira la vérité sur ses camarades ? Est-ce qu’il va finir par être totalement absorbé par ce jeu ? Qu’est-ce qui se cache derrière le rapace noir ? On a encore de quoi cogiter en attendant la suite qui promet de grandes choses. Il va juste falloir prendre son mal en patience.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Goodnight World. Avez-vous apprécié la manière dont l’auteur met en parallèle vie réelle et jeu vidéo ? Trouvez-vous qu’il parvient à traiter habilement de ces sujets graves ? Est-ce que vous pensez que l’on aura le droit à une évolution intéressante de ces personnages qui cherchent à trouver du réconfort dans ce monde virtuel ? Avez-vous été intrigué par la particularité qui se dégage de ce récit propre à ce scénario ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2016 Okabe Uru, Shogakukan

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.