Fool Night-Vol.-1-2

Fool Night tome 1 : un jardin aux multiples plantes

Il y a des œuvres qui nous intriguent rien que par leur couverture ou leur résumé. Ce n’est pas nécessaire d’avoir en détails tout ce qui se passe dans un manga pour que l’on soit interpellé par ce qui nous attend. Un seul élément peut suffire à nous faire franchir le pas afin de tenter une nouvelle lecture. C’est ce que l’on a éprouvé très récemment avec la dernière licence en date de Glénat. Il s’agit de Fool Night dont le premier volume est sorti la semaine dernière. On avait pu entrevoir pas mal d’informations lors de son annonce en live de la part de l’éditeur. Cependant, ce qui a surtout retenu notre attention est le principe sur lequel va se baser toute cette histoire. En nous montrant un monde en perdition dont la seule solution de survie réside dans l’utilisation des corps de ceux qui se savent condamnés, on était convaincu que la série pouvait nous raconter quelque chose de fort. Maintenant que l’on a pu mettre la main dessus, on peut dire que nos attentes sont comblées. Une aventure inédite qui arrive aussi à surprendre à bien des égards. On espère donc que vous êtes parés pour un voyage au sein d’une planète qui ne connaît plus que la nuit.

Le terrible choix d’un fils

Fool Night - planteFool Night, imaginé par Kasumi Yasuda, nous plonge dans un futur lointain. A cette époque, un épais nuage a recouvert la Terre et l’a plongée dans une obscurité permanente. Du fait de cet étrange phénomène, la flore n’a pu survivre et provoque une raréfaction de l’oxygène. Si rien ne fut fait pour endiguer ça, l’Humanité aurait connu ses derniers jours et le monde n’aurait été qu’un lieu plongé dans une éternelle obscurité. C’est suite à de nombreuses recherches qu’un procédé vit le jour pour stopper le déclin de cette planète. Malheureusement, cette proposition amène de multiples questions d’ordre moral. La solution qui fut trouvée est de transformer les humains en plantes. En faisant ça, cela garantit une génération d’air pur permettant à l’espèce humaine de continuer à vivre. Afin d’éviter tout problème d’éthique, il fut décidé que cette opération ne soit effectuée que pour des patients qui sont sur le point de mourir. Des condamnés qui vivent leurs derniers instants sur cette terre et peuvent choisir de venir en aide aux autres tout en ayant une rémunération pécuniaire en prenant cette direction. Dans un sens, cela se transforme presque en un devoir civique que de sacrifier le peu de temps qu’il reste pour maintenir la sauvegarde de la population. Mais toutes ces plantes qui entourent le quotidien de ceux qui restent ne peuvent qu’engendrer une forme de malaise.

Après tout, derrière ces branches et ces feuillages se cachent encore une petite part d’humanité qui semble vouloir communiquer avec les autres. C’est dans ce contexte que Toshiro Kamiya doit survivre pour venir en aide à sa mère qui semble devenir dangereuse dès lors qu’elle n’a plus ses médicaments. Forcé à bosser comme un forcené dans un atelier où la moindre erreur empêche tout salaire, il se démène sans voir le bout du tunnel. Ses rêves d’être musicien semblent maintenant bien loin alors qu’il contemple ce voile obscur au-dessus de sa tête. A ses yeux, la vie a perdu toute sa saveur et son innocence d’antan a volé en éclats. Tout ce qui lui reste est ce quotidien qui finira rapidement par l’achever s’il ne peut rien faire pour en changer. Mais l’idée de ne rien pouvoir faire pour la seule famille qui lui reste l’obsède. Des fers qui le condamnent à cette vie et où la paranoïa de sa mère pourrait aussi lui coûter la vie. Un beau jour, cela en est assez et il ne voit qu’une solution pour mettre un terme à ce calvaire. Une proposition qui a longtemps mûri dans son esprit et qui va pourtant le conduire à mener une toute nouvelle existence. En retrouvant son amie d’enfance, Yomiko, il va s’engager dans une voie que nul autre n’a pris jusqu’à présent. C’est face à la possibilité de voir sa vie disparaître en seulement quelques années qu’il va peut-être enfin trouver sa place en ce bas monde. Finalement, c’est au contact de la mort de nombreuses personnes que la vie peut encore perdurer sur cette planète qui n’a plus rien d’hospitalière.

Il est vrai que le contexte de Fool Night éveille déjà de nombreuses questions avant même que l’on se penche sur le contenu de ce premier volume. Quand on finit par s’aventurer au sein de ces pages, on découvre un univers foisonnant d’excellentes idées et qui va surtout mettre en scène des thématiques fortes et souvent difficiles. Avec le principe qu’il met en place, ce manga nous fait réfléchir sur le caractère sacré de la vie, mais aussi sur ce qui peut pousser les gens à choisir un tel avenir. Une lecture captivante à bien des égards et qui nous aura conduits sur des sentiers rarement explorés.

Des pistes intéressantes

Ce qu’il est important de souligner avant tout quand on s’attarde sur Fool Night, c’est à quel point l’idée de base est parfaitement exploitée. Cela peut paraître étrange de jouer sur cette transformation des gens en plantes de leur propre volonté pour raconter une histoire, mais cela fonctionne à merveille. En fait, tout ce postulat de départ va servir à nous mettre en condition afin de comprendre la détresse des gens qui vivent dans cette obscurité constante. On a beau nous montrer qu’une solution a été trouvée pour enrayer le principal problème de cet étrange phénomène, cela n’enlève en rien la violence qu’est devenu le quotidien de tous ces gens. Il suffit de voir l’excellent parallèle qui est fait pour notre protagoniste entre les toutes premières pages et ce qui vient par la suite. On nous montre un jeune garçon assez rêveur dont la bonne humeur et les rires apportent un peu de lumière dans cette existence grise. Malheureusement, cela n’est que de courte durée comme pour montrer à quel point cette vie peut briser les espoirs de n’importe qui. Il est forcé de bosser dans une entreprise qui exploite ses salariés et il ne peut rien faire pour se rebeller. Plus le temps passe et plus on veut nous partager le désespoir de ce jeune homme qui se recroqueville dans la seule solution qui lui paraît possible pour échapper à ce cauchemar éveillé. De même, les plantes que l’on croise constamment tout au long de notre périple appuient ce malaise ambiant.

Ils ont beau être essentiels à la survie de la population, on ne peut effacer de notre esprit qu’il s’agit avant tout d’êtres humains. On arrive presque même à percevoir la dernière once d’humanité qui habite ces végétaux. L’auteur pense absolument à chaque détail pour que tout nous paraisse sinistre. Les quelques moments d’accalmie nous donnent presque la chair de poule comme si le monde avait cessé d’exister. Il y a une ambiance remarquable qui se forge rapidement et qui se saisit du lecteur pour ne plus jamais le relâcher. Si tout le principe de transformation nous amène à réfléchir à de nombreuses thématiques tel que l’aspect éthique d’un tel procédé, il va y avoir aussi un autre chantier qui va être lancé. Il s’agit de dévoiler ce que l’homme peut commettre de pire sous prétexte de faire le bien. Cela s’exprime autant à travers Toshiro que les diverses personnes qui vont croiser sa route. Des individus qui brisent d’autres vies en pensant que cela va servir à endurcir la personne en face alors que cela ne fait que la plonger dans un abîme encore plus profond. L’appât du gain, la peur d’exister, mais aussi ne pas savoir quoi faire de son avenir sont des sujets qui vont aussi être récurrents tout au long de ces pages. Un manga qui déborde d’histoires à raconter et qui arrive à ne jamais se perdre au milieu de tout ça. Au contraire, chaque élément trouve sa place au sein de cet immense puzzle et l’on est fasciné de tout ce que nous apportent ces cases. Des réflexions pertinentes qui viennent se greffer autour d’un squelette scénaristique intelligemment conçu pour que l’on ait envie d’aller plus loin dans la série.

En nous lançant dans Fool Night, on ne s’attendait pas du tout à déceler une œuvre avec un tel niveau dans l’écriture. Un récit qui déborde de sincérité dans ce qu’il raconte et joue justement du malaise que l’on peut ressentir afin d’exprimer tous les travers de la nature humaine. Un contexte surnaturel qui sert surtout de toile de fond pour raconter le destin de ces quelques personnes que cette existence dans l’ombre a brisé. On suit tout ça avec un pincement au cœur tant on est emporté dans ce conte qui nous fait nous poser moult questions sur notre propre personne et sur l’avenir de ces gens.

Fool Night nous délivre une nuit inoubliable

Fool Night - persoOn a été conquis par la proposition que nous fait l’auteur à travers Fool Night. Un récit qui arrive à être particulièrement sombre tout en se servant de cette obscurité pour venir enrichir l’écriture de chaque personnage. Si ce premier volume sert avant tout d’exposition du scénario, il laisse aussi entrevoir de nombreuses pistes prometteuses. Il suffit de voir la dernière partie de cet ouvrage pour se dire que cette série peut aisément nous conter le parcours torturé de bien des individus. De même, le mangaka a fait un remarquable travail sur l’atmosphère qui se dégage de cet univers. Cela fait que l’on n’a jamais ce sentiment d’être en sécurité. Cette nuit éternelle nous donne des frissons et l’image de toutes ces plantes nécessaires à la survie de l’Humanité finit par nous procurer un sentiment de malaise. On se rend compte que rien n’est normal ici et qu’il s’agit avant tout d’une question de préservation de l’espèce humaine quitte à transformer des gens en décorations florales. Mais avant tout, Fool Night est une œuvre qui déborde d’humanité. Il n’est pas question ici d’espoir ou de bienveillance, mais bel et bien d’être en contact direct avec les souffrances de tous ces gens. Une société inédite qui exploite les plus faibles et les épuise jusqu’à ce qu’ils n’aient plus qu’une alternative. Ce récit est empli d’une profonde tristesse, mais qui va aussi amener des interrogations captivantes sur la famille, l’avenir et ce que l’on souhaite réellement au plus profond de nous.

Vous l’aurez donc compris à travers ces quelques mots, mais on a eu un véritable coup de cœur pour ce premier tome de Fool Night. Un excellent travail d’écriture qui nous a tenu en haleine du début jusqu’à la fin et qui a surtout permis à cette saga de montrer un aperçu de ce qu’elle peut transmettre. Une aventure littéraire d’une rare intensité et qui n’a pas besoin de partir dans de l’action ou un scénario complexe pour nous séduire. Au contraire, le manga sait où il va et nous conduit rapidement vers les thèmes que l’auteur désire aborder. On ne peut alors qu’assister impuissant au destin de tous ces personnages qui tentent à leur manière d’avancer sans réellement savoir ce que le futur leur réserve. Voilà une lecture qui plaira à tous ceux désirant une épopée aussi tragique que marquante autour du désespoir que l’on peut ressentir face à un monde où la vie est devenue une monnaie d’échange. On ne peut maintenant conclure cette chronique sans évoquer les nombreuses questions qui nous viennent en tête suite à la découverte de ce titre. Est-ce que notre jeune homme va réussir à retrouver goût à l’existence ? Peut-il y avoir encore un peu de bonheur au sein de ce monde aspiré par les ténèbres de la nuit ? Quelles rencontres vont jalonner le parcours de ce duo ? Est-ce que le procédé autour de la transformation des gens en plantes ne cacherait-il pas autre chose ? Il nous tarde d’avoir la suite de cette licence en espérant que cela soit toujours du même calibre.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Fool Night. Trouvez-vous l’idée de base propice au développement de thématiques intéressantes ? Avez-vous été intrigué par tout ce qui se passe autour de ce monde ainsi que du personnage principal ? Est-ce que la série est parvenue à vous émouvoir à travers les choix de ce jeune homme qui espérait tant une autre vie ? Le titre est-il parvenu à vous surprendre par rapport à son contexte initial ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2020 Yasuda Kasumi, Shogakukan

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