Gaming Horror Show : le cas Ethan Winters
Vous le savez, octobre est l’occasion pour moi de vous proposer des chroniques un peu spéciales. Cela fait maintenant plusieurs années que je vous partage des articles autour de l’horreur dans les mangas et les jeux vidéo. Et pour ce premier numéro dédié au gaming de cette année 2026, j’avais envie de vous parler de Resident Evil. On le sait, la saga est particulièrement prolifique et appréciée des joueurs. Cependant, j’avais envie de revenir sur une période bien précise de son histoire. Un moment qui a autant signé un retour en force qu’un véritable changement pour la saga à travers le récit d’un personnage en particulier. Je veux bien sûr parler de Ethan Winters, le protagoniste des opus 7 et 8. Un héros bien différent de ceux que l’on a pu connaître tout au long de la saga et qui m’a profondément touché. Il a permis, à mon sens, d’apporter quelque chose d’assez rare dans la série et je me devais donc de lui consacrer un numéro entier. Préparez-vous à faire la connaissance d’un homme qui a vécu deux cauchemars éveillés dans le but de protéger les personnes qui lui sont chères.
Un homme ordinaire vivant l’enfer
Pour remettre un peu de contexte, on est à un moment assez compliqué pour la licence Resident Evil. Après un cinquième opus et surtout un sixième assez décrié pour plusieurs raisons, la saga a connu une petite traversée du désert. Il semblait nécessaire de réinventer celle-ci tout en conservant ce qui fait son essence. C’est justement là qu’arrive le septième épisode qui aura été une claque pour énormément de monde sur la durée. La raison à ça est compréhensible étant donné que l’on était sur une aventure bien plus angoissante où l’on renouait avec ce sentiment d’insécurité en plus d’avoir une atmosphère voulue dégoûtante au sein de ce bayou et surtout de la maison des Bakers. Je pourrais parler en long, en large et en travers de ce qui fait la force de cet opus, mais aujourd’hui on va surtout s’arrêter sur le protagoniste de cette histoire : Ethan Winters. Déjà, il est important de noter qu’il s’agit d’un tout nouveau personnage introduit dans l’univers Resident Evil. Cela souligne encore cette envie de lancer une nouvelle ère pour la franchise en repartant de zéro. On découvre alors un homme en quête de réponses suite à la disparition de sa femme Mia depuis 3 ans. C’est finalement après avoir reçu un message pour le moins mystérieux et confirmant qu’elle serait toujours en vie qu’il décide de partir à sa recherche en Louisiane. Nos pas vont surtout nous emmener dans le bayou en direction d’une étrange maison loin de tout. Et là, c’est l’enfer qui l’attend pour retrouver sa moitié.
Autant le dire tout de suite, RE7 est l’épisode qui m’a le plus terrifié et ce n’est pas pour rien. Tout d’abord, d’un point de vue technique, c’est le premier Resident Evil à nous faire basculer à la vue première personne. Cela a un impact considérable et s’inscrit aussi dans cette volonté d’immerger le joueur dans le jeu comme s’il était à la place d’Ethan. C’est ce qui me permet de rebondir sur la première chose qui caractérise notre “héros” par rapport à tous ceux que l’on connaît dans la licence. Il n’a absolument rien d’extraordinaire. S’il y a quelque chose qui va s’installer autour de lui au fil des épisodes 7 et 8, il est avant tout imaginé comme un “Monsieur tout le monde”. Il n’est pas un soldat entraîné ou même rompu au maniement des armes. C’est juste un gars ordinaire qui ne sait pas du tout dans quoi il embarque et qui va vivre un cauchemar éveillé. C’est ce qui fait aussi que l’on peut facilement s’identifier à Ethan. Un protagoniste qui cherche juste à survivre et sauver celle qu’il aime de cet endroit maudit. Là où dans la série on aime bien sortir des punchlines mythiques ou bien que l’on se retrouve face à des hordes de zombie, ici Ethan est isolé face à seulement quelques ennemis, mais qui vont se montrer tellement terrifiants. C’est quelque chose d’assez inédit dans la saga à ce moment et qui accentue encore plus l’oppression que l’on ressent. Mais surtout, ça fait d’Ethan un personnage pour lequel on va avoir encore plus d’empathie par rapport à tout ce qu’il traverse. Il suffit de voir le début de l’aventure et même une grande partie du jeu pour sentir cette “impuissance” qui le caractérise face à des adversaires qui semblent impossibles à vaincre. Cela peut paraître classique dans beaucoup de survival-horror, mais dans Resident Evil, c’est une chose bien rare qu’il est important de le souligner.
On se sent proche d’Ethan, parce qu’il est comme nous et que l’on se projette totalement dans son histoire. Cela réveille notre instinct de survie, mais aussi de nous faire réfléchir à si oui ou non on aurait la détermination de le faire. On renoue ainsi avec cette peur d’être vulnérable, car on est dans le cas de figure où un être ordinaire se confronte à l’impensable. Mais Ethan va aussi briller par une autre facette importante à souligner et qui va s’étendre autant sur cet épisode 7 que le 8.

Le père porté par l’amour des siens
Dans la majorité des jeux de la saga Resident Evil, on joue des protagonistes qui ont pour objectif de survivre ou bien de mettre un terme à l’utilisation d’armes biologiques. Ethan lui, dans les jeux où on l’incarne, n’a pas pour objectif principal de mettre un terme à une terrible menace. C’est souvent plus une conséquence de sa quête personnelle qu’une finalité. Car oui, Ethan est avant tout guidé par l’amour qu’il porte à sa famille. Dans RE7, il est là pour retrouver sa femme disparue et va tout faire pour la ramener avec lui alors même qu’elle est déjà grandement contaminé. C’est seulement parce qu’il tient à elle qu’il est prêt à subir les pires choses possibles face aux Baker et qu’il va parvenir à s’en sortir après bien des souffrances. Pareil dans Resident Evil Village où cette fois, c’est pour retrouver sa fille qu’il va fouiller ce village maudit et faire face à des entités encore plus sinistres. Ethan Winters est un personnage pensé pour être un parangon de vertu et surtout symbolisant le sacrifice de soi pour venir en aide à ses proches. Un individu sacrificiel qui va subir tellement de choses durant ces deux opus non pas tant pour lui que pour les siens. S’il a la force d’avancer, ce n’est pas tant par un instinct de survie qui est naturel chez l’homme. Il est porté par son désir de retrouver sa femme et son enfant. Une force hors du commun qui peut pousser une personne lambda à soulever des montagnes.
D’ailleurs, c’est juste fantastique de voir Ethan s’opposer même à Chris qui est le héros invulnérable par excellence de la franchise. Alors que ce dernier est guidé par son devoir et ne va même pas prendre le temps d’expliquer la situation, Ethan n’a que faire de ses histoires. S’il est là à se battre, c’est pour tirer son nouveau né des griffes de Miranda et ses sbires. Un combat qui va le mener à lever le voile sur sa condition et là, si vous n’avez pas fait les jeux, je vais devoir spoiler donc mieux vaut revenir plus tard. Car oui, je me dois de parler de l’important rebondissement qui va survenir dans Resident Evil 8. On apprend, vers la fin du jeu, qu’Ethan est techniquement mort depuis l’épisode 7 dès sa première rencontre avec Jack Baker et ce n’est que grâce au Mutamycète qu’il a tenu jusqu’à la conclusion du 8. Quand on prend conscience de ça, cela rend tout le parcours d’Ethan encore plus tragique. Un être destiné à la mort depuis tout ce temps et qui va donner ses derniers instants à lutter contre le pire ennemi possible pour sauver sa gamine. Oui, c’est bien la première fois dans un Resident Evil que le studio nous fait mourir le protagoniste en matière de véritable fin. C’est un choc pour le joueur qui se retrouve avec sûrement le héros le plus tragique de sa licence et finalement celui qui transmet le plus d’émotions tout au long de ses deux aventures. Il a beau ne pas être physiquement devant nous et même incarné par un visage, on partage tellement de choses avec lui. On souffre avec Ethan et l’on va profiter de chaque moment de répit qu’il va avoir auprès de ses proches pour finalement être détruit par la conclusion qui l’attend. Il disparaît non pas pour sauver le monde, mais pour sauver sa famille. Et c’est sûrement ce qui en fait, à mes yeux, le héros le plus bouleversant et marquant de la franchise sur le plan émotionnel ainsi que dans l’écriture.
Un héros à part dans la licence
Cela faisait un long moment que je réfléchissais à faire une chronique dédiée à Ethan Winters. Le Gaming Horror Show a été l’occasion parfaite, car je trouve qu’en plus d’être un personnage marquant, attachant et tragique, il signe aussi un vrai vent de fraîcheur dans la saga Resident Evil. J’apprécie énormément le cast mythique qui a été installé depuis le tout premier opus. Mais aujourd’hui, ils font presque plus figure de héros intouchables qui sont là pour le plaisir de les retrouver. On n’a pas un sentiment de stress en leur compagnie ou bien de tension qui va se ressentir. Mais surtout, on est plus dans un rapport presque d’admiration et de plaisir immédiat de les jouer. Pour Ethan, c’est un cheminement totalement différent qui s’opère. Il est déjà un personnage inédit qui n’a rien d’exceptionnel et qui justement amène une dimension beaucoup plus humaine à une saga où tout devenait trop extraordinaire et spectaculaire. Avec lui, on renoue avec le survival-horror et surtout une peur constante de ce qui peut lui arriver. Un retour aux sources pour certains, mais je dirais même que ça va bien plus loin que ça. En fait, je me rends compte que plus le temps et les runs autour de l’arc Ethan s’enchaînent, plus j’apprécie énormément ce moment dans la franchise. En dehors de la qualité globale des jeux, c’est surtout que j’ai un attachement de plus en plus fort pour ce personnage qui est avant tout une incarnation du joueur.
A travers ses yeux, on ressent pleinement la peur qu’il ressent, mais on partage aussi cette volonté qui l’anime de se battre pour ce qui compte réellement à ses yeux. C’est aussi pour ça que je trouve sa conclusion aussi belle et déchirante. Elle correspond totalement à ce personnage sacrificiel que l’on a guidé jusqu’à son terme tout en étant impacté des valeurs qui le caractérise. Il n’est pas le héros sans peur qui va exploser du monstre comme si c’était un lundi matin. Il n’est pas non plus celui qui cherche à tout prix à sauver le monde. C’est avant tout un homme dépassé par les événements et qui se concentre sur son véritable trésor quitte à traverser deux fois l’enfer pour le protéger. Et finalement, au-delà de l’aspect fantastique propre à l’œuvre du fait de tous ces virus que l’on rencontre, Ethan est sûrement le protagoniste le plus humain de toute la saga selon moi. Et ce n’est pas pour rien que son périple résonne de plus en plus fort en moi au fil des années. Il est un rappel de ce qui est le plus important et de ce que l’on est prêt à faire et même subir quand les êtres chers se retrouvent dans la balance. Il serait facile d’aborder énormément d’éléments propres à ces deux opus afin de souligner toute la pertinence de l’écriture de ce personnage. Mais en même temps, je trouve que Capcom a fait un excellent travail en limitant son arc narratif à seulement deux épisodes majeurs. Cela lui a permis de raconter tout ce qu’il voulait et de nous émouvoir tandis que l’on cherchait, en sa compagnie, à se frayer un chemin parmi les horreurs se trouvant entre lui et sa famille. J’espère en tout cas que cette chronique vous aura plu et vous donnera peut-être envie de tester ces deux épisodes. Pour ma part, écrire ces quelques lignes m’a donné envie de me replonger dans cette période si particulière de Resident Evil. On se retrouve très vite pour d’autres chroniques.


