Pourquoi j’aime #78 : Drifting Dragons
A chaque semaine, son nouveau numéro de “Pourquoi j’aime” et cette fois on part direction les cieux pour partir à la chasse à d’imposantes créatures avec Drifting Dragons. Ce titre, édité chez Pika, n’est pas forcément celui qui se démarque le plus ou qui est le plus populaire parmi le grand public. Pourtant, il y a énormément à dire sur celui-ci et je me suis dit que c’était le moment ou jamais de le faire. Car oui, il y a beaucoup à dire sur ce titre et surtout de qualités à décrire au vu du nombre de tomes. En effet, cela fait maintenant un moment que la série continue sa parution ce qui fait que l’on a aussi pas mal de matières pour voir ce qui fait sa force. Une œuvre qui est très loin de ce que l’on peut connaître habituellement et qui utilise avec brio comme thème les dragons pour mettre en place une aventure hors du commun. Le genre de manga qui sort des sentiers battus pour nous délivrer des moments grandioses et uniques où l’on a l’impression de n’avoir vu ça nulle part ailleurs. Préparez-vous à rejoindre un sacré équipage pour partir à la recherche de ces immenses bêtes qui peuvent autant être source d’émerveillement que de peur.
Une proposition originale et fascinante

La première chose que je tiens à souligner concernant ce que j’apprécie dans la série repose sur l’univers créé. Drifting Dragons propose un monde unique : des chasseurs de dragons à bord d’un dirigeable, le Quin Zaza, qui sillonne les cieux à la recherche de ces créatures titanesques. Le rapport imaginé entre l’être humain et ces dragons est intéressant car nous ne sommes pas juste face à des êtres fantastiques. Il s’agit autant de menaces pour la population qu’une source d’émerveillement tout en leur donnant aussi un rôle de ressource alimentaire. Le manga réussit à créer une atmosphère de voyage permanent, entre liberté, danger et beauté brute. Chaque chasse est une aventure, chaque dragon une découverte. Cet univers est à la croisée de plusieurs genres et styles qui lui donne une identité propre. On peut autant apprécier cette lecture pour cet aspect road-trip aérien que pour la tranche de vie qui nous est proposée au contact de cet équipage. Car s’il y a divers arcs narratifs qui vont s’enchaîner, le récit n’a pas forcément un but final à atteindre. L’objectif est avant tout de s’imprégner de la vie des membres du Quin Zaza et leurs combats face à ces créatures. Une œuvre qui pourrait presque aussi faire penser à du slice of life fantastique et c’est ce qui est justement génial. Alors que la fantasy est très souvent codifiée et nous amène à vivre des aventures extraordinaires, mais assez similaires, cette licence bouscule tout ça. On est face à une histoire originale et qui surtout sait nous embarquer dans ce périple à travers les cieux face à ces dragons aussi terrifiants que majestueux. C’est ce qui fait l’épine dorsale de ce manga et lui permet d’offrir une expérience comme on en voit très rarement.
Une vie mouvementée et pleine de surprises

L’un des plus grands charmes du manga est sa dimension slice of life. Entre deux chasses spectaculaires, on suit le quotidien de l’équipage : repas, disputes, fêtes, entretien du dirigeable, discussions au crépuscule. Taku Kuwabara prend le temps de montrer la camaraderie, la fatigue, la joie simple de partager un plat de dragon ou de regarder le ciel. Cette attention au détail rend l’équipage vivant et attachant. Le Quin Zaza n’est pas seulement un vaisseau : c’est une maison, une famille choisie, un monde miniature en perpétuel mouvement. Ces moments d’accalmie sont tout aussi importants que la plus grande traque qui soit. C’est à travers ces scènes que l’on va pleinement s’attacher aux différents personnages. D’ailleurs, même s’il y a certaines têtes qui se démarquent des autres en matière d’attention scénaristique, on se rend compte au fil des tomes qu’il n’y a pas réellement de protagoniste en particulier. C’est tout l’équipage qui est au centre du récit et ça fait du bien de suivre un groupe aussi soudé malgré les difficultés. On apprécie de voir toutes les relations qui peuvent exister au sein de ce vaisseau et l’impact que chacun peut avoir sur les autres. C’est pour ça que je dis que Drifting Dragons a un aspect très tranche de vie. Nous ne sommes pas uniquement là pour voir d’incroyables affrontements contre les dragons. Si cela peut être la première motivation au départ, on finit par avoir une autre raison de poursuivre l’aventure. Il s’agit tout bonnement d’accompagner ce groupe qui se présente finalement comme une grande famille avec ses hauts et ses bas. Chaque virée que l’on va faire en leur compagnie est une promesse de belles aventures, d’émotions et de complicité avec ces hommes et femmes qui s’entraident chaque jour.
Entre combats fantastiques et créatures divines

Impossible bien sûr d’évoquer Drifting Dragons sans parler des stars de ce manga. Les dragons sont au centre de l’œuvre et ne vont pas se contenter d’être des ennemis à abattre. Chaque espèce a un design inventif, une anatomie crédible et une présence imposante. Les scènes d’affrontements sont souvent grandioses : poursuites dans les nuages, combats aériens, découpes titanesques une fois la bête abattue. Le manga traite ces créatures avec un mélange de respect, d’émerveillement et de pragmatisme. On les admire autant qu’on les craint. Cette dualité donne aux batailles une vraie densité émotionnelle. D’ailleurs, c’est souvent là qu’on peut remarquer toute l’étendue du talent de l’artiste en matière de dessins, mais aussi de composition. Pour ma part, j’ai parfois eu l’impression d’avoir devant moi de véritables toiles où l’on assiste à une bataille féroce entre les deux camps. Une approche très artistique de cette représentation du combat entre humains et dragons. Mais au-delà de ça, il faut aussi souligner à quel point le titre se veut aussi très tourné vers des sujets autour de la nature par le biais de ces êtres gigantesques. En plus d’être un régal pour les yeux, ils sont aussi le symbole de ce monde et de cet environnement pouvant à la fois être beau et sauvage. Il y a une volonté de respecter ces créatures pour ce qu’elles sont, de vivre en harmonie avec elles, mais aussi de prendre conscience du danger qu’elles peuvent représenter. C’est aussi ça qui rend cette histoire aussi bouleversante, car nous faisons finalement face à l’écosystème de cet univers et qui peut facilement refléter aussi ce que l’on peut connaître autour de nous. Un rappel qu’il est aussi important de cohabiter sans vouloir empiéter sur tout ce que la nature peut offrir.
Un vrai esprit d’équipe

Si j’ai pu évoquer un peu plus tôt l’importance de la tranche de vie en compagnie de ce groupe, il est aussi important de se focaliser sur les personnages qui vont donner vie à cette histoire. En fait, dans Drifting Dragons, on se rend compte à quel point chaque individu a parfaitement sa place au sein de ce vaisseau. C’est au fil des tomes que l’on apprend à connaître chacun d’entre eux, le rôle que chacun joue sur le Quin Zaza, mais aussi leur histoire personnelle. C’est là aussi que l’on se rend compte des forces et faiblesses de chacun d’où l’importance de cette symbiose au sein de l’équipage tant ces gens sont complémentaires. Le manga n’a pas besoin d’un héros surpuissant : la force du récit vient du collectif. On s’attache à l’équipage comme à une vraie bande. Leurs relations, parfois tendues, souvent complices, font de chaque chapitre un moment passé avec des gens qu’on aime retrouver. C’est une famille réussie où les liens du sang n’existent pas, mais qui s’est formée au fil des épreuves, des moments de joie et de tristesse. Ce manga a parfaitement su retranscrire l’importance de cet esprit d’équipe qui est ce qui permet à un si petit vaisseau de se confronter à de telles créatures. Car oui, on nous rappelle aussi constamment que l’on a devant nous des humains qui n’ont pas de faculté extraordinaire. Ils sont avant tout déterminés et prêts à faire face aux pires situations. Ils sont autant nourris par leur envie de découvrir de nouveaux horizons et dragons que par cette union qui relie chaque membre aux autres. Ils avancent tous ensemble dans la même direction et n’hésiteront pas à faire demi-tour si l’un d’entre eux est perdu. Voilà pourquoi je trouve que ce manga est aussi brillant sur le plan humain. Il nous offre un groupe soudé et qui nous invite avec joie à le suivre vers cet horizon lointain.
Un trait qui subjugue

On termine cette chronique avec un élément qui me paraît essentiel et que j’ai un tout petit peu évoqué en amont. Il s’agit tout bonnement du style graphique de Drifting Dragons que l’on peut admirer depuis le premier tome jusqu’au dernier sortie. Le trait de Taku Kuwabara est un atout majeur dans notre appréciation globale de l’œuvre. Les dragons sont détaillés avec un soin quasi documentaire, les ciels et les nuages ont une vraie ampleur, et la vie à bord est rendue avec précision. Il est important par exemple de revenir sur chaque élément en détail. Concernant les dragons en premier, il faut comprendre à quel point il y a une vraie créativité qui s’exprime à travers leur chara-design. L’auteur ne se contente pas simplement de donner vie à des bêtes comme on peut les connaître depuis des années. Ici, ils ont tous une apparence unique donnant presque l’impression d’avoir devant nous une autre entité que l’image que l’on se fait de ces créatures. Cela symbolise aussi toute la diversité de cet écosystème ainsi que ce qui fait la particularité de chacun de ces monstres. A cela s’ajoute aussi l’importance des décors et notamment du ciel. Ce dernier n’est pas juste un élément que l’on observe parmi tant d’autres. C’est le terrain de jeu de nos protagonistes et de l’auteur. Il parvient ainsi à le rendre attirant tout en lui donnant ce sentiment de liberté qui guide cet équipage. On pourrait s’attarder sur tant d’autres points graphiques tant il y a un formidable travail à ce niveau-là. Le style mêle réalisme et souffle épique. Les scènes d’accalmie respirent une légèreté bienvenue tandis que les scènes d’action sont lisibles et impressionnantes. Cette qualité graphique transforme le manga en véritable objet contemplatif : on s’arrête souvent sur une planche pour admirer un dragon, un paysage ou même un repas partagé entre les membres de l’équipe. Une fresque dont on ne peut plus détacher le regard une fois qu’on a posé les yeux dessus.

