Jizo

Jizo : quand la lumière rencontre l’obscurité

Ce que l’on appelle le global manga est un genre qui n’a eu de cesse de grandir au fil des années. Pouvant aussi proposer des expériences littéraires fascinantes, on a déjà eu le droit à de très belles surprises. Que cela soit des récits d’aventures grandioses, des histoires plus intimes, et même des contes déchirants, on a eu le droit à une grande diversité de titres. L’ouvrage que l’on va aborder aujourd’hui fait partie de cette dernière catégorie et l’on peut dire tout de suite à quel point ce fut un immense coup de coeur. Nos pas nous conduisent donc au sein du catalogue de Glénat et plus particulièrement à travers les pages de Jizo. Ce one shot, provenant d’une collaboration franco-japonaise, nous avait interpellé en premier lieu par sa direction artistique soignée. C’est donc avec curiosité que l’on s’est penché sur cette licence qui allait être aussi courte qu’intense. Un voyage utilisant le conte comme toile de fond pour évoquer un malheur bien réel pouvant s’abattre sur n’importe qui. Une expérience littéraire qui va réussir, en quelques pages, à nous faire vivre un véritable ascenseur émotionnel. Il est donc grand temps d’aller à la rencontre d’une âme égarée cherchant le chemin jusqu’à chez lui.

L’histoire d’un enfant perdu

Jizo - perdu

Un réveil compliqué.

Jizo, scénarisé par Mr Tan et dessinée par Mato, nous plonge dans un Japon contemporain. Tout semble y être paisible à première vue. En effet, chacun suit son quotidien comme si de rien n’était. Les adultes vont au travail et les enfants jouent tranquillement jusqu’à ce que les demandes d’un jeune garçon viennent briser cette quiétude. Dans un parc, Aki se réveille et ne sait plus du tout où il est. Cherchant à tout prix à retrouver le chemin menant à chez lui afin de se replonger dans les bras de sa mère, cet enfant essaye tant bien que mal d’aller de l’avant. Décidant d’aller à la rencontre des gens pour obtenir les informations qu’ils souhaitent, il va alors se confronter à l’indifférence totale de tout ce monde qui gravite autour de lui. Personne ne semble vouloir lui jeter ne serait-ce qu’un regard. Totalement désemparé et craignant d’être perdu à jamais, les larmes d’Aki finissent par apparaître. L’inquiétude le ronge et il est persuadé que ses parents doivent être terrifiés de ne pas le voir revenir. Ayant perdu tout espoir de recevoir la moindre aide, le jeune garçon se recroqueville sur lui-même en espérant qu’un miracle arrive pour le sortir de cette terrible situation. Alors que la nuit se rapproche à grands pas et les lieux se vident peu à peu de toute vie, quelqu’un va remarquer l’immense peine qui anime cette âme prostrée dans les buissons.

Sorti de nulle part, un autre garçon ayant tout l’air d’un enfant des rues va venir lui parler. Se présentant sous le nom de Jizo, il lui offre un sourire réconfortant dans cet océan de doutes qui assaillait le coeur d’Aki. Malgré tout, ce dernier ne peut s’empêcher de ressentir de la méfiance envers cet individu dont il ignore tout. Après tout, il est un illustre inconnu qui n’a peut-être aucune envie de le ramener chez lui. Est-ce que sa gentillesse apparente ne cacherait pas une autre facette bien plus sombre ? L’hésitation l’empêche de prendre la main qui lui est tendue, mais qui ne semble nullement contrariée son interlocuteur déterminé à rester auprès de lui. Essayant tant bien que mal de s’éloigner de ce nouveau camarade qui semble toujours apparaître de nulle part, l’enfant perdu sent son coeur se serrer au fur et à mesure que l’obscurité recouvre cette ville de son long manteau sombre. L’assurance de Jizo va alors se transformer en une profonde peur. Il va alors insister lourdement pour que son ami du jour l’accompagne dans un temple qui serait le lieu idéal pour se protéger en attendant que le jour se lève. Ne comprenant rien à ce que lui dit son comparse, Aki redouble de vigilance. C’est alors que le bruit de chaînes va résonner autour d’eux. La chasse aux enfants est ouverte et mieux vaut ne pas rester éloigné de la lumière sous peine de voir la sorcière embarquer sa prochaine victime. Il va falloir maintenant se presser pour ce duo qui ne doit surtout pas s’arrêter de courir !

Derrière ce synopsis va se cacher un récit aussi déchirant qu’important. Jizo va ainsi utiliser le folklore pour exprimer un sujet crucial qui peut toucher n’importe qui. L’émotion qui se dégage alors de cette histoire va nous prendre constamment aux tripes. Un récit qui dépasse de loin tout ce que l’on avait pu imaginer et qui se grave profondément dans notre esprit. La mort, la peine et l’inquiétude sont au coeur de ce conte qui va alors construire un chemin obscur terrifiant, mais qui finira par être éclairé par la plus belle des lumières. Une oeuvre qui est une incroyable lettre d’amour poignante pour la vie.

Un sublime et tragique message

Il est particulièrement dur d’évoquer le coeur de Jizo sans évoquer les nombreux retournements de situation que l’on peut avoir. Malgré tout, on va faire de notre mieux pour parler de ce qui fait l’essence de ce conte et surtout la puissance émotionnelle de ce moment que l’on a passé en compagnie d’Aki et de son partenaire. Ce qui est remarquable tout d’abord, c’est le rythme que va proposer le récit et qui se mélange à un changement de genre permanent. En effet, les premières minutes que l’on vit avec ce garçon nous feraient presque penser à un drame un peu mystérieux tirant sur la tranche de vie. Cependant, plus les cases vont défiler et plus on va se rendre compte de l’imaginaire propre à ce scénario. Ce qui n’était qu’une simple recherche d’adresse va alors se transformer en une course contre la montre fantastique. Au même titre que le changement entre d’ambiance entre le jour et la nuit, cette aventure va basculer lentement vers l’effroi. Sur ce point-là aussi il y a un remarquable travail de fait. Il n’est pas question de nous terroriser à coup de violentes giclées de sang, mais bel et bien d’imposer une atmosphère étouffante. Cela est fait de manière progressive et l’on va alors autant partager l’incrédulité d’Aki que sa peur naissante. On pourrait même presque entendre le bruit des chaînes de la sorcière qui frottent le sol. La chaleur du soleil et les sourires réconfortants se dissipent alors pour ne laisser place qu’aux ténèbres engloutissant tout sur leur passage.

Pourtant, Jizo ne s’arrête nullement à ce revirement de situation et de narration. Il va y avoir toute une dimension mystique qui va s’ajouter autour de certains personnages et nous faire donc encore plus basculer dans le fantastique. C’est là que l’auteur va nous montrer toute la subtilité et la profondeur de son récit. Le fantastique n’est absolument pas la finalité de l’oeuvre, mais bel et bien un outil afin d’exprimer une blessure bien réelle. La sincérité du message véhiculé va alors nous sauter aux yeux tandis que l’on commençait peu à peu à avoir des soupçons sur ce qu’il se passait. L’imaginaire et le folklore s’entremêlent pour mettre en avant une terrifiante douleur pouvant assaillir n’importe quel être humain. C’est alors un véritable torrent d’émotions qui va nous emporter tandis que l’on ouvre les yeux sur la vérité se cachant derrière ce périple. Un manga profondément humain et bouleversant qui nous montre à quel point on cherche de notre mieux à exprimer notre peine et à essayer de faire de notre mieux pour faire perdurer les souvenirs d’une vie qui ne sera jamais plus la même. La survie d’Aki qui se retrouve aux prises avec cette étrange créature va alors nous être présenté sous un tout autre jour et propulser Jizo vers un sommet que l’on n’aurait jamais imaginer possible. Un conte sans fausse note qui va viser directement le coeur du lecteur.

Il est difficile de pouvoir parler plus en détail de Jizo sans trop en révéler. Ce que l’on peut tout de même dire, c’est qu’en un one shot l’auteur nous délivre un récit qui nous aura foutu des frissons. Voilà le genre de récit qui nous tire les larmes des yeux et nous marque à jamais à travers ce qui nous est raconté. Le destin de ce petit garçon nous aura émus et les révélations qui font l’âme de ce scénario n’ont eu de cesse de renforcer cette claque que l’on a reçue. Une virée onirique qui flirte avec la réalité et nous transmet des valeurs importantes. La douleur a beau être à jamais présente dans le coeur de ceux qui vivent ces terribles instants, le souvenir des sourires et des joies ne disparaît jamais.

Jizo est une claque émotionnelle

Jizo - pensée

Quelle est donc cette voix ?

Dire que Jizo est un gros coup de coeur serait un euphémisme. Voici le type de lecture qui parvient aisément à nous parler tant les propos tenus sont aussi sincères qu’importants. En plus, le fait d’avoir mêlé le surnaturel à une tristesse bien réel offre une combinaison qui fonctionne à merveille. L’alchimie qui s’en dégage est tout simplement incroyable et nous transporte littéralement dans cette obscurité ambiante qui entoure Aki. On est face à un ouvrage qui ne se contente pas de simplement nous raconter une histoire. Il cherche à transformer ce simple divertissement en une fenêtre sur la souffrance que chacun peut vivre et qui peut détruire de nombreuses vies. Une démonstration tragique de ce que la vie peut proposer de pire, mais sans pour autant en oublier l’espoir. Une lumière qui ne nous quitte jamais et qui peut prendre bien des formes. Que cela soit une prière, une pensée ou simplement un souvenir ancré en nous, il existe de multiples manières que cette souffrance puisse non pas disparaître; mais s’atténuer un tant soit peu. Jizo est une fresque surfant sur le folklore japonais pour finalement nous évoquer une épopée bien humaine où l’amour est le principal moteur des personnages. Une palette d’émotions d’une richesse incroyable et que l’on partage en un claquement de doigts. C’est donc une très belle prouesse de la part du mangaka et de la dessinatrice qui seront parvenus à nous faire autant verser une larme de tristesse que de joie une fois cette lecture terminée.

Vous l’aurez donc compris, on recommande totalement ce one shot qui n’a clairement pas besoin de plus pour être magistral. On se laisse happé dans ce conte sans vraiment savoir où l’on va et chaque nouvelle page va être là pour autant nous émerveiller que nous faire frissonner. En alliant de nombreux genres ensemble, l’auteur parvient à donner naissance à un style unique enrobant parfaitement le message souhaité. Ici, il n’est pas question d’un récit épique, de grands combats ou d’histoires psychologiques, mais juste la quête d’un jeune garçon désireux de retrouver la chaleur de sa famille. Un objectif qui va nous faire passer par tous les états possibles et inimaginables. Sincèrement, Jizo peut s’adresser à tous les lecteurs qui peuvent tout à fait se sentir concernés par les propos de ce manga. Celui-ci mérite clairement de trôner dans n’importe quelle bibliothèque. Il n’est pas question de s’attarder sur de multiples questions étant donné que l’on a déjà toutes les réponses. Cependant, il est impossible de ne pas refermer cet oeuvre sans penser immanquablement à Aki et Jizo. Un duo qui aura fait ce que peu de personnages ont pu faire à savoir nous faire presque oublier la fiction. Une petite pépite qu’il serait dommage de louper. Rien qu’en écrivant ces quelques lignes, on ne peut s’empêcher de vibrer en revivant cette aventure.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant votre lecture de Jizo. Avez-vous été profondément touché par le message véhiculé au sein de ces pages ? Trouvez-vous que le périple de ce jeune garçon est incroyablement bouleversant ? Appréciez-vous la manière dont le folklore s’est incrusté dans la réalité ? Ce récit a-t-il su vous combler tout au long de ce périple ? En tout cas, il est impossible de ne pas avoir un pincement au coeur en pensant à ces courts moments que l’on a passé en compagnie de ce duo fort touchant et si symbolique. On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet 🙂

© 2020 Antoine Dole / Mato (mangaka)

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