Shigahime-Vol.-1

Shigahime tome 1 : un monstre à l’appétit insatiable

On l’a dit il y a peu de temps, mais on a de plus en plus un intérêt pour le récit horrifique dans le monde du manga. Si l’on est toujours à la recherche de certaines sensations fortes en lisant ce type d’histoires dont le but est de nous effrayer, on aime surtout analyser la manière dont un artiste peut susciter ce sentiment chez le lecteur. Il existe une multitude de façons de jouer sur cette notion qui est propre à chaque être humain. Heureusement, un nouveau titre dans ce domaine a fait son apparition récemment dans le catalogue de Mangetsu. Il s’agit de Shigahime dont le premier volume vient tout juste de sortir. Rien qu’à la couverture, on pouvait ressentir ce qui nous attendait au sein de ces pages. Un titre qui avait comme objectif de nous terroriser, mais aussi de nous conter une intrigue prometteuse autour du calvaire d’un personnage en particulier. En se lançant dans cette lecture, c’est un monde fait de sang et d’ombre que l’on découvre et où l’aspect charnel est souvent synonyme de souffrances. Une horreur qui joue sur plusieurs tableaux et qu’il est temps d’étudier. L’heure est donc venue de prendre notre courage à deux mains et d’aller à la rencontre de cette étrange femme.

Un rendez-vous mortel

Shigahime Vol. 1Shigahime, imaginé par Sato Hirohisa, nous plonge au Japon où l’on fait la connaissance du jeune Osamu Hirota. Ce garçon tout à fait banal profite pleinement de sa vie lycéenne. Avec des parents aimants, de nombreux amis et sa petite amie, tout semble lui réussir. Malheureusement, il peut être très facile de perdre ce bonheur surtout quand l’obscurité décide de s’en mêler. Alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui, il fait la rencontre de Soichi. Ce dernier s’avère être un élève reclus au sein de l’établissement. Considéré comme un souffre-douleur, il est sans cesse brimé par les autres étudiants qui n’hésitent pas à lui extorquer de l’argent et à l’humilier. N’ayant pas vraiment de raison de lui adresser la parole, Osamu préfère s’éloigner en faisant comme si de rien n’était. C’est alors que Soichi va s’adresser à lui en demandant s’il ne voulait pas l’accompagner à un certain endroit. Selon lui, il connaîtrait une certaine femme qui serait prête à satisfaire tous les besoins de ceux qui entrent dans sa demeure. Guidé par une étrange curiosité, il accepte de l’accompagner même s’il se demande petit à petit si tout ça était une bonne idée. Finalement, les deux adolescents arrivent devant un somptueux manoir et franchissent ses portes. C’est une fois à l’intérieur que les deux lycéens font face à l’envoûtante Miwako. Une demoiselle resplendissante et d’une grande beauté dont il est difficile de détacher le regard. Hirota ignore alors totalement qu’il vient de plonger dans la gueule du loup et que sa mâchoire s’apprête à se refermer sur lui.

Même s’il a du mal à ne pas succomber aux charmes de la maîtresse des lieux, il parvient à prendre son courage à deux mains pour ne pas aller plus loin. Malheureusement, le mal est déjà fait et il comprend que cette femme séduisante est en réalité un monstre qui se repaît du sang de ses victimes. Soichi n’est autre que celui qui chasse pour elle en lui amenant ses proies inconscientes du danger. Ne pouvant rien faire face aux capacités extraordinaires de cette créature, il finit par succomber. Il se réveille bien plus tard et comprend qu’il n’est plus qu’un jouet aux yeux de cette bête qui compte faire de lui son familier. La vie paisible et presque paradisiaque d’Osamu s’effondre en un instant tandis que la douleur qui l’assaille est insoutenable. Défiguré et méconnaissable, l’adolescent se voit obligé de porter un sac pour protéger l’horreur qu’est devenu son visage. Cependant, il lui reste une chance de retrouver forme humaine et de sauver celle qu’il aime. Pour ça, il doit accepter d’obéir aux ordres de Miwako et d’entamer une chasse éternelle afin de lui rapporter ses repas. Un jeune garçon qui n’a plus rien d’humain et qui doit maintenant faire les basses besognes d’une entité dépassant l’entendement. A présent que la nuit tombe sur la ville, le prédateur s’élance à la recherche d’une cible. La traque débute et malheur à celui qui croisera la route de cet ancien lycéen dont la souffrance est telle qu’il pourrait bien succomber à son désir de retrouver son existence d’antan. Ainsi débutent l’enfer d’Osamu et sa chasse incessante pour satisfaire sa maîtresse.

Avec son synopsis, Shigahime nous plonge directement dans le bain avec une ambiance qui se veut rapidement macabre. Un titre qui n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains et qui utilise à merveille ce côté glauque et le malaise instauré pour nous immerger totalement dans cette histoire. Cependant, contrairement aux autres récits d’horreur que l’on peut lire d’habitude, cette aventure va partir dans une direction inattendue. Nous emmenant de l’autre côté de la barrière, on découvre les souffrances d’un adolescent qui n’a rien demandé et qui se retrouve mêlé à un véritable enfer.

L’effroi d’un adolescent

Avec ce premier volume de Shigahime, on plonge dans un récit horrifique qui mise énormément sur une approche fantastique et malsaine à travers le personnage de Miwako. Ce qui est justement efficace très rapidement, c’est le fait d’introduire cette entité maléfique comme un élément n’ayant pas sa place dans la réalité. En effet, on suit des adolescents banals et dont le quotidien tout à fait ordinaire va prendre un revirement tragique dès lors qu’elle fait son apparition. Ainsi, le mangaka joue justement de cette peur de l’inconnu à travers cet élément fictif au sein d’un environnement qui se veut réaliste. On se met alors rapidement à la place de notre protagoniste ce qui ne fait qu’accentuer le malaise que l’on ressent devant cette femme qui semble impossible à arrêter. Les scènes particulièrement violentes n’ont pas uniquement pour but de renforcer l’aura macabre du manga. Elles sont présentes pour souligner le fait que l’on se tient devant un monstre qui dépasse l’entendement. Ces effusions de sang et le rituel qui entoure la nourriture de cette créature nocturne est si bien fichu que l’on ne peut qu’avoir le cœur qui se serre en voyant ça. C’est encore plus efficace quand on voit sur quoi elle s’attarde avant tout pour combler son appétit. Il y a donc un rapport très fort qui s’installe dès cette introduction entre cette figure maléfique, Osamu et le lecteur. On sent cette forme d’impuissance qui anime le commun des mortels face à un être qui n’évolue pas au même niveau.

Si tout ce côté effroi est très bien maîtrisé, cette série va aussi grandement se démarquer par le développement de notre jeune protagoniste. Miwako peut sembler prendre une grande partie de la scène, c’est bel et bien notre jeune adolescent qui se retrouve au cœur de la tourmente. Dès l’instant où on le voit tomber sous l’emprise de cette dernière, c’est toute l’intrigue qui débute. On suit alors l’enfer de ce garçon qui est maintenant ramené à l’état de simple serviteur. Là encore, l’auteur fait un remarquable travail d’écriture étant donné que l’on est pris à la gorge en voyant le sort réservé à ce pauvre bougre. Un lycéen qui n’avait rien demandé de spécial et qui se retrouve maintenant à devoir chasser pour espérer retrouver un semblant de vie. On sent totalement son calvaire, la douleur qui l’assaille, mais aussi la morale qui dicte ses gestes. A aucun moment on ne voit un basculement total de sa part. Même dans les pires situations, il nous est présenté avant tout comme un être humain dont l’apparence monstrueuse cache en réalité un ado apeuré qui ne peut imaginer faire de mal à une autre personne. Ainsi, Shigahime se présente aussi comme une impressionnante lutte personnelle pour notre protagoniste entre sa vie d’humain et de familier. L’horreur laisse entrevoir une quête personnelle particulièrement intense où le surnaturel permet d’aborder des questions de principes rendant l’ensemble de ce premier acte captivant à suivre et surtout à décortiquer. On est avant tout dans un conflit interne d’une grande cruauté où un jeune homme est tiraillé entre le maintien de son bonheur et préserver la vie des autres.

Shigahime est une série où l’on sent pleinement la direction que veut prendre l’auteur. En nous faisant nous attarder sur la quête de ce monstre et de son nouveau jouet, on plonge dans un quotidien effroyable où le seul moyen de regagner une forme de tranquillité est de servir les intérêts de cette maîtresse de la nuit. Une introduction qui nous file des frissons tout en éveillant notre intérêt concernant les secrets derrière cette partie fantastique. On a beau être devant un spectacle effroyable, on est aussi tiraillé par cette envie d’en savoir plus. Un juste équilibre qui va façonner ces chapitres ayant réussi à nous donner des sueurs froides.

Shigahime impose ses ordres

Encore une fois, le genre horrifique nous prouve qu’il peut réussir à nous raconter quelque chose de très pertinent sans être forcément centré uniquement sur un enchaînement de violence et de sang. Shigahime frappe donc fort pour ce premier coup qui arrive à distiller l’effroi d’une manière qui lui est propre. Bien évidemment, ce manga est destiné à un public averti au vu de certaines scènes d’une rare violence ainsi que quelques passages érotiques. Si l’ambiance de la série se fait déjà pleinement ressentir à travers ses premiers chapitres, l’auteur nous montre qu’il ne se cantonne pas à ça. Rien que tout le travail qui est fait au niveau de Miwako pour en faire un personnage au-dessus de tout le reste impose un sentiment de mal-être face à cette dernière. On déglutit en observant cette femme dont la beauté n’a d’égale que son appétit féroce pour la chair et le sang. Un être qui dépasse le cadre de simple monstre à vaincre et peut rapidement devenir une figure assez marquante de ce style de récit. En plus de ça, le travail d’écriture autour d’Osamu est aussi d’une redoutable efficacité. On est totalement en empathie devant cet adolescent qui voit son existence s’effondrer du jour au lendemain. C’est à travers ce protagoniste que le mangaka parvient à véhiculer le plus de messages, mais aussi de questions. Alors que tout n’est plus que noirceur autour de lui, il parvient à préserver le peu d’humanité qui lui reste. On est happé par cette volonté de rester celui qu’il était face au rôle qui lui incombe à présent.

En seulement un volume introductif, Shigahime est parvenu à accomplir son objectif. Avec cette lecture, on a autant été terrifié de cette bête qui rôde dans la nuit que happé par tous les mystères qui entourent cet univers. D’ailleurs, le mangaka a su miser aussi sur ce dernier point notamment dans la dernière partie de ce tome afin que l’on renouvelle notre intérêt pour le futur de la licence. Une aventure angoissante et sanglante qui plaira aux amoureux du genre et à tous ceux qui pourraient être intéressé de voir le combat de cet adolescent pour rester humain. C’est toujours génial de voir à quel point une thématique aussi vaste que l’horreur peut engendrer de multiples récits différents cherchant à arriver au même but, mais par leur propre voie. Cette œuvre a su mettre la barre assez haute avec ce premier jet et on espère de tout coeur que la suite sera du même calibre. On ne peut terminer une chronique sans évidemment nos traditionnelles questions que l’on a en tête. Est-il possible de mettre un terme aux agissements de Miwako ? Osamu peut-il réellement espérer un jour redevenir celui qu’il était auparavant ? Ce monde de la nuit cache-t-il d’autres monstres prêts à bondir sur les innocents ? Quel sort réserve cette maîtresse à son familier ? Est-ce que son entourage va finir par comprendre l’état dans lequel se trouve ce jeune homme ? On est à la fois inquiet et impatient de se jeter sur la suite étant donné que tout peut encore arriver.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Shigahime. Avez-vous ressenti une certaine frayeur en lisant cette introduction ? Trouvez-vous qu’il y a quelque chose d’intéressant à creuser concernant la relation entre cette créature et son familier ? Pensez-vous que l’on aura le droit à une évolution significative des personnages au vu de cet environnement dans lequel on évolue ? Ce premier acte vous a-t-il donné envie d’en savoir plus concernant les nombreux mystères entourant cette demoiselle à l’appétit éternel ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2016 Sato Hirohisa, Tokuma Shoten

3 Comments

  • Q3 dit :

    Perso shigahime s’arrête là pour moi,
    Après un premier chapitre enchaînant à un rythme effréné les clichés malaisant, le gore graphique (certes biens dessiné) que j’ai regardé tel un veau regardant passer la caravane du tour de france et des incohérence dans le suivi des cases du à un manque de finesse certain, je me suis arrêté à la fin du chapitre 1 : c’est quoi ça de l’horreur ? Ou une compile cringe de tout ce qui a de plus débile et graphique sur un imageboard ? Et puis suivre le point de vue des petites victimes ? Boarf ça m’intéresse Pas…qu’ils crèvent tous une fois vidés de leur sang vous êtes du bétail que j’me suis dis !
    Bon je l’ai acheté je le finis…
    Le rythme ralentis et l’histoire se met en place, pour suivre les aventures de notre Quasimodo malgré lui, pauvre petite victime à la merci de-là plantureuse vampire.. Mais non désolé pour moi c’est le vide spatial aucune émotion se dégage, si ce n’est de voir claquer ce familier jetable et sans avenir, et même si on a une esquisse du futur de notre jeune quasimodo, je ne peux pas continuer, cringe/20
    trop de sorties et de rééditions à suivre et à venir il faut choisir…
    Toutefois il faut mettre en avant le dessin et l’effort de proposition de l’éditeur.
    Je dois être trop vieux pour cette série qui semble s’adresser à de jeunes ados en mal de sensations fortes

  • One dit :

    Salut ça fait un moment que je te lis et quel plaisir d’avoir ton avis sur un manga que j’ai lu tout récemment. Miwako est un monstre mais ne recherche t elle pas (ou du moins n’envisage t elle pas) de faire d’Osamu son bourreau)

    • EspritOtaku dit :

      Merci beaucoup à toi pour ton compliment qui me fait plaisir !
      Ta réflexion est intéressante et il faudra voir comment cela évolue par la suite étant donné que l’on est pour l’instant dans un rapport très fort entre le monstre et la victime.

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