Demon Slayer

Derrière le mainstream : Demon Slayer et sa vision des démons

Après un premier numéro bien accueilli par vous, on s’est dit qu’il serait intéressant de se pencher sur une autre œuvre particulièrement connue. Celle-ci nous provient tout droit du catalogue de Panini et il s’agit de Demon Slayer. Ce manga ayant connu un succès incroyable au fil du temps continue d’être au cœur de nombreuses discussions. Que ce soient par son anime ou bien le manga qui est toujours en parution chez nous, la quête de Tanjirô est encore bien vivace dans l’esprit des gens. On a donc réfléchi à comment il serait possible d’aborder cette licence d’un point de vue assez spécifique. Finalement, l’idée nous est venue assez rapidement tant on a été marqué par cet élément important de cet univers. Il s’agit des démons que l’on rencontre. Ceux qui symbolisent l’ennemi à abattre pour les pourfendeurs sont bien plus que de vulgaires adversaires. Ils représentent très bien tout ce qui fait l’ambiance de cette saga, mais aussi tout l’effroi qui en découle. Ces monstres nocturnes peuvent autant être vus comme des antagonistes ou bien des victimes de la folie d’un être se croyant supérieur. Il est donc grand temps de passer de l’autre côté et de voir l’impact de ces individus dévoreurs de chairs sur la licence.

La nuit des prédateurs

Demon Slayer-menaceAvant de pleinement attaquer le cœur de notre sujet, il est important de replacer un peu le contexte de Demon Slayer. L’œuvre de Koyoharu Gotouge nous fait suivre Tanjirô, un jeune garçon chaleureux et bienveillant prenant soin de sa grande famille. Vivant dans les montagnes avec eux, il va un jour descendre au village pour quelques affaires. Malheureusement, son retour à la maison ne va pas se faire sous les rires. Les pleurs et l’incompréhension vont s’emparer du jeune homme en voyant sa mère, ses frères et sœurs morts. Ils ont été tués par un démon errant dans ces montagnes. La seule survivante de ce massacre est Nezuko, la sœur de Tanjirô, mais qui n’en ressort pas indemne pour autant. Elle est devenue comme l’un de ses monstres. Malgré le danger qu’elle représente, son frère ne peut accepter de la perdre. C’est sa rencontre avec un pourfendeur de démons qui va lui redonner un maigre espoir pour la sauvegarde de la seule famille qui lui reste. Il doit devenir comme cet inconnu et lutter face à ces créatures ayant détruit sa vie. C’est en luttant contre celui qui a donné vie à ces agresseurs qu’il pourrait peut-être trouver une chance de ramener Nezuko à son statut d’être humain. Ainsi débute un très long et éprouvant combat pour cet adolescent qui voit son existence basculer du jour au lendemain. Alors qu’il n’aspirait qu’à vivre des jours paisibles en compagnie des siens, le voilà engagé dans une lutte sanglante pour protéger tous ces innocents qui ignorent ce qui se fond dans l’ombre.

Voilà le résumé initial de ce que Demon Slayer raconte. Il est évident que l’on est face à une œuvre désireuse de nous faire suivre le périple de ceux défendant cette paix éphémère. Et pourtant, il est tout aussi intéressant de se pencher de l’autre côté de ce conflit qui a lieu en coulisses. Les démons que nos compagnons de route pourfendent ont toujours eu cette force dans ce manga qui dépasse le cadre du simple combat. C’est au fil des coups donnés, mais aussi des rencontres faites par Tanjirô que l’on ouvre les yeux sur ce que sont vraiment ces individus qui ne peuvent qu’obéir à leur maître. En réalité, il y a une très grande diversité qui s’affiche chez cet opposant, mais où chacun va avoir un point commun avec son semblable. Ils sont tous des parias, des gens blessés par la vie, des êtres humains déchus qui ont simplement pris la première main qui s’offrait à eux. Certains l’ont fait pour leurs ambitions, d’autres pour échapper à la douleur et quelques-uns pour juste survivre. Il y a donc énormément de choses à analyser, mais aussi à remettre en place concernant l’influence de ces combattants démoniaques sur nos héros, mais aussi sur l’appréciation de l’œuvre par le lecteur. C’est parfois en se penchant sur ceux qui forment l’ennemi à combattre que l’on peut déceler toute l’ingéniosité faisant d’un monstre un élément essentiel à la construction d’un récit. On découvre alors une richesse incroyable allant même jusqu’à nous faire ressentir une grande empathie pour eux.

Il est vrai que Demon Slayer a déjà été traité à de maintes reprises sous de nombreux angles différents. Pourtant, on s’est dit qu’il serait intéressant de se pencher sur ce que la série a toujours su bien créer. Il s’agit de ses antagonistes et des ennemis qui se dressent sur la route de nos pourfendeurs. Ces démons ne sont pas qu’un obstacle que les héros doivent éliminer pour avancer en direction de leur but. Ils sont des acteurs à part entière de cette immense pièce où ils parviennent souvent à être sous le feu des projecteurs. Des êtres terrifiants, mais aussi accablés d’une profonde tristesse.

A la fois victime et bourreau

En parallèle du parcours de Tanjirô et de ses camarades pourfendeurs, le lecteur assiste à une ascension fulgurante des démons. Demon Slayer a toujours eu cette faculté à faire monter en puissance ses confrontations pour que l’on ait toujours ce sentiment de grandeur qui se renouvelle. Cependant, comme dit précédemment, l’action n’est pas qu’un spectacle ici, mais va contribuer à lever le voile sur qui sont réellement ces créatures de la nuit. La majorité du temps, chaque victoire de notre protagoniste va nous amener à faire la lumière sur le passé de son ennemi. Du fait de sa très grande empathie et de la tendresse qu’il arrive même à avoir pour ces démons, il sert un peu de passerelle entre eux et cette liberté qu’ils désirent tant. En réalité, on est avant tout face à des victimes qui ont été transformées en bourreau. Hypnotisés par les paroles de celui qui leur sert de maître, ils sont à la fois affranchis des limites humaines, mais ligotés par un serment encore plus pesant. L’excitation du combat et l’aspect grisant de ses affrontements laissent alors place à un sentiment que l’on n’aurait jamais cru ressentir. Il s’agit d’une profonde pitié et tristesse à l’égard de ces êtres sur le point de disparaître. Ce n’est finalement que dans leurs derniers instants qu’ils nous délivrent leur chant du cygne pour symboliser l’horreur de cette lutte, mais aussi la nécessité pour eux de connaître enfin le repos éternel. Bien évidemment, il y a quelques exceptions à la règle afin d’accentuer par moment la dangerosité de ce camp. 

Mais une grande partie des combattants adverses, y compris parmi les lunes supérieures et inférieures, rejoignent cette catégorie d’âmes blessées qui appellent à en finir. C’est un élément non-négligeable de Demon Slayer, car la mangaka fait justement exprès de laisser beaucoup de temps à ces démons d’exprimer leur véritable histoire. Cela permet d’avoir une toute autre vision d’eux et chaque nouveau duel nous fait nous demander quelle peut bien être l’histoire de celui ou de celle qui se tient devant nous. En plus de ça, cette approche de l’ennemi donne aussi une autre symbolique aux rôles des pourfendeurs. Si la plupart pensent avant tout à détruire ces monstres sans ressentir la moindre émotion, car nourris par leur désir de vengeance, Tanjirô est celui qui va mettre en lumière cette peine. Il est l’ange vengeur qui protège les innocents, mais qui va aussi porter la mémoire de ceux qui meurent par sa lame. Un être porté par sa grande compassion et dont la détermination à vaincre Muzan se renforce à chaque fois qu’il est témoin des souffrances qu’il inflige au sein même de ses rangs. D’ailleurs, on ne cesse de nous présenter les démons comme des êtres supérieurs pouvant facilement venir à bout de n’importe qui. Mais ils restent des êtres nocturnes obligés de se cacher quand la journée prend le pas sur la nuit. Ils s’entêtent à montrer que leur nouveau statut est un privilège jusqu’à ce qu’ils comprennent, aux portes de la mort, que tout ça n’a rien d’un cadeau. Ce qui paraît être une bénédiction n’est rien d’autre qu’une terrible malédiction dont le lecteur sera constamment en contact.

Il est captivant de voir à quel point la mangaka a voulu mettre en avant les démons qui sont sortis de son imagination. On brise cette barrière habituelle de l’opposant permettant de faire grandir les protagonistes pour aller encore plus loin dans l’écriture. Ce n’est pas quelque chose d’inédit dans le monde du manga, mais il est fascinant de voir que quasiment tous les opposants à Tanjirô vont réussir à nous conter une histoire qui nous fragilise quant à ce destin funeste qui les attend. Des tueurs qui n’ont pas tous choisi d’entreprendre cette voie et dont certains n’attendent qu’une libération.

Demon Slayer humanise ses démons

Demon Slayer-réunionIl est clair que Demon Slayer a marqué le monde du manga au vu de tout ce qui gravite autour. Que cela soit au Japon et à l’international, cette licence a su s’établir comme un hit qui ne démérite pas. En plus de profiter normalement de cette œuvre, il est intéressant de changer un peu son approche pour parfois entrevoir une aventure sous un autre angle. C’est pour ça que l’on a voulu parler des démons ici et de tout ce qu’ils ont pu apporter au fil des tomes. Si bien sûr il reste quelques chapitres avant que l’on ait le droit en France à la conclusion, on a déjà largement de quoi faire pour comprendre l’impact de ces créatures. A la fois antagonistes et personnages brisés par la vie, ils sont un très bon exemple de ce que le manga peut offrir comme nuances. S’il est vrai que le conflit que l’on nous présente est très manichéen au premier abord, on se rend vite compte que les méchants sont loin d’être foncièrement des gens mauvais. Ils sont devenus ainsi pour de nombreuses raisons et on plonge alors dans toute la complexité de la nature humaine. On remet beaucoup de choses en question et c’est ce qui fait l’une des forces de cette épopée. Cette empathie, qui vient naturellement à l’égard de ces êtres nocturnes, prouve le talent de la mangaka a dépassé le simple cadre de l’ennemi à supprimer. Pour ces dévoreurs de chairs, leur combat contre les pourfendeurs est avant tout guidé par leur peur de mourir et la crainte qu’insuffle Muzan. Mais c’est une fois aux portes de la mort qu’ils finissent souvent par tendre les bras et enfin trouver ce qu’ils désiraient réellement.

Cela ne fait qu’ajouter encore plus de poids à la responsabilité de Tanjirô qui est celui qui est le plus conscient de cette souffrance. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il désire protéger Nezuko de ses opposants, qu’ils soient démons ou épéistes. Il sait que cette transformation cache en réalité une profonde souffrance et qu’il croit en une possibilité de sauver ces vies. Il n’est donc pas question ici de déshumaniser ces adversaires, mais au contraire de faire ressortir l’être humain qui sommeille en eux. Même les affrontements les plus âpres amènent souvent cette réflexion qui ne fait qu’attiser notre envie de voir Muzan payer pour toutes les peines qu’il a provoqué. Demon Slayer est aussi le récit d’un être détruisant la vie d’innocents à travers les vies déformées par sa main. Il est le véritable monstre qui s’insinue dans l’esprit des gens au moment où ils sont les plus affaiblis pour mieux les avoir sous son emprise. On espère que ce second numéro vous aura plu et qu’il vous donnera peut-être envie de tenter l’expérience de cette saga ou d’entrevoir celle-ci avec un autre regard. Chaque œuvre regorge de choses à analyser, à comprendre et qui viennent enrichir notre propre immersion. Il est donc tout à fait possible que deux lectures d’une même œuvre puissent donner lieu à résultat différent. C’est ce qui fait aussi la beauté de ce médium et qui rend chaque escapade inédite aussi savoureuse à découvrir. Dites-nous si vous souhaitez un autre numéro de “Derrière le mainstream”.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti de Demon Slayer et de ses démons. Trouvez-vous qu’il s’agit-là d’une véritable force de la série ? Avez-vous été fasciné par l’écriture de ces ennemis qui ont ponctué tout le périple de Tanjirô et ses frères d’armes ? Avez-vous le sentiment que ces adversaires apportent énormément à l’expérience propre du manga et contribuent à amener des sujets intéressants tout au long des tomes ? Qu’espérez-vous pour le grand final qui s’annonce avec les derniers tomes de la série ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2016 Gotoge Koyoharu, Shueisha

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