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Les rouleaux secrets de Naruto : la première leçon du ninja

Comme beaucoup le savent, la semaine dernière a inauguré la sortie de l’édition Hokage de Naruto chez Kana. Une manière de fêter les 20 ans de la série chez nous et de se replonger dans cette épopée légendaire. Je me suis donc dit que ce serait l’occasion parfaite pour revenir sur cette série qui compte beaucoup pour moi. Un manga avec lequel j’ai grandi et qui m’a accompagné pendant de longues années. J’ai donc eu l’idée de créer un rendez-vous spécifique qui collera à la période de sortie de chaque tome afin de parler d’un élément précis de cet univers. Cela sera toujours en lien avec le volume qui arrivera afin de faire une sorte de rétrospective de cette licence et de tout ce qu’elle peut contenir. On commence très fort aujourd’hui étant donné qu’il y a deux tomes qui sont sortis et qui vont me donner la chance d’aborder un sujet qui me tient à cœur. Il s’agit de la première véritable leçon que va apprendre notre jeune shinobi concernant ce statut qui le fait tant rêver. Un arc introductif d’une remarquable écriture et qui va poser les bases d’un monde beaucoup moins coloré qu’on pourrait le croire.

L’insouciance de la jeunesse

Naruto-solitudeQuand on débute Naruto, l’auteur veut tout de suite que l’on soit au courant de ce qu’il s’est passé auparavant dans le village de Konoha. C’est pour ça que l’on a le droit à cette scène d’exposition montrant l’attaque de Kyûbi et qui va profondément marquer l’esprit des habitants. Un spectacle assez effroyable qui va rapidement être balayé dès lors que l’on fait la connaissance de Naruto. Bien sûr, il nous est présenté comme un petit garnement qui ne cesse de vouloir se faire remarquer par ses bêtises et qui ne semble avoir aucune prédisposition pour être un ninja. Une situation qui, dans un premier temps, peut éveiller l’agacement chez le lecteur au même titre que la population de Konoha. On imagine juste qu’il n’est qu’un trouble-fête n’ayant rien pour lui. Mais il suffit de quelques pages supplémentaires pour comprendre le véritable calvaire de ce garçon. Un gamin n’ayant aucun parent, obligé de vivre seul et qui est rejeté par les autres sans savoir pourquoi. A cet instant précis, notre frustration se transforme en compassion tout en sachant que l’on ignore encore qu’il est l’hôte du démon-renard. Masashi Kishimoto, le mangaka, a su parfaitement jouer sur cette alternance entre l’enfant insolent et le gamin blessé. De ce fait, on appuie le fait que cette œuvre est loin d’être aussi joyeuse qu’on aurait pu le croire. Des thématiques fortes commencent déjà à apparaître et pourtant on est encore loin d’avoir évoqué la réalité du monde des shinobis. Quand on y réfléchit, toute la première partie mettant en scène Naruto qui vole le parchemin et combat Mizuki est là pour développer le contexte de l’histoire, mais aussi ce personnage central. Des idées qui prennent vie afin que l’on puisse s’attacher à cet apprenti ninja turbulent à travers son propre combat, mais aussi son lien très fort avec Iruka.

Ce dernier est un véritable père de substitution pour lui et tout est donc pensé pour humaniser un protagoniste que tout le monde voit comme un monstre. Le lecteur est parmi les premiers à voir au-delà des craintes et de la haine collective pour entrevoir qui est réellement Naruto. Une première partie efficace pour que notre attention se centre sur ce héros qui a encore tant de choses à prouver. Il s’agit de l’élément déclencheur qui transforme ce ninja blond en ce personnage que l’on va prendre plaisir à suivre tout au long de ses pérégrinations. De même, ce qui suit cette partie va aussi être pensé pour renforcer l’équipe qui va se créer autour de lui. Le fameux test de Kakashi va pousser Sasuke, Sakura et Naruto a mettre de côté leur ego pour faire face à des règles injustes et faire front commun. Là, on n’aborde pas encore en quoi consiste concrètement la vie d’un shinobi. Il s’agit surtout de transmettre des valeurs importantes qui vont se répercuter sur le lecteur. L’amitié, le travail d’équipe et surtout le dépassement de soi font partie intégrante de ce qu’amène cet examen pour fonder la célèbre team 7. L’auteur prend son temps pour que l’on passe d’un unique personnage focalisant toute notre attention à une équipe de quatre individus qui va longuement prendre le devant de la scène. Il y a un juste équilibre qui est une fois de plus trouvé entre l’enrichissement de cette galerie de personnages et le fait d’approfondir l’écriture des principaux acteurs de cette pièce. Ce n’est qu’une fois que l’on quitte Konoha pour accompagner Kakashi et ses trois disciples que les choses sérieuses vont débuter. Le point culminant de ce premier arc narratif qui va totalement modifier notre regard sur l’ensemble de cette épopée.

Le démon traquant ses proies

C’est véritablement lorsque l’on assiste à la première rencontre entre la team 7 et Zabuza que l’on va être pleinement plongé dans ce qui fait le quotidien d’un ninja. Les bancs de l’école semblent bien loin tandis qu’ils font face à un ennemi retors qui a pour unique but de les terrasser. Pour la première fois, il y a ce sentiment de mort qui plane au-dessus des personnages et qui les ramènent à leur condition de shinobi. Ils sont des outils pour leur village afin d’accomplir des missions, et cela, peu importe les moyens mis en place. Le côté coloré et amical des précédentes aventures laissent place à une menace bien tangible. Il n’est plus question d’entraînement, mais de survie directement sur le terrain. C’est là que Masashi Kishimoto fait très fort, car il met justement en place un ennemi qui est bien trop puissant pour notre trio d’apprentis. Il est même capable de tenir tête à leur professeur et ce n’est finalement qu’après avoir surmonté leur peur de la mort qu’ils vont trouver une solution pour se débarrasser de lui dans un premier temps. Si l’action est bien pensée tout au long de ce premier round face au ninja du brouillard, cela va grandement servir à instaurer un climat d’angoisse tout au long de l’arc narratif. On se demande à quel moment il peut frapper et d’ailleurs, ses techniques liées au brouillard ajoutent cette peur naturelle du ninja pouvant frapper à tout instant. Le danger peut être partout et la sécurité de Konoha est bien loin. Un premier contact avec le monde extérieur qui se veut naturellement fort afin d’impacter le lecteur, mais aussi ces trois jeunes genin afin de faire comprendre la réalité de ce monde. Mais ce passage ne va pas s’arrêter là en matière de développement de cet univers et de l’horreur qui s’y cache. C’est une fois que l’on aborde le second combat avec Zabuza et Haku que l’on prend pleinement conscience que cet environnement n’a rien de joyeux. 

Alors que l’on est pleinement plongé dans ce combat intense qui se joue sur deux fronts arrive ce premier moment où l’on croit Sasuke mort. Un événement fort qui va déclencher l’éveil partiel de Kyubi, mais aussi nous montrer que personne n’est à l’abri. Le devoir du ninja le conduit forcément à marcher aux côtés de sa mort et toute cette lutte va parfaitement le symboliser. Ce n’est qu’après une dérouillée d’Haku de la part de Naruto que l’ensemble du récit va basculer. Le sacrifice de ce garçon orphelin pour protéger le seul être qui ait jamais compté dans sa vie va nous déchirer le cœur. On voit ici une disparition qui choque, perpétrée par Kakashi et qui va apporter un terrible silence sur ce pont. Si l’on pouvait croire à cette notion de héros au départ autour de cette équipe, on se rend compte qu’ils ne sont avant tout que des combattants n’hésitant pas à abréger la vie des autres pour accomplir leur devoir. Tout s’enchaîne si vite et avec une telle intensité dans l’écriture que l’on reste juste sans voix devant ce triste spectacle. Mais cela ne conclut nullement la fin de ce passage si important. Ce n’est qu’après le dernier assaut du démon de la brume afin de se racheter que le rideau se lève sur ce dernier acte qui a ému tant de gens. Zabuza et Haku sont le reflet de cette société centrée sur les ninjas où leur vie n’est utile que tant qu’ils peuvent apporter quelque chose à leur village. Des armes à qui l’on demande de ne plus rien ressentir et qui finissent par se briser tôt ou tard. Cet arc narratif d’une pertinence incroyable s’adresse autant à Naruto qu’au lecteur. Ce guerrier qui nous impressionnait tellement termine son voyage en nous faisant éprouver une profonde tristesse à son égard. Deux êtres qui ont été conditionnés et qui finissent par trouver leur salut dans la mort. Une métaphore dramatique de ce qui attend chaque ninja en ce monde et qui va justement être la première grande leçon inculquée à ce petit blondinet. Lui qui se faisait une joie d’être un shinobi ouvre les yeux sur ce que cela signifie et ce n’est que face à ces deux adversaires qu’il décide finalement d’entamer sa propre voie au sein de ce milieu si brutal.

Naruto le ninja est né

Zabuza-larmes - narutoOn peut aisément dire que ce n’est qu’après cette expérience que Naruto, mais aussi Sakura et Sasuke vont réellement devenir des ninjas à part entière. Ce qui fait la force de ce début d’épopée, c’est que l’auteur a magnifiquement joué sur deux tableaux afin de provoquer un terrible coup de massue. Si l’on a eu le droit à quelques moments touchants et émouvants au départ avec Iruka et Naruto, l’ensemble de cette partie se centrait avant tout sur l’exposition et le développement de notre protagoniste au sein de ce village qui le rejette. Par la suite, on part sur un aspect presque comique avec ce test qui se veut tout de même bon enfant et est une étape pour leur apprendre la cohésion d’équipe. Mais c’est une fois que l’on sort de l’enceinte de Konoha que le mangaka va venir briser tout ça. Les sourires s’effacent pour laisser place à une angoisse palpable. Il veut nous montrer qu’en dehors de ces murs, il n’y a pas de seconde chance. Pour s’élever et continuer à vivre, les trois enfants doivent impérativement grandir pour faire face aux défis de ce monde. Un rappel à l’ordre qu’être un ninja n’a rien de glorieux et que cela implique souvent de se salir les mains sous peine d’être celui qui ne reviendra jamais. C’est vrai que ce premier grand arc recèle de nombreuses qualités que ce soit autant dans l’action que la mise en scène et l’écriture. Mais ce qui fait toute la force de cette mission à nos yeux est de justement avoir su tordre tout ce qui a été mis en place jusqu’ici afin que l’on soit forcé d’assister au drame qui unit chaque ninja. Un combat qui va donner naissance au nindo de Naruto et créer le personnage tel qu’on le connaît à présent. Alors bien sûr, la suite va nous amener vers d’autres horizons avec des chapitres différents, mais tout aussi intéressants.

Naruto nous délivre une première partie captivante sur bien des points et il est toujours intéressant d’y revenir au vu de tout ce que l’on peut encore y déceler. Un manga qui a su briser sa propre vision du ninja pour y insuffler une touche de drame qui ne va plus jamais quitter notre jeune héros ainsi que notre propre esprit. Avec une œuvre aussi culte que celle-ci, on s’est dit qu’il était important de mettre en lumière des éléments qui peuvent ne pas être flagrants au premier abord. Derrière l’action frénétique et la montée en puissance de nos protagonistes se trouve aussi une aventure d’une immense richesse. Un univers qui n’a eu de cesse de s’étendre pour finalement atteindre la taille que l’on connaît maintenant. Bien évidemment, on vous réserve bien d’autres chroniques sur les péripéties de ces shinobis qui ont su graver leur nom dans le cœur de nombreux fans. N’hésitez pas à me dire dans les commentaires ce que vous avez pensé de cette chronique. Aimeriez-vous que j’aborde des points spécifiques dans les prochains numéros ? Que pensez-vous de ce premier arc narratif de Naruto ? Etes-vous toujours autant emporté par cette saga même après tant d’années ? Trouvez-vous que l’on a ici une formidable prise de conscience qui s’organise par l’opposition de la team 7 et du duo Zabuza – Haku ? Ce sera toujours un plaisir que d’échanger avec vous et de connaître votre propre vision du manga.

© 1999 Kishimoto Masashi, Shueisha

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