Yoku-Oni

Yoku-Oni T1 : un désir transformant en démon

Il n’est pas rare, dans le manga, que l’on traite de tout ce qui touche aux démons ou oni. Très implantées dans la culture japonaise, ces entités néfastes sont une source d’imagination pour les artistes souhaitant mettre en scène ces derniers. Cela peut aller du classique récit d’action ou d’aventure à des œuvres beaucoup plus singulières et mettant parfois en avant des thèmes bien ancrés dans la réalité. C’est justement ce dernier cas qui nous intéresse, car le titre dont je vais vous parler aujourd’hui arrive autant à offrir son lot d’action que de nous proposer une réflexion intéressante sur un aspect de l’être humain. Cette série est Yoku-Oni qui vient tout juste de débuter dans le catalogue de Pika. Très intrigué par la couverture de son premier tome, je me suis rapidement jeté dessus afin de voir si cet attrait allait se transformer en une belle surprise à la lecture. J’ai alors pu poser les yeux sur une histoire qui utilise avec brio une part importante résidant en chacun de nous pour donner vie à un univers mêlant réalité et surnaturel. J’espère que vous êtes prêts à découvrir la face cachée de certaines personnes.

Un être assoiffé de justice

Yoku-Oni - protagonistesYoku-Oni, imaginé par Mitabi Irohara, nous plonge dans un monde contemporain où un mal terrible peut frapper n’importe qui à tout instant. En effet, chaque personne peut se transformer en démon s’il se retrouve rongé par son plus profond désir. Cela se manifeste différemment en fonction de la nature de ce dernier, mais cela entraîne souvent de sinistres catastrophes. Les possédés laissent libre cours à leurs pulsions et à leur envie de satisfaire ce besoin à l’origine de leur transformation. Ainsi, il n’est pas rare que des innocents deviennent des victimes entre leurs mains. Baptisé les Yoku-Oni, ils font régner la terreur dans l’ombre au travers de leur pouvoir correspondant à leur désir propre. Il suffit qu’une personne ait soif de destruction pour que lui soit accordé un don capable d’entraîner des ravages incommensurables autour de lui. C’est dans ce contexte que la population continue tout de même de mener sa vie. Etant donné que tout le monde sait la raison de ces possessions, tous font de leur mieux pour ne pas succomber. Cela permet de limiter les affaires liées à des Yoku-Oni, même si celles-ci s’avèrent souvent meurtrières. Ce fut notamment le cas pour le jeune Satoshi qui a découvert le cadavre de sa mère et de sa sœur alors qu’il rentrait chez lui. Horriblement mutilées, tout laisse à penser qu’elles ont été les victimes d’une de ces créatures.

Nourri par un profond désir de vengeance, l’adolescent cherche à tout prix à mettre la main sur le monstre qui a brisé sa famille et détruit sa vie. Mais alors qu’il traîne seul dans les rues en espérant servir d’appât, le voilà pourchassé par un autre Yoku-Oni n’ayant rien à voir avec son affaire. Ce n’est que grâce à l’intervention de Masato Jitsunashi qu’il parvient à s’en sortir. Ce dernier, accompagné de sa petite sœur, se présente comme étant lui aussi l’un de ces êtres surnaturels. Cependant, contrairement à la plupart de ses congénères qui tombent dans la criminalité, lui est nourri par un profond désir de justice. En entendant ça, Satoshi se dit que c’est l’occasion rêvée de se débarrasser du responsable de tous ses malheurs. Il le supplie de bien vouloir éliminer le monstre ayant massacré les siens. Mais la réaction de son interlocuteur va l’étonner. Celui-ci va le mettre en garde contre son désir de vengeance, car c’est souvent ainsi que la transformation commence. Malgré tout, il ne refuse pas de lui venir en aide et compte bien se servir de son marteau de la justice pour éliminer ceux qui franchissent la ligne rouge. Avec sa petite sœur Nina, ce duo est déterminé à mettre un terme aux agissements des Yoku-Oni ayant perdu le contrôle de leur désir. Même si cela implique d’amener encore plus de tristesse chez certains, Masato restera fidèle à ce principe qui l’anime et qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. La traque peut donc commencer afin qu’il puisse rendre son verdict coupable à tous ceux qui se dresseront devant lui.

On pourrait se dire que Yoku-Oni, au travers de son synopsis, va proposer une aventure finalement assez classique dans sa forme. Cependant, ce qui va vraiment faire la différence, vient de la volonté de l’auteur de mettre l’accent sur cette notion de désir. Pouvant être déclinée de multiples façons différentes, on va assister à un traitement captivant de cette partie de la psychée humaine pouvant entraîner certains à se transformer. Chaque rencontre avec un de ces monstres devient alors une chance pour l’artiste de montrer son ingéniosité dans la création de ces personnages, mais aussi la profondeur d’écriture qu’il cherche à insuffler à chacun d’eux.

Des gens guidés par leur plus profond désir

En dehors de son action réussie, Yoku-Oni a surtout su attirer mon regard par tous les aspects autour de cette traque aux gens succombant à leurs désirs. D’ailleurs, ce dernier élément en fait partie et notamment dans la manière d’aborder ce qui peut nous guider jusqu’à devenir finalement un poison pour nous et nos proches. C’est exactement comme ça que nous sont présentées ces transformations qui découlent souvent d’émotions bien précises comme la jalousie, l’amour ou d’autres beaucoup plus surprenantes. Quand on prend du recul et que l’on observe ces individus métamorphosés, notre regard évolue. Initialement, on peut les considérer comme des monstres pouvant causer d’énormes ravages dans leur sillage. Pourtant, quand on y réfléchit bien, ils sont aussi des victimes de ce qui se cache au fond d’eux et finit par amener leur éveil en Yoku-oni. Toute la question ici est de savoir s’ils sont capables ou non de résister à ces pulsions pouvant les amener à franchir la ligne rouge. Tout au long de ce premier volume, on va être témoin de plusieurs cas pouvant amener à des conclusions différentes sur ce qu’il faut faire de ces êtres qui sont coincés entre leur humanité et cette part démoniaque pouvant ressurgir à tout instant. C’est d’ailleurs très intéressant d’avoir justement pris comme personnage central un de ces individus qui se présente quasiment comme un juge qui applique la sentence qu’on lui demande à l’égard de ses proies. 

Ainsi, le manga ne se présente pas uniquement comme un récit rythmé où l’on va assister à une déferlante d’attaques et de moments sanglants. Il y a aussi toute une partie introspection à l’égard de ces gens et de nos protagonistes par rapport à la raison de leur transformation. De même, on remarque aussi très rapidement que l’univers qui nous est dépeint au fil des chapitres va s’étendre pour proposer toujours plus de possibilités pour la suite. Cela peut autant passer par la présentation de nouveaux personnages, adversaires ou même la découverte de comment s’organise la gestion des cas liés à des yoku-oni. On sent donc, au fil de la lecture, cette envie de proposer un récit avec des ambitions bien précises et surtout des acteurs et actrices qui laissent rapidement leur empreinte dans l’esprit du spectateur. Sans oublier aussi tout le soin apporté aux deux protagonistes que l’on va suivre et dont on ignore finalement beaucoup de choses. Cela éveille aussi en nous l’envie d’en apprendre plus sur eux tout en sachant pertinemment que cela pourrait changer radicalement notre vision de ces derniers. Il en ressort alors une expérience qui a beaucoup de potentiel et qui surtout va autant nous proposer un récit dynamique et brutal qu’une plongée dans la pensée humaine pour mieux cerner ce qui peut guider nos actes, mais aussi nous transformer en véritables démons. Un premier tome qui se veut complet, pertinent dans ses propos et aussi haletant quand le rythme s’accélère.

On peut dire que ce premier volume de Yoku-Oni sait comment nous plonger directement dans son intrigue et surtout éveiller notre curiosité. Avec son idée de base permettant d’offrir un large casting de démons et surtout une grande variété de pouvoirs, ce manga parvient à montrer une bonne partie de son potentiel. En plus de ça, le fait de se focaliser sur le désir inhérent à chaque personne permet aussi à la série d’apporter une réflexion pertinente sur ce qui nous anime et peut aussi nous ronger de l’intérieur. On regarde alors cet ouvrage sous divers angles prometteurs et spectaculaires.

Yoku-Oni rend son jugement

Yoku-Oni - transformationCe que j’aime avant tout avec le manga en général, c’est quand je tombe sur des séries dont je n’attendais pas forcément grand-chose et qui pourtant s’avèrent être de bonnes surprises. Yoku-Oni fait clairement partie de cette catégorie avec un premier volume assez dense et posant rapidement et efficacement les fondations pour la suite. De plus, en s’appropriant le mythe de l’oni pour l’appliquer aux humains et ainsi nous amener vers ces désirs pouvant nous corrompre, le titre réussit à se démarquer habilement. En plus de ça, le trait de l’auteur réussit à donner une certaine élégance aux personnages et à mêler habilement cet aspect envoûtant à une partie plus repoussante au vu de ce que sont capables ceux qui ont succombé à cet appel du désir. Tout en gardant une part de mystère et en parvenant à mettre en place un protagoniste aussi charismatique qu’énigmatique, la série assure ses débuts tout en nous donnant suffisamment d’éléments pour que l’on ait envie de continuer. Mais avant tout, c’est bel et bien dans ce que cette aventure arrive à traiter par rapport à l’être humain et cette capacité à se laisser dicter par ses envies qui la rendent aussi intéressante. On ne peut s’empêcher, pour certains de ces hybrides, d’avoir une certaine empathie en comprenant que cela aurait pu être évité. En plus de commettre beaucoup de souffrances autour d’eux, ils sont aussi les propres victimes de ce souhait qui s’est transformé en une malédiction qui peut tout détruire.

J’ai donc eu un coup de cœur pour ce premier volume de Yoku-Oni qui a largement de quoi faire pour nous tenir en haleine tout au long de ses huit prochains tomes. Il faut aussi noter que l’auteur fait aussi preuve d’une grande créativité quand il s’agit de représenter ces désirs sous diverses formes. Cela peut autant être dans la transformation des gens que leurs facultés, il y a toujours une façon intéressante de rendre chacune de ces entités uniques. On a alors envie de savoir ce que pourront donner les autres démons qui feront leur apparition et surtout comment va réagir notre protagoniste, mené par son envie de justice, face à ses futurs adversaires. Un très bon mélange des genres qui doit maintenant prendre pleinement son envol pour que ce premier essai réussi continue sur le long terme. Voilà donc une épopée qui pourra autant plaire aux amoureux de récit d’action qu’à ceux voulant une œuvre qui arrive à mêler fantastique et réflexion sur la nature humaine. Et bien sûr, j’ai énormément de questions qui me viennent à l’esprit suite à cette découverte. Est-ce que Masato Jitsunashi va nous dévoiler les raisons de sa transformation ? Quel peut bien être ce passé qui l’a traumatisé et mené à cette vie ? Quelle sera la conclusion de cette affaire qui fait trembler tant de gens ? Comment réagiront certains personnages suite aux derniers événements qui nous sont racontés ? Il me tarde déjà de mettre la main sur le second volume. Ce qui est sûr, c’est que la suite s’annonce mouvementée au vu de l’ennemi qui fait régner la terreur dans l’ombre.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Yoku-Oni. Trouvez-vous que le titre arrive à se démarquer par rapport aux capacités de ces démons et de nos protagonistes ? Etes-vous curieux d’en apprendre plus sur l’univers de cette série et surtout sur les deux personnages que l’on suit ? Pensez-vous que l’on aura le droit à d’autres ennemis pouvant mettre en péril les actions de notre héros et de sa partenaire ? Est-ce que ce premier volume parvient, selon vous, à poser des bases solides pour les prochains volumes ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? Je reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2015 Irohara Mitabi, Kodansha

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