Pourquoi j’aime #68 : Les Promeneuses de l’Apocalypse
En cette saison, je continue à proposer ce rendez-vous, mais en restant dans le thème estival. Après tout, il y a énormément de séries qui peuvent coller à cette période de vacances, de soleil et souvent de voyages. Même quand un manga a pour postulat de départ la fin du monde, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne peut pas nous offrir un peu d’évasion. C’est en tout cas ce que je vous propose aujourd’hui en nous rendant du côté de chez Doki-Doki avec l’une de leurs petites pépites. Je parle bien sûr des Promeneuses de l’Apocalypse qui a même eu le droit, il n’y a pas si longtemps, à une adaptation anime. J’ai déjà pu évoquer plusieurs fois les qualités de ce titre, mais je n’avais jamais dédié un numéro de “Pourquoi j’aime” à cette licence. Il est temps de rectifier ça surtout qu’il y a beaucoup à dire sur ce manga qui propose un road-trip pour le moins original et dépaysant. En compagnie de ce tandem, on découvre un autre visage du Japon où la nature reprend ses droits. L’heure est venue de monter avec elles sur leur moto pour admirer ces décors aussi envoûtants que réalistes.
La fin du monde sous son meilleur jour

Pour bien commencer, il est important de se focaliser sur la manière dont le titre utilise le thème de la fin du monde. Les Promeneuses de l’Apocalypse propose une vision rafraîchissante et rare du genre post-apo : au lieu de la violence, de la survie désespérée ou du désespoir, on suit un road-trip calme, joyeux et contemplatif dans un Japon vidé de ses habitants. Après une catastrophe mondiale non précisée, Yôko et Airi parcourent le pays à moto pour visiter les lieux emblématiques de l’archipel et ainsi retracer le parcours de la grande sœur de Yôko. Le manga célèbre la beauté retrouvée de la nature qui reprend ses droits, les ruines envahies par la végétation et le sentiment de liberté absolue. Cette approche apporte une grande sérénité et fait du bien au lecteur. Sakae Saito transforme la fin du monde en une balade nostalgique et optimiste, loin des codes habituels du genre. Et c’est ce que je trouve génial avec ce titre qui fait partie de cette catégorie rare de mangas qui cherchent à montrer un autre visage d’un contexte pourtant sinistre. Ici, on dépeint la chute de la civilisation comme une aubaine pour nos deux survivantes. Même si elles doivent parfois se confronter à quelques obstacles, elles sont les témoins privilégiés de lieux qui ne connaîtront sans doute plus le contact humain. Une autre manière de découvrir ou redécouvrir ces lieux mythiques et pourtant très loin de l’image que l’on peut connaître aujourd’hui. Il y a même une forme d’espoir dans le périple de nos deux protagonistes. A travers leur voyage, elle nous montre qu’il y a toujours de quoi s’émerveiller même quand tout s’écroule autour de nous.
Un duo parfait pour partir en virée

Impossible de parler des Promeneuses de l’Apocalypse sans évoquer celles qui deviendront nos deux camarades de voyage durant cette lecture. Yôko, curieuse, impulsive et pleine d’entrain, contraste parfaitement avec Airi, plus posée, flegmatique et mystérieuse. Leur complicité est naturelle et touchante : elles partagent un quotidien simple où elles ne vont avoir de cesse de partager des moments privilégiés entre elles. Leur relation évolue subtilement au fil des tomes, avec des moments tendres et complices sans jamais tomber dans une dimension plus dramatique. C’est quelque chose qui est totalement voulu par l’artiste que de créer un binôme qui semble faire face à n’importe quelle adversité. La bonne humeur au sein du tandem ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas quelques zones d’ombre. Au contraire, plus on avance dans l’histoire et plus on va en apprendre sur elles et les secrets qu’elles peuvent garder. Mais cela ne change rien à l’essentiel quand on parle de Yôko et Airi. Ces deux héroïnes positives, souriantes et résilientes qui incarnent la joie de vivre malgré la fin du monde sont une source de joie et de détermination même quand tout semble difficile. Ce duo porte l’œuvre avec beaucoup de charme et d’humanité ce qui fait que l’on ne peut qu’avoir de la sympathie pour celui-ci. D’ailleurs, c’est un peu comme si le lecteur faisait aussi partie de l’aventure et que finalement, nous formions un trio qui part errer dans ce monde aussi sublime qu’en ruine. Une pause rafraîchissante en leur compagnie où même la pire situation possible devient une source d’aventures extraordinaires ou de souvenirs partagés.
Des décors teintés de réalisme

Un autre que je me dois d’aborder concerne tout bonnement le style graphique que l’on retrouve dans Les Promeneuses de l’Apocalypse. Le dessin de Sakae Saito est l’un des points forts majeurs de la série. Les paysages post-apocalyptiques sont magnifiquement rendus : villes désertes envahies par la végétation, monuments emblématiques abandonnés, routes vides, montagnes, lacs et sources chaudes. Le trait est clair, détaillé et apaisant, avec un excellent travail sur les lumières, les atmosphères et les effets de nature. Les scènes de moto sont dynamiques et immersives, donnant une vraie sensation de voyage. Les doubles pages et les panoramas sont souvent superbes. Ce soin visuel transforme chaque chapitre en une carte postale poétique d’un Japon que l’on rêverait presque de découvrir. C’est aussi là que l’on se rend compte à quel point le trait de l’auteur est un atout important pour l’immersion du joueur. A travers sa façon de dessiner, il ne donne pas simplement vie à cette balade au sein de ce pays vidé de toute vie humaine. Il nous invite à voir d’un nouvel œil tous ces lieux et paysages emblématiques que l’on a pu apercevoir de près ou de loin. Une manière de rappeler aussi, sans forcément utiliser le moindre mot, que la nature reprend toujours ses droits et qu’elle peut nous offrir certains des plus beaux tableaux qui existent. C’est en mélangeant tout ce qui fait son charme aux restes de la création humaine que l’artiste façonne un Japon unique en son genre.
Le voyage avant tout

Je ne peux parler des Promeneuses de l’Apocalypse sans évoquer la notion de voyage. Le manga est avant tout un road-trip touristique. Chaque tome est centré sur une région ou un lieu célèbre du Japon, que les deux filles visitent avec émerveillement. On redécouvre Hakone, Karuizawa, Gunma, les onsen, les festivals, les spécialités culinaires… avec un regard neuf et innocent. Cette structure épisodique donne un rythme relaxant tout en construisant progressivement des mystères sur le passé du monde et des personnages. Le voyage devient une représentation du besoin de connaître le monde qui nous entoure ainsi que de la curiosité humaine. Finalement, à chaque fois que je me relance dans la série, c’est comme si j’avais le droit à un guide touristique atypique nous emmenant dans les lieux emblématiques du Japon tout en ayant ce plaisir de se sentir presque seul pour observer tout ça. Les endroits habituellement bondés de monde sont maintenant déserts ce qui fait que l’on se concentre sur ce qui fait réellement leur charme. Ce n’est pas pour rien que la série a des allures de cartes postales. On est sur le parfait exemple que l’épopée est bien plus importante que la destination. Ici, tout le plaisir vient justement du fait que l’on va enchaîner les escales et profiter de ce qui nous entoure à l’instant T. Une œuvre qui nous donne le sentiment de ne pas avoir une lecture ordinaire. Nous avons l’impression d’être projeté sur cette moto à sentir le vent sur notre visage et à admirer, les yeux plein d’étoiles, ces paysages somptueux. Un peu comme si on était les témoins privilégiés d’un parcours touristique qui ne soit réservé qu’à nous.
Un mélange réussi

Nous voilà déjà à la dernière partie de cette chronique et je me dois de vous parler de la capacité du mangaka à insuffler énormément de choses derrière le contexte initial de son récit. Malgré son ton globalement doux, le manga glisse régulièrement des touches d’humour qui viennent ajouter de la légèreté à ce voyage tout en renforçant notre appréciation de notre cher binôme. Mais si cela permet de s’évader un peu plus et de s’amuser, le manga va aussi avoir une part plus sombre. En effet, il y a pas mal de mystères qui s’ajoutent à notre périple. Il peut autant s’agir de ce qui a bien pu se passer pour mettre le monde dans cet état que l’origine des rêves que fait Yôko. Nous ne sommes pas juste dans un road-trip relaxant et dépaysant. L’auteur construit une trame narrative en arrière-plan qui se rappelle à nous de façon intelligente et quand on s’y attend le moins. A cela s’ajoute aussi une part d’émotion discrète par rapport à tout ce que nos deux héroïnes vont vivre ou observer. Elles ressentent une certaine mélancolie par moment face à ces ruines qui devaient grouiller de vie. De même, la solitude se rappelle parfois à elles durant leur balade. Malgré tout, l’auteur évite le drame lourd tout en distillant une douce nostalgie. Cette alchimie crée une lecture réconfortante mais jamais ennuyeuse. Un post-apo « feel-good » qui fait du bien sans mettre pour autant de côté tout ce qui peut entourer cette situation catastrophique. Tout ça est enveloppé d’une ambiance unique et apaisante. Un savoureux mélange d’un tas d’éléments qui fonctionnent admirablement bien entre eux. C’est aussi ce qui donne ce cachet si particulier à cette épopée motorisée inoubliable.

