Pourquoi j’aime #69 : 7th Time Loop
Ce n’est pas parce que c’est l’été et la trêve estivale que je vais stopper certains rendez-vous. Au contraire, c’est l’occasion rêvée de vous parler plus en détails de séries qui ne sont pas forcément dans l’actualité, mais qui méritent pourtant que l’on s’attarde dessus. Il faut dire qu’il y en a un gros paquet au vu de toutes les excellentes sorties que l’on a. Il peut autant s’agir d’anciennes séries que de nouvelles et c’est ce qui est fantastique dans l’univers manga que de pouvoir jongler facilement d’une série à une autre. Pour aujourd’hui, je me suis dit que j’allais partir du côté de chez Meian pour vous parler d’un titre qui a maintenant une très belle aura auprès de nombreux fans que ce soit à travers le manga ou son adaptation anime. Je parle bien sûr de 7th Time Loop dont on a déjà pu avoir le tome 8 en avant-première à la Japan Expo. Je me suis dit qu’il serait intéressant de voir en quoi cette histoire est aussi captivante. Il faut dire qu’il y a beaucoup à dire sur cette histoire de boucle temporelle et de son héroïne qui a su séduire tant de gens. Préparez-vous à un petit tour d’horizon de ce qui fait la force de cette saga.
Un concept bien pensé et ingénieux

Voilà déjà un élément fort intéressant à analyser. 7th Time Loop revisite le trope de la boucle temporelle avec intelligence et fraîcheur. Rishe, une jeune noble, revit sa vie sept fois après avoir été exécutée à chaque fois à 20 ans. Dans les six premières boucles, elle explore différents chemins (marchande, médecin, soldate, etc.) et accumule des compétences exceptionnelles. Dans la 7e boucle, elle décide de se la couler douce, mais va être amenée par la force des choses à se fiancer au prince Arnold, l’homme qui l’a exécutée dans sa précédente vie. Si elle accepte, c’est uniquement dans le but de vivre librement et d’éviter la guerre. Un twist vraiment pertinent et qui concorde totalement avec l’objectif de notre protagoniste. Il n’est pas tant question d’amour au départ, mais plutôt de préparer le terrain nécessaire pour qu’elle puisse enfin souffler après toutes ces boucles au destin souvent douloureux. Et en parlant justement de cette capacité à recommencer constamment sa vie une fois que la mort frappe, il faut aussi comprendre à quel point celle-ci n’est pas juste un prétexte pour lancer le scénario. En fait, chaque existence qu’elle a pu mener lui permet d’avoir de nouvelles “armes” pour faire face aux situations se dressant devant elle. C’est ce qui est fabuleux, car nous sommes face à une protagoniste qui ne cesse de multiplier les talents pour ainsi relever tous les défis. Ce qui fait que dès le départ, nous n’avons pas une héroïne qui va juste apprendre pour survivre. Elle a déjà un vécu et une expérience folle faisant d’elle une combattante aguerrie, mais aussi et surtout une stratège remarquable. Et finalement, même si on ne sait pas forcément tout ce qu’elle a pu connaître dans ses précédentes vies, c’est en avançant dans le récit que l’on va ouvrir les yeux sur ce qui a bien pu se passer et ce qu’elle a traversé.
Une héroïne exceptionnelle

S’il y a bien un élément que je dois absolument évoquer quand je parle de 7th Time Loop, c’est Rishe. Elle est une héroïne exceptionnelle : brillante, stratège, pleine de ressources et dotée d’un caractère joyeux et positif malgré ses morts répétées. Elle s’éloigne des tropes habituels dans ce type de récit pour se construire une identité qui lui est propre. D’ailleurs, sa personnalité est sûrement la première chose qui fait que l’on s’intéresse autant à son personnage. Nous avons devant nous une jeune femme qui, malgré le fait qu’elle soit coincée dans un cycle constant de mort et de renaissance, n’a rien perdu de sa joie de vivre. Au contraire, elle fait de son mieux pour profiter de chaque boucle afin d’acquérir un maximum de connaissances et multiplier les expériences. Et finalement, elle décide de profiter pleinement de sa 7e vie grâce à l’accumulation de toutes ces compétences utiles (commerce, médecine, combat, étiquette…) et en vivant selon ses envies. Même quand un élément perturbateur vient mettre à mal ses plans, elle n’abandonne pas. Au contraire, elle voit la présence d’Arnold comme une chance de changer les choses afin de justement assurer cet avenir de paix qu’elle désire. Elle fait preuve d’une maturité remarquable, mais aussi d’un sens de l’humour redoutable. Sans oublier sa gentillesse et sa capacité à transformer chaque situation en opportunité. Tout ça permet de construire une héroïne charismatique, talentueuse et qui reste pourtant très humaine dans ses interactions avec les autres. C’est ce qui fait aussi que l’on a envie de voir jusqu’où elle est capable de changer le futur de ce royaume et de ses habitants. Un personnage que l’on prend plaisir à suivre et qui nous délivre tellement de leçons importantes sur le dépassement de soi.
Une romance qui prend son temps

Évidemment, quand on parle de 7th Time Loop, il est essentiel d’évoquer la relation naissante entre nos deux protagonistes. La romance entre Rishe et le prince Arnold est l’un des points forts majeurs du manga. Arnold est un personnage complexe : froid, calculateur, potentiellement dangereux, mais fascinant. Il représente, après tout, celui qui a mis fin à la vie de Rishe par le passé et qui, dans cette boucle, se présente à nous sous un autre jour. On va prendre le temps de mieux comprendre son personnage, mais aussi d’entrevoir toute la complexité de son écriture. Leur relation évolue lentement, passant de la méfiance mutuelle à une complicité progressive rendant d’autant plus efficace leur “couple”. Rishe connaît déjà la part sombre d’Arnold de par sa précédente vie et ça lui permet justement de ne pas voir uniquement ce qu’il montre en public. Une œuvre qui cherche à tisser une histoire d’amour loin des codes habituels. Par exemple, on a des moments où ce prince peut nous terrifier de par ses objectifs, mais aussi ce qu’il est capable de faire pour les atteindre. Et pourtant, on arrive aussi, grâce à Rishe, à entrevoir une autre facette de sa personnalité. Les moments de tension, les dialogues intelligents et les gestes tendres sont très bien écrits et contribuent à renforcer cet attrait pour ce lien. Le manga évite les clichés habituels du genre pour proposer une romance mature, stratégique et émouvante. Et c’est justement génial de voir aussi à quel point le rapprochement de nos deux protagonistes n’est pas uniquement basé sur des sentiments. Il y a aussi toute une dimension politique et même stratégique qui reflète bien le monde dans lequel ils évoluent. C’est justement en se rapprochant l’un l’autre qu’ils peuvent chambouler l’avenir de cet univers et des divers royaumes qui le composent.
Des manigances en cascade

Voilà sûrement un autre point essentiel dans l’appréciation globale que l’on peut avoir pour 7th Time Loop. Ce manga ne se limite pas juste à l’histoire de Rishe ou bien à sa relation avec Arnold. Nous faisons face à un univers en crise où la géopolitique a une influence considérable. On le remarque rapidement quand on évoque les précédentes boucles de notre héroïne. C’est justement souvent à cause du chaos qui s’empare de ces terres que le destin finit par frapper cette demoiselle. Et quand elle embarque avec son “fiancé” au sein de son royaume, cet élément saute une nouvelle fois aux yeux. C’est justement dans le but de se créer un avenir paisible que Rishe va s’investir dans la gestion de ce royaume qui affiche bien des problèmes internes. Il y a donc énormément de chapitres qui vont être dédiés à la gestion de ce pays, de ses relations avec ses voisins, de son développement, mais aussi des conflits internes au sein même de cette famille royale. On ne s’investit donc pas uniquement sur l’évolution de personnages, mais aussi de cette contrée. On s’inquiète de ce qu’elle pourrait provoquer et on a aussi envie de voir comment notre héroïne est capable de changer les choses pour tous ces habitants. La série parvient ainsi à transcender son postulat de départ pour proposer des enjeux encore plus grands et saisissants. J’ai envie de voir jusqu’où les compétences de Rishe peuvent influencer le destin de ce royaume et si oui ou non le futur est altérable grâce à ses actes. Par exemple, il y a tout un arc narratif que j’ai trouvé réussi de bout en bout et qui se centre sur les ambitions d’Arnold concernant un pays voisin. On sent alors qu’il n’est pas question ici d’être bienveillant ou solidaire, mais de penser à ce qui est le plus viable pour la survie d’une nation.
Une mise en scène réussie à travers un trait remarquable

Il est temps de conclure cette chronique et je me dois de parler du style graphique de 7th Time Loop. Le trait de Shōgo Hifumi est raffiné et très agréable : robes magnifiques, expressions faciales nuancées et des décors somptueux symbolisant tout le faste pouvant être visible dans ce monde. En fait, je me suis rendu compte à quel point les dessins dans ce titre jouent un rôle fondamental dans l’immersion du lecteur. Il ne s’agit pas uniquement d’habiller cette histoire, mais de créer tout un théâtre où les personnages vont s’exprimer pleinement. Ce n’est pas pour rien que les différents lieux qui vont servir de scène aux protagonistes sont aussi soignés. Une soirée mondaine où les festivités cachent en réalité des enjeux politiques forts vont se ressentir rien que dans l’ambiance qui se dégage des cases. En outre, le character design est aussi réussi, particulièrement Rishe et Arnold qui ont une vraie prestance. Nous ne sommes pas juste dans des caricatures de personnes de la haute qui vont se rapprocher l’un envers l’autre. Il s’agit avant tout de refléter toute leur identité rien que dans leur tenue ou leur attitude. Et ça, c’est parfaitement retranscrit à travers le talent de l’artiste. On va ressentir toute la détermination de notre héroïne de par sa posture ou bien les expressions de son visage tandis que son élégance naturelle va prendre vie à travers ses tenues. Pour Arnold, il n’a pas besoin de dire le moindre mot pour que l’on ressente le danger qu’il peut représenter. Sombre et discret, il est un très bon exemple de la tension qui peut s’exprimer autour d’un personnage sans même qu’il y ait la moindre ligne de texte. Une mise en scène tout aussi efficace qui vient sublimer chaque plan que l’on peut avoir et souligner les moments les plus importants.

