Pourquoi j’aime #70 : Get Backers
Nous voilà déjà au 70e numéro de “Pourquoi j’aime”. Je n’aurais jamais cru aller aussi loin à travers ce rendez-vous et je suis bien content de vous le proposer. C’est pour moi une manière pertinente de vous parler rapidement d’œuvres qui m’ont marqué ou bien qui me plaisent énormément. Et pour l’occasion, je reviens dans le temps pour vous amener dans les toutes premières années de ma vie de lecteur. Alors que j’enchaînais les découvertes et que je faisais mes débuts dans le monde du manga, il y a une série qui est rapidement devenue culte à mes yeux. Il s’agit ni plus ni moins que de Get Backers. Une œuvre mettant en scène le célèbre duo de récupérateurs dans les missions que leurs clients vont leur donner. Je me souviens encore à quel point j’avais été happé par cette histoire, ses personnages charismatiques et certains de ses arcs cultes. Il fallait bien que j’évoque ce titre un jour ou l’autre et le moment est venu. Surtout qu’il y a beaucoup à dire sur ce manga qui a connu une assez longue longévité avec 39 tomes. L’heure est venue de raviver des souvenirs en compagnie de ce tandem électrique.
Un concept original et fun

Pour bien commencer cette chronique, je me dois de vous parler de ce qui fait l’essence de cette série. Get Backers repose sur un pitch que je trouve génial : Ginji Amano et Mido Ban sont des « Get Backers », des spécialistes de la récupération d’objets perdus ou volés, quel que soit le danger. Ils acceptent des missions souvent absurdes ou extrêmement périlleuses dans un Tokyo remplie de dangers, d’êtres aux capacités extraordinaires, de gangs et de mystères. Ce concept permet une grande variété d’histoires : du simple objet perdu à des complots impliquant des organisations secrètes, des expériences scientifiques ou des artefacts puissants. Et c’est vrai que quand j’ai découvert le manga pour la première fois, j’avais été agréablement surpris par cette manière de découper le récit. On n’était pas forcément sur un enchaînement de petites missions, mais bien plus sur des arcs entiers reposant sur un objectif précis. Cela permettait une construction narrative propice à énormément de possibilités. Une personne disparue pouvait se transformer en une véritable chasse à l’homme durant de nombreux chapitres. Pareil pour une œuvre d’art célèbre qui a donné vie à toute une partie haletante où les révélations et combats furent nombreux. Je trouve que cette idée initiale est fantastique parce qu’elle offre un immense terrain de jeu pour les artistes qui s’en donnent à coeur joie. En plus de ça, si l’on peut avoir l’impression que l’on est dans une écriture classique aujourd’hui, en réalité le titre fait preuve d’une grande originalité. Cela peut paraître simple comme idée de mettre en scène des personnages ayant pour travail de récupérer des choses, mais les mangakas vont réussir à transformer ça en une épopée grandiose où chaque contrat réserve son lot de moments inoubliables.
Un duo iconique

S’il y a bien un élément qui est devenu culte dans Get Backers, c’est bien son duo de protagonistes. Ginji et Ban forment l’un des tandems qui me tient le plus à cœur tant il est exceptionnel pour moi. D’un côté, on a Ginji qui est un garçon au grand cœur, ancien chef de gang avec un pouvoir électrique dévastateur, mais naïf et adorable. De son côté, Ban est cynique, arrogant, doté d’une force surhumaine et du “Jagan” (un pouvoir d’illusion). Leur relation est hilarante, touchante et ultra-dynamique : disputes constantes, confiance absolue, sacrifices mutuels. Leurs interactions portent une grande partie de l’humour et de l’émotion du manga. Et en fait, c’est rare de voir une telle alchimie dès le départ entre deux personnages aussi exubérants. Surtout que l’on assiste à leur évolution commune pendant une bonne partie du récit allant de querelles pouvant être difficiles à un soutien indéfectible quand l’un d’entre eux est dans une mauvaise passe. J’ai tellement rigolé à leurs côtés, mais aussi vibrer en les voyant faire face aux pires dangers possibles. Si séparément, nos deux protagonistes sont déjà remarquables de par leur histoire personnelle, leurs compétences propres et aussi les révélations autour de chacun d’entre eux, c’est encore plus fort quand on les voit agir ensemble. Ils sont capables de dédramatiser une situation intenable à travers des gags totalement barrés ou de nous offrir des combats à deux magistraux. Pour moi, Ginji et Ban sont quasiment devenus inséparables et forment à eux deux ce que l’on entend par “Get Backers”. Deux êtres qui ont connu l’enfer et qui, finalement, ont su trouver leur voie ensemble peu importe les coups durs ou les aléas propres à chaque mission.
Des affrontements magistraux

Évidemment, impossible de parler de ce manga sans évoquer les multiples combats qui vont rythmer le quotidien de nos deux protagonistes. Les affrontements dans Get Backers sont variés, stratégiques et très créatifs. Quasiment chaque personnage que l’on rencontre possède un pouvoir unique (électricité de Ginji, illusions de Ban, contrôle du fil, transformation, etc.) qui est bien exploité. Les combats ne reposent pas uniquement sur la force brute : stratégie, connaissance de l’adversaire et utilisation intelligente de l’environnement sont essentielles. On a le droit à certains arcs où les duels sont particulièrement épiques avec des ennemis puissants et même des règles spéciales. Ce qui est génial aussi, c’est que l’action reflète aussi toute l’identité de l’œuvre. Il est possible, pendant une rixe, d’avoir le droit à de l’humour qui vient surprendre le lecteur et aussi les combattants. D’autres fois, on peut tomber sur un choc qui va être chargé en émotions et symbole aussi de la richesse de cet univers. Je trouve que cette série arrive avec brio à utiliser tous ces affrontements pour sublimer toutes ses facettes. Nous ne sommes pas juste là pour en prendre plein les yeux (même si on est clairement servi à ce niveau), mais aussi pour que ces confrontations nous racontent quelque chose de plus profond. Je pense aussi que ces moments ont aussi contribué à faire de certains personnages de véritables monstres qui continuent d’exister dans l’esprit des spectateurs comme c’est le cas pour le terrifiant et inoubliable Akabane. Oui, l’action est omniprésente dans cette oeuvre, mais elle apporte énormément à l’identité globale de celle-ci. Des affiches mémorables et variées qui ont permis à cette série d’accroître la diversité de son contenu. Un show spectaculaire qui n’a rien perdu de sa superbe.
Entre affaires surprenantes et mystères en tout genre

Une autre chose qui est importante à noter concernant le manga est qu’il ne faut pas le limiter à un simple titre d’action. Le monde de Get Backers est riche et intrigant à bien des égards. A chaque nouvel arc, on découvre de nouveaux mystères et secrets résidant ce monde pourtant contemporain en approche. C’est justement ce savoureux mélange entre un Japon bien réel et des éléments surnaturels qui rend cette aventure aussi unique. On peut passer d’une simple récupération d’un objet à une quête qui va nous plonger dans les méandres de ce monde et de ses personnages. Par exemple, il suffit de se pencher sur un lieu comme le Mugenjô pour parfaitement cerner la dimension presque fantastique de l’œuvre. Un lieu unique en son genre dont on ressent bon nombre d’inspirations et qui va être le théâtre de tant de surprises et rebondissements. En plus de ça, Le manga ne se contente pas d’alterner des arcs indépendants les uns des autres. Il parvient aussi à tisser un fil rouge plus sombre qui se dévoile progressivement au fil des chapitres. Les révélations sur le passé de Ginji et Ban, sur leurs pouvoirs et sur la vraie nature du monde sont bien dosées. L’univers mélange action, mystère, science-fiction et drame avec cohérence. On a beau être sur une série tout de même assez longue (39 volumes), on ne ressent jamais une baisse de régime. Au contraire, plus on avance vers la conclusion de l’œuvre et plus on va enchaîner les rebondissements qui vont donner une toute autre expérience de cette lecture. Je trouve que les auteurs ont su ne pas se limiter à de l’action ou de l’humour. Au contraire, ils arrivent à insuffler une ambiance digne parfois de certains polars ou thrillers. On ne se contente pas juste d’apprécier le show, mais de comprendre tout ce qui se construit autour de nous.
Une combinaison parfaite

L’heure est déjà venue de conclure cette chronique portant sur un manga qui a grandement bercé mes débuts dans ce médium. Je me dois de parler maintenant de la manière dont la globalité de ce titre fonctionne. Get Backers réussit à équilibrer parfaitement plusieurs registres : combats intenses, humour déjanté, mystères à résoudre et moments émouvants autour de l’amitié, le passé assez sombre des héros et une forme de rédemption. Il y a, à mes yeux, une justesse dans la manière de doser chaque facette de cette histoire. Les gags vont quasiment toujours faire mouche et apporter une respiration au récit. Pour ce qui est de l’action, celle-ci se veut à la fois frénétique et stratégique, apportant le côté spectaculaire et grisant. On a ensuite tout ce lore qui se met en place au fur et à mesure des tomes. Une mythologie propre à cet univers que l’on a envie de découvrir afin de cerner au mieux tout ce qui peut entourer les différents personnages de cette histoire. Et les moments d’émotion arrivent au bon moment pour consolider notre appréciation de ce casting. D’ailleurs, si je me suis focalisé principalement sur notre tandem, le manga regorge de figures marquantes, charismatiques et importantes. C’est un pur plaisir de les rencontrer, de découvrir leur histoire ainsi que leur développement au contact de ces deux électrons libres. Mais surtout, même encore aujourd’hui, je trouve que Get Backers arrive à apporter un vent de fraîcheur tout en conservant certains codes classiques du genre. A chaque fois que j’en fais une relecture, je suis étonné de la créativité des auteurs pour transformer cette simple idée d’un tandem de récupérateurs en une fresque remarquable. Un titre qui restera important pour tout ce qu’il m’a fait vivre il y a de ça bien des années.

