Pourquoi-j’aime-#67---Grand Blue-2

Pourquoi j’aime #67 : Grand Blue

En cette période qui fut particulièrement chargée avec, notamment, la Japan Expo, je me suis dit qu’il serait bien de souffler un petit peu. Pour ça, je me suis dit que rien ne valait un nouveau numéro de “Pourquoi j’aime”. Surtout que là, je vais vous parler d’une série qui colle parfaitement à la saison estivale. Il s’agit bien sûr de Grand Blue que vous pouvez retrouver aux éditions Meian. En plus d’avoir aussi une adaptation en anime particulièrement efficace, voilà un titre qui est parfait pour les vacances. Chaque tome est l’occasion de rire un bon coup et surtout d’être ébloui par la bêtise de ces personnages. Il s’agit d’un grand classique de l’humour, mais pas uniquement. En effet, je vais profiter de cette chronique pour vous expliquer en quoi, selon moi, ce manga mérite le coup d’œil. Loin de se cantonner uniquement à de la comédie hilarante, cette œuvre regorge aussi d’autres facettes intéressantes. Le genre de récit où l’on s’amuse à chaque nouveau tome et qui peut nous surprendre. Préparez-vous à rejoindre le club le plus barré qui soit où chaque jour est une fête.

Humour parfaitement absurde

Grand Blue Vol. 7

Il est évident qu’il faut commencer par là quand on parle de cette série. Grand Blue est sans doute l’un des mangas les plus hilarants et les plus décomplexés que j’ai pu lire. L’humour repose sur un cocktail explosif : alcool à outrance, nudité masculine massive, blagues en dessous de la ceinture ou absurde, situations loufoques et quiproquos à la chaîne. Iori Kitahara arrive à l’université tout heureux de cette nouvelle vie qui s’offre à lui… et se retrouve immédiatement plongé dans un monde de fêtes un peu trop arrosées, de concours de boisson et de délires collectifs. Le manga ne se retient sur rien et c’est ce qui fait sa plus grande force. Quand on se lance dans un tome de Grand Blue, on ne sait jamais ce que vont nous réserver les personnages tant ils sont capables du pire comme… du pire. Et même si l’on pourrait penser qu’un tel humour puisse être rapidement redondant ou nous faire souffler du nez, c’est tout l’inverse qui se passe. Tout reste à l’image du manga : joyeux et libérateur.  Se présentant comme une œuvre sans filtre qui contraste avec la plupart des comédies plus sages, cette histoire est pourtant bien plus intelligente dans la manière d’amener ses gags. En effet, il n’est pas juste question ici d’enchaîner des gags grivois ou bien des moments idiots pour s’assurer notre attention. Tout est finement travaillé pour que chaque blague soit percutante. Comme je l’ai dit, on ne sait jamais ce qui nous attend et c’est ce qui fait que l’on est autant emporté dans les délires de ces étudiants. Le lecteur se demande sans cesse comment ils peuvent en arriver à de telles bêtises, mais c’est justement ce qui fait le sel de cette histoire. On finit par avoir envie de lire chaque tome pour retrouver cette bande de potes. Des personnages qui sont comme de véritables amis que l’on prend plaisir à suivre. C’est un manga qui fait rire aux éclats et qui fait du bien au moral.


Une œuvre autour de la plongée (oui, oui !)

Grand Blue Vol. 9

Alors oui, c’est à chaque fois la blague qui est faite, mais elle fonctionne toujours autant. On pourrait croire, au vu de l’aspect purement humoristique de la série, que la plongée ne serait qu’un prétexte pour créer des situations désopilantes. Malgré le chaos comique, Grand Blue est un véritable hommage à la plongée sous-marine. Les scènes en mer sont d’une beauté à couper le souffle : eaux turquoise, fonds marins détaillés, sensation de liberté et de silence absolu. Le contraste entre la folie alcoolisée sur terre de nos protagonistes et la sérénité sous l’eau est magistral. Les auteurs montrent chaque détail de ce qui entoure cette activité si unique et envoûtante. Le matériel, les techniques, les sensations et la passion sont dépeints avec un réalisme impressionnant. Ces passages apaisants servent souvent de respiration au milieu du délire et donnent au manga une vraie âme. Cette dualité est remarquable et montre finalement les deux visages de cette œuvre. Tandis que sur la terre ferme, c’est la fête et les moments hilarants, dans l’eau, on découvre un tout nouveau monde. Le silence se fait ressentir et c’est un calme remarquable qui s’empare de nous. On sent, dans ces quelques pages, tout l’attrait que les artistes ont pour ce monde sous-marin. De nombreuses recherches et aussi expériences personnelles permettent de retranscrire au mieux tout ce qui entoure la plongée. C’est alors un véritable changement que l’on vit tout au long de cette série. Ces instants de quiétude et d’émerveillement apportent le souffle nécessaire pour récupérer de toutes ces folies dont on peut être témoin au contact de ce club. Un rappel aussi de la beauté de cette nature qui nous entoure et que l’on a trop souvent tendance à oublier. Au même titre que Iori qui ne savait pas nager et ne savait rien de cette activité, on ressent maintenant une joie folle à l’idée de mettre la tête sous l’eau.


Un club aux membres inoubliables

Grand Blue T12

Impossible de parler de Grand Blue sans évoquer, bien sûr, ceux qui vont donner vie à cette histoire. Le casting du manga est exceptionnel. Iori Kitahara, le protagoniste, est un gars plutôt normal qui se fait rapidement entraîner dans la spirale folle du club de plongée. On se rend compte à quel point, malgré tous ses dires et ses remarques, il a trouvé sa place au sein de cette bande de joyeux lurons. Mais c’est surtout la relation explosive avec Kōhei Imamura qui va amener tant de piment au récit. C’est simple, chaque chapitre où ils sont tous les deux va être source de fous rires et d’échanges absolument exceptionnels tant ils sont absurdes. Autour d’eux, on trouve Chisa Kotegawa, Nanaka Kotegawa, le président du club Yoshioka, et une galerie de fêtards inoubliables. Chaque personnage a une personnalité forte et des failles comiques. Le manga excelle à créer un vrai sentiment de groupe : on rit avec eux, on partage leur complicité, et on s’attache profondément à ce club qui devient presque comme une seconde famille. Ce qui est présenté au départ comme un lieu où la fête prime sur tout le reste va finalement se transformer en un vrai cocon où chaque jour est rythmé par les rires. Et tout ça, on le doit à ces personnages que notre duo d’artistes a imaginé. Des étudiants qui sont fous, drôles et impossibles à arrêter, mais qui ont aussi un cœur immense. De véritables camarades qui, au-delà de l’aspect purement festif, nous délivrent une très belle leçon d’amitié. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire que l’on savoure en tant que lecteur. On a aussi l’impression de retrouver de vieux amis avec qui, on le sait, tout peut arriver. Ils nous font oublier tout le reste pour savourer l’instant présent à leur sauce.


Un rythme diablement efficace

Grand Blue Vol.18

Grand Blue maîtrise à la perfection l’alternance entre arcs festifs complètement déjantés et moments plus calmes ou émouvants. Un chapitre peut commencer par une fête monumentale et se terminer par une scène poétique sous l’eau. Cette variation de ton empêche le manga de devenir monotone malgré son thème récurrent. Les gags sont très bien construits, avec des running gags qui durent sur plusieurs tomes. Le rythme est addictif : chaque chapitre donne envie de lire le suivant. Même après 22 volumes, le manga garde une énergie folle et une fraîcheur surprenante. Si je tiens à évoquer ça, ce n’est pas pour rien. Dans un titre qui joue autant sur l’humour, il n’est pas rare que le plus grand défi qui soit est de ne pas tomber dans la redondance. Après tout, il est souvent difficile de se renouveler en matière de leviers humoristiques ou de blagues. C’est un gros travail créatif qui doit être proposé afin de ne pas tourner en rond. Grand Blue est le parfait exemple du manga qui a su trouver son rythme de croisière en la matière. Techniquement, il n’y a pas de réel fil rouge si ce n’est suivre le quotidien de Iori en tant qu’étudiant universitaire. Mais le fait de ne pas tracer une trame narrative claire est ingénieux, car c’est ce qui permet aussi de multiplier les situations barrées sans que ça ne dénature l’univers dans lequel on évolue. De plus, réussir à alterner aussi aisément ces chapitres comiques avec des scènes beaucoup plus posées et même touchantes est une véritable force. Si nous ne sommes pas dans un équilibre parfait, c’est justement bien pensé. Après une succession de scènes délirantes où l’on va rire à gorge déployée, ces pauses arrivent toujours au bon moment pour que l’on puisse souffler et ne pas tomber dans une sorte de routine. Celles-ci permettent aussi de renforcer notre attachement pour ces personnages qui dévoilent alors d’autres facettes que celle de clown.


Un trait sublimant chaque élément

Grand Blue Vol.22

Nous voilà déjà au dernier segment de cette chronique et je me devais de parler de cette qualité dans Grand Blue. Le trait de Kimitake Yoshioka est remarquable tant il dénote par rapport à bon nombre de séries purement comiques. Alors que l’on joue souvent sur des traits exagérés ou bien un côté parodique, ici c’est tout l’inverse. Même si on a le droit à beaucoup d’exagérations, le dessin du mangaka donne l’impression d’avoir de vraies personnes devant nous. Cela appuie encore plus le sentiment d’être face à de vieux amis. Par exemple, les personnages sont expressifs à l’extrême, mais en même temps on ne franchit jamais cette ligne où l’on sort du “réalisme”. Sans oublier bien sûr les scènes de plongée qui sont sublimes, presque photographiques. Le contraste entre le style humoristique et ultra-expressif sur terre et le rendu réaliste et apaisant sous l’eau est brillant. Les doubles pages sous-marines sont souvent de véritables claques graphiques. Si j’évoque tout ça, ce n’est pas uniquement pour une question d’esthétique. Le manga possède énormément de qualités et le dessin joue un rôle essentiel dans notre appréciation globale. La raison à ça est que le trait du dessinateur sublime chaque scène pour qu’elle dépasse le cadre qu’elle doit avoir. Une scène doit être drôle ? A travers ses coups de crayon, Yoshioka la rend encore plus hilarante. Un moment plus reposant et il nous propose des cases où l’on a l’impression d’être sous l’eau avec nos amis. La forme appuie le fond avec brio et c’est là que l’on voit que ce tandem d’artistes a parfaitement su se compléter. Une œuvre qui arrive à jouer sur tous les tableaux de façon brillante tout en parvenant à se créer une identité qui lui est propre et que l’on ne veut plus quitter.

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