Pourquoi-j’aime-#71---Ranking of Kings-2

Pourquoi j’aime #71 : Ranking of Kings

Qui dit nouvelle semaine dit nouvelles chroniques, et surtout une autre occasion de vous proposer un numéro de “Pourquoi j’aime”. Ce rendez-vous est devenu un incontournable sur le blog, et c’est toujours plaisant de parler d’œuvres en synthétisant ce qui fait leur force en quelques points. Aujourd’hui, je me suis dit que j’allais me tourner du côté de chez Ki-oon pour trouver une série à traiter. Il faut dire que depuis toutes ces années, il y a énormément de récits qui ont pu me marquer d’une façon ou d’une autre. Cette fois, mon regard s’est porté sur un titre qui a avant tout été célèbre grâce à son anime avant que le manga n’arrive en France. Je parle ici de Ranking of Kings. S’il est vrai que son adaptation a bluffé énormément de monde, aujourd’hui je veux surtout me concentrer sur le matériau d’origine. Celui-ci n’est pas en reste et mérite amplement que l’on s’attarde dessus au vu de comment le mangaka a su donner vie à sa vision de la fantasy. Un point de vue à la fois émouvant, drôle, bouleversant et spectaculaire qui n’a rien à envier à certains de ses aînés. C’est parti pour voir ce qui fait vraiment de quelqu’un un roi.

Un héros offrant une leçon de vie

Ranking of Kings Vol. 1

Pour bien commencer cette chronique autour de Ranking of Kings, je me dois de parler de celui qui focalise toute notre attention dès le début du récit. Bojji, le petit prince sourd et physiquement faible, est l’un des protagonistes les plus touchants et inspirants que j’ai pu rencontrer tout au long de mes découvertes. Malgré ses handicaps, il refuse de renoncer à son rêve de devenir un souverain digne de ce nom. Son optimisme, sa pureté et sa détermination contrastent magnifiquement avec un monde cruel et politique. Le manga montre avec une rare sensibilité comment Bojji transforme ses faiblesses en forces grâce à sa gentillesse, son intelligence émotionnelle et sa capacité à inspirer les autres. On s’attache immédiatement à lui car il incarne un héroïsme authentique, loin des archétypes de puissance physique. Son développement est une véritable leçon de résilience et d’humanité. Et je trouve que c’est important d’avoir des personnages comme ça. Des figures qui peuvent nous inspirer et que l’on a envie de suivre tout au long de leur périple. Surtout que ce qui fait aussi l’intérêt du manga réside dans ce contraste entre tous ceux qui entourent Bojji et ce dernier. Alors que bon nombre sont soient puissants, mal-intentionnés ou bien d’une roublardise sans pareil, notre jeune prince lui reste toujours fidèle à ses principes. Dès le départ, on voit tout le monde se moquer de lui et ça nous déchire le cœur, car personne ne voit la grandeur d’âme dont il fait preuve. Plus qu’une leçon de courage ou de détermination, ce garçon nous délivre un enseignement vital que l’on devrait tous appliquer. Celui de tendre la main envers ceux qui sont dans l’ombre pour les aider à se relever. C’est ce qu’il va constamment faire tout au long des tomes qui composent cette aventure.


Un tandem entre ombre et lumière

Ranking of Kings T3

On reste dans le domaine des personnages dans Ranking of Kings, mais pour parler cette fois du duo qui va se former entre notre jeune seigneur et son nouvel ami. La relation entre Bojji et Kage fait partie intégrante de l’âme de cette œuvre. Dès le départ, on fait la connaissance du second, un être sombre et cynique qui a perdu sa confiance en l’humanité, pour qui la rencontre avec Bojji va le pousser à croire à nouveau en la vie. Leur amitié est d’une pureté et d’une profondeur rares : Bojji offre à Kage de l’espoir et de la chaleur, tandis que Kage protège Bojji et l’aide à grandir. Cette relation est à la fois comique, touchante et tragique tout au long des chapitres. Leur évolution mutuelle est l’un des points les plus émouvants du manga à mes yeux tant on voit un changement fantastique entre leur premier échange et ce qu’ils sont maintenant l’un pour l’autre. En fait, on ne fait pas juste ici connaissance avec un tandem pour lequel on va se prendre d’affection. La synergie entre les deux est redoutable tant elle s’exprime sur plusieurs niveaux de lecture. Évidemment, on peut les voir comme un binôme qui fonctionne à merveille et qui nous offre une magnifique amitié. Mais au-delà de ça, on voit aussi le contraste entre le rayonnant Bojji et l’ombre que représente Kage. Le dernier veut préserver l’innocence et la pureté de son camarade même si cela implique d’agir dans l’obscurité. Ils sont finalement les deux faces d’une même pièce et vont apprendre à avancer ensemble à la fois dans l’ombre et la lumière. De plus, leur relation n’est pas seulement unilatérale. Oui, Kage va beaucoup changer au contact de Bojji, mais l’inverse est aussi vrai. Ils se tirent mutuellement vers le haut et c’est ce qui fait la beauté de cette alchimie entre les deux.


Un world-building exemplaire

Ranking of Kings Vol.8

Voilà sûrement l’un des points qui m’a le plus surpris lors de ma découverte de Ranking of Kings. Derrière son apparence de conte de fées mignon se cache un monde sombre, politique et extrêmement bien construit. Le classement des rois, les intrigues de cour, les trahisons, les guerres et les secrets familiaux donnent une vraie profondeur à l’histoire. Chaque personnage secondaire possède des motivations complexes et une backstory riche. Le manga refuse le manichéisme : même les “méchants” ont des raisons compréhensibles. Cette complexité narrative, combinée à un world-building cohérent font de ce manga un exemple de créativité et d’imagination. En fait, je m’étais fait piéger au départ par la direction artistique de l’œuvre. Je m’attendais à quelque chose pouvant être à la fois doux et en même temps intéressant d’un point de vue moral comme les contes d’autrefois. Cependant, ce manga va bien plus loin que ça. On se retrouve propulsé dans un univers qui ne cesse de s’étendre et qui réserve constamment de nombreuses surprises. Par exemple, l’objectif initial de Bojji va nous amener dans un premier arc que l’on pourrait totalement penser comme étant l’intégralité de cette histoire. Ce n’est qu’après avoir vécu énormément d’émotions et de moments forts durant celui-ci que l’on comprend que l’on n’est qu’au début du périple de nos jeunes amis. On part alors à leurs côtés pour vivre cette aventure qui, comme dit plus haut, ne cherche pas à être forcément envoûtante. Au contraire, la fantasy qui se dégage de l’œuvre contraste totalement avec les propos souvent sombres qui sont tenus. On est alors totalement pris à la gorge en voyant le destin de certains personnages, la souffrance qu’ils ont pu connaître et ce qui a façonné ce qu’ils sont aujourd’hui.


Savoir jongler entre plusieurs tableaux

Ranking of Kings Vol.14

Là, on aborde un point qui est à la fois important et difficile à mettre en place. Sosuke Toka maîtrise exceptionnellement le dosage des tons au sein de Ranking of Kings. Les moments comiques font mouche, les scènes d’action sont dynamiques et impactantes, et les moments dramatiques sont d’une intensité dévastatrice. Le manga est capable de nous faire passer des rires aux larmes avec une fluidité impressionnante. Cette maîtrise émotionnelle est l’une de ses plus grandes forces : on peut rire d’une scène absurde et, deux pages plus tard, être profondément bouleversé. Le rythme reste excellent tout au long de la série et montre le talent du mangaka pour raconter son histoire. Je suis justement admiratif de la manière dont il parvient à assembler tout ça pour créer une histoire qui fasse tant vibrer. Nous allons rire et pleurer en compagnie de ces personnages qui ont beau être dans un univers de fantasy font pourtant preuve d’une humanité remarquable. Je ne m’attendais pas au début à ce que la série puisse autant passer d’un tableau à l’autre sans que cela ne nuise à la narration. Et pourtant, le résultat fonctionne parfaitement. Cela a aussi un autre effet de taille. Il s’agit de notre implication dans ce qui se passe au sein de ces cases. Le titre sait quand il faut relâcher la pression et quand il doit appuyer là où ça fait mal. Ceci donne une justesse qui ne fait que nous immerger un peu plus dans cet univers et tout ce qui en découle. En outre, je trouve que ce récit montre, à travers cet équilibre, qu’il peut offrir un rythme soutenu où l’on ne va jamais avoir l’impression de stagner ou de ressentir toujours la même chose. Au contraire, chaque nouvel arc est l’occasion de se créer de nouveaux souvenirs, certains pouvant être heureux et d’autres malheureux, témoignant de la force de cette histoire.


Un dessin qui a son charme

Ranking of Kings Vol.18

Il est temps de conclure cette chronique autour de Ranking of Kings en vous parlant d’un sujet que je trouve à la fois intéressant et important à traiter quand on parle de ce manga. Il s’agit tout simplement du style graphique de l’auteur que beaucoup peuvent considérer comme enfantin. Après tout, on est sur un trait qui est loin d’offrir beaucoup de détails et qui peut paraître assez simple par moment. Si cela s’explique aussi par le parcours atypique de l’auteur, je trouve, pour ma part, que ça apporte une vraie plu-value à l’histoire. En effet, c’est justement à travers ces dessins que le charme opère et que l’on va justement subir de plein fouet l’impact entre ce que l’on voit graphiquement et ce qui s’écrit tout au long du récit. C’est d’une efficacité redoutable que de confronter un style qui peut ramener à l’enfance face à des thèmes qui sont pourtant bien sombres et matures. Dans un sens, cela renoue aussi avec la première illustration des contes d’antan où l’on n’était surtout sur des récits pouvant être difficiles dans le but de transmettre une morale. Ici, on veut surtout combiner une fantaisie qui se veut presque nostalgique dans sa représentation avec des sujets qui peuvent être d’actualité. Après tout, il est question ici d’handicap, de dépassement de soi, de courage, mais aussi de rêve et de famille. On y aborde aussi des sujets comme la vie et la mort, tout ça avec une justesse que je trouve chirurgicale. Mais justement, je trouve que Ranking of Kings est le genre de manga qui montre l’importance de l’imaginaire pour réussir à aller de l’avant et surtout le désir du mangaka de raconter une histoire porteuse d’espoir alors même que certains passages peuvent être sombres. Voilà pourquoi je trouve aussi que sur le plan visuel, ce titre réussit brillamment son pari et se forge une identité qui lui est propre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *