Cube Arts-Vol.-1-1

Cube Arts tome 1 et 2 : un sandbox infernal

Dans le style isekai, on peut clairement dire que l’on aura vu pas mal d’horizons. Cela peut autant être au sujet de réincarnations que de voyages au sein d’autres dimensions. Il est donc toujours complexe d’aborder une oeuvre de ce genre sans craindre de retrouver tout ce que l’on a pu voir par le passé. Heureusement, il y a toujours une manière d’attirer le regard et surtout de permettre au lecteur de passer un formidable moment. C’est exactement le cas du manga que l’on va aborder aujourd’hui et qui nous plonge dans un monde se rapprochant très fortement du célèbre jeu Minecraft. Provenant tout droit du catalogue de Doki-Doki, ce titre répond au nom de Cube Arts et a vu ses deux premiers volumes sortir simultanément la semaine dernière. Derrière son contexte s’inspirant grandement de la fameuse expérience vidéoludique propre à ce style d’aventures, cette série va réussir à nous tenir en haleine. Un suspens que l’on n’imaginait nullement et qui va apporter une profonde tension tout au long de cette lecture. On espère donc que vous êtes prêt à faire travailler votre créativité pour pouvoir survivre à ce périple.

Tout est possible dans ce jeu

Cube Arts - monstre

Quelle charmante maison.

Cube Arts, imaginé par Tomomi Usui, nous plonge dans le quotidien de Takuto. Ce jeune garçon énergétique passe le plus clair de son temps à s’amuser avec ses amis et à jouer aux jeux vidéo. Un beau jour, il est convié à essayer “Cube Arts”, une aventure vidéoludique en réalité virtuelle de type sandbox. C’est d’ailleurs grâce à un de ses amis qu’il a pu découvrir cette future expérience qui n’en est encore qu’à sa version bêta. D’ailleurs, c’est l’ensemble des lycéens du pays qui semblent désignés pour tester ce titre. Sans perdre une seule seconde, l’adolescent rentre chez lui afin de se plonger dans son nouveau joujou. C’est grâce au casque de réalité virtuelle fourni qu’il parvient finalement à se plonger dans cet autre monde. Celui-ci va étonnamment le surprendre de par le fait qu’il soit totalement constitué de blocs. Une apparence surprenante qui va complètement ravir l’étudiant qui voit en ce lieu un terrain de jeu idéal pour lui et ses compagnons. Il ne met d’ailleurs pas longtemps pour les rejoindre et va encore être stupéfait par toutes les possibilités que propose cette autre dimension. Très rapidement, il apprend de la bouche de ses amis que cet univers permet aux joueurs de miner, élever, chasser, bâtir, forger et bien sûr se battre.

C’est ce dernier point qui va ravir Takuto qui souhaite avant tout se défouler face à des monstres. Son objectif est avant tout de devenir un guerrier redoutable et il finit par convaincre les autres de le suivre dans sa toute première traque aux créatures. Malheureusement, cette première rencontre ne va pas se passer comme il l’imaginait et il va alors assister à un spectacle terrifiant. Suite à cela, lui et ses amis vont chercher à se déconnecter, mais un bug semble avoir lieu sur le serveur. Il est donc impossible de quitter la partie avant que tout ceci ne soit corrigé par les administrateurs. Ils leur faut donc survivre dans ce monde fictif hostile où la mort semble réelle. Entre le nombre gigantesque de créatures qui les entourent, les zones dangereuses qui font leur apparition et les autres participants, tout n’est plus qu’une question de fuite et d’apprentissage. Pour que le malheur ne tombe pas sur eux, il va falloir apprendre à utiliser tous les outils que procurent cette zone où tout peut être utile. La beauté et la joie des premières heures laissent maintenant place à des larmes, des cris et une profonde détresse. Le temps est maintenant compté et la question est de savoir s’ils pourront tenir jusqu’au bout ou bien s’ils succomberont aux pièges de cette contrée virtuelle.

La première chose qui nous saute aux yeux lorsque l’on s’est plongé dans Cube Arts, c’est la mise en place de sa scène et surtout la parfaite maîtrise de celle-ci. En rappelant des éléments qui peuvent tout à fait parler aux fans de ce genre de jeu, l’auteur s’assure de capter le regard du lecteur avant de lui asséner le coup de massue. Une attaque brutale et qui va aller en totale opposition de cet univers coloré et récréatif que l’on peut observer. Tout se transforme alors en un enfer digital où la peur de la mort est parfaitement ancrée dans le coeur de chacun.

Une utilisation pertinente de l’univers

On ne va pas se le cacher, Cube Arts nous rappelle fortement Minecraft que ce soit dans la plupart de ses ennemis que dans la conception de ce monde. Cela n’est absolument pas péjoratif, bien au contraire. En effet, le fait d’utiliser des codes qui peuvent parler à beaucoup de gens permet ainsi d’éveiller autant leur curiosité que leur intérêt pour la saga. Une manière d’accrocher le spectateur qui va observer cette aventure en se remémorant bon nombre de souvenirs. Outre cela, il faut aussi reconnaître que l’auteur connaît bien son sujet et n’hésite pas à ajouter de nombreux petits détails afin que l’immersion colle parfaitement à notre vision d’une telle virée vidéoludique. Le ramassage des cubes, le craft, l’exploration des donjons et surtout l’ingéniosité dont il faut souvent faire preuve sont bien présents dans ces pages. En plus de parler au lecteur à travers tous ces éléments, cette partie va aussi avoir un tout autre impact chez nous. Il s’agit de la transposition que l’on peut faire avec les divers membres du groupe que l’on suit. Ainsi, le lecteur est autant spectateur qu’acteur dans sa manière d’imaginer la suite de l’histoire. Une virée qui est donc autant captivante de par ce qu’elle propose que pertinente dans sa manière de l’exprimer. Une épopée qui s’adresse rapidement à nous et fait cogiter notre esprit sur la stratégie que l’on utiliserait.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’ici le jeu va dépasser son cadre de simple divertissement pour devenir un lieu où l’angoisse est omniprésente. De par cette notion d’urgence et de survie, le titre va ainsi créer une profonde inquiétude chez nous qui contemplons toutes ces âmes tenter de subsister un jour de plus. Les voir cogiter, essayer de se défendre et de construire des abris loin du danger est autant un rappel des fonctionnalités de cette expérience vidéoludique qu’un rappel de cette situation critique. On ne cesse alors de penser ce que l’on ferait à leur place et il y a donc constamment un lien qui se forge entre ce récit et celui qui le lit. On est donc face à une oeuvre qui s’inspire grandement d’un jeu vidéo, qui réussit à retranscrire sur le papier le ressenti que l’on peut avoir manette en main et qui va même sublimer cela en donnant des enjeux bien réels à ce périple. Une parfaite utilisation du matériau de base pour donner naissance à un univers qui parle aux gens sans pour autant se cantonner à une simple copie. On est clairement dans un survival-game où tous les coups sont permis et où le danger peut autant provenir de l’environnement que des autres participants.

En plus d’aborder avec justesse un univers à double tranchant, Cube Arts va aussi se démarquer par la violence de certains passages. Un décalage qui frappe fort étant donné le côté mignon de ce monde fictif. Cela accentue encore plus l’effet de surprise et provoque chez le lecteur une peur naissante quant à ce qu’il pourrait bien se passer si la faucheuse finissait par rattraper nos camarades. Un manga qui met donc en lumière cette crainte de l’inconnu et surtout une noirceur qui va sublimer l’oppression de l’oeuvre à l’égard du pauvre spectateur qui s’est perdu sur ces terres.

Un récit particulièrement sombre

Cube Arts - zombie

Un danger qui transcende le jeu.

Quand on s’est lancé dans Cube Arts, on ne s’attendait vraiment pas à la tournure des événements. Bien évidemment, on avait lu le synopsis et l’on s’était intéressé au titre, mais rien ne nous avait préparé à l’obscurité qui allait nous envelopper tout au long de ces deux volumes. C’est d’ailleurs bien joué de la part du mangaka de réussir à donner l’impression que l’on va vivre une épopée douce et paisible que ce soit par le style du dessin, les couvertures ou même l’apparence des ennemis. Cela baisse notre garde et l’on est alors vulnérable à l’instant où le couperet tombe. Si l’on note quelques petits détails qui viennent tilter dans notre tête, cela ne nous fait pas tant remettre en question ce monde virtuel. Ce n’est qu’une fois que l’on est le témoin de la disparition d’un des personnages que l’on va se retrouver sous le choc. On est autant marqué par la violence de sa mort que par le fait que rien ne semble indiquer qu’il puisse revenir comme dans n’importe quel jeu vidéo. Il y a donc une succession d’événements qui vont autant susciter une crainte au plus profond de nous que de nous laisser un maigre espoir que tout puisse s’arranger. En effet, on a beau être témoin du triste sort d’un des joueurs, tout est amené pour que l’on puisse croire que cela n’est qu’une question de temps avant qu’il refasse son apparition. Que ce soit le lecteur ou nos nouveaux compagnons, on cherche tous à se raccrocher à cette éventualité qui n’a absolument rien de certain.

C’est là qu’est tout le génie de Cube Arts qui va sans cesse nous mettre mal à l’aise de par le fait que l’on ne sait absolument rien de ce qui se passe après une telle tragédie. Cette incertitude va constamment nourrir notre appréhension par la suite et nous faire progresser avec la boule au ventre. Chaque adversaire passe du cadre de simple ennemi à abattre à une menace grandissante qu’il faut à tout prix éviter. Ce n’est pas tout, loin de là. Plus on avance dans le récit et plus on bascule dans l’autre facette de cette dimension où les participants sont livrés à eux-mêmes. Le danger est autant présent dans la faune qui entoure nos héros que dans les autres individus ayant rejoint cette dimension. Des contrées n’ayant absolument aucune règle et qui laisse donc place aux pires idées pour pouvoir profiter des autres et surmonter les divers obstacles présents sur la route de chacun. D’ailleurs, il est pertinent de voir que ces moments pesants se multiplient, mais qu’ils viennent aussi se confronter à des instants plus calmes et doux rappelant que derrière cet enfer se cachait un univers qui aurait pu être une véritable source d’amusement. Ces instants de flottements sont importants, car ils permettent à la fois de respirer et de conserver cette petite lumière guidant le coeur de nos amis. Un conte absolument captivant où l’effroi et la violence dévorent peu à peu une aventure qui aurait pu être bienveillante.

Cube Arts fait partie de ces lectures qui nous donnent l’impression que l’on va avoir le droit à une aventure aussi plaisante que joyeuse. Cela s’exprime directement par les couvertures de cette série particulièrement colorée. Cependant, l’étonnement est alors total lorsque l’on s’arrête quelques instants sur le contenu de ces deux volumes qui nous dépeignent tout le contraire. La beauté, l’amusement et les rires laissent alors place à des silences inquiétants et à une peur dévorante. Une habile maîtrise de la part de l’auteur en ce qui concerne l’atmosphère de cet ouvrage incroyable.

Cube Arts construit son monument

Cube Arts est décidément une oeuvre qui nous marque de par son ton sérieux tout en essayant de mettre en évidence un univers qui se devait d’être coloré. La surprise des premières pages laisse alors place à une angoisse fantastique où l’on est constamment en train de se demander ce qui pourrait bien se cacher derrière chaque décor. Même le plus ridicule des adversaires peut se transformer en un redoutable opposant mettant un terme bien trop vite à l’existence de nos joueurs. L’auteur a décidément su comment nous faire trembler en nous faisant craindre ce qui pourrait arriver si le pire se produisait. Le résultat n’en est que plus palpitant et transforme chaque rencontre en un duel où la force brute est bien loin de convenir. Vient alors s’ajouter une excellente utilisation des outils propres à ce monde et l’on est conquis par cette excursion qui n’a rien de joyeuse, mais qui parvient quand même à nous montrer le côté plaisant de cette autre dimension si cela n’avait pas viré au cauchemar. D’ailleurs, il est remarquable de voir que le mangaka joue habilement avec notre ignorance pour justement éveiller cette peur. C’est le fait de ne rien savoir sur ce qui se passe, à l’image de nos nouveaux amis, qui rend cette épopée aussi oppressante et intéressante.

C’est donc un vrai plaisir que de vous recommander cette série qui se conclura dès le prochain tome. Une saga courte, mais intense qui a su poser les bases d’un univers prometteur et surtout d’une histoire bien plus sombre qu’on ne pouvait l’imaginer. Une noirceur qui vient totalement détruire le côté mignon de ce VRMMO et ainsi provoquer un véritable coup de massue. Si vous aimez les isekai parvenant à surprendre le lecteur ou bien que vous désiriez une lecture aux multiples facettes alors vous devriez adorer Cube Arts. Une bien belle surprise qui va jouer avec nos souvenirs de gamer pour les transformer en un véritable cauchemar en ajoutant du réel à ce simple divertissement. Un parti-pris efficace et puissant dont on aimerait qu’il continue plus longtemps. On est en tout cas très curieux de voir comment tout cela va se terminer et il est évident que l’on a un nombre incalculable de questions en tête. Comment nos amis peuvent-ils échapper à cette prison ? Devront-ils réellement survivre aussi longtemps ? Existe-t-il un moyen de ramener ceux qui ont perdu la vie ? Quels secrets se cachent au sein de ces vertes contrées ? Il faudra être patient pour connaître la fin de tout cela.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti sur ces deux premiers tomes de Cube Arts. Avez-vous apprécié la noirceur de ce récit ? Trouvez-vous que le côté construction est suffisamment utilisé ? Pensez-vous qu’il y a une chance pour que nos amis puissent s’en sortir ? Quel serait, à votre avis, le meilleur plan possible pour survivre dans un tel monde ? Quel est, selon vous, le moyen pour quitter cette autre dimension ? Qu’attendez-vous pour la suite de cette licence ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet. 🙂

© 2018 Usui Tomomi, Shinchosha

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