Yawara!-Vol.-1

Yawara! tome 1 : le désir de vivre normalement

Il y a des auteurs dont le simple nom suffit à nous faire rêver. Des artistes de renoms qui nous prouvent, à chacune de leur série, l’étendue de leur talent. On peut alors se fier à cette réputation et surtout au plaisir ressenti durant leurs précédentes oeuvres pour se laisser guider dans nos futurs choix. Ce fut exactement le cas pour le titre que l’on va aborder aujourd’hui dont le créateur n’a plus à démontrer toute sa force pour ce qui est de raconter des histoires prenantes. C’est du côté de chez Kana que l’on a pu se lancer dans cette nouvelle aventure répondant au nom de Yawara. Le premier tome de cette série est arrivé il y a seulement quelques jours et l’on était donc très curieux de nous pencher sur cette oeuvre de Naoki Urasawa qui nous arrive dans un volume double permettant d’approfondir encore plus notre immersion dans ce récit. Si l’on était interpellé de voir ce qui allait se présenter à nous, force est de constater que l’on a encore été une fois agréablement surpris par ce que l’on a découvert. Une comédie qui va aussi amener un message très important. Il est donc grand temps d’assister à la naissance d’une étoile du judo !

Une voie toute tracée

Yawara-jeunesse

Un rêve simple mais normal.

Yawara, imaginé par Naoki Urasawa, nous plonge dans le quotidien tout à fait banal d’une adolescente répondant au nom de Yawara Inokuma. Cette dernière profite de chaque instant de sa vie étudiante pour agir comme le ferait n’importe quelle jeune fille de son âge. Elle profite de ses amies, tombe amoureuse et aime flâner dans les boutiques à la recherche d’un petit cadeau à acheter. Cependant, elle cache un lourd secret qu’elle n’ose révéler à personne même à ses plus proches confidentes. Touchant directement sa famille, elle sait pertinemment que si cela s’ébruitait, elle pourrait dire adieu à sa tranquillité. En effet, il s’avère qu’elle est la petite-fille de Jigoro Inokuma, un célèbre judoka ayant réussi l’exploit de remporter cinq fois de suite le championnat national. Véritable icône de cette discipline, il a finalement raccroché il y a maintenant de nombreuses années et a su atteindre le rang de 7e dan. Si l’on aurait pu imaginer qu’il aurait pris une retraite bien méritée, ce vieil homme n’est clairement pas du genre à rester passif. Bien au contraire, il a passé un temps considérable à établir un plan qui permettrait de révolutionner le monde du judo. Pour cela, il a placé tous ses espoirs en sa petite-fille qu’il a entraînée dès son plus jeune âge. Son objectif est qu’elle fasse son entrée dans la compétition et qu’elle marque les esprits de toute la nation.

C’est donc à force d’entraînements, d’échecs, de prises et de mises au sol que Yawara est devenue une véritable experte dans ce sport de combat. Malheureusement, si elle obéit la plupart du temps, elle refuse que sa vie tourne exclusivement autour du judo. Bien au contraire, elle souhaite s’éloigner des rêves de grandeur de son grand-père pour simplement profiter d’une existence banale. Rien au monde ne vaut plus à ses yeux que ce quotidien lambda qu’elle chérit tant. Elle sait pertinemment que si ses aptitudes sur un tatami venaient à éclater au grand jour, il lui sera impossible de retrouver sa vie d’antan. C’est donc une querelle entre deux générations qui va avoir lieu et force est de constater que Jigoro a une imagination débordante pour pousser sa disciple à pratiquer. Rien ne se mettra en travers de son objectif et surtout pas les quelques caprices de celle pour qui il a réservé un avenir radieux et grandiose. Surtout que son but n’est pas uniquement de lui faire gagner le championnat international, mais bel et bien de viser les Jeux Olympiques de Barcelone. Devenir une championne exige des sacrifices selon lui, et cela, peu importe le réel désir de sa petite-fille qui va tout faire pour échapper à cette voie toute tracée. Qui finira donc par l’emporter entre le judoka expérimenté et la jeune fille ballottée entre deux choix ?

Ce qui est incroyable dès ce premier tome de Yawara, c’est ce parfait mélange entre comédie et message profondément humain. En effet, le mangaka va se servir de ce synopsis de base pour sublimer les divers personnages que l’on va rencontrer. Représentation de deux époques différentes, la relation entre notre héroïne et son grand-père va autant nous faire rire que nous faire avoir une profonde empathie pour cette jeune fille. On va alors basculer rapidement sur une quête de normalité qui parvient à nous toucher profondément tant elle est empreinte de réalisme.

Entre comédie et récit humain

La véritable force de cette introduction à l’univers de Yawara est bien la narration de son auteur. En effet, tout commence comme une banale comédie où l’on sourit et rit en voyant les différentes péripéties de notre héroïne qui tente d’échapper aux leçons de son grand-père. Si toute cette ambiance nous rappelle les vieilles séries que l’on lisait plus jeune, l’effet marche toujours autant aujourd’hui et l’on prend plaisir à suivre les divers échanges entre les personnages. Cependant, c’est là que va entrer la très belle subtilité du récit qui va ainsi nous montrer à quel point notre joie n’est pas forcément la meilleure des choses ici. Comme dit un peu plus haut, les petites querelles entre les deux principaux protagonistes de l’histoire permettent d’ajouter un peu d’humour à la fois efficace et bon enfant. On est donc entraîné à penser que le rêve de normalité de Yawara n’est qu’un déclencheur pour l’auteur afin de nous faire rire tant cela semble irréel de ne pas pouvoir profiter d’une existence paisible même en devenant une judoka de renom. Le fait d’être conditionné à penser comme cela ne va faire que renforcer l’impact de la seconde partie du récit qui va totalement changer l’ambiance propre au manga. Les sourires s’estompent alors peu à peu et l’on comprend alors à quel point cette jeune fille avait raison.

On arrive même à ressentir instantanément sa détresse face à ce qu’elle craignait et cela ne fait qu’appuyer encore plus ses dires. La célébrité, la renommée propre à son nom, ses prouesses martiales deviennent alors une véritable malédiction. On bascule alors d’une comédie assez joyeuse à un récit beaucoup plus difficile et humain. Le lecteur a même presque un sentiment de regret qui naît en lui en voyant à quel point il aurait mieux valu ne pas participer à ce petit spectacle et d’encourager cette demoiselle. Ce prélude nous offre ainsi un message très fort et parfaitement intégrée dans la trame narrative. Il ne s’agit nul autre que d’une gigantesque fresque où l’on peut admirer le redoutable combat que doit mener Yawara pour simplement choisir son destin. Un avenir préconçu par d’autres ne peut être source de bonheur pour une personne qui ne peut imposer sa vision des choses. C’est le fait de voir peu à peu les rênes de sa vie lui échapper qui rend ce passage aussi incroyable et mémorable. En outre, ce point de rupture va aussi se représenter à travers de nombreux autres personnages qui ont contribué à détruire l’objectif de cette adolescente qui n’a absolument rien demandé. Voilà tout le génie d’Urasawa en tant que narrateur qui nous fait passer de situations cocasses à une véritable réflexion sur l’existence et l’influence néfaste que peuvent avoir certains sous-prétexte de savoir ce qui est le mieux. Une fantastique déferlante d’émotions.

Yawara permet ici de découvrir une toute nouvelle facette de cet auteur qui semble pouvoir jongler d’un style à l’autre sans aucun souci. En choisissant de nous guider sur le plan de la comédie et à nous faire rire, celui-ci ne va pas se cantonner à cela. On se rend compte alors que ce qui nous amuse au départ va se transformer en une certaine tristesse pour cette demoiselle qui n’a rien demandé de tout cela. Un destin hors du commun nous est alors montré comme parfois bien plus éprouvant qu’une vie lambda. Une recherche qui va déteindre sur nous et ainsi montrer à quel point ces petits instants de quiétude et de tranquillité sont précieux.

Yawara! fait son oeuvre

Yawara - rêve

Le judo est partout.

Yawara satisfait toutes nos attentes et va même au-delà en proposant un conte profondément ancré dans une réalité qui nous touche. La maîtrise du mangaka pour tout ce qui concerne la mise en scène et surtout l’écriture des personnages est bien là et nous montre que l’on peut proposer un scénario prenant en s’axant simplement sur la nature humaine. Il n’y a pas un seul instant où l’on ne s’attache pas à Yawara et sa quête de liberté qui est tout à fait légitime. Plus le temps passe et plus on sent une tristesse nous envahir en voyant que peu importe ce qu’elle fait, tout est là pour la ramener sur le tatami. Outre cela, les autres acteurs de la pièce ne sont pas en reste étant donné qu’ils représentent tous quelque chose de fort. Ce qui est d’ailleurs remarquable, c’est à quel point chacun d’entre eux commence obnubilé par son devoir et son envie de gloire pour finalement ouvrir les yeux sur les conséquences de leurs actes. Même si cela n’est encore qu’infime, ces simples changements suffisent à nous faire avoir de l’espoir pour tout ce beau monde même si parfois le mal est déjà fait. C’est donc une prise de conscience globale qui est prise pour chacun d’eux et un rappel pour le lecteur que chacun doit pouvoir voler de ses propres ailes. Ce n’est pas en essayant de s’ingérer dans l’avenir des gens que l’on peut contribuer à leur bonheur. Bien au contraire, cela peut avoir un effet néfaste sur ces gens qui nous entourent et qui comptent.

Après avoir lu pas mal d’oeuvres de Naoki Urasawa, on doit dire que l’on a un profond attachement pour ce premier volume de Yawara. Cela s’explique par le sujet principal de ce récit qui nous rappelle énormément de souvenirs et nous transpose ainsi aisément à la place de cette jeune fille. Ne pas avoir l’impression d’être maître de son destin et quelque chose d’aussi effrayant que destructeur et cela nous implique encore plus dans ce qu’il adviendra par la suite. C’est donc un véritable coup de coeur pour cette lecture que l’on vous recommande chaudement et qui peut s’adresser à n’importe qui tant le thème est universel. Que cela soit par les gags ou les moments plus personnels, ce manga ne laisse rien au hasard et sublime chaque instant que l’on passe en compagnie de ces individus. A présent, on est très curieux de voir si la qualité de cette introduction perdura au fil des prochains tomes, mais on a confiance en cet auteur pour nous surprendre de nouveau. Bien évidemment, on ne va pas quitter un ouvrage sans évoquer les multiples questions qui nous trottent dans la tête. Est-ce que Yawara pourra enfin réaliser son souhait ? Devra-t-elle finalement jouer le jeu et devenir judoka ? Son entourage finira-t-il par comprendre son choix de vie ? Il faut maintenant être patient en attendant la suite de cette expérience littéraire.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Yawara. Avez-vous apprécié la justesse des propos tenues au sein de ces cases ? Trouvez-vous que chaque personnage parvient à amener quelque chose d’intéressant au récit ? Pensez-vous que cette étudiante pourra concrétiser son rêve de mener une vie normale ? Croyez-vous que l’on assistera à ses débuts en tant que judoka ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet. 🙂

© 1986 Urasawa Naoki, Shogakukan

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