Blue Period-Vol.-1-2

Blue Period tome 1 : Une peinture aux multiples nuances

Il y a des titres qui nous interpellent rapidement par leur couverture, mais aussi par le sujet traité. Des mangas qui réussissent à éveiller notre curiosité avant même que l’on tourne la première page. Cette faculté de nous transporter dans le récit avant même d’avoir posé les yeux dessus est autant une belle invitation qu’une difficulté supplémentaire à satisfaire le lecteur dès lors qu’il découvre le contenu de l’ouvrage. On a pu ressentir récemment ce désir de se plonger dans un titre récemment avec le premier tome de Blue Period chez Pika que l’on a pu découvrir en avant-première. Cette nouvelle licence de l’éditeur sort aujourd’hui et l’on était impatient de voir ce que pouvait nous réserver cette aventure. Après avoir analysé cette introduction à l’histoire, force est de constater qu’on est loin d’être déçu. On a eu le droit à beaucoup de choses pendant cette première expédition qui a su poser les bases d’un conte attrayant et surtout véhiculant des messages forts. Notre immersion dans le monde de l’art fut sublimée par les nombreux atouts de ce premier volume. L’heure est donc venue de se retrousser les manches afin de participer à un cours d’art magistral.

Trouver sa voie

Blue Period - Yatora

Un bon élève en quête de sa voie.

Blue Period, imaginé par Tsubasa Yamaguchi, nous plonge dans un Japon contemporain où l’on fait la connaissance de Yatora. Ce jeune homme s’avère être un lycéen studieux qui semble réussir tout ce qu’il entreprend. Semblant voué à un grand avenir, le garçon fait de son mieux pour suivre le chemin le plus sûr tout en profitant de son temps libre pour sortir avec ses potes. Malgré tout, quelque chose en lui semble contrarié par cette existence. En effet, il ne se passe pas un jour sans qu’il ressente un profond vide en lui. Comme si tout ce qu’il entreprenait n’était qu’un formatage de cette société où il vaut mieux rentrer dans le moule que de se forger une destinée incertaine. Il ignore réellement ce qu’il souhaite faire de sa vie et cela ne cesse de le ronger et de lui faire se poser de multiples questions sur le futur. Malgré tout, il persévère dans ce quotidien carré qui fait de lui un homme ordinaire assurant son avenir. Enfin ça, c’était avant qu’il se retrouve nez à nez avec un objet qui allait bouleverser les fondements de son existence. Ses yeux vont se porter un beau jour sur un tableau qui va réveiller en lui quelque chose qu’il n’aurait jamais pensé avoir. C’est en voyant toutes ces couleurs, ces nuances, mais aussi l’âme de son créateur à travers cette peinture qu’il va enfin ressentir un désir naître au plus profond de lui. Lui qui n’avait absolument aucun intérêt pour les arts plastiques et tout ce qui tourne à ce milieu qui lui paraissait si lointain finit par s’imaginer en train de concevoir une œuvre comme celle-ci.

Même s’il pense que cela n’est qu’une passade et qu’il finira par revenir à son ancienne vie, il se dit que cela vaut le coup d’essayer. Malheureusement, il sait pertinemment que peindre, façonner, sculpter sont des métiers où le talent prime sur les efforts. Un constat qui s’avère tout bonnement erroné et qu’il va comprendre dès lors que ses pas vont le conduire sur cette voie particulièrement difficile. Si l’on peut avoir des prédispositions pour l’art, c’est avant tout à force de s’entraîner, d’apprendre et surtout de ressentir que l’on peut se perfectionner et devenir un maître en la matière. L’élève studieux qui ne souriait jamais sincèrement finit alors par dévoiler un immense plaisir dès lors que ses mains se posent sur les pinceaux. A travers une toile, il peut enfin exprimer ses émotions et mettre de la couleur dans ce monde qui lui semblait si terne jusqu’à maintenant. La question est à présent de savoir s’il est prêt à suivre cette direction même si cela s’avère compliqué et très sélectif. Les hésitations n’ont plus leur place dans sa tête alors qu’il se renseigne sur le meilleur moyen de se perfectionner. Lui qui est un pro quand il s’agit d’étudier sérieusement va devoir redoubler de sérieux pour pouvoir tenter le concours d’entrée de la plus sélective des écoles de beaux-arts. La compétition va être rude, car nombreux sont ceux qui espèrent pouvoir vivre de leurs œuvres et qui finissent malheureusement par s’écraser en plein vol. Voici donc le début d’une longue aventure pour ce jeune homme se lançant dans l’inconnu.

Blue Period parvient, dès ce premier tome, a instauré quelque chose d’unique entre le récit et le lecteur. Le fait de vouloir parler de tout ce qui tourne autour des arts plastiques est intelligent de par cette originalité et surtout cette qualité aussi bien graphique qu’au niveau de l’écriture. On est pleinement plongé dans le quotidien de ce jeune homme ne sachant nullement ce qui peut le faire vibrer jusqu’à ce qu’il finisse par entrer en contact avec ce domaine qui lui est grandement inconnu. On va alors avoir une approche très scolaire, mais qui va permettre d’éveiller l’imaginaire de notre héros ainsi que celui du spectateur.

Un art difficile à maîtriser

Ce n’est pas la première fois qu’un manga souhaite parler d’art. Cependant, Blue Period parvient aisément à se distinguer des autres en proposant une approche pouvant sembler scolaire au départ, mais qui va très vite dévoiler toute sa force et surtout sa pertinence. En réalité, si l’on suit avant tout le parcours de Yatora dans sa découverte de ce milieu, le titre va avant tout s’axer sur deux points très importants. Le premier est bien sûr l’apprentissage de la peinture et de l’art de manière générale. On nous fait comprendre de manière intelligente et aussi instructive toutes les petites ficelles ou techniques permettant de se lancer dans ce domaine. Une voie qui est bien plus réfléchie que certains pourraient l’imaginer et qui nécessite autant des compétences en géométrie, perspective, et même mathématiques. De ce fait, on a beau avoir l’impression que certains parviennent à peindre des toiles grandioses en suivant seulement leur instinct, la réalité est tout autre. Les ratés, les échecs, et même l’ignorance servent à enrichir l’expérience de tous ces jeunes artistes en herbe. Une route jonchée d’obstacles, de doutes et d’incertitudes qui va alors apporter une dimension très humaine au récit et surtout nous montrer que faillir n’est pas un mal si cela permet d’apprendre et de s’améliorer par la suite. Blue Period est donc autant une invitation au monde de l’art qu’une représentation de cette détermination qui doit nous accompagner peu importe les épreuves à surmonter. Cependant, ce premier volume ne s’arrête pas là et va s’autoriser un message encore plus important sur cette quête d’avenir que l’on a tous connu.

En effet, ce qui fait la plus grande force de Yatora dans cette première rencontre vient tout simplement de la situation dans laquelle il se trouve. Lui qui a toujours fait de son mieux pour suivre ce qui pouvait lui garantir un avenir prometteur et certain va se rendre compte que rien n’est écrit dans le marbre. L’avenir est incertain peu importe le chemin que l’on suit et même si l’on finit par s’assurer une stabilité financière cela ne veut pas dire que l’on est heureux. Blue Period parvient donc à mettre en scène ce souhait que peut avoir n’importe qui de vivre à travers ce qui le fait vibrer et l’anime tout en l’opposant à cette incertitude de pouvoir réellement vivre de sa passion. Une dualité qui nous touche grandement étant donné que tout le monde est déjà passé par cette question qui va dicter notre futur. Même encore aujourd’hui, on peut continuer à se demander si on a pris les bonnes décisions et cela est habilement retranscrit au sein de ces pages. Il y a donc une formidable transposition qui s’effectue entre notre protagoniste et le lecteur qui peut aisément s’identifier à ce garçon qui n’a pour lui que sa faculté à se donner à fond dans ce qu’il entreprend. Un élève studieux qui décide pour la première fois d’aller à l’encontre de ce que le système peut vouloir de lui afin d’écrire sa propre histoire. Une aventure aussi spectaculaire dans son visuel et son enseignement de l’art que dans sa capacité à traiter l’une des grandes questions existentielles que chacun finit par se poser. Tout simplement un parfait compromis entre tous ces éléments.

Blue Period a su réunir tous les éléments que l’on attendait et est parvenu à apporter des choses surprenantes. Véritable toile blanche où notre jeune artiste vient tout juste de débuter son œuvre, ce récit est empreint d’une humanité touchante où les erreurs et réflexions permettent de progresser et d’avancer. On est alors totalement envoûté par ce que laisse présager ce chef-d’œuvre que nous concocte ce personnage principal et qui est tout simplement la représentation de la voie qu’il a finalement choisie. Un premier contact qui est une ode à l’art, mais surtout au fait de trouver ce qui peut nous faire vibrer pour les années à venir.

Blue Period dessine sa fresque

Blue Period - peinture

Le déclic.

Blue Period est sans conteste une licence à suivre au vu du potentiel qui se dégage de cette introduction. A travers son récit utilisant des codes bien connus, mais utilisé de façon à sublimer le message véhiculé, ce manga laisse présager de grandes choses pour la suite. La poésie qui se dégage derrière ces cases nous touche profondément tant on sent la volonté de retranscrire cette beauté qui nous accompagne chaque jour, mais dont on ne fait même plus attention. Une leçon que va aussi découvrir Yatora qui pose autant un regard inédit sur sa propre existence que sur l’environnement qui l’entoure. Là où il ne voyait que des gratte-ciels et néons se dissimulent des tonnes de paysages uniques qui peuvent changer sa vision du monde. Comme dit aussi un peu plus haut, ce premier contact parvient aussi à parler aisément au lecteur que l’on est et surtout au rêveur qui peut habiter en chacun de nous. Celui qui souhaite s’exprimer et que parfois on tait pour se cantonner à une vie censée être plus sûre. C’est donc une véritable claque que l’on a reçu en se plongeant dans ces quelques chapitres où le mangaka exprime lui aussi tout son art et montre que le manga est autant un moyen d’expression qu’une formidable toile où peuvent prendre vie de nombreux personnages fictifs et pourtant qui nous semblent si proches. Des premiers pas plus que réussis et qui nous préparent à une suite encore plus prometteuse.

Alors que l’on apprécie énormément les œuvres évoquant le fait de se laisser dicter par son cœur ainsi que sa passion, Blue Period a su réunir tous ces ingrédients que l’on aime tant. On a beau être devant une série qui va se présenter comme une quête personnelle de ce jeune homme pour se hisser parmi les plus grands, cette licence sait aussi comment étendre son univers afin de ne pas se concentrer sur un unique sujet. Si vous aimez les récits proposant des messages forts et puissants tout en posant les bases d’une aventure qui s’annonce spectaculaire alors vous devriez aimer Blue Period. On assiste littéralement à la naissance d’un jeune artiste plein de potentiel qui commence tout juste à faire des tests sur cette immense toile qu’est la vie. Une symbolique importante qui ne fait que sublimer une épopée déjà très bien ficelée. Bien évidemment, on ne peut pas quitter une lecture sans évoquer les nombreuses questions qui nous trottent en tête. Est-ce qu’il est vraiment possible pour cet adolescent de réaliser son rêve ? A-t-il eu raison de prendre cette route pouvant sembler si hasardeuse ? Quelle va être sa spécialité parmi toutes les possibilités offertes par l’art ? Devra-t-il redoubler de vigilance face à ses camarades et rivaux ? Il nous tarde en tout cas de poser les mains sur le prochain volume tant on est happé par ce qui nous est présenté ici.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Blue Period. Avez-vous apprécié le sujet traité ainsi que la relation entre notre héros et ce milieu qui lui est inconnu ? Trouvez-vous que la façon dont l’art nous est montré est intéressante et pertinente ? Pensez-vous que notre nouveau camarade de route va réussir à se faire une place dans ce milieu qui s’avère bien plus difficile qu’il ne l’imaginait ? Pensez-vous que l’on aura le droit à un aspect très compétitif par la suite ou sera-t-on toujours sur une première partie tournée vers l’apprentissage ? Qu’attendez-vous pour la suite de cette licence ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet 🙂

© 2017 Yamaguchi Tsubasa, Kodansha

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