Shinotori---Les-ailes-de-la-mort-Vol.-2

Shinotori tome 2 : un envol funeste

Parmi les nombreuses nouveautés que l’on a pu découvrir l’année dernière, il y a certaines licences qui ont su se démarquer. Que cela soit la fantasy, le thriller ou bien la tranche de vie, il y en a eu pour tous les goûts. Cependant, il y a un genre qui s’est aussi bien démarqué. Il ne s’agit nul autre que de l’horreur qui a toujours été un style très compliqué à mettre en scène. Créer l’effroi est un véritable numéro d’équilibriste où chaque élément doit être parfaitement pensé pour que le lecteur se sente oppressé et impliqué dans ce qui se passe. Sur ce point-là, il y a une série qui a su faire bonne impression dès son premier tome. Vous l’aurez compris, on parle ici de Shinotori, édité chez Kazé, dont le second volume est sorti il y a quelques jours. On avait été bluffé par la manière dont l’auteur parvenait à insuffler un climat extrêmement prenant et terrifiant en seulement quelques pages. Il était donc évident que la curiosité allait s’emparer de nous à l’arrivée de ce second tome. Au final, on a le droit à pas mal de surprises au sein de cette lecture permettant d’enrichir cette fiction. L’heure est donc venue de reprendre notre courage à deux mains et surtout de surveiller le ciel.

Savoir survivre

Shinotori - choix

Des mots lourds de sens.

Shinotori, imaginé par Dr.Im, nous avait laissé alors que l’on venait de découvrir un Japon en proie au chaos. Tandis que l’on suivait Kurô, un prisonnier en transit, qui venait de faire la rencontre de la jeune Toki, ils avaient été attaqués par des monstres moitié homme et moitié oiseau. Il semblerait que cette attaque n’était pas la seule, car ce phénomène s’est propagé à tout le pays. A présent, les survivants font tout leur possible pour échapper à ses prédateurs qui virevoltent dans le ciel. La peur consume le cœur de chacun et l’ombre de la mort plane sur tous ceux qui osent tenter de sortir à l’extérieur. Après quelques péripéties particulièrement mouvementées, le duo fit la connaissance de Haru qui rejoignit le groupe. Ensemble, ils trouvèrent enfin refuge dans un gymnase transformé en abri de fortune. A l’intérieur se trouvaient de nombreux blessés et autres personnes ayant échappé de peu à ces créatures ailées. Malheureusement, ce repos est de courte durée dès lors que Kurô découvre une terrible vérité de la bouche d’Asanoda, un médecin ayant pu quitter la ville. Il lui apprend l’autre gros problème concernant ces bêtes qui les pourchassent et surtout leur manière de se multiplier. C’est une véritable bombe à retardement qu’il a entre les mains et pour ne rien arranger, la bâtisse finit par succomber à la folie à l’instant où certains monstres y font leur apparition. Tout n’est plus que sang et mort dans ce lieu qui attire l’attention d’un être encore plus impressionnant. Le prisonnier prit alors son courage à deux mains afin de sauver Toki.

Cette nuit fut semblable à un véritable enfer tandis que les quelques rescapés assistent à la destruction de ce qu’ils pensaient être un foyer sûr. Dépourvu d’endroits pour dormir, ils errent quelques temps avant de finalement trouver un peu de réconfort dans un chalet isolé. Si cet endroit est loin d’être aussi spacieux que le précédent, personne ne peut se permettre de faire la fine bouche. C’est encore plus vrai en sachant que leur présence ici n’est que provisoire étant donné qu’il est impossible de recueillir autant de monde pour le propriétaire des lieux. C’est durant cette courte pause que le docteur va alors prendre conscience de la véritable nature de Toki et surtout de ce qu’elle représente comme espoir pour tous ceux qui vivent encore. Une chance inouïe de mettre un terme à ce fléau qui ronge ces terres et ainsi pouvoir contrecarrer ces assauts incessants. Malheureusement, espérer ne semble pas être une bonne chose dans ce monde chaotique. En effet, la fillette attrape une pneumonie et il est donc vital pour sa survie de partir à la recherche de médicaments. Le seul endroit possible pour cela est la ville qui est infestée de ces tueurs volants. Malgré le danger, Kurô ne peut la laisser mourir comme ça. C’est donc accompagné de quelques hommes qu’ils s’apprêtent à effectuer un voyage périlleux pouvant sauver l’humanité ou bien l’amener à son déclin. Attention cependant à ne pas faire trop de bruits, car l’ennemi est partout.

Shinotori avait déjà su nous convaincre lors de notre premier périple dans cet univers angoissant. La force principale de cette œuvre résidait dans la menace qui nous était présentée et qui donnait le sentiment de n’être jamais en sécurité. Cette suite va continuer sur cette route tout en proposant quelques avancées intéressantes. Nous donnant encore plus cette impression de danger constant, le titre va aussi nous offrir des informations pertinentes pour mieux appréhender son intrigue. Ce monde terrifiant nous délivre alors de nouvelles surprises macabres qui vont parfaitement remplir leur rôle, à savoir nous plonger un peu plus dans cette quête pour survivre.

Entre horreurs et révélations

Comme évoqué lors de notre chronique du premier volume, Shinotori ne cherchait pas uniquement à jouer sur l’aspect gore. On sent pleinement que l’auteur a voulu mettre en avant la menace représentée par ses monstres et ainsi forger une atmosphère qui s’empare peu à peu de nous jusqu’à nous donner presque un sentiment d’étouffement. Cela avait admirablement bien marché lors de notre première excursion et il faut dire que le chara-design de ces monstres ailés y était aussi pour beaucoup. Ce second acte va réussir à préserver cela tout en y apportant quelque chose d’inédit. Tout d’abord, il est à noter que cette suite va nous offrir quelques révélations permettant d’enrichir le scénario et de donner un autre but que celui de simplement survivre. A cela s’ajoutent aussi les quelques nouveaux personnages qui se présentent à nous et qui vont permettre de créer tout un tas de petites histoires plaisantes à suivre. Cependant, la plus grande force de cette lecture réside dans sa faculté à nous donner cette impression d’être personnellement impliqué dans ce qu’il se passe. Pour cela, l’action va plus se concentrer dans des espaces réduits au contraire de son prédécesseur. Ce changement dans la narration va avoir un double effet très intéressant. La première est justement de nous donner une impression de sécurité étant donné que les principales menaces sévissent en extérieur et non en plein couloir. On se dit alors que ces quatre murs, qui entourent nos amis, sont salvateurs jusqu’à ce que l’on ouvre les yeux sur ce qui se passe réellement.

En réalité, ce cocon protecteur est presque comme une prison où il suffit d’un seul intrus pour faire un véritable carnage. Le mangaka va alors prendre un malin plaisir à transformer ce sentiment de sécurité en base pour nous plonger dans un film d’horreur. On découvre au fur et à mesure de l’exploration des cadavres horriblement mutilés, témoignage du carnage qu’il y a eu ici. L’absence de lumière et le côté claustrophobe de la zone vont alors nous étouffer peu à peu au même titre que les personnages. Même si l’on entend aucun bruit, le simple fait de les voir réagir à quelque chose nourri cette peur grandissante en nous. Il y a donc une parfaite utilisation du terrain de jeu dans lequel se retrouvent nos compagnons de route et où l’on se demande juste à quel instant la menace va finir par apparaître. Une longue et terrifiante attente qui va alors atteindre son paroxysme au moment tant redouté. Même après, la tension ne faiblit pas et va s’accentuer par différents mécanismes de narration collant à merveille avec ce que souhaite l’auteur. On est littéralement plongé dans un enfer où survivre est avant tout une question de chance, mais aussi de ruse. Le voyage dans lequel s’est retrouvé mêlé tout ce beau petit monde ne leur laisse pas le moindre répit. Un combat sans fin pour atteindre une destination dont ils ne sont même pas sûr que cela soit vraiment utile. On se raccroche donc à ce maigre espoir qui anime les individus que l’on suit en sachant pertinemment que le moindre souci peut le faire voler en éclats.

Shinotori continue de jouer habilement sur les deux tableaux que sont l’horreur et le récit sanglant. C’est une peur viscérale qui s’installe en nous tandis que l’on se retrouve nez à nez avec des ennemis inconnus ayant chacun leur spécificité. Une manière intelligente d’employer les capacités propres à chaque espèce d’oiseau pour instiller une inquiétude se renouvelant sans cesse. Les révélations ont beau nous permettre d’espérer, on ne peut s’empêcher d’avoir cette boule au ventre à l’idée qu’un ennemi puisse surgir de n’importe où. Un manga qui ne s’arrête jamais de nous prendre aux tripes et ainsi nous plonge pleinement dans cet enfer où un simple battement d’ailes peut signifier la fin.

Shinotori propage son aura

Shinotori - oiseau

Jamais à l’abri.

Shinotori continue de faire son petit bout de chemin avec une grande efficacité. En réussissant à nous plonger dans un état d’effroi encore plus pesant, l’auteur parvient à nous faire ressentir ce qu’il souhaite. Même les quelques lueurs d’espoir qu’on nous laisse entrevoir ne sont en réalité que des lumières pour nous attirer dans des ténèbres plus profonds. On peut alors passer d’un profond soulagement et même d’une certaine joie à une terreur sans nom. Outre cela, on tient une fois de plus à signaler l’imagination de la personne derrière le manga en ce qui concerne la création de ses monstres. En plus de parvenir à utiliser les caractéristiques propres à chaque oiseau, ces bêtes n’ont qu’à apparaître pour que l’on ressente un profond dégoût. Des êtres mutilés et difformes dont le seul objectif est de partir chasser. Bien sûr, on a aussi le droit à notre lot de révélations permettant en même temps de faire perdurer l’intrigue et surtout de nous immerger un peu plus dans ce monde sinistre où la mort rôde à chaque coin de rue. Alors qu’il s’agit de l’avant-dernier tome, cette saga aura déjà réussi à concrétiser son pari qui était de nous faire frissonner. L’angoisse est bien là et va même nourrir notre intérêt pour la conclusion de cette œuvre dont on se demande si elle peut réellement bien finir. Une courte série qui n’empêche pas de vivre une aventure littéraire palpitante et qui nous provoque un nœud à l’estomac. Une licence qui sera même parvenue à nous donner la sensation d’entendre ces monstruosités alors qu’il ne s’agit que de simples dessins.

Vous l’aurez sans doute compris, mais le plaisir est toujours intact à travers ce second volume. On peut même dire que Shinotori parvient à hausser un peu plus le niveau en accentuant ce sentiment de malaise tout en développant son fil rouge. Si vous avez apprécié le premier tome ou que vous cherchiez une courte histoire pouvant vous donner des sueurs froides alors cette épopée est idéale. Les cris d’agonie sont encore bien présents dans l’esprit des personnages et malgré tout, ils doivent continuer d’avancer sans même prendre le temps de pleurer les disparus. Un monde sans la moindre pitié où le plus important est de protéger cette unique vie pouvant tout faire basculer. L’effet est là et l’on ne peut alors s’empêcher d’imaginer le final horrifique que peut nous réserver le mangaka. Tous les scénarios que l’on pense semblent pencher vers une tragédie, car peu importe le résultat final, les morts ne pourront jamais revenir. Un récit tout simplement prenant et qui nous laisse avec encore quelques questions très intéressantes concernant son dernier acte. Quelles sont les véritables motivations de l’individu qui guident nos amis ? Quels dangers vont-ils encore croiser ? Existe-t-il réellement une solution à tout ce chaos ? Ce monde pourra-t-il redevenir comme avant ? Il va falloir attendre un peu pour finalement connaître la fin de cette série. Quoi qu’il en soit, on est convaincu que l’on va encore avoir le droit à notre lot de frissons.

N’hésitez pas à nous partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce second volume de Shinotori. Trouvez-vous que le récit parvient toujours à combiner effroi et gore ? Pensez-vous que l’on aura le droit à d’autres monstres ailés à l’avenir ? Croyez-vous qu’il soit réellement possible de sauver ceux qui ont été contaminés ? Quel est, à votre avis, le destin qui attend nos quelques rescapés ? Est-ce que l’ambiance du manga vous semble toujours aussi oppressante ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour pouvoir échanger, discuter et débattre autour de ce sujet 🙂

© 2017 Dr. Imu, Shueisha

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