Arakawa

Le Arakawa Universe

Vous étiez nombreux à avoir apprécié notre premier numéro concernant l’univers d’Hiro Mashima et on s’est donc dit qu’il serait intéressant de réitérer l’expérience à travers un autre auteur. Pour l’occasion, on voulait parler d’une mangaka qui nous a beaucoup marqués à travers ses œuvres. Il ne s’agit nul autre que de Hiromu Arakawa, la créatrice de titres célèbres comme FMA ou bien Silver Spoon. En plus de nous proposer des univers toujours aussi grandioses, la mangaka va aussi se démarquer au sein de la plupart de ses œuvres par une expérience qui lui est très personnelle. Un ressenti qui va s’étendre d’un manga à l’autre et s’exprimer à travers de multiples éléments. On va donc s’attarder aujourd’hui sur les quatre séries majeures qui ont façonné son parcours, disponibles chez Kurokawa, et qui ont une portée très importante dans le monde du manga, mais aussi d’un point de vue plus personnel à l’égard de l’autrice. Une rétrospective qui va raviver bien des souvenirs et nous amener vers une multitude d’horizons. Il est donc grand temps de se pencher sur toutes ces sagas qui forment le Arakawa Universe.

Fullmetal Alchemist – une oeuvre reconnue

Arakawa FMAIl est impossible d’évoquer Hiromu Arakawa sans évoquer le manga majeur qui l’a fait découvrir. On parle bien sûr de Fullmetal Alchemist qui fait clairement partie des grands classiques à présent. Ce qui est remarquable avec cette œuvre, vient du fait qu’elle est d’une richesse absolument incroyable. A la fois complète et fascinante, la mangaka signe ici une véritable pépite qui a su envoûter bon nombre de lecteurs à travers le monde. En fait, ce hit va être les prémices du style d’Arakawa qui va se diviser en deux grandes branches. La première concerne justement ce type d’ouvrage où tout un tas de sujets sont traités sans que cela ne dénature l’histoire principale. Le parcours des frères Elric va nous permettre d’observer un monde qui critique un régime avant tout militaire, la guerre et ses conséquences, mais aussi des thématiques plus psychologiques et philosophiques autour du principe de l’alchimie. En fait, il y a presque constamment quelque chose à découvrir ou redécouvrir quand on s’attarde sur Fullmetal Alchemist. Un manga d’une grande cohérence et où l’on va ressentir tout le souci du détail de la part de la mangaka qui ne laisse absolument rien au hasard. Tout est présent pour faire étalage des capacités de l’artiste au sein de cet univers. Qu’il s’agisse d’un aspect comique, un scénario sérieux et prenant, des personnages soignés et une créativité hors du commun, on est bluffé par rapport à tout ce qui a pu être introduit dans cette série. C’est aussi à travers ce monument du manga que l’on a pu aussi entrevoir certaines particularités qui vont s’inscrire dans le registre d’Hiromu Arakawa notamment au niveau des individus qu’elle met en scène. Peu importe la personne qu’elle va dessiner, on sent toujours cette envie d’en faire plus qu’un simple figurant au sein de son œuvre.

Il y a bien sûr des personnages secondaires, mais ils parviennent tous à raconter quelque chose de plus ou moins puissant. On n’a jamais cette impression que l’un d’entre eux n’est pas à sa place au sein de cet environnement florissant. Une richesse constante qui va nous faire vivre une aventure extraordinaire et qui est toujours aussi originale même après tant d’années. Un pari réussi pour la mangaka qui montre dans sa première série tout ce dont elle est capable avec aussi un trait qui va s’affiner et s’améliorer au fil des cases. On sent son désir de proposer des récits qui ne se cantonnent pas à une quête grandiose. Elle met un point d’honneur à ce que l’humain soit sur le devant de la scène et qu’il y ait toujours cette fragilité chez les protagonistes proposés. Il suffit de voir le parcours et l’évolution des frères Elric pour observer ça. Le simple fait d’avoir choisi des enfants comme personnages principaux permet de voir le monde à travers des yeux qui sont à la fois teintés d’une réalité sordide et d’une innocence qui va être mise à rude épreuve. Une volonté de mettre en scène des gens qui ont cet aspect un peu fantastique, mais qui brillent aussi par cette sincérité qui va impacter l’ensemble de cette expérience littéraire. On aurait alors pu se dire, à l’époque, que la mangaka allait continuer sur sa lancée en restant dans ce style qui semblait idéal. Pourtant, elle va surprendre une bonne partie de son lectorat peu de temps après en proposant deux œuvres très loin de ce que FMA proposait. Des titres qui vont conserver ce qui fait la force de la mangaka, mais à travers un décor bien singulier.


Nobles paysans – le récit d’une vie

Arakawa - nobles paysansNobles paysans n’est pas forcément le titre le plus connu de la mangaka alors que pourtant il mérite clairement que l’on s’attarde dessus. En effet, il va être très important pour entrevoir la deuxième particularité de l’auteure qui va ici utiliser l’humour et son personnage emblématique de vache pour raconter une histoire bien plus personnelle. Cette série n’est autre qu’un récit en partie autobiographique où elle évoque son expérience passée. On s’attaque ici à l’univers de la ferme et de tout ce qui entoure le quotidien de ceux qui en vivent. Faisant écho à son propre vécu, on peut entrevoir au sein de ces pages son désir de mettre en avant un domaine qui n’est pas si connu que ça du grand public. Un milieu qui l’a beaucoup marqué et dont ce manga est une première lettre d’amour tout en nous exposant les aléas qu’un tel choix de carrière peut amener. C’est donc la première fois que la mangaka se lance dans une série basée sur ce thème qu’elle va ensuite décliner à travers une autre licence que l’on abordera juste après. Voilà donc une œuvre qui change radicalement de FMA et qui se veut aussi plus légère dans le ton. Un élément qui était déjà présent dans sa grande saga avec son désir d’entrecouper les chapitres de plusieurs petits gags qui fonctionnaient très bien. Elle renoue donc avec cette comédie qui lui plaît énormément et dont elle se sert efficacement pour transmettre ses messages et exposer le contexte de son histoire.

On se rend compte alors l’importance pour cette mangaka d’avoir cette dose d’humour qui l’anime très souvent. Cela s’exprime à merveille dans Nobles Paysans sans pour autant être du comique pour du comique. Les situations drôles sont là pour amorcer des sujets intéressants et prouvent que le rire peut aussi être un formidable moyen pour ouvrir notre esprit à de nouveaux domaines. En plus de ça, on peut constater à travers cette œuvre l’habileté d’Arakawa pour justement être fantastique quand il s’agit de récit ambitieux et drôle ainsi que sincère même dans des titres plus petits. En dehors de tout ça, comme on l’a dit un peu plus haut, cette série est une invitation à découvrir un environnement dans lequel elle a grandi et qu’elle veut nous partager. Que cela soit les bons ou les mauvais moments, tout nous est présenté avec ce décalage qui caractérise tellement bien le caractère de l’artiste. D’ailleurs, Nobles Paysans est une licence qui est toujours en cours et qui est si personnelle à la mangaka que l’on sent son désir de ne pas se presser pour pouvoir raconter tout ce qu’elle a vécu sans ajouter la moindre fioriture. Ce manga n’est clairement pas le plus connu dans sa liste d’ouvrages, mais il est peut-être celui qui nous donne le plus d’informations sur ce qu’elle est en tant qu’artiste, mais aussi en tant que personne. C’est par la suite que l’on va tomber sur sa deuxième grosse série qui va prendre un ton bien radical par rapport à FMA et se rapprocher nettement de Nobles Paysans.


Silver Spoon – un hommage redoutable

Silver SpoonIl est grand temps de s’attarder sur Silver Spoon qui est un cas très pertinent à étudier au sein des travaux de la mangaka. Arrivant plusieurs années après Nobles Paysans, cette licence nous conte le quotidien de Yugo qui va rejoindre un lycée d’agronomie où il espère pouvoir se la couler douce tant il est intelligent. Un désir qui va rapidement s’effondrer quand il va voir que cette voie est bien plus éprouvante qu’il peut le penser. Vous l’avez compris, on reste ici dans le milieu de la ferme et cela fait donc résonance avec cette saga autobiographique qu’elle continue d’écrire. On ressent ainsi son désir d’approfondir ce domaine qui lui tient tant à cœur, mais à travers des codes plus proches de ce qu’elle a pu faire dans Fullmetal Alchemist. Si l’humour est toujours présent, étant l’un des principaux moteurs du style d’Arakawa, on est cette fois plongé dans une fiction totalement imaginaire qui va nous permettre d’apprendre en quoi consiste tout ce travail à travers les codes de l’école. Des éléments qui s’inscrivent dans un format bien connu des lecteurs et qui peuvent ainsi toucher un plus large public. On suit les péripéties de cet adolescent avec joie tant tout est bien construit. Le divertissement est particulièrement réussi et permet d’accompagner tout l’aspect instructif de ce manga qui nous ouvre à ce monde dont on ignore au final beaucoup de choses. Une licence qui va allier ce métier qui a façonné une partie de la vie d’Arakawa à des personnages qui brillent encore une fois par leur sincérité.

Il est aussi très intéressant de noter que le lycée où se passe l’action du scénario est basé à Hokkaïdo, le même lieu où Hiromu Arakawa nous raconte ses péripéties dans Nobles Paysans. Des similitudes qui montrent que ce dernier est presque comme un grand frère ayant tâté le terrain pour permettre à son cadet de s’exprimer à son tour, mais d’une toute autre manière. En dehors de ça, on retrouve ce qui fait aussi le charme des œuvres de la mangaka en nous présentant des individus à la fois touchants et d’une grande profondeur. Étant donné que Silver Spoon se déroule dans un contexte ancré dans la réalité, tout ce qui nous est présenté peut aisément nous parler notamment au travers de l’évolution de Yugo et de ce chemin qu’il va prendre tout au long de sa scolarité. La plupart du temps, on résume Hiromu Arakawa à Fullmetal Alchemist ainsi que Arslan Senki sans réellement parler de l’impact qu’a pu avoir Silver Spoon sur sa vision du manga et de ce qu’elle souhaite transmettre. Une saga qui a une place à part dans l’univers de l’auteure et qui est très importante pour mieux comprendre la personne qui est derrière toutes ces histoires. C’est pour ça qu’il est aussi très important de voir ce qu’un manga peut essayer de transmettre de la part de son créateur à ceux qui décideront de tenter l’aventure. Cette licence en est le parfait exemple en plus de toutes les qualités qu’elle peut avoir à côté en guise de divertissement.


Arslan Senki – un manga aussi imposant que complexe

Arslan - ArakawaOn finit donc ce tour d’horizon des œuvres de la mangaka avec son dernier titre en date (avant l’arrivée de sa prochaine série). Il s’agit d’Arslan Senki qui est adapté du livre Les Chroniques d’Arslan de Yoshiki Tanaka. On n’est donc plus ici sur une histoire originale, mais sur une interprétation de l’auteure de cette aventure littéraire où règne la guerre et les complots. Renouant beaucoup avec ces premiers travaux comme Fullmetal Alchemist ou Hero Tales, on se lance dans une épopée qui se veut rapidement grandiose. On sent pleinement les ambitions de cette licence qui n’a eu de cesse de s’étoffer au fil des tomes pour nous raconter le parcours éprouvant d’Arslan pour reprendre son trône. En s’attaquant à un univers aussi imposant, Arakawa va nous montrer qu’elle maîtrise l’aspect géopolitique, mais aussi une partie encore plus dantesque que l’on avait pu avoir par le passé. Il n’est plus question ici de seulement quelques individus, mais de royaumes qui se confrontent et où le destin d’un nombre incalculable de vies sont en jeu. On avait déjà pu avoir ce genre d’éléments dans Fullmetal Alchemist, mais cela servait surtout à nourrir les thèmes principaux de la licence. On n’était jamais témoin directement des conflits qu’il y avait pu avoir, car même Ishbal est présenté sous la forme de flashbacks et donc fait partie d’un passé que l’on n’a pas vécu. Là, on est au cœur de l’action et du grand bouleversement qui frappe ces régions.

On pourrait alors croire que le travail d’adapter une œuvre oblige à être totalement fidèle au produit d’origine sans pour autant faire quelques écarts, mais ce n’est pas vrai. Il suffit de lire Arslan Senki pour ressentir la patte artistique d’Hiromu Arakawa, que cela soit sur le plan visuel que sur certaines mécaniques de narration. On retrouve ce petit humour qu’elle apprécie tant et qui est si caractéristique de son style. A cela s’ajoute cette volonté d’enrichir des acteurs à travers une écriture qui est à la fois simple à comprendre et d’une grande richesse. En fait, quand on s’est attardé sur l’ensemble des œuvres de la mangaka, on ne peut s’empêcher de ressentir ce qui forme sa manière de s’exprimer. Il y a plein de petits détails qui nous sautent alors aux yeux et font que l’on retrouve cette forme d’art unique à cette grande mangaka. Dans notre précédente chronique, on parlait du fait que Mashima était un auteur qui avait clairement trouvé son terrain de jeu et qu’il ne cessait de vouloir l’étoffer tout en repoussant les frontières de son style. Arakawa prend un tout autre chemin où se mêle autant ce désir d’aventures grandioses que de travailler aussi sur des titres plus personnels. Elle a su rapidement imposer et façonner cette voie qui lui est propre où l’humour peut tout à fait côtoyer des thématiques plus sérieuses et graves. Une auteure qui joue habilement sur deux tableaux bien distincts et dont le point commun est sa passion exacerbée à mettre en scène des personnages qui vont parler au plus grand nombre.

On espère que cette petite rétrospective vous aura plu et bien évidemment, il s’agit de notre ressenti par rapport aux diverses œuvres de la mangaka. N’hésitez pas à nous dire en commentaires ce que vous avez pensé de cette chronique et aussi votre vision du travail d’Hiromu Arakawa. On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre sur le sujet.

© Arakawa Hiromu

One Comment

  • Nana Coubo dit :

    Bien évidemment, j’adore FMA et justement, c’est le taf qu’elle a fait sur ce manga qui m’a donné envie de m’intéresser à ses autres oeuvres en particulier Arslan.
    J’aime particulièrement, c’est que rien n’est laissé au hasard dans l’histoire (je prends les termes utilisé de l’article). Je sens qu’elle s’est même très bien renseignée concernant la Kabbale pour en faire la Porte de la vérité. Ce qui me fait vraiment du bien, c’est de constater que les personnages féminins sont mis en avant là. Elles sont toutes utilises et qu’importe leur âge et sont à l’égal des personnages masculins. Et puis son humour, je suis fan ! C’es pour cette raison que j’ai refusé de prendre la perfect edition du manga bien qu’elle soit magnifique. Ils ont carrément enlevé les petits blagounettes sous les protections des tomes et c’est dommage.
    J’ai hâte de découvrir ses autres œuvres qui me font de l’oeil !

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