Manga Horror Show-Monstres

Manga Horror Show : les monstres se déchaînent

Et oui, octobre est un mois très spécial étant donné que c’est la période d’Halloween. Si l’on est encore assez loin de cette fameuse célébration, on s’est dit qu’il serait intéressant de faire perdurer l’aura de celle-ci sur plusieurs jours. Ainsi, on a imaginé un tout nouveau rendez-vous, dont voici le premier numéro, afin de vous parler de certains aspects horrifiques dans le monde du manga. Cela peut être une œuvre précise ou simplement un élément propre à ce genre. Pour bien débuter, on avait envie de traiter de ces êtres qui envahissent parfois nos lectures et nous font vivre un véritable cauchemar. Les monstres et autres créatures surnaturelles dans les mangas sont légion et sont souvent au cœur de multiples histoires. Si l’on peut souvent retrouver des classiques avec les éternels zombies, vampires et autres entités légendaires, il arrive parfois que l’on tombe sur des surprises sanglantes. Cependant, quel est notre rapport avec cette branche si particulière de l’horreur ? Il est grand temps d’y répondre et de voir ce qui peut se cacher derrière ces bêtes souvent assoiffées de sang. On espère que vous n’êtes pas trop effrayé à l’idée de nous suivre dans ce périlleux voyage !

Une peur bien différente

Manga Horror Show - 5 minutes forwardDe tout temps, les monstres ont pris une place considérable dans l’imaginaire collectif. On pourrait remonter à bien plus loin que l’arrivée des mangas, et même transposer ça sur d’autres formes d’expression telles que le cinéma ou le jeu vidéo. Cependant, on peut se demander pourquoi on aime autant se faire peur avec des êtres imaginaires ou que les artistes apprécient de donner vie à des créatures qui sont là pour nous donner des sueurs froides. Pour notre part, il y a toujours un certain plaisir à découvrir ce que l’esprit humain peut concevoir comme entité qu’elle soit bénéfique ou maléfique. Ainsi, contrairement à des peurs bien concrètes qui peuvent nous assaillir à tout moment dans notre quotidien, être en contact avec ces figures fictives va éveiller en nous une crainte toute particulière. On a beau savoir que tout cela n’est pas réel et que tout sera terminé au moment de tourner la dernière page, on peut avoir une fascination liée à notre angoisse devant tout ça. L’imaginaire rentre alors beaucoup en ligne de compte ici pour susciter un effroi qui dépasse les frontières de la compréhension humaine. Le lecteur se retrouve directement face à quelque chose qu’il ne peut expliquer. C’est ce détail qui va grandement jouer sur l’impact que peut avoir un monstre dans un récit horrifique qui dépasse les lois naturelles pour imposer son propre cauchemar. L’inquiétude vient de l’incompréhension et du fait que toute logique disparaît face à une bête qui débute son carnage parmi les vivants. Tout est alors une question d’exposition afin que l’on puisse aisément se transposer à la place des protagonistes et que l’on puisse entrevoir les peurs qui assaillent leur esprit au moment où la raison leur dicte de fuir.

Là où dans certains titres ont fait face à une menace qui nous semble plausible et nous touche profondément, ces monstres vont jouer sur notre inconscient. C’est aussi très souvent pour ça que l’on nous les présente souvent, dans un premier temps, comme au-dessus de l’être humain. Des entités pour qui l’Homme n’est qu’une simple fourmi et peut le balayer d’un revers de la main. Comme dit un peu plus haut, on peut citer toutes ces figures emblématiques de l’horreur, mais aussi des menaces bien plus originales. A côté des démons et autres êtres mortels peuvent se tenir des statues de Bouddha, des poissons rouges, des mascottes, un singe maudit ou même des cafards mutants. Une large variété de créatures qui n’a de limites que la créativité de l’artiste tenant le crayon. Cela peut paraître étrange au premier abord de voir de tels adversaires au sein du récit, mais tout est pensé pour que l’interrogation des premières minutes laisse ensuite place à une angoisse bien présente. C’est aussi souvent pour ça que l’arrivée de ces êtres cache un véritable travail d’écriture et de mise en scène. Il faut toujours que l’on ait ce questionnement nous assaille avant que l’enfer ne finisse par s’abattre devant nos yeux. D’ailleurs, à ce moment précis où le surnaturel croise le réel, le refus d’accepter l’impensable est souvent représenté par les personnages qui ne vont prendre conscience du danger qu’une fois que le mal est déjà fait. Une entrée en matière qui va rythmer l’ensemble de notre expérience au sein de ces titres horrifiques où le monstre prend le pas sur tout le reste. Cependant, cette branche si spécifique du récit horrifique n’a pas forcément l’effet escompté sur les lecteurs qui se sont habitués à ses codes. On bascule alors dans une autre facette de ces titres très spécifique.

Un style qui peut faire sourire

Voilà l’un des points qui est particulièrement intéressant à analyser et à essayer de comprendre. En effet, cela fait maintenant quelques années que le récit de monstre peut sembler avoir perdu de son aura. En proposant des codes souvent bien connus des lecteurs chevronnés, ces derniers ne ressentent plus forcément le même frisson qu’avant. D’ailleurs, il arrive même que cela suscite le sourire chez ceux qui ont très bien compris comment allait fonctionner tel récit. Outre le fait que l’on est parfois plus surpris par l’originalité et l’absurdité même de certaines créatures, cette peur qui s’efface peu à peu représente très bien ce que l’on disait un peu plus haut. Les êtres surnaturels peuvent susciter l’effroi tant que l’on ignore totalement comment va se construire leur présence, mais aussi les lois qui peuvent régir leur existence. Le fait d’accumuler les expériences littéraires de ce type fait que cette ignorance est comblée par toutes ces aventures passées. Une manière de se prémunir de l’angoisse que l’on devrait ressentir et ainsi avoir les armes nécessaires pour amoindrir la menace devant nous jusqu’à même devenir une sorte de jeu où l’on imagine tout ce qu’il va se passer à l’avance ou bien les prochaines victimes de ces créatures. C’est un constat que l’on a pu voir dans de nombreux formats comme le cinéma qui a connu ça avec la période des slashers. La connaissance devient un atout imparable pour se prémunir du frisson que l’on est censé ressentir. Pourtant, cela ne signifie pas que ce style précis n’a plus rien à raconter. Bien au contraire, c’est parce qu’il a connu cette situation qu’il doit maintenant essayer de proposer des éléments inédits venant briser cette monotonie qui s’est installée. On aborde alors un point très important et captivant de ce type de manga.

Quand on y pense, il n’y a pas de réelles limites dans la création d’un monstre mise à part l’imagination du mangaka. C’est pour ça que l’on peut se retrouver avec des adversaires qui nous semblent totalement surréalistes, mais qui vont justement jouer là-dessus pour créer un contraste déroutant. Cela peut faire partie intégrante d’un immense délire ou s’inscrire comme un élément important dans l’intrigue. Il a donc fallu réinventer une narration qui pouvait devenir redondante en accentuant encore plus le côté étrange de ces monstres. D’ailleurs, ces derniers ne s’incrustent pas forcément dans des œuvres qui se veulent totalement tournées vers l’horreur. C’est par exemple le cas pour le très bon Monkey Peak et son fameux singe géant qui va s’en prendre à ce groupe parti faire une randonnée en montagne. Dans ce manga, cet adversaire nous est montré comme particulièrement retors, mais aussi rusé. Doté d’une force extraordinaire, il ne va pourtant pas foncer dans le tas et va ainsi presque donner ce sentiment de jouer avec ses cibles. Contemplant d’un œil attentif ce troupeau d’humains apeuré, il attend juste le bon moment pour frapper. Une approche plus portée par cette inquiétude de savoir quand il va frapper en parvenant même à transformer ses apparitions en une sorte de banalité, car on sait qu’il est toujours là. Voilà un exemple parmi tant d’autres d’utilisation de cet élément narratif et scénaristique qu’est le monstre pour le conduire sur un terrain différent de ce que l’on peut avoir l’habitude de lire. Que ce soit en nous déstabilisant par une apparence étrange, en faisant de cet opposant une menace constante ou bien un être supplantant l’ensemble des êtres humains, il y a toujours un moyen de capter notre attention.

La crainte vient de l’incompréhension

Manga Horror Show-Shibuya HellOn l’a souvent évoqué tout au long de cette chronique, mais il est important de s’attarder plus en détail sur l’origine de cette peur et la manière dont elle est retranscrite par les mangakas. Comme dit un peu plus haut, ce qui fait que l’on craint ces monstres, entités, créatures surnaturelles vient du fait qu’elles dépassent toute forme de logique. On ne peut donc pas les cerner ni même essayer de comprendre comment ils fonctionnent. Ce qui fait que l’on se retrouve dans la même situation que les héros que l’on suit et qui vont devoir, dans un premier temps, survivre à tout prix en ignorant totalement de quoi sont capables ces ennemis. On sent donc clairement le fait que le couperet peut tomber à tout instant et c’est justement ça qui fait toute la force des premiers chapitres de ce type de séries horrifiques. On retient notre souffle et les personnages que l’on pouvait croire comme importants ne sont finalement jamais à l’abri d’une mort prématurée. Ce n’est souvent qu’après de nombreux sacrifices que l’on peut finalement déceler une faille pour espérer renverser la vapeur ou que nos héros puissent enfin se sortir d’une situation aussi périlleuse. L’objectif pour conserver l’impact de ces adversaires est que les protagonistes, mais aussi le lecteur, se retrouvent dans un contexte de tension constante. Le fait de réussir à établir une atmosphère pesante permet justement d’empêcher chacun de réfléchir normalement et ainsi établir une stratégie immédiate. Les erreurs font ainsi partie intégrante de cette expérience mortelle face à ces opposants qui chassent leur proie sans la moindre hésitation. C’est fascinant de voir comment l’artiste va réussir à créer ça par rapport aux spécificités de son histoire, mais aussi les capacités propres à ses créations. Une même tension, mais amenée à travers des chemins bien différents.

C’est donc toujours une question de rapidité au sein d’un de ces contes pour savoir qui l’emportera entre le monstre et les héros qui doivent s’adapter à ce qui se trouve devant eux. Cependant, il arrive parfois que même la connaissance ou l’acquisition d’armes puissantes ne suffisent pas pour venir à bout de ces ennemis. On peut citer par exemple Terraformars où ces cafards mutants vont réussir à faire jeu égale, et même supplanter par moment les divers combattants qui constituent le groupe que l’on suit. Il est crucial pour l’auteur de toujours jouer avec l’espoir du lecteur et des personnages pour justement nourrir en continu la peur autour d’une œuvre. Ce qui fait que même une victoire peut rapidement se métamorphoser en défaite pour montrer que ce que l’on pensait être bon n’est au final pas suffisant pour mettre fin au cauchemar. De même, la fin d’une série de ce genre peut aussi instaurer le doute dans l’esprit des spectateurs qui se demandent si toute cette joie ne va pas être de courte durée. Tout le parcours pour conduire à l’éventuelle disparition de ces créatures infernales a été aussi pensé pour que l’on se dise, même après la dernière page, que rien n’est vraiment sûr. Il faut donc au mangaka beaucoup d’imagination et de talent pour réussir à préserver ce climat de terreur et de panique tout au long de son aventure et que cela imprègne totalement l’expérience du lecteur. Pour cela, on peut citer des ennemis qui changent de forme, de tactiques ou même évoluent au fil des pages. Il y a aussi la question du lieu où tout se passe, du nombre et de l’apparence de cette menace qui va jouer sur la construction de l’intrigue. Des œuvres qui se façonnent autour de ce mal et qui doit être à la hauteur de cette aura funeste qui l’entoure.

Du gore, mais pas seulement

Voilà un point qu’il est important de souligner, car c’est quelque chose qui revient souvent. On dit fréquemment qu’il y a les récits horrifiques qui nous happent par leur ambiance et ceux qui souhaitent nous écœurer par un enchaînement de morts particulièrement sanglant. Deux aspects différents pour provoquer la peur, mais qui ont le même but qui est de nous terrifier. Dans ce domaine, les monstres sont souvent rattachés à la seconde catégorie et c’est encore plus vrai maintenant. Il suffit de voir du Starving Anonymous, du Shibuya Hell ou du Pygmalion pour en être témoin. Cependant, cela s’inscrit aussi très souvent dans cette démarche de construire une menace bien plus grande que tout ce que l’on pourrait connaître réellement. Là où les autres titres souhaitent nous rapprocher d’une crainte progressive, ici tout est une question de spectaculaire pour justement souligner le côté inhumain de ce que l’on a devant nous. Un désir de la part de celui ou celle qui a imaginé ces êtres funestes de les faire paraître encore plus terrifiants qu’ils ne le sont déjà. L’effroi se mêle ainsi à d’autres sentiments tels que le malaise ou un sentiment d’impuissance. Face à une telle cruauté, les personnages doivent souvent prendre conscience du fait qu’ils ne sont plus au sommet de la chaîne alimentaire et qu’ils ne sont plus que des proies face à des entités bien plus redoutables que ce que peut être l’Humanité. Si l’on peut souvent considérer, à tort ou à raison, que le gore est une facilité scénaristique permettant de créer un titre où l’on se sent mal, il faut aussi entrevoir ce que cela peut apporter en matière de construction pour certains éléments de l’histoire. Sur ce point, certains mangas y arrivent très bien et permettent donc de nous scotcher tout en insufflant cette impression d’insécurité constante.

Les images des morts brutales s’inscrivent dans notre esprit tout autant que dans celui des protagonistes qui savent pertinemment ce qui peut leur arriver s’ils se font attraper. Dans un sens, cette exagération d’hémoglobines et de scènes macabres peut autant renforcer l’aspect dégoûtant désiré que créer un sentiment de recul à l’égard de la lecture. Un pari pouvant être à double tranchant, mais qui est loin d’être anodin comme choix. Après tout, on observe des créatures qui dépassent l’être humain en matière de force, de cruauté et de robustesse. Il y a même presque l’image d’un prédateur suprême qui vient renverser l’ordre établi. Il y a donc fréquemment ce souhait de la part de l’auteur d’amener les gens à un stade qui leur est inconnu. Il est donc important de voir à quel point le gore peut être utilisé non pas uniquement pour ajouter un aspect malsain à une œuvre, mais aussi pour souligner l’écart entre le monstre et l’être humain. Un outil comme un autre dans les mains d’un auteur qui doit juste savoir comment bien l’utiliser pour souligner ce qu’il souhaite et faire paraître plus grande sa création. Il faut alors tenter de prendre du recul pour voir si tout cela s’inscrit dans une intention particulière ou bien s’il s’agit d’un artifice pour simplement accentuer le dégoût du lecteur pour cette aventure sinistre et violente.

L’importance des monstres

Ce que l’on souhaitait analyser à travers cette chronique, c’est la manière dont cet élément, souvent central, dans les récits horrifiques a une importance considérable. S’il est vrai qu’il s’agit régulièrement du principal attrait que l’on peut avoir dans ce type de lecture, il faut comprendre aussi pourquoi. On prend plaisir à se faire peur et surtout à se confronter à des êtres qui dépassent le cadre de la logique. Au sein de ces ouvrages, on se confronte à ce que l’imagination humaine peut créer de plus bizarre, mais aussi de plus terrifiant. Chacun y met sa petite patte artistique ce qui fait que même si certains codes sont connus, cela ne nous empêche pas de passer un bon moment. Après tout, ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir à quel point la créativité de certains auteurs peut les conduire à donner vie à des bêtes que jamais on n’aurait pu imaginer un jour voir en action. A l’image d’un docteur Frankenstein qui met tout ce qu’il a dans sa création, ces auteurs font de même en essayant de mettre en scène ce à quoi ils pensent, mais aussi d’en faire une menace à ne pas prendre à la légère. Les monstres ont une place importante dans l’univers du manga et il est évident qu’ils seront toujours bien présents à attendre les quelques lecteurs qui oseront s’aventurer au cœur de leur antre de papier. Il y a bien plus à observer dans ces séries que simplement contempler un monstre faire un carnage parmi les vivants. Il existe de multiples façons de susciter la peur à travers une entité qui dépasse les frontières de la compréhension humaine et qui joue sur notre incertitude pour créer un écart terrifiant entre notre ignorance et son objectif.

On espère que ce nouveau rendez-vous vous aura plus et qu’il sera parvenu à vous apporter un autre regard sur cette facette de l’univers des mangas horrifiques. A travers cette chronique, on avait à cœur de mettre en avant des sujets qui sont finalement peu traités à travers notre propre vision de ces thèmes. L’effroi peut prendre bien des formes à travers une lecture. Cela peut s’exprimer par le grotesque, le sang, la violence, l’angoisse, mais aussi par l’incompréhension de ce qui se passe. Réussir à éveiller la peur est quelque chose de très compliqué étant donné que l’on est tous réceptif de façon différente à ce que l’on voit. C’est justement pour ça qu’il est captivant d’admirer le travail des mangakas pour voir si leur vision d’un cauchemar peut nous toucher ou non. La crainte qui peut alors nous assaillir se mélange à une singulière curiosité de comprendre et décortiquer tout ce qui fait cet opposant macabre. L’envie d’en savoir davantage est souvent plus forte que le désir de fuir à toutes jambes un danger aussi grand au sein de ces ouvrages. Le manga fourmille d’histoires captivantes pouvant nourrir un tas de sujets variés et qui contribuent à faire perdurer l’expérience de tous ces périples. Le Manga Horror Show est loin d’être fini, car on se retrouve dès samedi prochain pour un numéro inédit qui mettra à l’honneur une peur bien plus palpable. Mais avant de vous laisser vaquer à d’autres occupations, dites nous quel est votre monstre préféré au sein de l’univers manga !

Manga Horror Show - Monkey Peak

2 Comments

  • Vialyli dit :

    Très bonne chronique. Je ne sais pas si j’ai un monstre préféré, mais j’ai apprécié ceux de Claymore, ou encore de Tokyo ghoul. Sinon, petite question, est-ce que tu considère, Jigoku shoujo comme un récit horrifique 🤔 mer de ta réponse 😁.

    • EspritOtaku dit :

      Merci beaucoup pour ton compliment et heureux que l’article t’ai plu 😊

      Pour répondre à ta question, oui je considère Jigoku Shojo comme étant un titre jouant sur l’horreur 😉

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