Masked Sheep

Masked Sheep T1 : le fardeau de ceux qui restent

Ce qui est génial avec le monde du manga, c’est qu’il peut toujours nous réserver des surprises. Même en étant au fait d’une grande majorité de l’actualité, il arrive que l’on tombe sur des œuvres qui comblent cette curiosité qui nous anime. Des récits où l’on ignore ce qui nous attend et qui finissent par nous offrir des expériences marquantes. C’est le cas de la série que l’on aborde en ce jour et qui vient de faire son entrée dans le catalogue d’Omaké Manga. Il s’agit de Masked Sheep dont le premier volume est tout juste sorti. A la base, la couverture de cet ouvrage nous donnait le sentiment que l’on allait plonger dans un scénario horrifique. Mais après avoir commencé à lire, on s’est rapidement rendu compte de notre erreur. Se voulant très ancrée dans le réel, cette licence désire amener sur la table des sujets loin d’être joyeux. Un conte qui nous plonge dans la peine qui peut ronger le cœur de chaque être humain et le conduire à faire des choix aux terribles conséquences. Quand la mort entre en scène, les larmes ne peuvent s’empêcher de couler. On espère donc que vous êtes prêts à découvrir un contrat aux lourdes conséquences.

Une offre diabolique alléchante

Masked Sheep T1Masked Sheep, imaginé par Ryosuke Funaki, nous emmène au Japon. Dans ce pays comme partout sur le globe, la perte d’un être cher est un sujet difficile. Chacun fait de son mieux pour tourner la page et faire son deuil. Malheureusement, beaucoup n’y arrivent pas. Ils se retranchent dans leurs souvenirs et ne peuvent plus imaginer la vie sans la personne disparue. Une tristesse sans nom qui fait malheureusement partie intégrante de l’existence. La mort finit toujours par emporter ceux qui croisent sa route. Pourtant, quelque part dans un lieu tenu secret, un miracle est sur le point de se produire. Ceux qui sont enfermés dans cette détresse peuvent entrer en contact avec une étrange organisation qui reste à l’abri des regards. Planqué dans un bâtiment qui semble désert, il faut alors suivre un long chemin pour finalement rejoindre ces étranges individus. Il est dit que ceux qui décident de pénétrer dans ce sous-sol font la connaissance d’une personne portant un étrange masque. Celle-ci fait alors une proposition particulièrement difficile à refuser. En effet, elle a une solution pour combler ce vide qui ronge ces âmes perdues. A travers la science et des recherches poussées, il est possible de soulager cette peine et de donner l’impression que rien n’a changé. La peur de la mort s’estompe petit à petit, mais cela a forcément un prix. Les gens qui choisissent d’accepter ce marché doivent être prêts à payer le prix. Il n’est pas tant question d’argent que de garder le secret.

Réussir à tromper la grande faucheuse a forcément un coût et il est important qu’aucune information ne sorte de ce sous-sol. Un contrat est alors signé entre les deux parties et il est crucial que le visiteur ne cède pas à la tentation de tout dévoiler sous peine de connaître une terrible sanction. Si cette entreprise peut donner l’impression d’apporter du bonheur, elle affiche aussi un autre visage bien plus sinistre. Aucun obstacle ne peut se mettre en travers de leur route quitte à s’en prendre directement à ceux qui ne respectent pas les règles. Kato, un homme désemparé, décide de faire appel aux services de ce groupe de l’ombre. Cherchant absolument à retrouver celle qu’il chérissait tant, il ignore alors l’enfer dans lequel il va se plonger. Le désespoir peut pousser les gens à commettre l’irréparable et c’est exactement le cas pour lui. Alors qu’il est prévenu des nombreuses clauses de ce contrat, la souffrance est telle que l’on ne fait que peu attention à ce genre de détails. Des petites notes qui peuvent pourtant détruire une vie. Le voilà maintenant prêt à démarrer une nouvelle existence où le bonheur semble encore possible. Mais il doit faire gaffe à ne rien ébruiter. Après tout, il faut toujours faire attention à ce que l’on signe, car le diable se trouve dans les détails. Dès l’instant où l’on descend ces escaliers, il n’y a qu’une seule chance d’en ressortir sans le moindre problème. Malheureusement pour beaucoup, il est déjà trop tard. La question est maintenant de savoir si oui ou non Kato va finir par rompre ses obligations.

On a eu un premier contact très spécial avec ce premier volume de Masked Sheep. En effet, avant même de connaître le contexte de cette histoire, on avait ce sentiment d’avoir devant nous un récit porté sur l’horreur. Finalement, c’est une toute autre expérience que l’on a eu et qui a su nous surprendre totalement. Abordant de nombreuses thématiques difficiles et pourtant importantes, le mangaka utilise à merveille la science pour parler de certaines dérives. C’est quand la peine nous submerge que l’on peut se résoudre aux solutions les plus improbables pour retrouver un semblant de bonheur.

Une réflexion pertinente sur la mort

Quand on a commencé à lire Masked Sheep, on a été agréablement surpris par la tournure que prenait l’intrigue. Rapidement, le titre est parvenu à se démarquer de cette aura presque horrifique qui collait aux premières pages pour partir sur un récit underground inattendu. Ce manga instille un petit sentiment d’effroi tout au long de cet acte introductif, mais va clairement tirer toute sa force des thématiques qu’il aborde. Ce qui a retenu toute notre attention, c’est la manière dont le mangaka s’approprie cette peine que l’on a tous connu ou va connaître un jour devant la perte d’une personne à qui l’on tenait. On se retrouve immergé dans l’esprit de ces gens désemparés qui n’arrivent tout simplement pas à avancer. Les souvenirs se transforment en véritables lames de rasoir et il est alors impossible d’oublier ceux qui ne sont plus là. C’est en nous amenant du côté de ces individus incapables de faire leur deuil que l’auteur va ensuite tisser le grand mystère de son récit en cette organisation secrète. Tout nous indique qu’ils sont des êtres peu recommandables, préférant se cacher du reste du monde pour mener à bien leurs travaux. Des scientifiques qui se présentent comme des être qualifiés, mais dont les recherches nous donnent un sentiment de malaise tout au long de notre lecture. Il en est de même pour cette personne qui accueille les invités derrière un masque peu rassurant. Tout est pensé pour que l’on tire la sonnette d’alarme et que la méfiance s’installe très rapidement.

Pourtant, tous ces éléments censés prévenir d’un danger ne sont rien face à la détresse de ces “clients”. On nous compte avec brio un désespoir qui fait perdre tout sens de la logique et où la moindre solution, peu importe ce qu’elle engendre, est bonne à prendre. En abordant cette douleur à travers le prisme de ces âmes perdues, l’artiste réussit à nous faire partager leur désarroi, mais aussi à nous faire comprendre leurs agissements. Même si l’on est conscient du côté illégal de ce qui se passe dans ce sous-sol, on se questionne sur ce que l’on ferait à leur place. C’est aussi ça que le manga veut créer. Une volonté de pousser à la réflexion un lecteur témoin d’une profonde solitude qui ne peut être comblé étant donné que c’est la mort elle-même qui l’a provoquée. De tout cela va ensuite découler la cerise sur le gâteau avec le traitement de la science au sein de ces cases. Si celle-ci peut changer la face du monde, elle amène aussi des problématiques qui vont à l’encontre de l’éthique même. On peut aussi dire que cette série souhaite mettre en avant des individus cherchant à briser le principe même de la vie en apportant un substitut à celle-ci. Poussé par des objectifs pouvant être louables à la base, on nous présente ici une déchéance de ces recherches qui entraînent finalement plus de mal que de bien. Masked Sheep se transforme alors en une fresque d’une richesse insoupçonnée où le thème n’est autre que la peur de la mort et ce qu’elle entraîne chez ceux voulant briser ce cycle.

Réussissant habilement à tromper notre première impression, Masked Sheep nous délivre un premier volume fort prometteur dans son écriture. Un récit voulant à la fois montrer la détresse des gens face à la mort et qui sont prêts à se réfugier dans une solution loin d’être viable. Une démonstration de ce que le clonage peut engendrer et pas uniquement sur le plan éthique, mais aussi personnel. On est alors emporté dans ce faux espoir qui est présenté et qui cache en réalité une descente toujours plus profonde dans la détresse humaine. Une lecture qui pousse à la réflexion autant qu’elle nous tient en haleine.

Masked Sheep dévoile son vrai visage

Comme on l’a dit au cours de la chronique, Masked Sheep a été une énorme surprise. On ne s’attendait pas du tout à ce que le manga puisse prendre une telle tournure. C’est aussi pour ça que ce premier volume a su être aussi efficace sans pour autant développer énormément son intrigue. Tout se joue sur ces diverses thématiques qui vont jalonner notre parcours. Dans un sens, le mangaka réussit habilement à impliquer le lecteur dans son récit tant celui-ci peut s’adresser à n’importe qui. En utilisant la mort comme élément central à son œuvre, il nous met face à une situation que l’on peut connaître à la perte d’un être cher. Il y a donc une forte transposition qui se fait et qui rend cette aventure encore plus saisissante. Une introduction qui nous fait nous demander ce que l’on aurait fait face au choix qui s’offre à ces individus. L’espoir de retrouver le disparu se confronte à celle de réussir à tourner la page. Une opposition incroyablement bien retranscrite tout au long de ces pages où l’on ne cesse de vaciller en se mettant à la place du personnage. De plus, la série va aussi aborder la science et ses dérives notamment au sujet du clonage. Un thème assez peu exploité et qui trouve ici un sens tout à fait pertinent. On se demande jusqu’où ces savants sont prêts à aller pour obtenir le résultat escompté. Une escalade dans la tension qui rend cette première partie aussi oppressante que fascinante. C’est une belle mise en bouche que nous propose le mangaka et qui suscite notre intérêt pour le futur de la licence.

En lisant ces quelques lignes, vous aurez rapidement compris que l’on a été séduit par la proposition de Masked Sheep. En prenant un contexte qui peut s’adresser au plus grand nombre et l’amener à travers un prisme peu traité de nos jours, cette licence fait une remarquable entrée. Sans même s’en rendre compte, on est happé par cette histoire où la tristesse est ce qui guide les pas de ces pauvres âmes cherchant un tant soit peu de réconfort. Un désespoir qui va les amener à faire un pacte qui ne semble pouvoir les conduire qu’à encore plus de souffrances. Cet ouvrage pourra plaire à tous ceux qui aiment les séries traitant de la psychologie humaine et de la science d’un point de vue où l’éthique n’a pas sa place. Il est aussi important de souligner que l’on fait face à une saga qui s’annonce comme courte étant donné qu’elle se termine au Japon avec son sixième tome. Cela donne suffisamment le temps d’explorer les problématiques abordées dans ce premier volume sans forcément trop s’étaler dans le temps. Maintenant, il faut aussi aborder les questions que l’on se pose après avoir tourné la dernière page. Est-ce que notre jeune homme va finalement prendre conscience de ce que ce projet est en réalité ? Allons-nous comprendre qui est vraiment cette personne derrière le masque ? Quel est l’objectif final de ce groupe de l’ombre ? La chute finira-t-elle par s’arrêter pour ces malheureux qui désiraient juste retrouver un peu de bonheur ? Il nous tarde d’en savoir plus.

N’hésitez pas à partager dans les commentaires votre propre avis ainsi que votre ressenti concernant ce premier volume de Masked Sheep. Trouvez-vous que le manga parvient à aborder des sujets intéressants ? Est-ce que le domaine du clonage peut être un très bon terreau pour raconter une histoire prenante ? Avez-vous été happé par la noirceur de cette affaire et des gens qui mettent en place ces recherches ? Pensez-vous que l’on continuera d’aborder la question du deuil et de la perte d’un être cher à travers les prochains tomes ? Qu’attendez-vous pour la suite de la licence ? On reste à votre disposition pour échanger, discuter et débattre autour de ce sujet.

© 2019 Funaki Ryosuke, Takeshobo

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