Pourquoi-j’aime-#60---Karakuri Circus-2

Pourquoi j’aime #60 : Karakuri Circus

Je profite du fait que Kazuhiro Fujita est pas mal dans l’actualité pour dédier un numéro de “Pourquoi j’aime” à son œuvre phare. Je parle bien sûr de Karakuri Circus dont on peut retrouver l’édition perfect chez Meian. Si je connaissais déjà le talent du mangaka avant celle-ci à travers certaines de ses précédentes séries, cette saga a su renforcer tout l’attrait que j’avais pour ses histoires. Le genre de lecture où tu te demandes bien dans quoi tu t’embarques pour finalement ne plus avoir envie de lâcher les tomes. Voilà sûrement l’un des mangakas dont je suis le plus bluffé par sa créativité et qui sait sans cesse se renouveler pour créer des titres atypiques et saisissants. Et s’il peut parfois être compliqué de pitcher l’intrigue de notre sujet du jour, cela n’empêche pas celui-ci d’avoir moults qualités dont je vais m’empresser de vous parler. Derrière les marionnettes géantes et la lutte de pouvoir qui sera au premier plan, ce conte est encore plus profond qu’il n’y paraît. Je vous invite donc à me suivre pour vous parler de ce qui fait que j’aime autant cette licence.

Celui qui tire les ficelles

Karakuri Circus - Meian

Pour bien commencer, et cela ne concerne qu’une partie du manga, Karakuri Circus se distingue par son système de combat basé sur ces fameux automates. Des marionnettes mécaniques ultra-sophistiquées qui transforment chaque affrontement en un spectacle visuel et stratégique. Ce qui est génial, c’est qu’il y a une telle diversité au sein de ces pantins que l’on a constamment du renouveau dans l’action. Les combats ne sont pas de simples échanges de coups : ce sont de véritables chorégraphies où stratégie, timing, inventivité et improvisation se mêlent. Kazuhiro Fujita excelle à rendre ces batailles lisibles, dynamiques et souvent poétiques, avec des doubles pages magnifiques montrant les fils, les engrenages et les mouvements fluides. Le manga réussit l’exploit de rendre passionnants des combats entre marionnettes tout en leur donnant une véritable profondeur émotionnelle. C’est déjà quelque chose que je tiens à souligner tant le mangaka sait faire preuve d’une créativité sans borne dans chaque aspect de son récit. On est déjà impressionné par la prestance et l’imposante stature de ces créations, mais on va être encore plus happé dès lors que l’on prend conscience de tout ce qu’elles sont capables de faire. Oui, les marionnettes ne sont pas forcément une manière de combattre qui peut intéresser au départ. Et pourtant, l’auteur y arrive avec une aisance absolument déconcertante. Dès l’instant où l’on pose les yeux sur le premier de ces automates, on a qu’une envie qui est de voir tous ceux qui viendront après. De même, il y a constamment une volonté de renouveler ces êtres faits d’engrenages, d’acier et de bois. Ce qui fait que même quand on pense être habitué à cette proposition, on est toujours autant ébloui par l’action qui se déroule devant nos yeux.


Une intrigue complexe, ambitieuse et très bien construite

Karakuri Circus T4

Sur l’ensemble de ces volumes, Karakuri Circus développe une intrigue dense, longue et extrêmement cohérente. L’histoire commence comme une quête de vengeance et de survie pour le jeune Masaru, puis s’élargit progressivement vers une conspiration vieille de plusieurs siècles impliquant des familles de marionnettistes, des organisations secrètes, des malédictions et un conflit vieux de plusieurs siècles. Fujita plante des indices dès les premiers tomes qui trouvent leur résolution bien des chapitres plus tard. Le scénario mêle habilement mystère, action, drame et révélations philosophiques sans jamais perdre le lecteur. C’est justement remarquable de voir comment l’auteur se joue de nous. Car oui, tout le fil rouge que l’on nous tisse au début de l’aventure n’est finalement qu’une infime partie d’une fresque bien plus grande. Les enjeux ne cessent de grandir au même titre que les protagonistes. C’est formidable de voir à quel point Fujita a cette faculté à enchaîner les intrigues sans que jamais le lecteur ne se sente perdu. Au contraire, on est emballé de voir que tout ce que l’on pensait suivre cache en réalité une vérité bien plus sombre. Ce qui fait que l’on a le droit à des arcs qui ne cessent de prendre de l’ampleur par rapport aux précédents sans que ce soit forcément juste de la surenchère. Au contraire, tout s’emboîte parfaitement à tel point que chaque révélation que l’on découvre va chambouler notre regard sur l’ensemble de cette œuvre. Rien que tout l’arc centré sur le cirque de minuit est un petit bijou de construction, de tension et d’émotions tant on va être pris dans le combat contre ce groupe. Ce qui débute comme une lutte de pouvoir au sein d’une famille richissime va finir par se transformer en une quête beaucoup plus profonde et grandiose où le destin de nombreuses vies est en jeu.


Un casting quatre étoiles

Karakuri Circus T7

Impossible d’évoquer Karakuri Circus sans parler des nombreux personnages qui jalonneront son intrigue. Ce casting est l’un des plus grands atouts de l’œuvre et sûrement l’un de ceux que je préfère. Pour ça, il suffit juste de poser les yeux sur notre trio initial pour voir le soin que l’auteur apporte à l’écriture de chaque figure de son récit. Narumi, par exemple, est un modèle de protagoniste dont l’évolution va retenir toute notre attention. On voit ici un pratiquant de kenpo atteint d’une maladie rare qui se retrouve embarqué dans une affaire qui le dépasse. Et malgré ça, il reste fidèle à ses principes en venant en aide à Masaru face à des ennemis qui semblent invincibles. Il va nous offrir des moments absolument géniaux où l’on va le voir toucher le fond, se relever et même connaître l’enfer tout en continuant d’avancer. Pareil pour notre jeune garçon qui semble inoffensif et le stéréotype du gamin qui doit compter sur les autres pour avancer. Pourtant, on va le voir grandir, prendre en assurance et lutter de toutes ses forces pour prendre en main son futur. Une véritable leçon d’écriture qui s’étend aussi à Shirogane, gardienne de Masaru, qui semble inflexible et froide, mais qui va progressivement s’ouvrir aux autres. Nous voilà face à des protagonistes abordant tellement de nuances que c’est juste un bonheur de les voir se dévoiler à nous au fil des chapitres et des défis. Mais le reste de la galerie est tout aussi excellent, qu’il s’agisse des alliés de notre trio ou même les antagonistes. On ne se contente jamais dans Karakuri Circus de poser des archétypes. Il est avant tout question de refléter au mieux tout ce qui fait la richesse de la nature humaine, dans le pire comme dans le meilleur.


Un ascenseur émotionnel

Karakuri Circus T13

Une autre qualité indéniable de Karakuri Circus et que je me dois forcément d’évoquer est la portée émotionnelle de l’œuvre. Encore une fois, on ne le croirait pas au début en découvrant le synopsis et les premières pages. On se dit surtout que l’on est face à une série qui nous promet de l’action et un contexte assez original. Et pourtant, au fur et à mesure que l’on avance, on se surprend à avoir tellement d’empathie pour nos protagonistes. De par leur écriture, ces derniers vont nous toucher en plein cœur à travers des moments épiques ou parfois beaucoup plus personnels. RIen qu’en repensant au manga, je revois facilement plusieurs scènes dans ma tête dont certaines ont fait couler bien des larmes. Kazuhiro Fujita est un mangaka qui n’hésite pas justement à jouer avec ses personnages pour que l’on s’inquiète pour eux, mais aussi que l’on ait envie de les suivre. Ils ont beau être très différents, nos trois protagonistes vont pourtant constituer une “famille” tellement touchante où chacun fait de son mieux pour aider les autres. On est ébloui par les liens qui se tissent et cela rend d’autant plus éprouvante certaines scènes qui sont là pour nous rappeler l’horreur propre à cette histoire. On peut autant passer d’un instant de complicité fort entre deux de nos protagonistes pour ensuite partir dans des combats frénétiques et finalement nous retrouver face à un drame qui ne nous laisse pas intact. Et même dans la manière de construire ses intrigues, le mangaka sait toujours comment toucher la corde sensible. On rit, on pleure et on s’énerve au même titre que ces figures que l’on suit et c’est la preuve de l’implication émotionnelle que suscite cette histoire chez le lecteur.


Un trait remarquable soulignant toute la beauté de l’œuvre

Pour bien conclure cette chronique dédiée à l’incroyable Karakuri Circus, je me dois de vous parler du trait si particulier et puissant du mangaka. Si cela peut s’étendre à toutes ses œuvres, il faut aussi reconnaître que son style graphique marche encore mieux ici. Au départ, si l’on n’est pas habitué, on peut être désarçonné par ce trait qui peut paraître parfois exagéré, notamment dans les chara-designs des personnages. Pourtant, il suffit de voir l’apparition de la toute première marionnette pour prendre une remarquable claque. En fait, on ne s’en rend pas forcément compte, mais Kazuhiro Fujita est un dessinateur talentueux qui amène tellement de petits détails dans chaque scène. C’est aussi ce qui permet à toutes ces planches de marquer notre rétine. En tant que lecteur, on est happé par ces cases où fourmillent une multitude d’éléments venant apporter de la vie et un réalisme impressionnant. Pareil pour les émotions qui vont s’exprimer à travers les personnages. Si certains d’entre eux peuvent avoir un côté cartoonesque par moment, le mangaka sait parfaitement quand jouer sur l’exagération pour souligner la comédie et quand miser sur des expressions plus sincères quand le sérieux prend le pas. C’est ce qui fait aussi que l’on va partager tous les sentiments vécus par ces personnages. On va rire avec eux, pleurer à leurs côtés et bouillir de rage face à l’injustice dont ils sont témoins. Et c’est là que l’on se rend compte à quel point le dessin est un formidable vecteur d’émotions surtout quand c’est aussi maîtrisé qu’ici. Oui, c’est un style graphique déroutant au départ, mais qui va finalement se transformer en véritable pépite sublimant chaque plan de cette incroyable épopée. Une oeuvre complète sur tous les plans et qui vaut largement le coup d’oeil.

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