Pourquoi j’aime #64 : The Moon on a Rainy Night
En ces beaux jours, je me suis dit qu’il serait intéressant de vous proposer un numéro de “Pourquoi j’aime” dédié à une œuvre parfaite à ce beau temps. Le choix était grand étant donné qu’il y a pas mal de séries pouvant coller à une petite lecture sous le soleil. Mais pour faire écho à un article récent que j’ai publié, je me suis dit que j’allais me centrer sur un yuri qui me plaît tout particulièrement. Il s’agit de The Moon on a Rainy Night édité chez Meian. Depuis ses débuts, cette œuvre n’a eu de cesse de séduire de nombreux lecteurs et il y a bien des raisons à ça. Il s’agit sûrement d’un de mes yuri de cœur tant on est sur une belle démonstration de ce que peut offrir ce genre trop souvent stigmatisé. Je vais donc vous donner aujourd’hui cinq raisons qui font que ce titre mérite amplement le coup d’œil. Il faut dire qu’entre ses personnages, les thèmes abordés et le ton global du récit, il y a beaucoup à dire. Mais surtout, c’est l’occasion pour moi de vous parler d’une lecture qui change de ce que l’on peut lire habituellement et qui nous donne d’importantes leçons de vie sur notre regard envers les autres. Préparez-vous à faire la connaissance d’un tandem qui vous fera littéralement craquer.
Romance douce et réaliste
Pour bien commencer, il est nécessaire que je vous parle de la romance qui s’installe tout au long de la série. Dans The Moon on a Rainy Night la romance yuri qui nous est présentée est extrêmement naturelle, progressive et émouvante. L’histoire suit Saki Kindaichi, une lycéenne ordinaire passionnée de piano, qui rencontre Kanon Oikawa, une camarade de classe devenue malentendante après un accident. Leur relation naît d’un simple geste de gentillesse et évolue lentement, à travers des malentendus, des efforts de communication et une compréhension mutuelle grandissante. Kuzushiro excelle à décrire les sentiments confus de Saki (qui découvre peu à peu son attirance pour sa camarade) et la réserve de Kanon, sans précipitation ni le moindre artifice. Cette lenteur rend la romance crédible, touchante et profondément humaine. C’est ce qui fait aussi que l’on est autant attaché à ces deux personnages. Il n’est pas question ici de tomber directement ou rapidement amoureuse l’une de l’autre. Au contraire, on suit leur relation qui passe d’inconnue à connaissance pour ensuite devenir des amies proches et avancer en direction d’un réel amour. Et ce qui est génial justement, c’est cette capacité à construire une histoire qui n’a pas besoin de fioritures ou d’événements grandioses pour s’épanouir. Au contraire, tout passe ici par des petites attentions et une compréhension de l’autre permettant de consolider les fondations de ce lien. On ne peut alors qu’être ému devant ce développement, car c’est aussi ce qui va permettre à nos deux protagonistes de grandir et de voir d’un autre œil tout ce qui les entoure. Une œuvre qui séduit déjà par l’authenticité de ces rapports.
Le traitement du handicap
L’un des plus grands atouts de The Moon on a Rainy Night est sa représentation nuancée et bien documentée de la surdité. Kanon n’est pas définie uniquement par son handicap : elle a une personnalité complexe, des rêves (la musique), des frustrations, et une fierté qui la pousse parfois à s’isoler. Kuzushiro montre avec justesse les difficultés quotidiennes (lecture labiale, fatigue cognitive, exclusion sociale, communication avec les proches), mais aussi les adaptations positives et la richesse de la culture sourde. Le manga évite le piège du « handicap comme tragédie » ou du « sauveur ». Au contraire, il met en avant l’acceptation, l’accessibilité et la façon dont l’entourage peut évoluer. Cette précision est le fruit d’un vrai travail de recherche, qui rend le manga à la fois éducatif et profondément émouvant. Et je trouve ça vraiment important de réussir à délivrer une histoire qui réussisse à mettre aussi bien en avant ce handicap et tout ce qui l’entoure. Il est avant tout question ici de compréhension et non d’apitoiement pour ces gens qui font de leur mieux pour vivre comme tout le monde. Il est justement vital de mieux cerner comment ils perçoivent leur monde pour être pleinement conscient des difficultés qu’ils peuvent vivre et les soutenir au mieux sans pour autant les rabaisser. Ce qui est parfaitement représenté dans le manga, c’est à quel point c’est déjà un combat quotidien pour eux et ils ne veulent pas qu’on les considère moins que les autres. Un message important et qui est parfaitement représenté tout au long de la série. Même la relation entre nos deux protagonistes va parfaitement symboliser ça étant donné que cela amène à quelques frictions au départ entre eux. C’est pour ça que c’est aussi efficace, car on peut totalement transposer ça dans notre quotidien et remettre en perspective la manière que l’on a d’échanger avec ceux qui ont ce type d’handicap. Une oeuvre qui pousse à la réflexion de façon brillante et humaine.
Des personnages tout en nuance
Impossible de parler de ce yuri sans évoquer son casting bien sûr et je parle cette fois même en dehors de l’aspect purement romance. The Moon on a Rainy Night propose des personnages aussi nuancés que fascinants à suivre. Pour commencer, il y a bien évidemment notre tandem principal. Saki et Kanon forment un duo magnifique et tellement attachant. Saki est gentille, un peu maladroite et pleine de bonnes intentions, tandis que Kanon est réservée, fière et parfois glaciale pour se protéger. Leur évolution individuelle et commune est traitée avec finesse : Saki apprend à mieux comprendre l’autre sans pitié, Kanon baisse progressivement ses barrières. Nous sommes donc dans une formule que je trouve diablement efficace étant donné que l’évolution ne se fait pas uniquement en solo. Au contraire, c’est au contact des autres que chacun va progresser et changer ses interactions avec son entourage et environnement. De plus, les personnages secondaires ne sont pas en reste et sont également bien développés. Ils contribuent à enrichir l’histoire et à briser un peu ce focus sur nos deux protagonistes. Kuzushiro donne à chacun une voix et des enjeux personnels, évitant les archétypes. Cette profondeur psychologique rend les relations très vivantes et permet des moments à la fois drôles, tendres et poignants. Je repense notamment à la sœur de Kanon qui a le droit à un tout un petit arc narratif pour comprendre son lien avec son aînée, mais aussi briser progressivement l’image que l’on a d’elle au premier abord. On voit alors qu’elle cherche surtout à protéger sa grande soeur et c’est ce qui rend son écriture d’autant plus touchante. Des personnages qui forment le cœur de cette série et nous font vibrer à chaque nouveau tome.
Un dessin sublimant l’élégance du titre
Un autre point qu’il est important d’évoquer quand je parle de The Moon on a Rainy Night est le trait propre à l’œuvre. Le style de Kuzushiro est doux, raffiné et très expressif. Les visages sont magnifiques et les émotions parfaitement transmises à travers les regards, les micro-expressions et le langage corporel. Les scènes quotidiennes (cours, moments au piano, discussions) ont une atmosphère chaleureuse et intime, tandis que les moments plus intenses (pluie, confessions, musique) bénéficient d’un beau travail sur les ambiances et les jeux de lumière. Le manga parvient à rendre visuellement la difficulté de communication de Kanon (bulles de dialogue partielles, focalisation sur les lèvres, etc.) de manière élégante sans alourdir la lecture. Et c’est là que l’on se rend compte à quel point le dessin peut offrir tellement de possibilités en matière d’expression. Sans même utiliser le moindre mot, certaines planches suffisent à nous faire comprendre ce que l’artiste souhaite nous raconter. C’est exactement ce qu’il se passe dans ce manga. On savoure chaque petit instant où le silence prend le pas sur tout le reste et qui, pourtant, véhicule tellement de messages et d’émotions. C’est dans ces moments-là que le titre montre toute sa richesse visuelle pour retranscrire ce qu’il se passe entre nos protagonistes. La mangaka frappe fort à ce niveau et utilise avec brio son style graphique pour installer toute une communication non-verbale. Un choix qui colle finalement très bien à tout ce que sa série cherche à traiter. Une forme de langage qui n’a pas besoin de son pour que l’on puisse comprendre. Une qualité indéniable et qui vient sublimer chaque partie de ce manga.
Une leçon de vie
Il est déjà temps de conclure cette chronique et je me devais de parler de quelque chose qui me touche personnellement quand je lis cette série. Au-delà de la romance, The Moon on a Rainy Night aborde avec sensibilité des thèmes comme l’acceptation de soi (orientation sexuelle et handicap), la communication, la différence et l’importance d’être vu et compris. Le manga montre comment la gentillesse, l’effort et la curiosité peuvent briser les barrières. Il parle aussi de deuil, de pression familiale, de rêves brisés et reconstruits. Cette profondeur thématique, traitée avec délicatesse et optimisme, élève l’œuvre bien au-delà d’une simple romance yuri. Et justement, c’est en lisant ce type de récit que je vois aussi à quel point ce genre peut donner lieu à tellement de belles histoires. Tout comme nous le dit ce récit, il ne faut pas limiter quelque chose ou quelqu’un à de simples aprioris. C’est en décidant d’aller vers les autres que l’on voit qui ils sont vraiment. Il peut alors naître de formidables histoires comme c’est le cas ici. Et je trouve ça plus qu’important, notamment aujourd’hui, d’avoir un tel message de tolérance et d’ouverture d’esprit. Il n’est pas question ici de prendre en pitié l’autre, mais de le connaître pour mieux avancer main dans la main. La mangaka a parfaitement su transmettre toutes ces valeurs et je suis heureux de m’être lancé dans l’aventure yuri, car c’est ce qui m’a permis de découvrir de telles pépites comme The Moon on a Rainy Night. En plus de ça, je pense qu’il s’agit d’une excellente porte d’entrée au genre et qui peut toucher n’importe qui. Sans même se focaliser sur la romance naissante, les propos tenus et le message véhiculé sont si essentiels que je ne peux que recommander la série au plus grand nombre.

